‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 262 sur 343 · M. (^haignet · texte numérisé non relu

M. (^haignet

motifs pour douter tout au moins de l'authenticité de VIon. Cependant est-il impossible que Platon dans un moment d'humeur contre ce peuple de lettrés et dhistrionsqui persi'cutaient son maître ait laissé échapper avec la facilité et la fécondité qui caractérisent le véritable artiste une ébauche légère, où se retrouve comm<' la trace d'une main supérieure?»

Le Grand Ilippias

Le dialogue connu aujourd'hui sous le titre dePeiit Ilippias est désigné dans la Mé/aplu/sique par ce seul mot : Yllipplas. C'est donc, en ont conclu quelques critiques, qu'Aristote ignorait l'existence d'un second dialogue de ce nom. L'objection est loin de nous paraître absolument concluante : sans même supposer avec M. Fouillée que les deux entretiens aujourd'hui distincts n'en formaient qu'un dans l'antiquité, il suffit de rappoîer (ju'on cite quotidiennement le Faust de Gœ^he, par exemple, malgré la division de cette étrange épopée en deux parties nettement séparées.

ilijipias, (ju ne saurait en disconvenir, est traité ici moins généreuscmentque Protagorasou liorgias ailleurs : son portrait selon l'expression de Crote, tourne a la caricature : mais Platon avail-il les mêmes raisons de le ménager? D'ailleurs n'y a-t-il pas (juehiue esprit dans la façon dont sont tournées en ridicule les prétentions du vaniteux sophiste à la science universelle?

Sur la valeur philosopliique du dialogue, les opinions sont singidièrement divergentes. La discussion, disent les uns, ressemble à une vraie toile de Pénélope: aussi n'a-t-elle (pi'une issue négative, après que Socrate a réfuté l'une après l'autre d'abord sa propre thèse, à savoir que le beau se mesure à l'utile, puis celle de Platon qui place l'essence du bien dans la (Convenance et la mesure. — C'est un dialogue préliminaire, répondent les autres, destiné à débattre et à rejeter les opinions fausses, ([ui avaient cours à cette époque dans le monde athénien sur

la nature du beau. 11 s'agit de prouver que pour avoir défini le Pi.vrnN, t. If. ^5

L'ŒUVRE DE Pf ATOX

beau dans les choses, on ne doit pas se llatter d'avoir défini le beau en soi. Comment ne pasieeonnaitre la maindo Platon dans un dialogue ou Von retrouve tuutàla luis les formules de la dialectique platonicienne et la toimiuologie caractéristique de la théorie des idées/ Au jugement de Cousin <( la composition dans sa brièveté a de la grandeur, uiir" méthode parfaite et un vif intérêt. »

Le Grand llippias olfre en ouUu avec \ Eulkypliron des analogies de méthode et de disposition si frappantes qu'on est autorisé à considérer ces deux ouvrages comme appartenant à la même école et sortis de la même main. Cependant le premier de ces dialogues a reru en général des éditeurs et critiiiues modernes un accueil beaucoup moin? IsieuviMll ih! que le second.

Le Petit Hippias

Le sophiste^ Hi[)pins était-il digne au même titre que Gorgias et Protagoras ses énmles, de donner son nom a un et même à deux dialogues platoniciens ? Sans nous arrêter à débattre cette question, rappelons qu'Aristote au iv livre de sa MvtapJujsique blâme -> la discussion contenue dans YHippias^ », d'abord à cause de l'assimilation qui v est établie entre le véridi(|ue et le menteur, ensuite à cause de la préférence donnée a celui ipii fait le mal avec intention : deux points traités en effet dans le Petit Hippias. « Diieavec Astque l'autorité (PAristolene prouve rien en faveur df l'authenticité d'un nuvraij:<> de Platon est un luxe de téméritt' et un moyen expéditif de se tirer d'alî'airc (jue nous sommes très peu tentés de nous permettre -. » Mais, outre que des doutes out été élevés sur l'authenticité absolue de ce passage de la Mctap/iij.sique par des critiques de la valeur de

1. UJ^.ja {', : grQ ,'j £v Tfi) 'iTCTTÎa ÀÔYOç Tiapaxpo-jîTat.

:2. Cousin, qui dans un autre passage s'exprime de la sorte : « S'il faut dire toute notre pensée, c'est à un médiocre écolier de Platon que nous attribuerions cette mauvaise ébauche dialectique ». Ajoutons que l'argument rédig»' par Cousin en tête de sa traduction de ce dialogue est particulièrement remarquable.

CONCLUSIONS

M. birthéiemy Saint-Hilaire, il faut romarcpier quele dialogue nVst nullement donné par Aristote comme étant do Platon, et que la littérature des Àoyoi ^Ju^y.zy.-vAoi avait pris une extension consid.'rable pendant la i)remière moitié du iv^ siècle.

