Par exemph'. 227 D
5. L'interlocuteur même de Socrate ne peut s'empêcher d'en faire la remar(jue : Ov/ olo 'ozr, iv rot: /oyo:: avw xa-. -/.âto) TTps^Ei; (228 A). — Cf. 232 B : 'W-j-x'y/.-xrii as >', av;o: [j,a),>ov r, -r.iT.EV/.z.
I). Bar uni^ erriMir contraire, un traducteur suppose c»'' dialogue écrit par Platon nu temps des '['rente.
L'ŒUVRE DE l'LATOX
J)h juste - De la vertu
Ces deux diiilomios ou pliitM, ce (|ui assur»'nient n'est pas la même chose, ces deux dissei1;Uions par dcinaudcs et \mu réponses ne sont ipi'une (^onif)ilatiou aussi [lauvre que nmladroite de pensées platoniciennes entremêlées à des réllexions plus ou moins haiiales ': la seconde notamment reproduit une grande partie des arguments du Mt'non sans uième le plus souvent changer ([uoi ipie ce soil à IN-xpression. Aussi, bien (pi'on les rencontre dans certains manuscrits de idaton, nul n'a été tenté', en dé[)il du témoignage très tardif de Stobéi-, (W^w soutenir sé'rieusem.t'tit r.-iutiientieité, et si nous en parlons ici. c'est uniquement pour lappelci- (nie hypothèse ingénieuse imaginée par Bu^ckh au coumiencenient de ce siècle -.
Diogène Laërce rapporte en elh't ([u'un coi'donnier d'Athènes, nommé Simon, dans la houtitpie duquel Socrate s'arrêtait volontiers a converser avec des amis, avait gardé {)ar écrit note de ses entretiens, et même s'était l'ait une l'éputation en publiant, le premier, des dialogues socratiipies au nombre de 3.'^ '. nr dans le catalogue de ces ouvrages tel que nous le possédons, se rencontrent précisi-ment les titres suivants : du Juste, de la Vertu, de la Loi, de F Amour du gain. Frai)p(' de cette coïncidence, Breckh crut pouvoir aflirmcr qu'il ne fallait pas chercher ailleurs l'auteur des quatre ou\ rages dont imus vcn(»ns de nous occuper, [.a supposition est [)lausible, mais non concluante, car nous savons que dans IV'cole socratique cert;unes
1. liaisons toutefois une exception pour ces lijïiies par où se trniiini' lo petil lr:iité Dr la vrrhi: <( (^>uanJ Dieu veut «lu bien à une réi)ublique, il lui donne des homnios v-rlucux, et quand il a résolu de lapunii-, il lui ('.te ceux qu'elle possède. ■>
2. Dans sa dissertation intitiil/'C : ^iynonis Socralici, ul v'idchn-, duilogi quatuor, Heidelberj^ne, 1810.
3. Dio-. Laërce, II. 1:22: OCto:, ^acr\, tigwto; o->i-/Or, to-j; "Aoyo-.: to-j; o-wxpaT'-xoO;. Dans sa IS-' lettre socratique, Xénoplion vante chez Simon ort ôtateAcT 7:poa£-/o)V rot; i]w7.po(TO-j; loyo'.; y.a\ ovt£ -Ev-av oCtz Tr,v TÎyvr;/ Tipôçaaiv
CONCLUSIONS
questions de morale avaient passé à Télat de lieux communs que chacun traitait à sa mainèrc '. l.es dialngucs ([ue nous refusons à Platon sont ils de Simon, dEschine, de Pasijihon d'Krt'trie ou de quelque autre? Aucun indice décisif in- nous permet de nous j»rononcer. Contre roi)inion de l>(eckh Stallbaum - a fait valoir d'altnrd que ces compositions sans mi'rite, ou respire si peu le véritable esprit socrati(pie, ne pouvaient être l'œuvre d'un homme (p]i nous est ]e|)résent6 vivant dans l'intimité de Socrate, ensuite qu'il .'tait impossible ({ue Simon n'ait })as publi(' ses rédactions longtemps avant l'apjjarition des derniers écrits 'de ilaton. que ces quatre traités exploitent chacun à sa nuinière, quoique sans grand succès. J'ai di'jà dit ])lus haut mon sentiment sur cette dernière considération.
