Me m., I, 1, i
3. C'est la thèse que soutient en toute circonstance le Soerate de Xénophon.
Platon,
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L'ŒUVRE DE PLATOxX
si sur la grave question de l'imniortalité Socrale refuse en quelque sorte de se prononcer, n'est ce pas là un trait de plus de fidélité historique '? lui prêter devant ses juges l'argumentation savante du Phédoii eût été à la fois un liors-dœuvre e! un anachronisme, et même dans cet admirable dialogue le philosophe mourant ne présenle sa croyance à l'autre vie que comme une espérance dont il * niivirui de s'enchanter.
11 n'est pas inutil.' de rappeler qu'.Vristote semble avoir en vue VApnfnriic dans deux passages de sa lihrfnnqiin : l'un \ où on lit ce sim]>le raisonnement : « Le auturj-jiov est ou un dieu ou une œuvre de Dieu : croire que c'est une œuvre de Dieu, c'est encore croire en Dion „ ; rautre - où la même réllexion, sauf une h'g. re variante , est mise dans la bouche de Socrate répondant à Mélitus. Maisixtur .pie ces deux textes eussent une force probante, il faudiait <'tablir. ce qui est impossil)le, qu'ils ne peuvent s'expli([Uer que par une lecture antérieure de l'ouvre de Platon.
En résumé, les objrctions opposées à l'authenticité de l'.lpoiogie noï\[ {[{{(^ Invii [len d-' val<'iir, et s'eli'acent pour ainsi dire devant les mérites indiscutables de cette intéressante composition, à laquelle Platon est redevable d'une large part de sa popularité.
Le Cri ton
Le Critort, comme Y Apologie, est un remarquable exenipîe des collusions divergentes (pii dt'rivent en matière esthétique de la spontanéit(' des impressioiis et de la subtilité' de la réflexion. Tout lecteur non prévenu s'expliipjera sans j)eine le témoignage si honorable que Platon rend ici an (»atriotisnie de son maître: an contraire un critique, la Icte pleine des chefsd'œuvre du philosophe, trouvera le sujet insignifiant, le déve-
!. II, i>3, î;S98.i 15. Cf. Apoloqie, 27 1'.. 2. III, i8, uiya 8.
CONCLUSIONS
loppement puéril et indigne d'uii an>si j)rofond métaphysicien. Les anciens croyaient à cette proposition d'i'vasion faite à Socrate ^ : mais {plusieurs l'attribiiaicnt à Eschine, et accusaient laj il,Jll^je de Platon, f[ui en avait reporté à un autre tout l'iionneur. Or. si nous en croyons M. Schaarschmidt, Griton aurait eu bien plutôt le droit de se dire did'anK' par celui <[ui lui prétait une proj)o^>ition aussi déshonorante • t ^wv le sort de laquelle aucun (lisci[)le de Socrate ne pouvait avoir îlillnsioi].
Mais examinons la question de plus près. Los meilleurs juges ont été frappés par l'élégante correction du style : dans le fond comme dans la forme ils ont reconnu sans hésiter leioprcinte platonicienne, et le Criton leur a paru, comme à Sclioll, un des plus pr«'cicux monuments de la littérature classi(jue : à elle seuh^ la prosopopée de^^. Lois suffirait à nous avertir qu'au point <h' vue litt('raire nous n'avons pas aifairc à ufi écrivain vulgair(\ Ouaiiî aux sentiments exprimé-?, ils dé-notent une véritable ('lévatiou : alors q'ue le Socrate historique continuait encore volontiers à s'i;isj)ircr de la vieille morale de Selon et des gncmi.'[nc<, rendre le bien pour le ir'en et le mal pour le m(iirr\w\ du Crit(nt !a'[)rouve al)solument la vengeance, préludant ainsi aux piofondcs considératieais morales du Gorgias. Uuelle impression profonde produite sur les Atln'niens, amis ou adversaires du grand réformateur, par cette déclaration de soumission absolue aux lois dans la bouche d'un innocent qui venait d'être frappé d'une sentence de mort !
