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Rkfi.kxîons ruKLiMiNAniEs. — Partis ou uun de la main de Platon, les dialogues contestés que l'on vient di' passer en revue n'intt'rcssiMit (pie très médiocrement la concc[)tion essentielle et fondanientah' du platonisme : (|u"on b^s tienne poni' ai:thenti(iues ou ([u'on les rejette comme apocryphes, non seulemciit les grandes lignes de l'édifice n'en sont j)as cliangécs, mais les parties maîtresses n'en subissent aucune altiu-ation apprécial)le. Parmi ces compositions de second et de troisième ordre, il en est même contre lesquelles il n'existe auru:! argiimiMît plus décisif cpn^ leur complèt(^ insiguiliance, et la difiiculté* (ju'on ('prouve à se représenter Platon prenant In j)lume pour écrire sur des questions banales des pages sans élévation philosophique, sans caractère, sans mérite, telles que pouvait en produire le premier venu d'entre les socratirnioN.
Il en est tout autrement du Parménido^ du Sophiste et du Poliliqne. Uuehpie jugement (pie Ion en porte, ces trois dialogues ne sontpas d'u'a penseur vidgaire et renfermenl. Ii'sdeux premiers surtout, certaines pages dignes assurément de la ])lus haute attentirm. j)i^ plus ils touchent, et {>ar jdus d'un cUé, aux (cuvres vives du système, à ce point que, selon rexpression d'un co:itemporain, leur élimination entraînerait une molification « colossale » dans la notion (jue la postérité (luit garder (l'un des plus mémorables enseigiîements philosophiques de l'antiquité, bref, la part qu'il esta peu près universellement convenu de hnir faire dans lacoticeplion et l'explication du platonisme est si considérable que jiour prononcer en ce qui les concerne, on ne peut se contenter d'une affirmation entourée de quelques preuv(^s sommaires, moins encore de l'expression telle quelle de [jréférenees ou d'aversions toutes personnelles : et {)uisque nous croyons ici devoir rompre avec une tradition vieille en France de quatre siècles, à défaut des jétu-
des étendues ' nécessaires pour discuter des questions aussi complexes d'authenticité sous toutes leurs faces et dans tous les détails, nous sommes tenus de mettre en [)leine lumière les arguments considérables et àcertains égards décisifs, qui nous détournent de voir dans ces trois dialogues l'œuvre immédiate et personnelle de Platon.
Avant d'en aborder l'examen particulier, commençons par deux remarques générales, l'une et l'autre d\mc extrême importance.
Tout d"al)ord, de l'aveu unanime des critiques, ces dialogues nuus révèlent un second Platon, très diinVent de celui qui a écrit et signé le Phèdre, le Baminct. b^ Gorf/ia.^, le nhédon, le riméc, la Rt'imhliqup^ ces documents }»iatoni(icns par excellence, aussi admirables par lebon sens que parle "-énie métaphysique. Ce sont d autres préoccupations, d'autres enseignements, un style d'une sécliercsse toute didactiijue en rapport avec une manière très dissemblable de poser et d'aborder les problèmes, des conclusions inattendues, souvent contraires à celles qu'on rencontre ailleurs : d'un mot, sortis de la même plume que les dialogues préc('(kuits, le Panmhiidc, le Sophiste et le Politique nous feraient assister à une véritable métamorphose intellectuelle. Or l'imité de pensée est U marque à laquelle se reconnaissent les grandes dcctrines, et il faut des eirconstances tout à fait exceptionnelles pour riu'uîi phib sophe en vienne à déserter ses principes, à se combattre et surtout à se contredire lui-même. Nous serions en face d'un double Platon: mais qui a jamais parlé d'un double Aristote .' d'un double [lescartes/ d'un double Leibniz?S'd y a un désaccord ap])areiit entre la première et la seconde philosophie de Schelliug, c'est qu'entre celle-là et celle-ci se place l'apparition soudaine et
CONCLUSIONS
1. Pour ne pas grossir outre mesure les proportions du présent volume, on a du se borner à résumer ici ce que les lecteurs curieux de ces difficiles problèmes trouveront développé d'une part dans les ouvrages suivants • De raïUherWcité d» Parménide, Paris, Tliorin. 1873 - Études sur le PoUthnie Paris, Picard, 188S, - et do l'autre dans les Comptes rendus i\e l'Académie des sciences morales (Nov.-Déc. 1879, Janvier et P.''vri r-Mars 1890) et le? Annales de philosophie c/irétieune (Octobre 1888).
triomphante de l'iiégélianisme : si chez 1\ iul le dogmatisme de la Critique de la Raison pratique s'accorde mal avec le scepticisme de la Critique de la Raison pure, dogmatisme et scepticisme n'en ont pas moins dans l'espril de leur autiur une racine commune. En ce qui touclie Platon, toutes les tentatives imaginées pour donner une ex[)lication raisonnable de cette volte-face de sa pensée ont absolument échoué.
Les uns, comme Cousin dans un article célèbre du Globe \ ont essayé de p.irtager Im vie de Platon en trois p('riodes distinctes. Dans la première, il n'entrevoyait la vérité' ipie sous foruK' d'' pressenti monts sublimas ; le mysticisme le possède et le réclame to d entier. Mais vers le temps de la mort de Socrate commence pour le philosophe nue nouvelle existence et avec elle une mnm'ère nouvelle : à la méditation et au culte des v('rités t'iernolles sous les auspices de la rcdigion succède tout à coup ime vie aventureuse remplie d'ailleurs par des ('tudes pf'nibles et diverses : la dialectique se substituant à l'inspirai ioii riM)q)lice la poésie par la prose, le symbolisme |)ar l'abstraction, ralbiro souple cl entr;i!nante de l'ode et du dramo par le mouvement r('gulier mais j»esant de l'oidre didacti(j'ie i't le langage décoloré du raisonnement. — Le contraste que je viens de résumer est séduisant ; r(q)ond-il à la r('alité? 0 itre que les variations do Pécrivain peuvent être et sont généralement indi-pondantes de celles du penseur, sur quoi s'api)uie-t-on pour imaginer cette ingénieuse hypothèse "! sur des do;^ii monts historiques "! sur les attestations des anciens ? loin de là, ce sont les dialogues mêmes dont nous parlons qui Pont suggérée et dès lors ne peuvent en bonne logique servir à la confirmer.