Réponse à une objection
Au terme de Tétude rapide (]ue imus avons consacrée à ce rpn' Ton est convenu d'appeler a les petits dialogues », nous devons répondre à une objection ([ui a du surgir presque inévitablement dans un grand nond)re d'esprits, ('tonnés de voir tant de chapitres se termine]', comme les dialogues eux-mêmes, par une conclusion toute provisoire ou même par une absence totale de conclusions.
Si l'abstention a ses avantages pour l'i'crivain, c'est de toutes les solutions celle dont saccommodiuit le moins les le(^teurs. Vous nous aviez loyalement avertis, diront-ils. des difficultés de votre tache ; mais nous n"en attendions pas moins de vous sur chaqu(^ j)oint une soluti(ei ferme, mie d^'cision motivée : au lieu de cette satisfaction, vous vous bornez à nous
1. Les Tx-^O'.y.ol /.ôyo: attribués dans l'antiquité [)ar les uns à j::schinc, par d'autres à riiédon, ne se confondent-ils jias avec les ctx-jtixo: que Dio^rène accorde à Sntnm ? Parmi les i/.f^a/oi dont Suidas gratitie Eschine se rencontre un Y[i'j\ aoET?,:. N"est-ce pas la preuve que ces dialogues plus ou moins anonymes étaient, selon les bii)liotlir-ques. rang.'s tant.M sous un nom et tanlitt sous un autre?
2. De (Ualogis nupcr Simone Socratico adscrlptis, Leipzig. 1841.
•2oO
L'ŒUVRi: DE IT. ATON
mettro en prosence des hésitations de la critique, du conflit des thèses opposées, hiissant ainsi vagues et flottants des contours qui (hans l'intérêt du taWeau devraient être nettement accusés '. Dans les luttes civiles une l!)i de Solon enjoignait aux Athéniens de s'enrôler dans l'un ou 1 autre des j)artis aux prises : de môme c'est le devoir de l'érudit de ne laisser aucune fjuestion indécise, et de choisir hardiment entre les vraisemhhmces, chaque fois qu'il n'est pas en son pouvoir de créer une certitude.
Ou iious|)ermeftra d(» ne pas être ah^ohiment de cet avis et de nous souvenir à propos de la maxime anli(ju(^ . (hhrdam ncscire pars magna sdpienticV.
Il est vrni que le Code va jusqu'à autoriser des poursuites contre un trihunal qui refuserait de juger sous prétexte du silence, de Tohscurité ou de l'iîisuffisance de la loi ; et parmi lesdifOcuités inhérentes à l'exercice de l.i justice humaine, l'une des plus sérieuses est assurément l'ohligation où elle se trouve de [)rononcer ainsi sur toutes les causes qui lui sont légalement soumises : car que de cas comj)lexes et mal définis, dont l'instruction est restée forcément iticomplète, et on dès lors la conscience du magistrat intègre et éclairé aimerait à répondre par les mots : non liquet ? Impossihle : il faut (pi'une décision expresse intervienne, au risque de violer l'équité à seule fin de donner satisfaction à la loi.
La même règle ahsohie doit-elle prévaloir d.ins dos déhats d'un genre fort difTérent, je veux dire dans les procès d'autlienticité soidevés de[)uis un demi-siècle autour des noms les plus célèhres de ranti<|uité :' Ici, dans tous les cas, exi^era-t-on du critique, comme des juges de nos trihunaux, une solution ex-
1- Dans la Préface de son Histoire de la Grèce, Grote dépeint spirituellement l'impatience qu'éprouveront cer«ains de ses lecteurs envoyant se multiplier sous l^urs pas les termes qui traduisent une affirmation timide et hésitante: puis il ajoute: « L'auteur lui-même à qui cette contrainte est plus })éniblo encore est souvent tet-té de s»^ délivrer de ce charme invisilde par lequel !.■ paralyse une critique consciencieuse, pour forcer le possible et le probable jusqu'à les transformer en certitude parla suppression de toute considération servant de contrepoids. Mais il n'en a pas le droit ».