On iious dit. il est vrai : osI-clmmi ces termes (\u^ Platon parle ailleurs des institutions soci;des et politi(iues d'Athènes :' Sans doute, mais ceux-là même dont limagination élabore les {Projets les plus hardis de démolition et de reconstruction sociale ont volontiers nn(^ morale «provisoire » en vertu do lafjuelle ils respectent les « lois existantes », si antipathiques ({u'ellcs puissent et doivent leur paraître. Sur ce point Platon lui-
I. Voir I)io;Téne Laorce. II, GO et ÎIT, 3fi. Le Phédon (39 A) y fuit très probulileiii^nt allusion, et dans VApolofjie de Xénoplion (ch. 23) Socrate repousse cotto (jffrf jiar une réplique pleine d'ironie.
L'ŒUVHE DE PL \ TON
môjiie est resté fidèle à toutr la tradition aiiti(|ue' en saciiliant sans scrupule dans sa République les droits de l'individu ;iux exigences de la raison d"Ktat. IViU-rm d'ailleurs juger «'iitière- Fuent vide de toute philosophie uîi dialogue ou Ton rencontre sur les lions politiques et, pour nous servir d'une expression iii.Hlernis sur le contrat social des rrtîexions si justes et si pénétrantes ? Uue Platoii ait voulu souienii' une thèse doctiinale ou phi? modestement ajouter un rhajatre éloquent à s >n Apoloific^ il était iLupossihle de dt'linir le devoir civi([ue avec plus de lorce et de si m pli ci lé.
Le Ladïh
Très admiré [)ar certains criti(jues, le LacJiès a été suspecté par Lherweg et rormellement rejeté par Ast et par Schaarschmidi. lùitre ces deux solutions extrêmes Cousin nous parait avoir vu juste, ({uand il a écrit: « On ne peut méconnaître dans la marche et les détails de ce dialogue le rnrnic artifice et le niènic genre de sul)tilités dialectiques dont le CJiarinidc est parsemé et l'on est forcé de regretter aussi (pie l'imj)Ortance des idées n'y soutienne pas toujours la grâce et la délicatesse de la forme. » C'est une conversation intéressante et nullement i.:i\ laisemblable entre interlocuteurs qui font assaut de courtoisie.
Le but poursuivi semble être de mettre en lumière l'importance ou plutôt la nticessité d'une culture intellectuelle supérieure a celle qui nait de la seule expérience, la vertu ne consistant pas d'ailleurs uniquement dans la connaissance abstraite du devoir, mais encore dans la force morale indispensable à son accomplissement-. Or cette doulJe pensée n'a rien
J.u Des lois en petit nombre tenaient les peuples dans le devoir, et les faisaient concourir au Jjîen commun du pays. Lidéc de liberti», qu'une telle conduite inspirait, était admirable : car la liberté que se liguraient les Grecs était une lil)erté soumise à la loi, c'est-à-dire à la raison même reconnue par tout le peuple » (Bossuet).
±. « Der Lâches Aveist im Kern auf den Unterschied zwisclien der holie-
CONGLUSIONS
qui n^i s'accorde avec ce que nous savons de renseignement socratique et platonicien.
