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quo plus tard. En composant ses écrits, qui d'ailleurs font occupé du commencement ii la On de sa carrière, Platon n'a certainement pas eu la préoccupation que iMuîdv lui a prêtée.
Somme toute, il faut renoncer à reconstituer à l'aide soit des documents, soit d'éléments historique^, la suc(^ession chronologique des dialogues. « Veut-on, écrit Saisset, les classer comme on est en mesure de classer les tragédies de Racine vi les comédies de Molière? Veut-on savoir à quelle époque pr('cise chacun d'eux a été composé, si c'est avant ou après tel autre, et tout cela d'une manière certaine et irréfragable? Le problème ainsi posé est insoluble : il surpasse les forces de la criti;pje et dût-on faire de grands progrès dans la connaissance de rantif{uité. dût-on découvrir de nouvelles sources d'information, ce qui n'est pas probable, on n'aboutirait pas à un résultat aussi comphH, aussi précis, aussi certain. »
lîT. — 11 semblait donc qu'on dût désespérer de résoudre le problème par voie objective, comme l'on dit en Allemagne, et par !în [)rocédé absolument indépendant des caprices et des conclusions personnelles de l'écrivain. Or, voici que depuis vingt ans la critique a tenté en ce sens un dernier et suprême elfort, dont personne auparavant ne s'était avisé. L'Allemagne, si féconde en philologues et en hellénistes, a imaginé d'appliquer à la solution de toutes les questions de ce genre une méthode très en faveur dans notre siècle positif : la statistique. Seulement cequ'il faut dresser ici, ce sont des statistiques verbales : il s'agit de contriMer attentivement, minutieusement, le retour de certains mots, de certaines expressions, de certains tours de phrase, afin de tirer ensuite de ces additions comparées des inférences que plusieurs inclinent à regarder comme irréfutables. On reconnaîtrait à ces chiffres Page relatif de deux écrits comme en paléontologie à la présence plus ou moins ab indante de tel ou tel fossile Page relatif de deux terrains.
En théorie, rien de plus aisément acceptable, rs^'est-il pas reconnu en elTet (ju'en dépit de la formule célèbre : Le style, &est l'homme, nos préférences et nos habitudes en matière de
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Style vont insensiblement en se modifiant, le plus souvent à notre insu '? conçoit-on un écrivain, quelque originalité qu'il ait en partage, échappant entièrement aux vicissitudes subies de sou vivaut par son propre idiome? Supposons maintenant que des documeuls d'origine certaine permettent de suivre 'mi quelque sorte pas à pas ces vicissitudes, au j)oint (jue l'on puisse dater avec uue suffisante précision l'apparition ou la disparition de telle ou telle formule : d'une sim;)le comparaison va jaillir la lumière si laborieusement et presque toujours si inutile?nent cherchée par d'autres voies.
Prenons un exemple. Les anciens déjà avaient relevé dans la langue de Thucydide, surtout dans ses discours, des traces non équivoques de l'influence deGorgias^ Or, le vieux sophiste n'est devenu à la mode à Athènes que durant son second séjour dans la capitale, c'est-à-dire précisément pendant l'exil de Thucydide. Donc c'est une fois rentré dans sa patrie, après 40i, que l'historien a dû remanier son œuvre pour l'accommoder au goût du temps.
Ajoutons ({ue le grec se prête d'une façon tout exceptionnelle à ce genre d'investigations : ne crée-t-il pas avec une merveilleuse facilité des locutions nouvelles? N'abonde-t-il pas en particules qui par leurs multiples combinaisons nuancent à l'infini la pensée? Enfin, circonstance des plus favorables quand il s'agit des dialogues platoniciens^ leur auteur na-t-il pas tenu la plume durant plus de cinquante ans, et cela à riieure du plein épanouissement de la prose attique ?
Que penser de cette mi'tliode à coup sûr un peu inattendue?
