CO.NCLC.^^IU.NS
vrir ^ — Sans même invoquer la sou[>lesse de conceptions, rindi'pendance de pensée, ces deux caractéristiques du génie athénien, si pour écrire un livre philoso[)hi(pie il faut à tout [)i'ix rivaliser avec Platon <lans sa Hrj/NÔ/if/ue ou Aristote dans sa Métfiplu/x'ujne, \(iC/i(rnniiIe et le Lâches \)'àv exemple sont assurément assez loin encore de cet idéal : mais j)as plus de nos jours qu'au temps de Socrate ce n'est avec cette raideur, avec cette tension d'esprit soutemie que procède l'enseignement populaire- : il demande unt^ marche plus lil)re, des allures moins austères, s'attachant avec une insistance que seuls les savants jugent importune aux principes et même aux vérités de sens commun sur lesquelles reposent ses déunonstrations '. 11 faut se souvenir d'ailleurs qu'à la lin du v*^ siècle le dialogue socratique 'ronslituait un genre littéu*aire encore au berceau : et de m''me (jue sous la plume d'Ihu'odote l'histoire rebelb^ à toute règle mélhodi(|ue revêt de [irédereiu-e la forme siuqjle et familière de la causerie, de même dans la bou.ciie de Socrate et sous la plume de ses premitTS disci[)les la dialectirpie n'est à tout prendre ([u'uue Ciuiversation plus spécialement philosophique on aucun des interlocuteurs n'est pressi' de conclure, ou l'on fait la revue de ses idées ou des idées d'autrui i)lutot (pfon ne les soumet à un examen sévère K Sans doute entre
!. •!'* lis à ce propos dans un ouvraj^e tout l'écant (Essai .^//r Ir fondemevi mclapivisiqup d' ht moral', parVl. Ilruili. p. ±1~) : << Simules d'attitude et dn costume, ceux ({ui ont pour mission de l'cl'urmer l'.'ime dos liimiuics |iariaieiit simplement «t divinement, avec i)ouhomie quelquefois, comme Socrate, pour se tenir aussi près que possible de la pensée, pour exprimer l'intime de l'a me, pour que leur parole fût comme la voix même des choses et de l'esprit, et ce (ju'ils disaient avait à peine l'aii" d'être pensé ».
2. L'iiisloire de l'éloquence prête à une remarque toute semblable, 'l'andis que l'orateur moderne aime à laisser deviner sa pensée, l'orateur ancien, supposant toujours (jue ceux (jui ré'ouleut sont des ignorants, leur ap[)rend même ce qu'ils ont la prétention de coiinaitre le mieux.
'■\. Un [diilosophe doublé d'un érudit écrivait nap^uère à propos des relations de tout g<înre qui existent aujourd'hui entre savants de divers ordres et de divers pays : « Les anciens Grecs communiquaient à leur manière et sans difliculté... Ils voyageaient plus que nous et quaad ils se rencontraient, ils bavardaient et disputaient entre eux plus ({ue n'ont jamais fait les académiciens des temps modernes. Les anciens ovit conçu d'ailleurs autrement que nous la socit'dé des chercheurs de vérité : elle était principalement pour
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L'iKI VliK DE l'LATOX
CONCLUSIONS
les mains de IMatoii [):u'veiiu à ra[);»i^<'e de sou talent le dialogue socralique sera appelé aux destinéc^s les plus brillantes : mais sachons tenir compte de la modestie inévitable de ses débuts.
A ce premier grief les adversaires de TautlienticiU' en ajoutent un second : comment attribuer à Platon des écrits sans résultat direct, sans conclusion doctrinale arrêtée, où le lecteur est plus troublé qu'éclairé })ar la suite des opinions qui défilent successivemcMit sous ses veux, convaincues li^s unes d'erreur, les autres dinexactitude et d'insunisance ^ '/ Un esprit si'rieux qjH a conscience de la gi-andeur d.» sa nnssion pouvait-il s^ cofUenter de quel({uc chose (Tauv-i incomplet, d'aussi négitil'/ — llaisiumer de la sorte, c'est imposer assez gratuitement au pass.', et à un passé singulièrement reculé, les pr*'occu[)ations du présent. Aujouid'Iiui nous entendons que le philosophe se pose en maître, que la philosophie se pr('-erite à nous avec une doctrine, avec un svstème - : il lui l'tait dil'licile à coup sur de réaliser du premier coup celle condition à l'école de celui îpii tant.)t avec sincéTiti' et tant<^t par ironie répétait (pi'il !io savait «prune chose, c'est (fu'il ne savait rien, il causait, il conversait; or nus pro[)i'es conversations ont-elles toujours quelique conclusion dogmatique ' Son enseignement visait avant tout à riMuuer des idée-., à provo(juer la l'/ilexion, h opérer seul ou à plusieurs ce diseernenKMit, cette critique
eux ce <iii"ell.' n'e-t pour iiou^ q'i';icri.lentoUoment, une arène, une occasion de di.scuhT une 'li;ilecti(|ue i.-onlradictoire. »
1. Si l'on li'sitc sur le luit v'ritable < t la si^rnification réelle de telle ou telle pag". (|!i'r.n imite les Alexandrins aux prises avec de seml)labl''S pro- })lèmes dans buirs tentativ-s d'intr-rprétation de crfaines allégories ln.môriques: Tov 'Oaroov iâTM-^xv. i:--o-^ xa\ àSv/^Tov :-aviozaOa;, -: -ot;
2. nupptdous toutefois qu<> la règle comporte des exceptions, et «lu'un éniiu'Uit plîilosoph,^ spiidtuuliste de notre siècle s'est . ntendu adresser le même reproche (pie Platon. Dans ses livr.'s, où est la conclusions^ nulle part, si vous la idiorclnv mdtenK^nt forinulèe: paidout, si vous savez v.dr (Qu'elle est supi.os-'e à chaque li:,Mi<j : la pensée de l'aulrur n'apparait que jiar de disrrots sous-i'utcudus. l-:t cependant cette façon de parler et d'écrire constituait, on l'a très bien dit, " le grand secret de son art et la source de son incontestable talent de persuasion ».
