IMPORTANCE ET DIFFICULTÉS DU PROBLÈME
est mis constamment en face d'interlocuteurs différents '. Donc pas de renvoi possible à une conversation précédente, alors même que la question y aurait été réellement traitée : un lien extérieur rattache l'un à Tautie tel et tel des dialogues (]ui figurent dans la collection [)latonicienne, mais c'est tout-. Aristote en écrivant rappelle volontiers ses autres comj)ositions, ce qui met aux mains de ses interprètes quelques données intéressantes [)our reconstituer la succession de ses ouvrages ^ : chi'Z Platon les allusions de ce genre sont rares et comme involontaires, d'ailleurs toujours conçues en termes si vagues qu'elles se refusent à toute conclusion précise. Citons au hasard (juelques exemples. Au chapitre xvni du Pliédon, il est très probable que Platon songe à un des épisodes les plus connus du Mihion : mais il se garde bien de le laisser voir. Dans un passage du Protagoras, on lit : « Nous examinerons une autre fois (e'.ffy.oOi: ':y.c^{;o[X£07.) ce qu(^ peuvent être cet art et cette science de la mesure », et à la fin du même dialogue le sophiste d'Abdère prend congé de Socrate en lui disant : <> Nous recausm^ons de tout cela quand tu le voudras (s'.^aOO'.; Sisçi^i-sv) \ •> Ciia [ue fois qu'il arrive à Platon de s'exprimer de la sorte, a-t-il déjà dans res[)rit le plan d'un entretien nouveau? Bien téméraire qui voudrait le prétendre.
A défaut du témoignage du philosophe, aurions-nous celui de ses contemporains et de ses successeurs immédiats:^ Pas
\. Cette seule circonstance rend déjà suspect l'un au moins des deux Ilipplas et des deux Akibiadc. « Froilicli liep^t bei solcher Homonymie der Verdacht gegen die Iilenlitat solir nahc. » (Bergck).
2. Je veux parler ici de la trilogie formée par la iiépubliqiie, le Timee et le Critias. A propos de celle que la tradition a élal)lie entre le Théélete, le Sophiste et le Politique, jI n"est pas sans intérêt de rappeler que les renvois exprès du Politique {2QGD, 284D et :28(;D) an Sophiste, renvois absolument en dehors des liabitudes de Platon, constituent un véritable argument contre l'authenticité de ces deux dialogues.
3. Il est vrai que ces renvois étant assez souvent réciproques (entre la Poétique et la Rhétorique, par exemple) ne jettent sur la question de priorité qu'une bien faible lumière.
4. Quelques critiques ont cru voir la première de ces promesses tenue dans le Politique, la seconde dans le ^JénonQi le Gorgias. De même le Théélete répondrait au Charmide [W^D), et le Lâches à la République (IV, 430G).
L'a:UVRE DE PLATON
davantage. Nous savons par Arislote ce que la lecture la [>liis superficielle suffirait à révéler, à savoir que les Lois ont été composées après la République, Diogène LaT-rcc ajoute nv^'ine. nous l'avons vu, que leur preniiùre [lublicatiou fut Tœusre de Philippe d'Opunte. I.e nirrae compilateur uientiouue le bruit d'après lequel le Phèdre aurait été le début de Platon dans la carrière d'écrivain ' : mais les motifs allégués pour justifier cette supposition ne sont que des impressions personnelles. D'autres récits dont l'origine est diflicile à vérifier veulent que le Lysis ait paru du vivant de Socrate -,, (jue Platon ait été sur[)ris par la mort pendant ({u'il eûmp.)sait le Crilif(s% enfin que les deux sophistes Protagoras et Gorgias aient eu connaissance des dialogues publiés par Platon sous leur nom '*.
Voilà à coup sur des indications manifestement insuffi^^antes, comparées à retendue et à la complexité du problème à résoudre. Aussi ]es critiiues modernes se sont-ils inizénié de mille manières à y suppléer. Les pages qui vont suivre ren^ dront sur ce point un éclat.int témoignage à leur feitililé d'invention.
1. m, 38 : Aôyo; ôÉ -pàJrov Ypâ-^at a^Tov tov <I>aïôpov. On lisait autrefois par erreur >ôyov, ce qui présentait la phrasi' comme une assertioii «l'Euplîorion et de Panétius, cités trois lignes plus haut. Cf. Cicéron, Orator, 13.
i\ Diogéne Laërce, 111, 35.