Philologues et grammairiens en vantentà l'envi l'excellence : chose naturelle, puisque c'est leur science qui est mise à contribution pour trancher des f)roblèmes dont la discussion jusqu'alors leur avait été interdite -. A leur exemple, quelques
1. Consulter à ce propos la Notice (p. 114 et suiv.) pkicée en léto du Thucydide do M. A. Croiset.
2. M. Blass, par exemple, proclame ce procédé « le meilleur et le plus sur ». M. Adalbert Roquette s'en étant servi dans son livre De Xenophoniis yt7« (Kœnigsberg, 1884), voici en quels termes sa tentaUve a été appré-
historiens de la philosophie, frappés surtout de rincertitude des résultats obtenus par leurs devanciers, n'ont pas hésité à prendre sous leur patronage ces enquêtes auxquelles leurs propres études les avaient en général fort peu préparés, et dont il serait téméraire de ne tenir aucun compte, plus témé raire encore de s'exagérer arbitrairement la portée K
Tout d'abord il est clair que des remarques d'ordre purement granunatical ne nous apprennent rien ou presque rien sur les ({uestions (rauthenticité, sauf le cas assez rare ofi nous serions en présence d'un faussaire plus jeune de ])lusieurs siècles que l'auteur auquel il a tenté de se substituer : encore le bon sens le plus vulgaire lui conseille-t-il en pareille circonstance de glisser dans sa manière d'écrire le nombre d'archaïsmes nécessaire pour faire du moins illusion au lecteur inexpérimenté. Ainsi en ce qui touche Platon, qui oserait soutenir qu'il existe sur tel ou tel })oint une distinction absolue
ciée par unjuoje compétent, 0. Riemann : ((Je pense que les arguments de cette nature peuvent avoir une importance réelle lorsqu'ils "fiennent s'ajouter à d'autres raisons qu'on avait déjà de placer tel ou tel écrit à une certaine date. Ce ne sont plus alors des faits isolés pouvant sembler suspects, ce sont des faits d'un caractère tout à fait précis, qui viennent apporter une confirmation inattendue à des résultats obtenus d'une autre manière >• {Revue critifjue, 188(1). Il est difficile, ce semble, de contester plus ingénieusement et plus formellement à celte métho Je toute valeur intrinsèque. Un autre juge, ^I. Hartmann dans se? Analecta Xenophontea (Leipzig, 1887) ne s'est pas montré moins sévère : (( Particularum istam coUectionem nuUius dico esse pretii et Roquettium tabulis suis componendis operaiii perdidisse ».
1. M. Dittenberger lui-même qui en sa qualité d'initiateur, devait apporter dans ce débat un amour- propre d'auteur, en a fait loyalement l'aveu : « Ich verlielile mirnicht dass es bedonklich ist, die Entwicklung des Sprachgebrauches in diesem Punkte Scliritt vor Schritt genau verfolgen oder gar darnach eine chronologische Anordnung der Scbriften aufstellen zu wollen in welcber jeder ihr ganz bcstimmter Platz angewiesen wilrde. Fiir jeden Besonnenen muss es ausser Frage stehen, dass wir es nicht mit einem Unterscheidungsmerkmal platonischer und unplalonischer Diktion, sondern mit einer DifTerenz im Sprachgebrauch des Platon selbst zu Ihun liaben ». — Un autre tenant non moins convaincu de la méthode, M. Siebeck, n'en Tante cependant les applications qu'avec une sage réserve : (( Zur nebenhergehenden KontroUc anderwcitig gefundcner Resultate sowie zur Anregung von Vermuthungen, 7Ai deren Prilfung dann noch andere Faktoren in liechnung zu zieben sind, miisscn sie jedenfalls immer mit beachtet werden » (Unlersuchufigen zur Phil. der Griechen, ^^ édit. p. 265).
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entre le style de ce philosophe et celui de ses conteinporains ou de ses successeur- immédiats? Certaines expressions semblent lui ajipartenir un propre ^ : faudra-t-il exclure tout dialosrue (['ou elles sont absentes? Aucun orateur attique, dit-on, ne s'est servi, comme Platon, de dx ou de arc devant un génitif absolu niais on sait que d'autres prosateurs ont adopté ces deux constructions. Examine-t-on à ce point de vue, comme l'a fait M ilitter, les dialogues reconnus apocryphes dès l'antiquité? Sans doute VAxiochus offre des affinités étranges avec le Sophiste : en revanche le Sisyphe, pas plus que le Clitophon, le Théagès et le Minos, n'a rien à cet égard qui le sépare des écrit- ([ualifiés de (< socratiques. »
Même à se renfermer strictement dans le domaine chronologique, la méthode ici exposée est loin de conduire à des résultats certains : on ne peut en tirer, sauf exceptions, que des inductions extrêmement llottantes"-. Que penser, par exemple, d iin éditeur français qui chercherait à établir une classification chronologique des œuvres de Corneille ou de Fénelon d'après l'emploi de donc ou de car? Pour avoir un champ d'action suffisamment étendu, le critique doit nécessairement s'attacher à des éléments d'un emploi perpétuel, et par Ifi même peu importants, tels qu*adverbes et particules, que multiplie ou néglige à son gré le caprice de l'écrivain. Dans ce domaine des rapprochements très étroits sont souvent le fait non d'une identité de date, mais, si je puis parler de la sorte, d'une communauté d'humeur : ainsi, le dialogue entre Socrate et Diotime mis à part, rien n'est plus semblable que le style du Banquet et celui du Protagoras, En outre des variations en apparence considérables peuvent tenir à une circonstance toute fortuite ou à la seule différence du ton et du sujet. Prenons l'exemple que cite M. Weil : })uisque àXr,Oa); se lit déjà dans Sinioiiide et ovTto: dans les Guêpes^ c'étaient des mots en usage.