plicit(>, précise et formelle :> Ou-il étudie la cause à fond, (ju'il s'entoure de toutes les lumières, qu'il ne néglige aucun témoignage même éloigné, même discutable, voilà autant de devoirs auxquels il ne peut légitimement se soustraire : mais cette première tache terminée, si les faits en dépit de ses consciencieux elforts persistent à demeurer obscurs, ne lui ?era-t-il pas permis de laisser en ce qui le concerne la (juestion en délibéré ? Une telle sentence équivaut-elle nécessairement à un.' constatation d'incompétence, à une abdication coupable, impliquant ou une négligence sans excu.se ou un excès de timidité / Tout au contraire il nous send)le (juc la critique commettrait bien l)lut:)t un abus de pouvoir en créant à son usage une évidence factice, en pn'tendant rendre un arrêt en due forme alors qu'elle ne {)eut raisonnablement aboutir qu'à mettre en balance d'égales probabilités K
\oici, par exemple, les dialogues platoniciens ou |)résumés tels passés en revue dans le présent chapitre. Peut-on espérer dans cha({ue cas particulier une solution assez solidement établie, assez sérieusement justifiée pour s'imposer même à un esprit prévenu :' Peut-on même affirmer que la philosophie d'un coté, Pérudition de l'autre soit en possession des éléments d'information les plus indispensables ' Peut-on suj. poser qu'elle les réunira un jour? x\ous ne le croyons pas.
Or, dans létat actuel de nos connaissances, soutenir (pi'il est absolument, évidemment impossibleou que tel de ces dialoi^nies soit sorti d'une main qui ne lut pas celle de Platon, ou (jue tel autre au contraire ait pour auteur quelque socratique plus rai moinsinconnu,et le soutenir de telle sorte que l'affirmation opposée apparaisse à tous les yeux comme ridicule et impertinente,c'est à(juoi aueun critiijue sérieux ne voudra consentir.
1. (( C'est une partie de bien jup:er que de douter quand il faut. Celui qui i\i-c certain ce qui est cjrlaiii. et douteux ce qui est douteux, est un Lon jujre» (Bossuet). (^eux de nos lecteurs dont nous aurion'^ trompé désac^réablemoiit l'attente voudront bien se rappeler en quels termes Rémusat excusait les dialogues où Platon laisse son lecteur « embarrassé, mais averti, incertain, mais détrompé. »
r/rrrvnn DE PLATON
Encore devons-nous ajouter que deux circonstances aggravent ici d'une façon toute particulière 1 i diffif^ult'^ du problème. D'une part, nous savons combien a été populaire, et par !\ môme étendue la littérature qu'à l'exemple des anciens nous caractériserions volontiers par r('pitl]ète de « socrati- ([w » ^ : de nombreux écrivains se sont exercés dans ce genre agréal)le, et plus facile encore qu'agréable, lorsque le dialogue so borne au développement de quelque maxime élémentaire de psychologie ou de morale : or il est trop évident que pour expliquer la composition de Tun des deux Hippias, ou du Clitophmi, {)\\ du Théagès, il n'est nullement nécessaire de recourir à un métaphysicien de génie. D'autre part l'ensemble des œuvres attribuées à Platon forme une longue chaîne «ni par des transitions insensibles on passe de chefs-d'œuvre incomparables, qui comptent parmi ce que le génie humain aprodnit de plus achevé, à des œuvres non seulement médiocres, mais au-dessous du médiocre. Faisons même un instant abstraction des dialogues dont l'origine, en raison de leur éclatante perfection, n'a jamais été et ne sera jamais contestée : ne considérons ([ue les écrits dont l'authenticité a pu raisonnablement être mise en doute. Il en est dans le nombre que des qualités secondaires, si l'on veut, mais très aj)préciables encore et très réelles, heureux choix du sujet, hal)ile disposition de l'ensemble, grâce des détails, distinction du style, engagent à maintenir au nom de Platon : en réalité si Ton recueillait les suffrages, on coiislalerail bien vite que la grande majorité des juges s'est [)rononcée en leur faveur; ceux même qu'une sévérité qu'on taxerait volontiers d'exagérée a conduits à une conclusion négative sont les premiers à reconnaître qu'il est permis
1. Diogène Laërce cite plus de cent dialogues composés par des socratiques, sans compter ceux dont le cours du temps avait etTacé le souvenir. « Quo confidentius dico, écrit V. lîose [De lihr. Ainsi, ordinc, p. 68), in hoc omni negotio ex solarei ratione et studiorum historia dijudicandum esse neque ullam esse tralitorum titulorum auctoiitatem. » Remarquons à ce propos qu'un fragment de Pliilodème retrouvé parmi les papyrus d'Herculanum attribue formellement à Théophi-asto la partie considérée jusqu'ici comm • la plus authentique des Economiques d'Aristote.
