Sophiste, 258 B
2. « Das Dilcmma das dem Gespriich unterlaiift, im AUgemeinen wie im Besonderen der Négation ein Weseii zuzutiieilen, dadurcli abcr conséquent die Ideen gleiclien Sctiwierigkeiten aus/usetzen wie die Dinge, wûrde, wenn Platon selber Ideeii vom Negativen niclit angenommen hàtte, dies als einen Widerspruch erschcinen lassen, aber so, dass ibre Annahme auf der andern Seite eine Aufhebung der Ideenlehre seUjer involvirt « (Alberti, Geist und Ordnung Plaionischer Schrifleii. p. 17).
posés SOUS cette forme devant l'esprit de Plalon?Etce point accordé, les eut-il traités et résolus comme on vient de le voir, menant en péril ou renversant à chaque instant son i)ropre système? Un esprit impartial et éclairé aura de la peine à s'en convaincre.
X. La langue de l'auteur n'étonne pas moins que ses idées. Lelecleur à qui les écrits de i4aton sont familiers se sent ici plus d'une fois dépaysé. Les locations insolites et pour parler le langage des érudits, les ara? S'pr^fxfva abondent : le Lexicon platonicum d'Ast n'en mentionne pas moins de vingt-deux à la seule lettre A. Mais ce qui frappe encore plus, c'est de voir certains termes tels que £>5y-/o:, S'>;7.tjLu, d-ozix, à-ôSci;i:, oâ^i; et àvT'OcTi: employés avec une signification technique (pii ne leur a appartenu qu'après Platon : maintes fois on est transporté on pleine terminologie aristotélicienne.
Quant au style même, il est méthodique, écrit Thurot, au point d'être pédantes(iue. La clarté et l'élégance habituelles du maître font ici presipie complètement défaut. Est-ce une œuvre de jeunesse, composée à Mégare au lendemain de laïuuitde Socrate ? Toutes les vraisemblances s'y opposent. Est-ce une œuvre de vieillesse conçue alors que Platon était depuis longtemps chef d'école? Les Lois qu'il nVut pas le temps d'achever nous renseignent sur le -enre de composition qui avait alors ses préférences : rien de moins ressemblant, on eu runviendra, à la sécheresse dialoctiquo du Sophiste.
Ce dialogue offre-î-il du moins une unité organique, une homogénéité réelle? 11 serait .tifiicilrMle le prétendre en présence des digressions de tout genre ([ui s'y succèdent. Faut-il mettre au compte (lu sujet les lenteurs inaccoutumées du (h'veloppement, ces retours incessants sur le chemin parcouru? La comparaison de la Rrpufjli<pœ et du Phédon suffit pour réduire cette excuse à sa juste valeur.
Si de l'écrivain nous passons au philosophe, nos doutes iront plutôt croissant : qu.jhques pages que Platuii n'eut pas désavouées ne sauraient en elT^t donner le chani?e sur l'ensemble.
CONCLUSIONS
;oi
La théorie des idées est supposée depuis longtemps connue et enseignée. sauf à n'être acceptée qu'avec des modifications qui la rendent méconnaissable. Qu'un dise avec les uns qu'elle revêt dans le Sophiste une forme plus ésotérique et moins populaire, ou avec les autres qu'elle y entre en composition avec les données de l'expérience, il reste qu'elle est déclarée insuffisante et même contradictoire.
De plus, chose curieuse, autant sur certains points l'auteur s'éloigne de Platon, autant il se rapproche d'xVristote. En veut-on la preuve?
Aristote a attaché son nom à la distinction de l'acte et de la puissance ; une assertion du Sophiste n'est que Pécho de cette doctrine.
Aristote a créé dans ses Catégories la théorie du relatif ; Crote déclare que cette même théorie est exposée en maint passage di! Sophiste.
Aristote a introduit dans la métaphysique la notion du nonêtre relatif (cTepr^at;), qui mar(iue seulement l'absence de tel attribut, op[)Osée à celle du non-être absolu (à7:6oa'7t:), suppressive de l'existence même. L'auteur du Sophiste fait de cette distinction une des bases de son propre système : à chaque instant dans sa longue discussion sur le non-être il prend soin de la rappeler.
Aristote défiuit la philosophie première « la science de Pêire en tant qu'être ». L'Ptrauger se représente en termes ideuti(|ucs le domaine et la mission du philosophe.
Aristote accorde une réalité positive aux êtres particuliers: il n'eu va pas autrement dans le Sophiste.
Aristote reproche aux idées immobiles d'être incajiables de déterminer en tant que causes aucun acte, aucun mouvement. La même objection ost développée avec beaucoup de vivacité dans le Sophiste.
