Dictionnaire des sciences philosophiques, article Platon
1. Nous pousserons plus loin nos concessions. Ceux-là même qui accepteront les conclusions ici formulées accorderont sans peine que l'étude du Parménide et du Sop/iisle continue à s'imposera quiconque entreprend une analyse complète et une discussion impartiale du platonisme, au même titre que la lecture de certains écrits de Hobbes, de Gassendi et d'Arnaud est indispensable à tout historien sérieux des théories cartésiennes.
2. Cf. Cicéron, De Finibus, V, 4. Ce n'est pas seulement Platon dans le
L'ŒUVKE DK PJ.ATON
CONCLUSIOÎSS
gage spéci i], riche en abstractions. D'autre part, descendue de de la région supérieure des Idées, parfois compromise dans des alliances équivoques avec une certaine sophistique, la dialectique ne cessa pas d'être cultivée dans les écoles à titre d'cxercice de gymnastique intellectuelle, de simple prélude à l'œuvre ultérieure de la métaphysique K Or tel est bien le caractère qui lui 04 ici assigné. Enlia l'atlilude prise dans ces trois dialogues à l'eiKlroit do la théorie des J'iées s'explique dès qu'on se l'appelle que Speusippe et Xénocrate Tabandonnèrent " et qu'Aristote mit son génie à en faire la critique.
El! vient-on à les examiner de plus près^ Le Parmcnide trahit une époque de doute et de défaillance intellectuelle : et ce trait caractérise incontestablement les générations contemporaines de Pyj'rhoii et d'Arcésilas. Le Sop/usfe et le Politique sorlenl dune éjole oi:i la philosophie commençait à perdre tout contact avec la vie ; or que furent le stoïcisme et l'épicurisme, sinon une réaclion nécessaire contre l'abus des controverses ]ogi((iie'. pointilleuses et stériles?
On a souvent parlé de l'éiéatisme ou plutôt du a mégarisme » qui perce dans ces trois dialogues : le mot est peut-être juste, mais dans un sens assez dillérent de celui qu'on entendait lui donner. Euclide, dit Cousin, fonda sur la dialectique de Socrate, corrompue par un m<'lange adultère avec la tradition éléatique, une école éristique qui dégénéra bientôt en un foyer de scepticisme : mais on comprend que grâce h lui et à ses disciples les enseignements de Parménide fussent encore assez répandus au temps d'Aristote pour que l'auteur de la Métaphysique ait jugé opportun de les réfuter en mainte occasion. Si d'ailleurs des raisons chronologiques nous détournent d'attribuer le Parmé-
Philèbe, c'est Isocrate dans son Panalhénàique qui accuse la foUe passion de la jeunesse instruite d'alors pour les arguties de la dialectique.
1. « Pliilosophi eloquentiam despexerunt, oratores sapientiani » (De Orafore, III, J9).
2. Aristote {Métaphysique, XIII, 9, 1086a2) dit des platoniciens de son temps qu'ils avaient reconnu tt.v irsp^ «rà zUr^ a-ja/épstav xa\ 7:Xâ(X'.v. Il serait facile de relever dans le Politique des traces du pythagorisme attribué à Xénocrate.
nide au fondateur même de l'école de Mégare, Stilpoti qui ilurissait à la fin du iv* siècle et compta le stoïcien Zenon parmi ses élèves fut « un de ces hommes que l'on voit apparaître au déclin des écoles et qui par leur valeur persomielie leur rendent un instant l'éclat qu'elles n'avaient plus et qu'elles perdent avec eux. ^ » Il est cité expressément comme ayant nié la réalité des Idées : Diogène Laërce qui nous l'apprend ^ ajoute que ses dialogues «'talent des compositions « dépourvues de toute chaleur » : la qualilication s'applique d'elle-même au Parménide.
Socher avait cherché également l auteur du Sophiste et du Politique dans les rangs des Mégari({ues : il oubliait que cette école soutint avec opiniâtreté l'immobilité de l'être directement attaquée dans le premier de ces dialogues. Pour nous le Sophiste (avec le Politique qm en forme la suite) est rouvre d'un platonicien dissident, frotté de péripatétisme, si Pou peut employer cette expression ^ L'histoire nous montre ({ue Platon n'eut ([ue des héritiers infidèles, incapables de maintenir sa doctrine dans toute son intéi^^rité : Penseic^nement rP l'Acadé-
mie revêtit de |)lus en plus un caractère mathématique et abstrait (pii justifie tout à la fois certaines affirmations et certaines critiques également inattendues. I/éclectisme inconscient ou prémédité qui se fait jour soit dans la définition du sophiste, soit dans l'analyse des attributions du politique, soit dans l'explication de Pêtre, soit dans l'examen de la théorie des Idées répond certainement à la tendance générale du mouvement philosophique durant la seconde moitié du iv^ siècle.
Maintenant ne consentir à effacer ici le nom de Platon que pour y substituer un autre nom propre dûment qualifié, c'est, il me semble, à la distance où nous sommes de cette époque et avec le peu de renseignements que nous possédons sur les