‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 258 sur 343 · Voir 1^ dernier chapitre du présent volume · texte numérisé non relu

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aussi avec les d.'fauts ordinaires de ce genre de compositions. Sont-ils en présence de locutions, de constructions, de tours de phrase absents du rote de Pieuvre platonicienne, ils s"écrient d'un air de triomphe ; u Vous voyez bien que nous avons allaire à un auteur tout dilFérent ! )) Le contraire se produit-il et les rapprochements s'imposent-ils en ({uehpie sorte d'eux-mêmes? « Uu"avons-nous besoin dautres preuves /nous disent-ils ; le plagiaire s'est trahi à sou iiisu.^ iMais pour.pioi interdire à Platon la faculté qui apj)artient à tout écrivain de varier indéliniment son style, ou d'user deux fuis ou plus de la ujême expression, de la même métapliore "! Ne nous arrive-t-il pas tous les Jours de reconnaître tel publiciste à certaines comparaisons, à certaines images, à certaines explications qu'il alfectionne et qui à tel ou tel détour de la discussion se présentent à lui presque sans ([u'il s'en doute ? Uemanjuons à ce projios que le j;hilosophe d(jnt Pintelligence se meut habituellement dans la sphère des idées générales est exposé plus que tout autre à se répéter, surtout (juand il a manié la })lume pendant plus de cinquante ans. Ces réminiscences voulues ou inconscientes n ont rien que de très naturel, (3t alors même qu"il sagirait de reproductions identiques, n'est-on pas en droit, fait observer M. Chaignet ', de demander à son tour : « Qui se persuaderait qu'un faussaire n'eût pas ("vit.- avec soin de pareilles répétitions ? Le seul écrivain (jui puisse ne pas y prendre garde, c'est le V('ritable auteur ».

En somme et pour conclure, (Lune part il n'existe pas de témoignage historique assez certain pour garantir l'origine platonicienne des dialogues que nous allons passer en revue, de l'autre les raisons générales allégu('es pour les rejeter en bloc, si l'on peut ainsi {)arler, n'ont rien de |)robant, rien de décisif. En présence d'un tel résultat, il ne nous reste qu'à marquer, et autant (pf il se pourra, à peser attentivement dans chaque cas particulier, les arguments de quelque valeur (pii ont été ou qui pourraient être invoqués pour ou contre lauthenticité.

i, l^a vie et les écrits de Plato)i. p. J(i2.

l.'ŒlVKIi DE l'LATOX

CONCLUSIONS

L'Apo/oi/ie de Sacrale

L'Apolorjie n'esl certaineinont pas une couvre de premier ordre. Comme plaidoyer, comme défense régulière, elle est môme assez faible : Soerate laisse dans une omhrc discrète les chefs d accnsalion les plus graves pour s'étendre complaisammeiil sur des points accessoires : sous les dehors d'une réponse jnii'liqiie se dissimule habilement ici un panégyrique de Soerate, là le procès de ses accusateurs : mais en somme quelle photographie merveilleusement ressemblante de la [.ensée et de l'attitude du réformateur ! Seul un témoin et un admirateur était capable de tracer un pareil portrait.

L'allusion peu bienveillante faite à l'auteur des Nuées, comparée au rôle assigné à Aristophane dans le Banquet, suffiraitelle, comme Groen van Prinsterer l'a prétondu, pour établir que Y Apologie n'est pas l'œuvre de Platon ? Il v a là peut-être un problème littéraire assez piquant à résoudre ', mais ,'.videmment aucune preuve décisive d'inauthenticité. Les objections d'Ast sont plus sérieuses. VApologic^ écrit-il, digne'tout au plus d'un rhéteur, a-t-elle pu sortir de la même plume qui peu d'années plus tard composait ce petit chef-d'œuvre qui s'appelle le Gonjias^ Du premier de ces ouvra-es au second le pro-rès est incontestable, nullement inexplicable, surtout si l'on so^nge à la mise en scène dramatique que comporte un dialo-ue et .p.'exclut un discours =. - Soerate, ajoute Ast.fait son propre éloge tantôt avec une naïveté comique, tantôt avec une vanité ndicule. Mais n'est-ce pas ainsi que devait s'exprimer un homme qni durant toute sa carrière avait usé de la plus entière liberté de langage' et tant de fois insisté sur le caractère religieux de

Pitre ?',Ut?aé"w«/ ^■'""!".";"', ^^ ■•''P°'''«^ "'"^^ le Pre-ior volumeau chapure intitule. IHalon et Aristophane.

i>. Il semble même que plus d'au passage du Gorgias (486 B 5-^ D nar exemple) rontienne une allusion indirecte à V Apologie

J. Cf. Ciceron 'A..c../^n.., I. 29: . Adhibuit liberam contuuiaciam a magnitudine animi ductam, non a superbia. »

sa mission ? Au reste il y a lien de s'étonner de voir le eritiqne alleni.uul cl Cousin après lui lire d'un omI iiididerent tant de pages où apparaît, comme on Ta dit très justement, non le sectateur d'uiKi froide sai^esse, mais l'apotre [)lein de feu et d'enthousiasme, parl.int un langage d'une noblesse à laquelle la pliiloso[)liie ancienne ne lious avait certes pas accoutumés '. — La réponse à la première accusîition est prcsrpie sophistique^ la réponse à la seconde notoirement insunisanle. Passons condamnation . nul ne s'attend à voir Soerate discuter [àed à [)ied les raisons de ses adversaires comme le ferait un avocat moderne — Le Soerate de V Apologie^ parle de son ^^-/'/a^v.ov autrement ({ue celui des Mrmorables -. Mais cet oracle mystérieux se prêtait mal à une définition rigoureuse, et aujourd'hui encore les érudits sont loin d'être d'accord sur sa véritable signification. — On trouve dans VApoIorjic mainte réminiscence des dialogues platoniciens, ou des écrits de X('nophon et d'I soerate. Mais pourquoi s'étonner de voir certaines pensées morales entrées, si l'on peut ainsi parler, dans le patrimoine indivis des socraticpies? D'ailleurs que prouvent les rapprochements signalés, si, comme tout le fait supposer, Y Apologie est ici la première en date? — La défense de Soerate devint, l'histoire nous l'atteste, un des lieux communs sur lesquels s'exerça avec le plus de complaisance la verve des rhéteurs. Sans doute, mais n'était-il pas naturel que Platon fut le premier comme le plus compétent de tous ces avocats ? — Soerate dans V Apologie déclare qu'il ne s'est jamais occupé de physiipie ^ : dans le Plu'doaW tient un langage assez (liflV'rent. Soit, mais dans ce dernier dialogue n'est-ce pas l'ialon luimême (jui se met en scène sous le nom de son maitre :' — Enfin

1. Sans aller tout à fait aussi loin, Schaarsclmiidt en dépit de la sévérité proverbiale de sa criUque a rendu ainsi témoignage au mérite tout au moins relatif àaV Apologie: « Es blsst sich nicht biugnen, dnss der Stil rein, die Composition einfach und Aviirdig, der Inlialt nicht ohnc mannigfache Sclit'inheiten ist. »

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