‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 269 sur 343 · Voir le texte cité dans la note précédente · texte numérisé non relu

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Le Muios — L Uipparque

Contrairement ;i l'usage de Platon, ces deux dialogues doivent leur titre non à V\m de- interlocuteurs, mais à un personnage dont la mention se trouve amenée au cours de rentretien '. Ils olTi-cnt d'ailit'urs <ians rensemble comme dans Je détail des analogies su l'Usantes pour (pi'on soit autorisé à les croire sortis delà même main. Et cependant ils sont loin d'avoir eu même destinée dans Tantiffuité. \.' Uipparque ne figure que sur le catalogue de Thrasylle, et l'uniiiue, ou presque unique auteur (jui en }»:irlc, Eli<^n. exprime! un doute forniel siir son authenticité - : le Minas au contraiie a le double honneur d'avoir ('té maintes fois cité ^ et d'être porté dans le catalogue d'Aristophane, sans dsjute à cause de l'étroite affinité du sujet traité avec celui de VEpinomis et des Lois.

Parmi les d-d'auls les plus saillants de ces deux dialogues, relevons l'absence de toute caractéristi(iue dans les personna.ges, un inan([ue à peu près absolu (Fesprit philosophique, enfin l'allure làclie et capricieuse de la iliscussion, où la (juestion véritable est à peine ef'lleurée tandis que des réflexions futiles sont développées avec une fâcheuse insistance. Comme dans le Sisf/phe et VEryxias, dialogues tenus pour apocryphes déjà par les anciens, ce sont ici des exemples accumulés à satiété, emj-.rnntés -^ans ordre et, j'ajoute, sans résultat aux sciences et aux arts les plus difh'rents : après cet (uitassement d'analogies le lecteur certainement n'eslpas plus éclairé*. La fin

1. Il est très vraisemblable en ciTet que, dans la rédacticni primitive, l'iuteriocuteur de Socrate était anonyme dans le second dialogue aussi bien que dans le premier.

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3. Notamment par Plutarque, Maxime de Tyr, Alexandre d'Aphrodise, Clément d'Alexandrie et Proclus.

4. P.emarquons en passant que la même remarque s'applique à deux dialogues bien autrement importants, le Sophiste et le Politique, dont l'auteur, non content de faire un emploi singulièrement abusif de ce procédé, en entrepron 1 i\r professo la justification théorique. Le Sophiste fait remonter

CONCLUSIONS

'■Hô

même du dialogue n'a qu'un rapport très éloigné avec le sujet débattu, circonstance qui trahit un esprit étroit, inca})ab}e de gouverner logiquement ses idées, un de ces philosophi plebei que Cicéron. ^i pou m'^taphysicien qu'il fut, ne rencontre cependant jamais sans être tenté de leur faire sentir son dédain.

En revanche, la lecture de ces deux dialogues fait son^^er à un teuips où les controverses érudites commençaient à être en honneur : l'auteur de V Uipparque ne résiste })as à la tentation de faire la Irv-on aux Athi'niens à propos d'un des événements les j)lus popul lires de leurs annales nationales \ de même «pie l'autiMir du Minus entame \\\u\ longue digression sur la r('putatinn de cruauté faite au célèbre roi de Crète par les tragiques -. Il y est question en parlieulier d'uii ministre de Minos, nommé Talus, (|ui pour surveiller l'administration de la justice, parcourait l'ile portant jtartout avec lui les lois de son roi grav('es sur d;'s tables d'airain : anachronisme manifeste, mais facile à comprendre et à excuser ^

On a prt'tendu également retrouver dans l'un ci l'autre dialogue des traces manifestes d'imitations platoniciennes ' : le Mi/tos a nnnne été rattacln' plus ou moins habilement au Po/itiquc. V H'fjuiurfpfc -ii! Mrnnn et au Lf/sis: mais il s'agit ou de

l'école d'Elée au delà de Xénophane, le Minos la tragédie au delà de Thés is et de Plirynichus (321 A).

1. Voir sur ce point dans la Li/lérature grecque d'E. Eo^ger (Paris. IS'.m) l'article intitulé : V Apologie du meurtre politique. De pins, c'est à Pisistrate (st non à Uipparque que la tradition commune attribue la première édition d'Homère.

1*. L'abbé Banier. dans un mémoire lu à l'Académie des inscriptions, trouvait plus simple d'admettre à côté du famonx législateur un second Minos, type du tyran avide et cruel.

3. 3-0 C : iv yi'k'Aolz. Ypatx|xaT£Îot; k'^wv vcYpoqxtjivo-j: toÙ: vo;j.o'j:. Sans même invocpier le souvenir des tables de la loi données par Dieu à Moïso, il suffit de se rappeler qu'en parlant de Lycurgno tons les anciens se servent de l'expression : k'ypa'Lî vopLou:. — Est-ce Platon qui eut ainsi traité .lupiter de « sophiste? » (319 C).