Voilà pour le loud du dialogue : dans la forme l'esprit aristotélicien est encore plus sensible, comme Grote lui-même n'a pu s'empêcher de le remarquer. L'érudition philoso|)hique. telle qu'elle s'étale dans \e Sophiste, la controverse philosophique.
L'ŒUVRE DE PLATOiN
CONCLUSIONS
telle qu'elleyesl pratiquées passent universellement pour dater d'Arislote et de son école.
A coup sur le Sophiste, quoi qu'en pensent Ficin et les Alexandrins, est très supérieur au Parménide - : le style philosophique y dispose d'un vocabulaire plus riciie et à certains éi2:ards phis précis : la discussion y suit une marche moins dérai.>ijiiiribli' et moins ténébreuse. Néanmoins un lecteur impartial conviendra qu'à ce point de vue l'ensemble ne fait guère songer à Platon. Vai dehors même du désaveu explicite infligé sur plus d'un point aux théories fondamentales du célèbre philosophe, il n'est pas nécessaire d'avoir beaucoup pratiqué ses écrits pour s'étonner de ne rencontrer dans ce dialogue ni son inspiration prati(jue, ni sa profonde et pénétrante morale, iii, ce qui est plus significatif encore, son souffle et son esprit.
l.e Politique
I. Dans l'examen sommaire auquel nous soumettons ici l'authenlicilé des divers dialogues réputés platoniciens, le 5o/?A?We méritait une place à part, proportionnée à celle qui lui est accordée d'ordiuaire dans la reconstruction et l'interprétation du platonisme. Quoique selon toute apparence lœuvre du même écrivain, et malgré les liens de tout genre qui le rattachenl au Sophiste ^ le Politique est très loin d'avoir une égale importance : aussi nous retiendra-t-il bien moins longtemps.
1. « Die Untersuclmng haut sich ûberliaupt auf àvTiXoytDttç, jaèvavTioÀoyiatç und fort und fort sich neu erhebenden àTiopbc; auf » (Deuschle).
2. Ces deux dialogues sont-ils nés dans une même école f La chose est probable. Sont-ils de la même main ? Nous ne le croyons pas. On a dit que les thèses du Pannénkle étaient reprises et confirmées dans le Sophiste, où se trouverait en même temps la réponse aux objections les plus décisives du vieux philosophe éléate contre les Idées. Tiien de moins démontré. Ce qui paraîtrait plus logique, c'est de voir dans un passage déjà relevé du Sophiste (259 B) une satire à peine déguisée de l'argumentation aussi captieuse que stérile du Parménide-.
3. Relevons en particulier ce fait que contrairement à toutes les habitudes de Platon l'auteur a pris soin de marquer en termes exprés (2GG D,
C'est à coup sur une idée singulière que de choisir pour diriger une discussion sur la j)olit!(|ne un représentant des théories éléaliques auxquelles cet ordre de recherches est resté sans doute totalement étranger. Uuant au jeune Socrate qui lui sert de répondant, on ne saurait mieux le comparer qu'à ces figurants de théâtre dont tout le rnle se réduit à transformer par leur présence un Jong monologue en un semblant de conversation.
S'il était vrai, comme Grote l'insinue en plus d'un passage, que Platon dédaigneux des résultats positifs de la science n'a eu d'autre but que de créer chez ses disciples une aptitude dialectique universelle, \q Politique commo. lo, Sophiste répondiniî assez bien à ce programme. Sans parler des questions de méthode ({ui b y trouvent agitées, en l'absence visible de tout plan régulier, un véritable luxe de divisions, de distinctions et do digressions de toute nature interrompt constamment 1 enchaînement naturel des idées. Une fois entré dans la voie des comparaisons et des exemples, « indisj^ensables auxiliaires de quiconque veut cuiinaitre les grandes choses », Fauteur, nous avons déjà eu occasion d'y insister, s'abaisse à un degré de banalité, presque de vulgarité bien propre à éveiller des soupçons. Sans doute dans des dialogues éminemment platoniciens l'art de diviser est proclamé comme il l'est ici une des opérations essentielles dulogicien : mais l'application qui en est faite, plus artificielle encore et plus compliquée que dans le Sophiste, ne permet guère de songer à un esprit aussi élevé, aussi judicieux que Platon K A plusieurs reprises l'auteur, déclarant la méthode employée défectueuse, s'empresse de « prendre un autre point de départ et de suivre une route différente. » C'est pour ce môme motif quil essaie de corriger par le récit d'un mythe la sécheresse rebutante de la première moitié du dialogue.
28iB et :Î9GB), par des renvois tout semblables à ceux que nous offrent les écrits d'Aristote, que le Politique continuait le Sophiste.