\. Citons comme exemples certaines périplirasesoù entre YiyvsTQai, comme Ta {Xcv uep't To (7w[j.a voo"r,u.aTa -ztxWr^ ^-Ju-oa-lvei yîvoitsva {Timée 80 B).
2. Après avoir paru d'abord affectionner Je duel, Platon l'a abandonné ensuite dans ses derniers écrits.
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et le hasard seul a pu Caire que dans certains dialogue^ Platon a écrit plus souvent coç àX'/jOw; que Hrfid; tout court; mais les auteurs de ces laborieuses statisti(|ues qui comptent les vocables et Jusqu'aux particules ne comptent pas avec le hasard.
Un autre point esta noter. Les résultats courent risque d'être très divergents selon le mot ou les mots auxquels on s'arrête S et à moins d'op('r(^r sur de grandes masses, on se heurte à des inégalités dont la cause est parfois tout accidentelle : une lecture que nous venons d'achever, une discussion à laquelle nous avons pris part suffit pour exercer sur notre façon de nous exprimer une intluence décisive, si passagère d'ailleurs qu'on la suppose. Certaines formules dont le hasard a permis que nous fussions frappés soumettent notre imagination à une obsession qui pour être momentanée, et même inconsciente, n'en est pas moins réelle : réciproquement il est toujours au pouvoir d'un écrivain d'écarter résolument tel mot ou telle locution, fort en honneur autour de lui. Et que dire des dispositions intérieures, des diverses affections de l'àme qui tantôt précipitent et tantôt retardent le cours spontané de l'expression^ Enfin, ne l'oublions pas, les statistiques de toute nature, travail éminemment machinal-, demandent pour être sûrement interprétées un jugement et un discernement bien au-dessus de l'ordinaire : en particulier dans le domaine des sciences morales elles sont d'autant moins probantes qu'ici il faut compter non seulement avec les forces plus ou moins connues du dehors, mais avec les impulsions et les résistances pres({ue toujours inconnues du dedans. Aussi dans le cas qui nous occupe, le
1. Ainsi, d'après les remarques de M. Frederking, peu favorable d'ailleurs à la tentative de Dittcnberger (Voir les Xeue Jahrbùcher fur P/nloloç/ie und Pœdagoglk, 1882, p. o3i), la particule ts, très rare dans les peUts dialogues, présente la même fréquence dans le Phèdre que dans le Timée et le Crilias. Or qui voudrait attril)uer ces trois ouvrages à la même période de la vie de Platon ?
2. H American hâve a strong native bent towards statistics... One can always become master of a crilical text-edition und counting is not denied to any one », écrit le directeur de V American Journal of PJiilology. Cette rélleKion nous est souvent revenue à l'esprit à propos du sujet qui est traité ici.
L'ŒUV FF DE PLATON
célèbre historien de la hhilosophie des Grecs en Allemagne, M. Zeller, ne consent-il à reconnaître quelque valeur à ce genre de recherches qu'à la condition, à peu près irréalisable, de faire entrer en ligne de compte non pas tel ou tel élément isolé, mai> lensemble de tout ce qui imprime à un ouvrage son vrai caractère littéraire ^ Un résultat partio] no mérite même pas que l'on sy arrête -.