4. (rest ainsi que l'on a rapproché dans le Mino^, 314 D et Euilviphron 14 D, — 31S B et Banqurt, 215 G, — 310 Det Gorgias, 520 G, — 318 E et 310 ?y avec Lois, VI, 7G:j E, et 1, f.ii A : dans V Uipparque, 225 D et 228 A avec Ménon, 70 A, 8!) A-B, tandis que 228 D contredit ce qne nous apprend le Protagoras au sujet de Pittacus.

L'ŒUVRE DE TLATON

faits alors uiiiversolleinoiit cuiiiuis, ou de (}neslin!is [)artout agitées, ou de vérités de sens coininiin ' (jii'mi Muieur répète à son tour sans songer un seul instant à tous ceux <|ui ont pu et (iù les exprimer avant lui.

Ajoutons une remarque particulière au sujet du Minos à [>eu [)rès complètement ignoré.

l.e sujet de ce dialogue paraît avoir vivement préoccupi' les esprits au v« et au iv^ siècle -, dc[)uis <jue les sophistes avaient en apparence victorieusement opposé le règne de la nature à celui de la loi. C'est sons contredit élever le débat que de définir la loi « lexpression d'un rap[)ort nécessaire et réel •'; » et une fois engagé dans cette voie, l'auteur nous parait interpréter d'une façon assez intelligente la pensi-e socratique qui fait de la recherche de la Un la recherchedu vrai. Mais dès lors se dressait en face de cette tln'orie lobjection fameuse que Pascal devait traduire un jour avec sa brûlante éloquence ; a Plaisante justice qu'une rivière borne! vérité' en deçà des Pyrénées, erreur au delà. .. Puur.[uoi et comnifuit, se demande l'auteur de notre dialogue, les ditî'éreiits peu{)les ont-ils des lois dillérentes-*/ comment ce qui est légitime peut-il le demeurer toujours, puisque nous sommes perpétuellement occupés à renverser les lois existantes et h en éMJitier de nouvelles '/ Si la réponse qu'il donne à ces redoutables proî)lèmes est moins décisive (pi'il ne le suppose, elle n'en garde pas moins sa valeur. •' C'est peut-être, dit Socrate, 'qu'on ne réfléchit pas ({u'à travers toutes ces transformations la loi reste debout. Tout ce (jui est mal en effet est illégitime de sa nature : seuls les ignorants le pro-

1. J)e truisiiies, comme nou.s nous cxpriiiiLTions aujourd'hui.

2. Griton ot Simon paissaient pour avoir composé un l'crit Ihol vouo-./, «le môme qu'Antisthèiie et Speusippe.

3. 31.J A : fj vôao; [Wjlz-fX', ihy.: toO ovto: i^vp^c-:. Nous sommes sur la voie qui conduira à la définition si remanfuahlc de Montesquieu. La définition donnée <lans les Mémorables (IV, 4, 13) est bien moins philosophique.

4. Il . st question ici à plusieurs reprises de Carthage et des Cartlni-in.^is, dont Platon n'a jamais ]jarlé avant de com[)oser les J.ois.

5. 3U) G : l'aveu trahit l'Afliénicn. Xénophon, dans ^Qfi Mémorables (IV, 4, 14), met la même rctlcxion dans la bouche d'Hippias.

CONCLUSIONS

clament une loi. ' > [/auteur n'est pas moins heureusement inspiré lorsfpi'à ces contradictions passagères ([ue font résonner si hait les sophistes de tous les temps il oppose les traditions constantes, la croyance commune de l'humanité ^

Dans X Uipparqw, l'absence de toute méthode et de tout plan scientifi(pie est peut-être encore plus frappante : le commencement et la fin sont d'une médiocrité accablante ' : mais de bons juges y ont reconnu çà et là quehfues traits vraiment socratiques '', et si on la considère dans Pensemble, la langue est saine et de bonne ('poque, au point ({ue Teimemann, l.etronne et Yxem inclinent à tenir ce dialogue pour original. Cousin résume en ces termes la thèse qui s'y trouve développée : « Tout bien est un gain pour celui qui le désire : aimer le gain n'est donc pas plus criminel que d'aimer le bien, ])ourvu qu'on règle et (ju'on éclaire cet amour. » Vw tel sujet, isolé de toute considération supérieure, convient beaucoup mieux à un socratique vulgaire (pi'au génie de Platon, surtout si l'on tient compte de la fail)lesse et de la subtilité vraiment fastidieuse de la discussion '.

Le style de V llippfnyjiie. très voisin de celui de VEnjxias et de \\\riochu<, est assez attique pour que Stallbaum ait commis une erreur évidente en faisant descendre ces diverses compositions jisqu'au siècltMles Ptolémées ^ Ce critique s'est montré d'ailleurs sévère jus(pi'à l'injustice en répétant ici à chaque pag(^ de SOS [)roh'gomônes les mots d'» ineptie » et de ^< stupidité. »

'■\. (juepi'nser notaiiment de la réllexion sur laqm lie se ferme le dialogue : u (;elui qui reproche fi un autre d'être avide n'est-il pas lui-même tont le premier convaincu d'avidité?

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