\. Que penser notamment de définitions comme la suivante : « La politique est Tart de gouverner volontairement des bipèdes qui s'y prêtent volontiers »?
I/ŒUVRE DE PLATON
(( Cet nui vers, écrit-il, tantôt Dieu lui-même le dirige dans sa marche et lui imprime un mouvement circulaire : tantôt il l'abandonne, lorsque ses révolutions ont rempli la mesure du temps marqué... De là des convulsions redoutables, des bouleversements violents, suivis d'une période de calme, après laquelle les éléments discordants redeviennent graduellement les maîtres, menaçant l'univers d'un retour au chaos. »
Ce mythe, à propos de la définition du politique, peut paraître assez peu naturel : mais ce qui est plus grave, c'est que les enseignements qui y sont ou formellement exprimés ou implicitement contenus s'accordent mal avec ce que nous lisons dans les dialogues les plus authentiques. Que devient ici notamment le dogme de la Prnvjflence. enseigné avec tant d'éclat par Socrate et Platon :' Le profond métaphysicien qui a écrit des pages si éloquentes sur ],i bonté et la toute-puissance de l'Etre suprême peut-il admettre que la divinité passant successivement de l'inertie à l'acte, et de l'acte à l'inertie abandonne son œuvre au risque de la voir périr ? D'autres philosophies, celle de rinde par exemple, et en Grèce d'autres penseurs, au premier rang desquels se placent les stoïciens, ont cru à ces alternatives de création et de dissolution, de réveil et de sommeil du monde condamné à traverser des périodes fatales de trouble et de décomposition : mais, comme chacun le sait, le démiurge du Timée confère expressément aux astres et à l'univers sorti de ses mains le privilège d'une indéfectible immortalité.
li. un a dit que le gouvernement de la science, tel qu'il est esquissé dans le Politique, était sous d'étroites proportions Toriginal dont la République nous offre la copie agrandie et développée. Soutenir cette thèse, c'est s'attacher à des ressemblances apparentes et négliger des différences essentielles. D'un coté, le politique et le philosophe sont nettement séparés : de l'autre ils sont étroitement rapprochés, presque confondus \ Nul n'ignore quelle est pour Platon la condition par excellence
1. Voir notamment le célèbre passage de la République (VI, 473 G).
CONCLUSIONS
imposée aux futurs dépositaires de l'autorité : c'est la connaissance et la possession de la dialectique, qui seule les rendra capables de saisir dans toute sa pureté l'essence immuable du vrai, du juste et du beau. Or dans le Politique il n'y a pas un mot de ce programme si élevé d'éducation ^ ; on n'y rencontre pas même une mention loiniaine de ce bien que Platon plaçait au sommet du monde intellectuel comme le soleil qui l'éclairé : à quoi bon d'ailleurs aspirer à ces hauteurs, puisque l'unique mission, ou à peu près, du politique, mission d'une nature toute pratique, est u d'unir les caractères forts et modérés dans un tissu royal de façon à réaliser le plus heureux mélange » (311 A)? C'est un chef de haras, un bouvier qui s'entend à perpétuer les meilleurs sujets du troupeau.
Sommes-nous en présence d'une œuvre de jeunesse, prélude négatif aux affirmations de la Rr publique^, est-ce une réfutation des attaf[ues dirigées contre ce dernier dialogue:^ ou une transition entre la cité idéale dont Platon s'était d'al)ord épris et les procédés fort différents de gouvernement complaisaminent développés dans les douze livres des Ao/s? Toutes ces li\pothèses uut été proposées : aucune n'est satisfaisante. L'auteur du Politique, adoptant l'idéal de Xénoplion, rêve d'un roi doué d'aptitudes exceptionnelles pour commander à un peuple de sujets ^ qui n'a contre l'oppression d'autre garantie que la vertu du monarque. Rhétorique, art de la guerre, pouvoir judiciaire, tout relève de ce souverain, moins en raison de sa science que du rang élevé dont il est revêtu. Un écrit, justement désigné par le sous-titre -spi iaTiXaia;, car il ne connaît que la royauté et ne parle que d'une dictature (294 A), se comprend mal sous la plume de Platon : sa date doit être plus récente. (( C'était une idée courante à la fin du iv^ siècle que pour
1. N'est-il pas étrange que dans un dialogue rattaché étroitement au Thééiele toute ligne de démarcation disparaisse entre les divers modes de connaissance, l'opinion vraie ou même simplement l'opinion tout court (309 G, 310 E) obtenant tous les honneurs réservés par Platon à la science comme au seul instrument d'initiation philosophique?