CONCLUSIONS
de ne pas partager leur sentiment \ Xommons mVApolo^iie, le Criton, le Lâches, le Ijjsis, le Charmide et VEutJn/pJtron, en avouant sans trop de farons que la « question !>latonieienne » serait très probablement encore à naître, si ces six compositions avaient été seules à provoquer les soupçons des érudits. Maiheureusement pour elles, elles se trouvent en assez inquiétante compagnie : catalogues anciens et éditeurs récents leur associent en ell'et sans aucun scrupule d'autres dialogues chez lesfjuels des défauts très visibles, la bizarrerie de ridée fondamentale, une insignifiance manifeste, et par dessus tout l'absence totale de ce qu'on pourrait appeler la note platonicienne font songer de préférence à quelque socratique mettant par écrit, non sans insouciance, les entretiens véritables du maitre, ou un pastiche plus ou moins ingénieux de ces entretiens. Aussi les critiijues modernes sont-ils à peu près unanimes à suspecter ici une erreur des premiers biographes ou bibliographes de Platon; en dépit de tel ou tel plaidoyer entrepris accidentellement pour la défense de la tradition, les juges compétents ont écarté comme caduques à la fois en droit et en fait les très anciennes prétentions à l'authenticité de VEpinomis, an Minas, de VJIipparque, des Rivaux, du Second Alcibiade, du CUtophon et du Thragcs. Si Platon ne nous était pas connu d'ailleurs, ce n'est pas là assurément qu'on songerait à le chercher.
Voilà donc deux groupes assez nettement séparés, dès qu'on les envisage isolément, pour qu'il n'y ait jiresque aucun doute sur l'acquittement d'un coté, sur la eondamnatinn de l'autre. Il n'en est plus de même et l'embarras du critique renaît lorsqu'il considère que les circonstances de la cause établissent entre ces deux groupes une sorte de solidarité relative, surtout lorsqu'il constate qu'entre eux toute ligne de démarcation tranchée fait défaut. Tout au contraire, qu'on descende du jiremier
1. C'est ainsi qu'en ce qui touclie VApologle et le Criton Schaarschmidt lui-même entend que la décision soit réservée aux préférences et à l'appréciation personnelle du lecteur: mais alors pourquoi ailleurs essaie-t-il de lui imposer en quelque sorte de haute lutte ses audacieuses négations?
L'ŒUYHE DE PLAT 0.1
au second ou qu'en sens inverse on remonte du second au premier, on passe par une série d'anneaux intermédiaires «pii consUtucnt comme autant de transitions insensibles. I.e caractère platonicioii ne s'efface que Iriiteiuent et par degrés. Ce sont ici de véritables questions de nuances, et l'on sait (jue rien n'est [)liis difficile à tiancber. Faut-il dès Inrs attribuer ces dialogues en bloc à Platon, sur la Hii do^ |^]n«: satisfaisants et des mieux travaillés, ou au contraire les lui refuser en bloc également, au nom des plus médiocres et des plus imparfaits'/ Ouoi([ue ces deux bypotbèses aient eu des partisans, elles offrent Tune et l'autre (|uel(|ue cbose d'excessif qui détourne de s'y arrêter. Ainsi une seule voie reste ouverte : faire le départ entre ce qu'il faut rconserver et ce qu'on doit rejeter. Mais comment s'acipiitter de cellu tache délicate? Dans le fond comme dans la forme aucun critérium certain ne se présente, et il est trop évident que le résultat d('i>endra avant tout de la trempe desprit personnelle, des exigences spéciales, des préoccupations particulières du critique. Selon qu'il sera porté dans ces matières à la sévérité ou à l'indulgence, selon qu'il se fera telle idée ou telle autre du génie, de la carrière ou des desseins du grand pbilosoplie, quelle différence dans la solution à ijitervenir !