Quoi qu'il en soit, Platon qui a confié à ses dialogues, si divers de ton et d'allure, les libres inspirations de son génie, Platon qui a toujours été, à l'exemple des grands écrivains, le maître et nnn l'esclave de sa plume ^, serait peu flatté, pour ne rien dire de plus, de l'étrange contrôle, de l'inspection microscopique à laquelle le soumettent de nos jours certains gïanimairiens d'Outre-llhin. Rien de plus vivant, rien de plus varié que son style : mais selon la remarque très juste de M. lionghi ^
1. Voici comment il s'exprime : (( Fiir's erste nilmlich bedarf die Frage, wie Aveit iiberliaupt sprachliche Ubereinstimmungcn oder Difïerenzen unter den Werkeu eines und desselben Scbriftstellers filr ihre zeiUicbe Nâhe oder Entfernung beweisen, nocii einer genaueren Untersuchung... Nocb fraglicher ist es ob fur diesen Beweis so vereinzelte Wahrnehmungeii ausreichen, wie sie bis jetztvorliegen, und ob nicbt hiefiir eine viel umfasseiidere FeststeUuug aller der Momente nothig wilre, welclie den Sprachcharakler der Schriften bestimmen : denn so beweiskriiftig ein Zusammentrellen aller dieser Momente ist, so unsiclier sind die SchUisse aus einzelnen derselben, so lange nicht dargetban ist, dass dièse mit den ûbrigen in einer Urknïipfung steben, welcbe constant geuugist um sie als zuverliissige Leitmuscheln fur die Bestimmung der literariscben Perioden ersclieinen zu lassen ».
2. Ainsi prétendre comme l'a fait Walbe [PlatoniccT syntaxis spécimen^ Bonn, 1888) établir une chronologie des dialogues platoniciens d'après l'emploi du seul adjectif ^•jfxuaç, c'est, selon le mot très juste d'Apelt, vouloir discréditer sans retour la métbode que l'on met en œuvre.
3. Ce qui le prouve, c'est que le Ph'Uèbe ne nous oiVre pas moins de 55 ttTra^ XsYojjLsva, le Théétète 93, et le Phèdre jusqu'à 170. Quant au Timée et au Critias, le nombre des composés nouveaux qui y apparaissent dépasse ce qu'on pourrait imaginer.
4. La renommée si méritée de M. Bonghi comme platonicien me détermine à transcrire ici quelques lignes empruntées à un de ses articles dans la Cultura (Août 1889) : a Variazioni di stile ve ne banno in Platone : se n'accorge chiunque sia abbastanza innanzi nel suo studio da poter leggerei dialoghi l'un dopo l'altro senza intoppo. Ma questa variazione di stile non si puù cogliere colla sola observazione, per diligente cbe sia, di tali formule. Si reconosce alla genialità dell'inventiva del tessuto del dialogo
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cette admirable variété tient à des causes bien autrement sérieuses, bien autrement profondes qu'à la fré({uence plus ou moins considérable de tel adverbe ou de telle formule : elle s'explique [)ar le génie créateur de l'écrivain, aidé de la flexibilité merveilleuse de la langue, non par un asservissement réfléchi à je ne sais quel mode ou quel caprice passager du temps.
Un érudil anglais des plus distingués, M. Campbell \ a même fait à ce propos une remarque qui paraîtra aussi spirituelle que judicieuse, surtout à(|ui se rappelle ce que les anciens nous rapportent de la coquetterie mise par l^laton à perfectionner son style-. En composant le Phèdre le philos(»phe s'était fait un style à part, en rapport étroit avec un Socratequi se déclare vuaooXriTTTo: et parle dans les termes que l'on sait de l'enthousiasme j)oétique : cadences balancées, termes empruntés au vocabulaire des tragirtues, formes archaïques, datifs ioniens, fuite des hiatus, rien n'y manque : c'est comme un habit de circonstance revêtu exceptionnellement par l'écrivain. Mais son talent s'y trouvant à l'aise, il a cédé à une séduction pour lui inévitable, et ce qui n'était et ne devait être qu'un rôle passager, qu'un accessoire momentané est devenu graduellement l'un des caractères dominants de son élocution : il s'y était
alla parte di fantasia che vi si mostra : alla lluidità délia conversazione ; aUa ricbozza del linguaggio ; all'abbondanza degli anacoluti : alla sottigliezza dol ragionimento, e a tante altre qualità simili». A rapprocher le Jugement de M. Gildersleeve, dans V American Journal of Philolofjy (1882, p. 197) : « Plato 's syntax is so varions, it holds in solution so mnch. it suggests so much conscious playing \\\i\\ language, that no autbor roquires a more circounspect handling. Von Stein well says that Plato wriles an idéal style for an idéal reader ».
l.Dans les Tmnsadions ofthe Oxford Phil. Society (1888— 1889). Le même auteur a développé plus tard ses vues dans la première livraison (Juillet - Août 1889) de la Bihliotheca platonica que venait de fonder M. Johnson à Osceoladans le Missouri.
