M. FouiUée
2. Voici sur ce point l'aveu d'un juge impartial, quoique favorable malgré tout à l'authenticité dudialogue : « Der zweite Tlieil stelit in MissverhiiUniss zu den im ersten Theile aufgeworfenen und begrïmdelen Bedenken, da unter diesen solclie sind welchedie Ideen iiberhaupt, also auch trolz der Fassung auihehen, iu der sie iui zweiten Theile mit dem Yielen gesetzt werden ».
:>. On aurait sans doute la ressourcede voir avec Schleiermaclier ctMunk dauR ]e Parménide « un méchant essai de jeunesse » : mais pareille iiypothése est ce qu'il y a au monde de plus invraisemldable.
4. Citons notamment les mots 7(oo\; et ywpîrîiv (jui reviennent sans c<\ se
f "!'mc-, et des plus importants, ne son! ni diTinis ni piécisés nulle part : tout est laissi' dans un vague qui devait ouvrir et ({ui en ellet a ouvert la porte aux explications les plus arbitraires. Bref, sous(|uel(pieaspectqu'on l'envisage. le Parmr/ude est un ehef-d'œuvre d'obscurité, où l'on cherche vainement le stvle, les doctrines, la pensée et le génie propre de Platon. Serait-ce donc, répéterons-nous avec M. Janet lui-uîème, le dépouiller d"un<^ bien grande partie de sa gloire que de lui eidever une anivre aussi extraordinaire?
Le Soplùsie
Le Sophis/r nous retiendra plus longtemps. Ici en effet d'une part les motifs d'.. athétèse o sont à certains égards moins pressants, moins (b'cisifs : de l'autre quelques pages de ce dialogue ont une telle im{)ortance pbilosophique (]ue d'éminents critiques ont cru y frouviU' la clefde tout le systèmeplatonicien.
I. Le dialogue s'ouvre par ces mots : « Comme nous en étions convenus hier, Socrate, nous arrivons j)oncluellenient et nous t'amenons cet étranger. » Est-ce que par basard ce rendez-vous serait indiqué dans ini autre entretien? «^ Il semble, répond Cousin, qu'il s'agit ici dti Théctcte, lequel se termine en effet par un engagement de reprendre le lendemain la conversation interrompue ». Mais pour admettre que ce rapprochement ait quelque valeur, il faut n'avoir lu les dernières lignes ni du ProtagoraSy ni du Lâches, Dira-ton que nous avons ici un premier modèle ou une imitation de la trilogie
dans la polémique d'Arislote : vivo;, ^âvra^raa, vpâtJîj.a (dans le sens dVcnï qu'il n'a pris qu'au temps de Callimaque), etc. sans parler de certaines particularités grammaticales moins importantes, comme le futur ysvT,ôrjToixat (141 E) lequel n'apparaît qu'après la période altique, et le retour extraordinairement fréquent de la locution oCos [xr.v dont l'usage, comme on le sait, est allé croissant au cours du iv^ siècle ; or <>n la rencontre aussi souvent dans le Parménide seul que dans tous les autres dialogues réunis.
formée parla République, le Timée et le Critias'? Mais si certains éditeurs de Platon ont imprimé le Sophiste immédiatement à la suite du Théétcte, les interprètes du platonisme n'ont aperru entre ces deux dialogues qu'un lien tout artificiel; Stallbaum reconnaît que l'impression produite de part et d'autres est toute diiïérente. et Grote déclare sans détours que le Sophiste n'est pas plus annoncé dans le Théétète qu'il ne le continue. Et en elfet, sujet, méthode, ton, style, attitude des divers personnages, de l'un à l'autre tout change, tout se modifie.
Et d'nbord, pourquoi l'introduction de cet hôte nouveau désigné contrairement à toutes les habitudes de Platon par la simple qualification d' « étranger >^ lï^vo:)? Faut il voir une inspiration heureuse dans la création de ce m('ta[)hy?icien fictif, dont le rùle comporte une réfutation en règle de cette même doctrine éiéatique qu'il est censé personnifier!^ au fait s'il a traversé tous les systèmes, comme ses paroles le feraient croire, il ne s'est arrêté à aucun.
Voilà le héros du dialogue. Et que devient donc Socrale, en tant d'autres discussions Tadversaire éloquent et rheureui vainqueur des sophistes, Socrate, qui dans le Théétète précisément vient de donner un si remarquable exemple de supériorité philosophique? Il disparait de la scène, réduit au rùle peu glorieux de comparse muet. De même le Théétète du Sophiste ne fait guère songer à l'intéressant jeune homme que Platon nous a dépeint sous les traits les plus sympathiques : si intelligent la veille, alors qu'il s'entretenait avec Socrate, pourquoi en présence de l'Etranger semontre-t-il à la l'ois si ignorant et si timide ?