Ainsi, si avec la plupart des biographes on se représente les débuts de Platon comme écrivain datant d une époque où jeune encore il faisait ses premières armes en philosophie sous la conduite et pour ainsi dire aux cùtés de Socrate : si Ton songe que dans cette hypothèse il fut selon toute apparence le créateur du dialogue socratique dont la perfection, comme celle de tous les autres genres, a du être achetée au prix d'essais multipliés : si l'on remaripie ({ue les écrits ici en jeu, sauf peut-être une ou deux exceptions, s'élèvent au moins par quelque coté audessus du socratisme pU!" et trahissent par conséquent un disciple capable non seulement de le reproduire, mais de le développer : si l'on tient compte de ce fait que parmi les écrivains philosophiques grecs à nous connus, les plus ra[)prochés de Platon par leur date, Xénophon et Aristote, n'ont point dédaigné
COACL USIONS
de composer avant ou après leurs grands trait.'s des dissertations de njoiiidre importance : si l'on se rappelle que les chefsd'œuvre de presque tous les auteurs illustres, de Virgile à Corneille et de Démosthène à Gœthe, ont été {)récédés et préparés par des écrits moins parfaits, parfois même médiocres : si au })oint de vue philosophique on distingue avec soin le résultat obtenu, souvent très pauvre, des conclusions parfois assez importantes qui se dégagentdu débat pour un lecteur vraiment iiitelligent, si enfin au suu\enjr de la vénération profonde de Platon pour son maître on considère plusieurs de ces petits dialogues, et particulièrement VEuthijphron, VApolocjie et le Criton, comme autant d'improvisations de circonstance destinées à venger la réputation ou la mémoire de Socrate de certainés accusations trop aisément acceptées par l'opinion : rien de plus naturel que de se sentir porté à l'indulgence, et de concevoir la possibilité de rattacher avec la tradition au trône platonicien jusqu'à des branches stériles et informes, dénuées de grâce, de sève et de végétation.
Admet-on au contraire que Platon, génie extraordinaire et résolu à ne jamais se laisser confondre avec le commun des mortels, n'a commencé à écrire qu'après ki mort de Socrate, c'est-à-dire dans un temps où il était en pleine possession de sa supériorité intellectuelle et de son indépendance philosophique : se persuade-t"On en outre que l'auteur de tant de chefsd'œuvre, jaloux au degré que l'on sait de sa renommée d'écrivain, n'a voulu se présenter devant ses contemporains et devant la postérité qu'avec des ouvrages d'une perfection au moins relative: calcule-t-on le nombre considérable de Grecs qui élevés à l'école de Socrate ont eu en même temps que Platon l'ambition de se faire un nom par des entretiens philosophiques: a-t-on acquis la conviction que la tradition, telle qu'elle s'est constituée, ne saurait en aucim cas tenir lieu de règle décisive : tout aussitôt le point de vue se modifie, et par u'iie conséquence naturelle, jusque dans les plus achevés d'entre les petits dialogues on inclinera à ne voir que des œuvres étrangères, transportées par calcul ou par inadvertance dans l'héri-
za;.atTiriii^waiîrtv <*!