L<^s autres pen-ent que cette conversion imprévue du grand pbib)-oj)iie trouverait pins naturellement sa place à la fin de sa carrière, dan? un temps oii les objections de ses disci[)les et notamment d'Aristote lui avaient ouvert les yeux sur les points
. 1. l'ne analyse assez étendue en a ôA': donnée plus haut (p, 52 du pr'sent volume^
L'ŒL'VUE DE PLATON
faibles de son système. Mais si nous possédons dans io Parmrnide et le Soplmte le dernier mot de Platon et ponr ainsi dire Tédition déiinitive, revnc et corrigée de ses théories métaphysiques, d'où vient qa'Arislote et l'antiquité tout entière ont ignoré cette rétractation, ou si le mot parait excessif, cette transformation suprême:' d'où vient qu'historiens et connnentateurs n'y font pas la moindre allusion '! (Ju'on examine les écrits (tels([ue le Innée, le Crilias, les Lois) qui appartiennent notoirement aux vingt ou aux dixdornières années de la vie de Platon ; on verra le disciple de Socrate se détourner de plus en plus des controverses métaphysiipies, des hauteurs un peu nuageuses delà spéculation j)ure pour rLq)rendre pied sur le terrain de la pratique, et se tourner de préférence vers l'étude de la nature, vers les données de l'histoire, enfui et surtout vers les applications de l'idée de justice à toutes les parties de l'organisation et de la législation sociales. Kntre le Parmniidc et les Lois, comme entre le Sophisfe et le Plicdrc, quel abîme î On nous i)arle sans (ioute d'une évolution lente (ju'aurait subie le i)latonisme du vivant même de son fondateur : mais les témoignages les moins suspects, celui d'Aristote en tête, nous apprennent que la pensée directrice de cette é\oluti(m n'<'tait autre qu'une conciliation entre la théorie des idées et la thi-orie des nombres, telle que depuis Philolaus elle s'était déveJuppée au sein du |»\ thai^orisme.
Cette réflexion en amène naturellement une autre. 11 i st incontestable (|ue le Pannâùdc, le Sophislc et le VoUtiquo. sans être pour çq.\^ nécessairement l'ieuvre du même auteur, ont vu le jour dans un milieu oîi l'éléatisme, loul (b'-cuti' qu'i! fût, avait gardé quelque prestige et passait au point di^ vue philosophique pour très su[}érieur non seulement au socratisme primitif, mais au platonisme, sa plus haute et sapins parfaite expression. Dans le premier de ces dialogues le discipjle de Xénophane tient le rôle prin.eipal que nous savons dévolu à Socrate, sauf de rares exceptions, dans tous les dialogues platoniciens : quant aux deux suivants, l'étranger qui dirige l'entretien nous est représenté en termes exprès
CONCLUSIONS
comme (^ un vrai philosophe, natif d'f:i:'(\ de la secte de Parménide et de /('non '. >)
L'jin (\i m li la p:MiS('e de contester le raractèi'e orii^inal et à certains égards si saisissant de hi doctrine éléati([ue, éclio lointain ei imprévu du panthéisme des Védas sur une terre ou le pol\ théisme et l'antropomorphisme fêtaient dejuiis tant de siècles leur triomphe. Tout en demandant aux noml)res l'ex- })lication du moiide, Ps thagore bii-no'me, loin de détourner son regard des choses créées, avait eu le pressentiment des lois harmonieuses (]ui pré^dent à l'ordre et à ja vie de l'univers. l/('b'atisnie est-il soi'ti d'une protestation de la conscience contre les erreurs de la ni\ tholo^ie vubaire ? nu bien, comme tendraient à le prouver cei-tains vers de X('noi)!iaiie et de Parménide, est-ce une tentative dcsesjxoée pour assurer à l.i science \\\\^ base solide en dehors des hypothèses contradictoires où se perdaient les oucriGAoyoi essayani d'expliquer tout ensemble resscnce comnmne et la nature dillerente des corp^? l*onr l'arnn'nide, le V('ri!;d)l(3 métanhvsicien du sv>tème, est-ce (puî tout se résume en im Dieu concret, endiras-ant toutes les iM'.iîités dans son infinitude, ou au contraire est-ce ([ue rensemble des clioses vient en quekjue sorte se fondre dans la liOtion de l'être en soi, de l'être abstrait, au sein duquel il n'y a })lace ])0ur aucune séparation, pour aucune dillVoence/ Oue penser diî la p;démique obstinée de Z('non contre la j>luralité, de cette (lia!ecti([ue destructrice qui pour le n!;d!ieur de la Grèce eut aloi's un si prodigieux succès-? De (Uîchpie façon qu'on tranche ces piol)lèmes très controversés, on discerne mal comment l'idéatisme aurait pu, surtout au lendemain de la mort de Socrate, s'imjioser à celui dont la doctrine entière est visililemciit domiut'e par cette formule célèbre : :v v.vX zoA/.à. Si dans le Thcctcte Platon parle avec vénération de Parménide. c'est (ui se hâtant d'ajouter : u J'ai grand i)eur (jue nous ne conqin^-