2. Ou est même en droit de se demander, comme M. Gomperz l'a fait pour le Phèdre, si dan> leur teneur actuelle les dialogues sont tous, comme nous dirions, de première édition. Platon n'eu aurait-il pas revu et corrigé plus d'un en l'accommodant à ses préférences du moment? En ce cas rien ne serait plus trompeur que le critérium proposé, puisque la forme pourrait être très récente alors que le fond serait très ancien.
abandonné d'abord un peu en raillant et par ironie, il finira par s'en servir à dessein et avec une gravité solennelle; ainsi dans le Timée^ le Critias et les Lois ', Denys d'Halicarnasse, considérant les derniers écrits de Platon, n*a pas eu tout à fait tort de le rapprocher de Thucydide : tous deux ont fait revivre ce qu'il appelle le Tcy.yizo: /.-^cor, c'est-à-dire un certain penchant à une sonorité pleine et majestueuse, parfois môme redondante.
Au reste, quelques réserves qui soient ici nécessaires, comme il s'agit en somme d'un procédé nouveau dont la critique française s'était à peine avisée jusqu'alors -,nous croirions ne nous être acquitté qu'imparfaitement de notre tache si nous ne résumions pas brièvement la campagne entreprise sur ce terrain par la science allemande.
C'est M. Dittenberger qui en a donné le signal en 1881 ^ en étudiant l'adverbe [r'rh ave<' les diverses locutions dans lesquelles il entre : y.y.\[j:ry qui prépare la réplique, yX/A p,v ({ui annonce une objection, ti ;rr,v ([ui équivaut à une adh('sioii complète, ys [j:ry où se cache une opposition, enfin la formule de serment T. [xr,v, propre à quelques dialogues. Et quel est le résultatde ses recherches, appliquées au texte entier de Platon, sauf Y Apologie, le Timre et le Critias, ipii sont des discours suivis, presque sans aucun mélange de conversation? C'est que
1. Je ne partage eu aucune façun la surprise de M. Campbell, constatant que le même style est commun aux trois interlocuteurs des Lois. TMaton n'a jamais eu la pensée de devancer Aloliore et d'imnî^incr ]»our le plus grand divertissement de ses lecteurs un pasticiie du dialecte de Sparte ou de Crète.
2. Notons cepLMidant la curieuse tentative faUe dernièrement par M. l'abbô Lebarq en vue de fixer la date de ceux des sermons de i3ossuet pour lesquels ni les allusions historiques, ni les mémoires du temps, ni le style ne fournissent d'indication précise. C'est à l'orthographe des manuscrits qu'il a eu recours, en s'appuyant sur les remarques suivantes. Pendant la première période de sa prédication, Bossuet orUiographie phonétiquement, c'est-à-dire comme l'on prononce : jusqu'à la fin de ses études théologiques, l'application du système est rigoureuse. A dater de 1052, les formes étymologiques font de fréquentes réapparitions jusqu'à ce qu'enlin elles soient seules employées. — Inutile de dire que pareille ressource nous fait absolument défaut ({uand il s'agit des anciens.
3. Dans un article de Vllcrmes intitulé : Spracldiche Criterien fur die Chronologie der PlatonlscJten Dialoye.
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les deux premières formes se rencontrent dans tous les dialogues authentiques, le Crito?i excepté, tandis que les deux suivantes paraissent spéciales aux écrits que l'on considère généralement comme les plus récents K Or àÀXà p.v et o'jâs u.ry ne se sont introduits dans la prose attique qu'à la fin du v^ siècle -. Ainsi sur la foi de cette statistique il conviendra de répartir les dialogues en trois groupes successifs : le premier, où [J^ry apparaît rarement, depuis le Protagoras et VEut/njdcme jus(iu'au Gorgias, au Cratyle et au Phédon^ : —un second où cette particule commence à se multiplier: en tête figure le Banquet, que suivent notamment l^Lgsis, le Plœdre, le Théétète et la liépahlique. — enfin un troisième où \iSry abonde com[)rend le PliUèbc, les Lois et les trois dialogues communément qualifiés de « mégari [ues ». l^a séparation entre le premier et le second de ces groupes est même si mar({U('e qu'elle suppose un intervalle de temj)S considéraiile, sans doute rempli, ajoute Dittenberger, par le voyage de Platon en Sicile ': les fragments d'f:picliarme et de Sophron attestent en effet que dans (^ette ile t-: [i.>,v ('tait particulièrement en iionneur, tandis (pi'à Athènes poètes dramatiques etorateursdu temps en ignorent à peu }>rès }'c!n[)loi.