ta-0 k'i^iliiuo de Philon. Sans doute pour les rejeter aucune de ces réflexions n'est absolument pérenriptoire : mais de morne qu'en matière d'histoire il ne suffit pas qu'un fait soit possible ou même vraisemblable pour ([ue du même coup il doive être réputé certain \ de même en matière de critique la simple possibilité intrinsèque d'une attribution, quelle qu'elle soit, ne permet j)as de conclure à sa réalité ^
De part et d'autre, on le voit, les arguments invoqués sont éi^alement olausibles, dans aucun sens ils n'entraînent de solution décisive : aussi les divergences entre juges même autorisés sont-elles nomi)reuses et s'expliquent-elles sans peine. Chose plu> surprenante et qui mieux que tout le reste fait toucher du doigt les incertit'.ides du problème, on a vu des critiques éminents tels (pi'Uberwog et E. Zeller avoir sur ces questions des convictions successives, défendre avec ardeur une thèse donnée, puis passer d'un camp dans l'autre et après avoir confessé leur erreur, soutenir avec la même sincérité la thèse diaméiraîement opposée.
En face d'une toile situation, Vi-oyr.^ c'est-à-dire la suspensioa du jugement recommandée par les sceptiques anciens, fut-elle jamais plus b'gitime ? Imitons ici la prudence de Platon lui-même. Que de fois lui est-il arrivé d'exprimer avec une visible indécision dos vérités qu'il ne faisait qu'entrevoir? Il eut préféré sans doute tenir sur tous les points un langage clair, précis, catégoritpie : mais jusque dans ses affirmations les plus chères il a voulu avec une noble candeur ne pas dé-
1. (( C'est à mon sens un système d.'i)loraJ)le que celui qui consiste à dire: Cola peut être, pourquoi cela ne serait-il pas? La vérité historique ne souffre pas de pareils procédés : elle ne permet pas qu'on accepte comme vrais des faits qui sont seulement possiJ)les ou prol)ables en eux-mêmes, mais qui n'ont do garantie intrinsèque ni dans la sûreté de la tradition ni dans l'autorité du narrati^ur. Agir ainsi, c'est annuler le rôle de la critique ^) (Daremberof).
2. a Will man bei der Frage nacli der .Echtheit der Platonischen Dialoge geschichtlich und unbefangen verfahrcn, so darf man die Muglichkeit der ^chtheitnicht mit ihror Wirklichkcit und (lewisshoit verwcchseln und die letztere n )c!i nicht als ersviesen betrachten, wenn es blos nicht gelingen sollte, ihre absolute Unmoglichkeit darzutliun » (Zeller).
CONCLUSIONS
passer la limite où s'arrêtait pour hii la lumière, et aux formnles presque duhitatives qui traduisent d'ordinaire la politesse athénienne il a ajouté mainte réserve formelle dont toute l'histoire de la pensée humaine depuis vingt-deux siècles ne confirme que trop éloquemment la sincérité. Pourcjuoi en ce qui touche certains des écrits qu'on lui attribue, feindrions-nous une assurance (jui n'est pas la notre? Encore une fois, pareille hésitation n'est pas ici le prélude ou le fruit d'un doute systématiijue, moins encore un aveu de timidité ou d'impuissance : c'est l'état naturel d'un esprit qui ne cherchant la certitude que dans l'évidence, se garde avec le même soin et de négations téméraires et d'affirmations qu'il serait incapable de justitier. C'est le propre, non de la science vraie qui connaît ses limites, mais de la fausse érudition qui s'ignore de ne se résigner jamais au silence, quel que soit le point, évident ou obscur, douteux ou manifeste, simple ou complexe sur lequel on lui demande de prononcer K Dans l'histoire des lettres anciennes, écrivait E. Egger, il y a des questions qu'il est difficile d'éluder, mais auxquelles il est plus difficile encore de répondre, et à la lin d'un de ses cours les [/lus remarquables l'éminent helléniste ne craignait pas de placer cette déclaration catégorique : a Que si maintenant parles conclusions auxquelles je voudrais associer mes auditeurs je paraissais détruire certaines opinions commodes pour y substituer le doute et l'incertitude, j'aurais à ce reproche une réponse : c'est que le dente est en certains cas une conquête qui a son prix -. »
1. C'est ce qui faisait dire avec tant de sens à Quintilien : a Ex quo mihi intor virtiites grammatici habebitiir aliqua nescire ».