L'idée ibndamentaledii /V/// /Jipplr,s est empruntée à une page mal \n\(^vpri]l6c des 3Jémorff/jk's \ et se trouve en contradiction avec la thèse célèbre : OLâe-ç >cx>co; kcov, que Platon s'est appropriée à lasuitede son maître -: lui-même place lamourde la vérité au premier rang desqualités du sage. — Mais, dit-on, Socrate exprime ici des doutes sur la conclusion qu'd formule] elles subtilité, absolument sophistiques auxquelles il a recours contiennent peut-être dans la pensée de l'auteur unefortedose diionie. — Cette hypothèse que rien ne confirme nexplique d'ailleurs en aucune faeon ce qu'il y a de puéril, d'emphatique et dnisigniliant dans une discussion ou n^ipparaissent que de loin en loin ^]os réflexions platoniciennes ' : pris dans son ensemble, le dialogue est très Cert.unement inférieur au Lac/œs et au Li/sis. Si M. Fouillée en a fait le plus grand éloge au point de vue philosophique \ c'est qu'il a eru ^?i tort d'ailleurs)

1. TV. 2, 10-20. X.'.noplion dans ce dialogue entre Socrate et Euthydème 1 emporte sur notre autour, quel qu'il soit.

2. « Dass soleil' ein Macliwerk Plato's schriftstellerische Erstlin^^sleistun^

gewesen sei scheintdocli eine /u missliche Hypothèse. Das ware die iinmit-

telbar. 1-rucht der sokralischen Disciplin gewesen, dass Plato seinen iioch-

verehrtea Lol.rer in Gesprach mit einom Sophisten als einen Sophisten

darstellteun l ibu eine Bebauplung verlreten Hesse, von w.Iclier das Ge-en-

t .e,l mcht nur Sokrates selbst slets kund^ege}>en. sonden aucli er selbst,

lato, luden als eclit bezeugten Gespriichen Kundzugcben nicht untorla^^en hat ! « (Schaarschmidt, p. 3So.)

3. Après avoir relevé ce qu'il y a de plausible et m.-me de séduis wit dans le paradoxe moral qui fait le fond du />e//7 Hippias, A. Saissot ajoute : u Confiez a Platon le déveloi.pement de ces id:-es : elles produiront infailliblement une composition aussi solide et aussi forte de raisonnement uu'in-énieuse et brillante dans la forme et les détails... Ici tout est faux ou présenté a faux. L ame est partout révoltée du ton d'indillcrence morale qui ré-ue d un bout a l'autre de catte bizarre production. Il nous répugne de préte'r à Platon une telle absence de méthode et de délicatesse. »

4. « In hoc opère altissima de virUite et scientia et libertate invesligatio reperitur, et maxime sublimes ostenduntui- quasi dialecUccï scabe per quas ex inforioribus doctrinarum et bonorum gradibus ad summum rationis et voluntatis fastigium conscendimus... Primus Socrates in libero arbitrio nihil uisi sorvum vidit : primus contra communem de voluntate opinionem

L'ŒUVRE DE Pf.ATON

Y découvrir une démonstration inattendue de la thèse développée dans son grand ouvrage : La lïbL'rU- et le drterminhnie. En Alloniague, Zeiler est le seul critiiiue dequcli^uc réputation (jui persiste à attribuer 1<^ Petit Uij/pias à Platon.

Le Méncj c)ie

Nous avons assez rapidement {)assé sur la plupart des dialogues précédents : on nous permettra d'insister un peu plus longuement sur le Ménexcne^ qu'en France on considère volontiers comme une des (euvres classiques de Platon.

On a vu précédemment ' qu'en deux })assages de sa R/télorique Arislote fait allusion à ce dialogue, ou pour être plus exact, à ce discours, omis dans le catalogue restreint d'Aristophane. Cicéron, maiiitestemeut prévenu eu faveur de Platon, rapporte que de son temps encore les Athi'uiens goûtaient cette oraison funèbre au point d'exiger que chaque anm'M^ elle lut récitée au moins une fois au })ublic "-. Deuys d'Halicarnasse n'a pas le moindre doute sur son origine [)latonicieniîe, ce qui ne rempèche pas de la juger avec une sévérité impitoyable. Synésius ' au contraire trouve (ju'ici Platon par d'autres qualités s'est élevé à la hauteur de Thucydide, et Proclus ' r<Michérissant sur cet éloge élève sans hésiter le })hilosoi)lie intiniment au-dessus de l'historien. (Juant aux citations du Mrnej eue {\^ se rencontrent chez Plutarque ', Athénée', Pongiu ' et (i i-

fortiter piignavit. \\. hoc dialogo sublimis «iraul et subtilis videtur bonus ille Socrates, ut aiunt. »

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