Enfin il n'est pas jusqu'au titre même du dialogue qui ne soit pour surprendre, comme celui de son frère jumeati le Politique, Sauf quelques exceptions saillantes qui s'expliquent sans peine, tous les écrits de Platon portent en tète un nom propre, celui d'un des interlocuteurs de Socrate. En revanche chez ses contemporains ou ses successeurs moins habiles que lui à animer des personnages, les désignations vagues sembla-
bles à celle que nous rencontrons ici deviennent extrêmement fré({uentes.
II. Le point de départ de lacontroverse. bien dilb'rente de celle qui remplit le Théétète, c'est la confusion perpétuelle que fait le vulgaire, au dire de Socrate, entre le politi(jue, le sophiste et le philosophe. Il s'agit de marquer chacune de ces professions par des traits précis. Xous possédons le Sophiste et le Politique : d*où vient que le Philosophe nous manque? Qui donc était mieux préparé à l'écrire que l'auteur de la République, du PhédoH et du />r/nquet?
Somme toute, la séparation promise reste dans une sorte de pénombre. Certains passages de notre dialogue visent les sophistes les plus di'criés : d'autres rappellent l'étymologie originelle du mot, au temps où Hérodote l'aj^pliquait sans scrupule à un Solon ou à un Pythagore : ailleurs enfin le sophiste et le philosophe sont si étroitement rapijrochés qu'on ignore en vérité au({uel des deux on a affaire. De la part de Platon, voilà qui doit étonner.
Mais comment va procéder l'étranger? Imitera-t-il, fidèle à Pesprit platonicien, la controverse familière de Socrate ^^ Il s'v essaiera sans doute : mais quelle reproduction lointaine et toute superficielle! Le sage qui converse librement sous un porti(|ue d'Athènes ou aux bords de Pllissus fait place au maître qui expose méthodiquement ses théories au milieu du silence de son école. Compris comme il l'est ici et dans la majeure partie du Parménide, le dialogue n'est plus un ('change fécond de pensées entre esprits curieux et indépendants, une recherche en commun de la vérité, où les reparties o\ les objections ouvrent à chaque instant à la discussion des horizons nouveaux : c'est une lecture didactique, sous forme de questions le plus souvent sans autre réponse qu'une exclamation de surprise ou un acquiescement sans réserve. Aux timides interpellations de Théétète et plus tard du jeune Socrate, l'étranger qui a demandé lui-même « un interlocuteur facile et de bonne volonté » (^217 C) ri'pond tantôt avec sérieux, tantôt
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L'ŒUVRi: DE PLATON
sur un ton de plaisanterie. Se plaignent-ils de la longueur de certains développements aussi stériles que fastidieux^ 11 insiste sur l'importance de ces distinctions subtiles, de ces redites qui paraissent oiseuses, mai? qui miiti ibuentà ce qu'il appelle lui-môme « la gymnastique de la pensée. » Sent-il leur patience à bouf:^ Il leur cède adroitement, les excuse, leur propose une route nouvelle, ou mêle à ses déductions logiques une digression inattendue d'esthétique ou de morale, sauf à reprendre ensuite de plus belle le fd de sa laborieuse argumentation.
111. La véritable originalité d'un penseur consiste souvent beaucoup moins dans les théories auxquelles est attaché son nom ([ue dans la roule ([ui l'y a conduit. Or comment entend procéder l'Etranger? - De quelque objet qu'il s'agisse, mieux vaut être d'accord sur la chose en la détinissant que sur le nom sans la définir. - Jusque lapas dobjection : \e Phèdrr el bien d'autres dialogues contiennent semblable recommandation. Mais que penser de ce qui suit:' « Dans toutes les grandes entreprises, dont on veut se tirer avec honneur, c'est une opinion générale et fort ancienne ([u'il convient de s'exercer d'abord sur de plus petits objets pour n'arriver ([u'ensuite aux plus grands. » Non seulement dans la bouche de iMaton ce langage est absolument extraordinaire: mais les commentaires ridicules qui raccompagnent ^ en aggravent encore l'invraisemldance. Ainsi, ce que l'on poursuit, c'est la définition du sophiste : comment y atteindre? en cherchant celle du pécheur à la ligne: u n'est-ce pas là un objet à la portée de tous et ne réclamant qu'une médiocre attention? »
Ici commencent ces interminables dichotomies, comme on les a appelées, qui donnent au Sophiste et au PnlUique une physionomie à part, je ne dis pas simplement dans l'œuvre do Platon, mais dans la littérature philosophique tout entière. Font-elles honneur à leur auteur^ il est permis d'en douter.