2. Mémoires d'histoire et de littérature ancienne, p. \)\. — On lit dans E. Zeller à la suite du passage cité dans une note précédente : « ICtwas schwankendes wird die Entschoidung einzelner Fiille immer behallen und wenn es allerdings Gesprilclie gibt, ])ei denen wir mit aller Bestimmtheit sagen konnen: u .So katin nnr Plato geschrieben haben » und andere bei denen sich ebenso beslimint behaupten lilsst : « So kann Plato nnmoglich gesch'rieben haben », so liegt doch zwischen beiden noch eine ziemliche Anzahl von solciien Werken in der Milte, zwischen denen eine solche Grenzlinie zu ziehen schwerest. » Dans la dernière édition de la Philosophie des Grecs (t. II, 1, p. 413) se retrouve la même afiirmation : « l!:s ist fast nnvcrnieid-
Pi.MuN, t. II. 17
Avant lie teran'iier ce chapitre, il nous reste peut-être un deniier point à élucider. On voudra savoir comment dans la colleclioii pivituniciennc l'apocryplie a pu ainsi se mêler h Vautlientique. Sans renvoyer nos lecteurs à la longue étude liistoiique développée (kuis la première partie de cet ouvrage, nous nous bornerons ici à quelques courtes réflexions.
La publicité ancienne dillerait essentiellement, ne cessons pas de le rappeler, de la publicité moderne : en l'absence d'un commerce de librairie organisé et de tout contrôle permanent, les circonstances décidiient seules de la destinée des ouvrag(>.s que leur importance ou leur célébrité ne protégeait pas contre l'oubli. En outre, « une des conséquences de l'invention de l'impriinerie a été d'opérer une sélection parmi les productions autographes des écrivains : un manuscrit doit avoir une certaine valeur pour mériter les soucis et les dépenses que nécessite sa transformation en livre imprimé ; chez les anciens le voliimcn créait une sorte d'égalité injuste entre les œuvres parfaites, les médiocres et les pires : les chefs-d'œuvre existaient à trop peu d'exemplaires : les méchants livres en avaient aisément autant ; ainsi s'explique en partie la prompte disparition de beaucoup d œ^ivres éminentes et la conservation de compilations informes... Entre cehii qui n'écrivait que pour lui-même et pour ({uelques amis, et celui qui visait la gloire et songeait à la postérité, il n'existait pas comme aujourd'hui une distinction précise fondée sur un fait matériel et économique. Aussi <lcvint-il bientôt très malaisé de bien composer une bibliothèque : celle d'Alexandrie, celle de Pergame étaient des amas de livres plutH que des collections bien ordonnées, et les canons par lesquels les Alexandiins essayèrent de désigner les auteurs les plus dignes de respect et d'étude
Hch, dass sich xwischen den Gcsprachen, welclie man Plato enlschieden beilegen oder absprechen kanii, aridere einscliiehcn, bei deuen man iiber einen mittleren Grad der Wahr^scheinlicldKîit niclit herauskommt. » Après avoir exposé l'étrange désaccord des érudits en ce qui touche le plus grand nombre des dialogues, TeichmiUler arrivait à son tour à celte conclnsion: « Darum halte ich cinon gewissen Skepticismus in iîetrell' der Antrkeunung l'iatunisciier Dialogefur den angezeigten btandpunkt. »
CONCLUSIO.NS 259
ne pouvaient suffire à mettre de l'ordre dans ce tl.aos ' „ De cos coasidéialious générales passe-t-on au sujet parlirul'er.p, n. us occupe, comment ne pas tenir compte des judicieuses réilcxions A\i. Egger;' ,< Quelques-uns dos dialogues <le Simon ou d'EscIiine figurent peut.Hre auiourdiiui, on Ta conjecture sans invraisemblance, parmi les ouvrages rpre le. manuscrits nous ont tiausmis sous le nom dr. i'ialon Ce d.r nier, continuateur inventiret imrdi, plutôt que simple interprète de la philosophie de son maître, n naturrllem.nt rclipsé tous ceux q;,i employaient autour de lui la même méthodedans 1 exposition des llnîories philosopiiiquos... Beaucoup d'ouvra^res circulaient alors dans le public sans nom dauteur ou sous des "on,s supposés : l'analogie des sujets a dû souvent faire -^vmp.r autour de l'œuvre de Platon des opuscules con.posés par ( es imitateurs de second ou de troisième ord.-e; mais à moins de découvertes que Ton ne peut plus guèi-e espérer, la criti,iuo ne reussii-a pas à marquer nettement dans cette riche collection le po.nt où s'arrête la main de Platon et où con.meiice lu maiu de ses médiocres émules -. »