La discussion, en apparence du moins, n'aboutit pas : mais n'est-ce pas le sortcommuii de la pl!i})arf des premiers dialogues |)latoniciens et peut-être d'une bonne partie des entretiens de Socrate "! M. Chaignet fait à ce [)ropos une rt'ilexiuii très juste : ^< I/objection non résolue (pii termine négativement le Lâches Soulève ni'anmoins dans la pensée du lecteur l'opinion (pi'il doit y avnir, ipi'il y a un point de vue supérieur où se montrent le li'Hî de toutes les v(^rtus entre elles et leur uiiité dans la science, une idi'e suprême à lajuelle elles ne peuvent participer <]u en piM'daiit daii'^ une certaine mesure leur isolement et leur ('dément de diffi'rence. Il est tout à fait conforme à hi iiK'thode et à l'esprit de ja piiilosoiihie de Platon d'ouvrir de ces Ioniques perspectives et de laisser à l'auditeur le soin d'y mar^^ber luimême '. »
l.e stNle de ce petit dialoirue n'est certainement nas sans mérite et plus d'un passage, notamment celui où I.achès décrit rinipression produite sur lui par Socrate-, m-aile de sincères éloges. Il y a un p ii'ti pris évident dans la fa(:on dont Schaarschmidt présente comme autant d'arguments à l'appui de sa thèse certaine^ iniitation'ï plus ou moins réelles au Pi^otagoras, du Mrnon et de Y Euthtjdhnc. .
ren pliilosophisc'ien Tupjend und Lobensrichtuncc und der nioderen TugendiilMinp^hin, die im Stroben nach fuisserer Fertirrkoit in den der eigentlichon Tuî^onl hnclistens nur dienenden [Ntitteln ein (;eniij::e findet » (Deuschîe).
I. Scb'^arsclimidt fait une remarque analogue: « Wenn Soia'ates seine Dialektik nur via npi/ationis gelfcend inacht, wird er doch durch deutliche AVinIve als ein solcher bozeichnet, der im Grunde viel mehr woiss als er sugt und fiif die Geistes]>ildung junger Leute allerdings den besfen Ratligeber maclien kann » (p. 410): mais il ajoute tout aussit(U: « Sokrates setbst stellt die Kigenscliaflcn auf, welche ein guter llatligebor baben miisse, und /.eigt hinlerlier durcii die Tliatsacho dass er sie nicbt bcsitze. Sonacb wiire die Prosopographie des (lesprilclis ebenso verfoldt, Avie dessen philosophisch^r Inbalt nichtig ist ».
'2. ISS C-!).
I/ŒUVUE DE PLATON
Le Charmide
CONCLUSIONS
Ce dialogue aux allures si gracieuses a été néanmoins rejeté par Astet par Socher. Outre que le fond y parait saeritié à la forme, et ([ue le cadre déborde prestjue partout sur le tableau, le vague du sujet, linsigniliance des couelusions, la marcbe capricieuse de la discussion, le n'ilc inb'rieur assigné à Critias dont tant d'autres dialogues l'ont l'éloge, sont de nature à éveiller des doutes: on peut môme remarquer que telle conce])tion do la justice combattue ici par Socrate est soutenue par lui dans Va liépiibliqiie, tandis (pi'une délinition de la sagesse acceptée <laiis le Climinidc est sévèrement critiquée i\\\\\^ le Thrétcte. {)i\ a j)u également reprocher à l'auteur de se perdre dans ses subtilités au point de représenter la science socratique par excellence, je veux diie. la connaissance de soi-même, sinon comin*} iiujxis.sibie. du moins comme inutile: enlin est-il naturel que Platon, le futur auteur da Thrétcte, vante avci; une teiie insistance ia noblesse de sa famille, et prête à Socrate une attitude si peu réservée eu présence du jeune Charmide ' :'
Pour nous attacher tout d'abord à ces deux derniers LM'iefs, il nous senible({ue si Platon paraiten certains passages affielier sans détour ses pi'i tentions et ses préférences aristocratiques, ailleurs son intention non moins visible est de montrer combien une éducation sérieuse faisait défaut aux clabscs riches de son temi>s. Dautre part en ce ({ui touche les niieurs atlj('niennes, le Phèdre et le Ihinrinet sont là [)Our nous apjirendre qu'il y avait encore (piel({ue mi'rite à opposer à la j)assion luie demi-résistance, sans aller jusipi'au bout de certains ('garements.
Kxamine-t-on maintenant le dialogue dans son ensemble et sa valeur ])hiloso[)hi([ue;^ Les plus autorisés d'entre les interprètes modernes du platonisme ne se sont pas laissé arrêter par