Avec la même patience M. Dittenlierger a étudi»' post.'rieuiemenirusage parallèledes adverbes wcrTTScet/.^cOy.'jTc:, c'to: et;j.c/:i.
1. Ainsi, pour nous borner à ce seul exemple, yé (xr,v, dont les pre:niers écrits de Platon n'ollrent que des traces isolées, apparaît (3 fois sur les 52 page^ du Sophiste, 8 fois sur les 54 pages du Politique, 7 fois sur les 76 pages du Timée, ::^5 fois enfin sur les 368 pages des Lois.
•1. En ce ({ui touche Xénophon, |xr,v est absent du lvjvr,Yr(Tix?j: et de la première modié des Helléniques : d'un emploi plus ou moins fréquent dans les Mémorables, le Hléron, VAnabase et la Cyropédie, il abonde jusqu'à la satiété dans les écrits de sa vieillesse.
;]. Dittenberger ne tient aucun compte de ce fait que dans les dialogues diégématiques, comme on les appelle, tels que le Phédon et VEuthjdème, t: [xr.v et aAAà {ir.v doivent èlre aussi rares qu'ils seront fréquents dans les dialogues dramatiques, comme le Phèdre et le Théétète.
4. (Test de la même façon, je veux dire par le séjour d'Eschyle en Sicile qu'Athénée veut expliquer les locutions siciliennes relevées par les puristes dans le style du vieux poète : AtV/-j)«o; oiazpvboL; âv '^•.-AzV.y. tioIIolXç v.èy^pr-.oLi çojvat; ïlixîXtxaï;, o-jSàv Ûau[xaa-T6v (IX, 402). On a cherché de même à ({uel deg.é l'intluence athénienne se fait senUr dans la manière d'écrire d'Hérodote (Voir M. Jules Girard dans le Journal des savants, Mai 1892, p. 288).
'Q'TTTcp, presque seul chez Aristophane, cède graduellement du terrain à /.y.Oy.TTcp, si fréquent ^ur luutes ies inscrii)tious du iv« siècle. Or le premier se rencontre 212 fois dans la Ih'pu/)/l(/ue, et 21 fois seulement dans les Lois, tandis qu'au contraire il y a cinq exemples du second dnn- la République et Îi8 dans les Lois, où il n'est pas relativement phi< rrôipiont que dans le Sophiste, le Politi'jNc, le Pluli'bc, le fimce et le Crituis. De même sfo:. seul usité dans les dialoi;ues contemporains de la République, entre en concurrence avec 'y^/}^ dans les écrits de Platon plus rap])rocliés des Lois.
Schanz entrant à son tour dans la iiirme voie ^ a établi que T(;) ovTt, seul ou presque seul dans les i»remiers dialogues, s'efface par degrés devant ovtw: qui règne exclusivement dans le Politique, le Timce, le Critias et les Lois -. i'/^^V.v sans texiste à peine dans toute une classe de dialogues, puis devient tout à coup extrêmement fréquent dans le dernier groupe que nous venons de mentionner.
Kpris d'une sorte d'enthousiasme pour la mi'tliode nouv(dle, M. Constantin Rîtter "' a eu la patience de i)Oursuivre sur \me échelle tout autrement vaste l'enciuète commencée. On peut compter jusqu'à une centaine de mots ou d'expressions dont il a étudié les vicissitudes à travers la série entière des dialogues. Recueillons brièvement (pielques-uns de ses résultats. Les datifs ioniens ne sont tmlle part aussi abondants que dans les Lois: nulle part aussi l'entretien n'a plus de lenteur et d'abandon. — Compare-t-on les deux synonymes Tz/a et Icco:? La proportion qui dans tout le reste est presque constamment de