(jne toute philosophie suppose. Est-il aux ])rises avec un sophiste arrogant:' Ses questions insidi(3uses enferment son adversaire dans un cercle vicieux qui l'oblige à recommencer sans cesse sa route et à confesser la vanit(' de S(^s prétentions K Est-il au contraire en face de qu<'lque jeune intelligence plus ou moins égarée ([u'il sagit de convertir, non de confondre? Lentement et par degrés, il lamènej'a à se convaincre d*' tout ce <{ui lui maufpie pour j)0sséder la science dont (die se \)\^\\\{i ou du moins à laifuelie (die aspire. IMaton ne s'est retiré (jue tard dans lenceinte studieuse de rAcad(miie : pourquoi à l'exemple de Socrate iTaurait il j)as commencé par attacher un véritable [>rix à cette méthode en apparence toute réfutative ? n'est-ce pas là une des nécessités de toute polémique -:' On dit que son génie ('tait de plus haut vol et ne pouvait se satisfaire avec un r(Me aussi inhuicur "^ : n'est-ce pas oublier le milieu oii il a grandi, l'eirervesciuice intellectuelle dont Athi'nes était alors le théâtre et (ju'attestent à leur mani(''re tant de passages curieux d'Euripide / n'est-ce pas méconnaître un des dons les plus originaux, les j)lus personnels de celui qui devait écrire le Uorgias et la RépKblujue, le ThéclHe et le Phé- (hm ■!
1. Ecoutez ce qu'il dit à iMUhyphron : <> J'attache mon e>prit à l(»ut ce que tu dis et j'ai soin de n'en rien laisser toml)('r sans h' l'amasser ». Au sietdc d-umier, dans un mémoire présente à l'Acadéniie des inscriidions en 1713, l'abbé Fraguicr avait donné de ces pratiqui's de Socrate une justification assez ingénieuse: (( Socrate ne conclut rien et l'on ne voit, dit-on, aucun fruit réel de ses discours. C'est précisément coinnn- un homme qui voyant un Ial)oureur défricher son champ et h' préparer sans le voir jeter son grain dans la terre, dirait : ce paysan ne fait (jue détruire de mauvaises herbes sans qu'on voie aucun autre fruit de son travail. Mais qu'on revienne en automne et l'on trouvera la plus abondante moisson.» En écrivant celte dernière ligne Fraguier songeait sans nul doute à l'admirable et féconde philosophie des grands dialogues platoniciens.
2. I' Comme Platon ne pense pas (jue ce soit peine perdue d'avoir réfuté une err(3Ui', suggéré un d*iutc, dissii>é uikj équivoque, iiosé une question, montré la faiblesse ou la fausseté des solutions données jusqu'alors, souvent il s'en tient là et ne croit pas qu'un ouvrage de critique ait manqué le but, s'il laisse le lecteur emljarrassé, mais averti, incertain, mais détrompé » (Ch. de llémusat).
n, <^ Fiir ein philosophisches Drama wiire dies kein ausndchendes ]\lotiv gewesen •> (>chaar-chmidt).
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L'Œl'VRK 1)K IL \ i ON
<:OXCL USIONS
Sans (louto, s'il .'tait prouv.'. romme le soutiennont Scliaarschmi.lt en Allemagne et M. Wadrlington en France, que Platon n'a absolument rien composa du vivant de Socrate, si le Phrdrc devait nous donner Texacte mesure de ses u écrits de jeunesse» nous aurions peine à nous expliquer comment et pourquoi le métaphysicien en possession de son système serait redescendu à des controverses d'ordre accessoire. Mais sans entier dan< ia discussion de cette tln-e dont nous aurons à nous oecup.'r plus tard '. hornons-nous à fairr rema.pier (pi'elle a contre elle les témoignages historiques, !,, tradition et la vraisemblance. Il s.Tait bien étrange que le a dialogue socrati([ue » eut attendu la mort de Socrate pour se produire, plus ('trange encore (pie Platon eut de laigné de suivre Tex.'mple de tant de ses condisciples et de traiter à sa manière quebpies-unes de ces questions de morale familière ou Athènes étonnée admirail la linesse, la pénétration, la subtilité du maître. Pour qu.' des Faussaires aient cherché à copier Plab.n, ou pour .pie les bibliothécaires alexandri.us aient accepté sans protestation d'inscrire sous son nom des compositions apocryphes, il fallait que l'éminent philosophe passât universellement pour avoir laissé dans son héritage mainte dissertation de ce genre. Xons verrons que parmi celles qu'on lui attribue il en est en eiïet qui ne sont nullement indignes de lui.
Knfin il va de soi (pie si les partisans de la tradition se croient intéressés à vanter tout ce qui porte l'étiquette platonicienne, ses adversaires déploient la même ardeur à faire le procès de tout ce qu'ils rejettent: second excès qui n'est pas Hinius blâmable (pie le premier. Ainsi nnt-ils décidé l'exclusion de tel dialogue :' 11 n'est pas de dissidence qu'ils n'exagèrent, pas de faiblesse de pensée ou dexpression qu'ils ne relèvent,' pas de termo nouveau ou (piel.pie peu insolite dont ils ne se scandalisent, pas dimperfection même légère, dont ils ne se fassent une arme contre l'opinion commune. Leur commentaire devient un perpétuel r,'quisitoire avec les <pialités, mais