l-;n réalité qudqucs-uns des dialogues que nous avons passés en revue reproduisent la correction aisée et le tour d'esprit un peu étroit de Xénophon et, comme mainte page des Mémora- 6k-s, semblent n'avoir d'autre but que de mettre en reliel' la superionté uitellectuelle et morale de Socrate sur les plus éclairés d entre ses contemporains. D'autres ollVent de frappantes a.,alogies avec le ton des fragments, malheureusement très rares que nous avons d'Rschine. Toutes les vraisemblances font de 1 hpnmms l'œuvre d'un disciple et d'im successeur de Platon I.iutile d'ajouter que plus un homme était célèbre, plus =a renommée contribuait à grossir son héritage, plus aussi elle attirait les plagiaires et les fiussaires. Dans le siècle même de l'iat.n, Ihppocrate et Eudoxe, Xéiiophon et Aristote étaient destinés à en faire rexpérience. Ce se.'ait d'ailleurs commHtre
I. Vidu- Eggor, Siience ancienne el science moderne. -■ La UUcralui-e grecque, p. 2i6,
L'ŒUVRE DE I'L\TON
CONCLUSIONS
un véritable cercle vicieux que de s'autoriser de la transmission intégrale des œuvres réputées platoniciennes, à l'exclusion de celles drs autres socratiques, pour justilier leur aiitlieiiticité ; il est évidiMit que si elles nous sont heureusement [)arvenuos, c'ebt préciséineiil parce ({ue rantiijuité \e> avait léguées aux âges suivants sous le couvert du grand nom de Idalon. \ous possédons de même <à peu près au com[)let les discours (pi'avait rédigés Di'mosthène : mois de môme aussi, et pour une cause toute semblable, nous lui vovons attribuer des paires qui ne lui appartiennent pas. l-lncore iaut-il se souvenir (pie les rhéteurs, s'attachant avant tout aux caractères extérieurs de l'argumentation et de la période, en étaient arrivés à se l'aire de chaque orateur classique un type idéal et dès lors, [)ar rt^spect pjur une détinition parfois singulièrement artilicielle de son talent, à lui refuser des ouvrages d'une authenticité cependant démontrée. Assurément les critiques qui se sont occupés de i^laton et d'Aristote n'ont pas été arrêtés par de pareils scruindes, soii (ju'en matière de philosophie le fuud leur paru! seul digne d'attention au détriment de la forme ^ soit (ju'un trouvât naturel de mettre au compte d'un chef d'école tout ce qui était né à s<m ombre, je veux dire, tout ce qui avait été composé à son imitation, parfois rnùme comme une exleusion ou un corleclifde son enseignement.
Et de même que ce n'est pas porter une main tt'méraii'c sur riié'ritage de l'antiquité que d'enlever tel discours à Démosthene poui- le restitU(M' à llyqjéride, à lïégésippeou à Dinarque, de même que les fervents d'Aristote ont sagement lenoma'' à le considérer comme l'auteur des trois Morales, de même ce n'est pas appauvrir Platon ni dimimicr sa gloire ipie d'effacer au moins provisoirement son nom en tête de compositions de fn.'rite iiderieur. oii tant d'inductions légitimes nous autorisent à soupçonner dos produits étrangers.
1. ].a critiquo de Denys d'IIalicarnassc est ù cet énrard singiilièrcinent instructive. Il îi"t'>L |»as de reprucho (ju'il n'adressu ;iu Mene.vcne : mais il n'en considère pas moins ce discours comme le chL-f-du.'Uvre oratoire de Platon.