‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 294 sur 343 · Dan.s V Hermès (vol. XXI. i · texte numérisé non relu

Dan.s V Hermès (vol. XXI. i

2. "OvTwç, d'allure philosophique, doit avoir été créé par Euripide. D'après lîitter, c'est le retour continuel des mots ov, rj'vzx, o-joIol, etc., qui aurait contribué à bannir to) ôvt: des livres V-VII de la République.

3. Untersuchunficn ûber Plato, Stuttgart, 1888. L'ouvrage a été l'objet d'une appréciation très favorable de la part d'un critique compétent, M. Natorp : « Das von den Friiheren entschieden zu bequem gehandhable Ycrfahren der Sprachstatistik ist hier durch Yermehrung des Materials wie durch sorgfaltigere Abwjigung der einzelnen Instanzen gegeneinander zu oinem Grade der Sicherheit erhoben worden, ^velcher'vel■bietet, an diesen Forschungen langer achtlos vorbeizugehen ».

LES MÉTHODES PROPOSÉES

1 à 10. s'élève brusquement de i à 2 dans le Sophiste, le Politique, le Philèbe et les Lois, — Ta vvv, forme propre aux tragi(iues, a])paraît o fois dans le Sophiste, le Politique ai le limée et jusqu'à 71) fois dans les Lois, -— Les CoriMules de r('ponse sytoyc, OLjxxt èywya, qxoiys So/.cl représentent dans le Ménon une proportion de 25 «/o, dans le Gorgias do io '^/o, dans le Criton de 10 ° 0, dans la République de 3,5 o/^, dans le Phédon, de

2 o/o, dans le Philèbe et le Politique de 1 ^/o : le Timée n'en oiïre plus aucun exemple ^ — Puis, comme si avec le temps l'expression simple avait perdu aux yeux de Platon de sa force et de son relief, ou (jue l'écrivain eut jugé opportun d'appuyer davantage sur sa pens('e, Ritter relève dans les dialogues platoniciens une abondance croissante de périphrases grammaticales et de dédoublements d'expression -. Ainsi rcczov àv slVi remplaçant izzi-^i se lit 2 fois dans le Ti?née et Kî fois dans les Lois; de même le Ti?née nous olfre 3, le Critias 2 et les Lois 57 exemples de /p^^v àv eiri au lieu de /cr, ou /psir,. Kxaai'tto: et œ:ic7o:, rapprochés une fois seulement dans le Phèdre et le Banquet, tout plein cependant de l'affinité profonde du beau et du bien, se rencontrent sans cesse cote à cote dans les Lois.

Si maintenant on songe à la masse énorme des matériaux accumulés par M. Ritter, on sera frappé de ce qu'il y a d'incomplet et de problématique dans ses conclusions. 11 croit sans doute pouvoir déduire de ses recherches ce fait que le Cratyle, le Protaqoras et VEutfujdème ont été composés |)ar Platon du

1. Tl c^^t clair que ey^ys dans la réponse supposant un verbe à la seconde personne dans l'interrogation, a dû devenir d'autant plus rare que Platon se préoccupait moins de cette précaution indispensable. — Piitter a étudié de même yàp et yàp oOv, — -/.al [j.â).a, [xâ/vâ y£ et çj-â/'-ata, — c)r,>.ov (o: et or.Aov OT'., — eXcYov et £i7Tov appliqués au rappel d'une pensée antérieure, etc. — Un crudit américain qui a étudié à ce dernier point de vue l'emploi fait par Platon des divers temps passifs de Xéyw, ajoute cette remarque : a A Word used to convey a peculiar or uovel sensé might havo long been in an author's mind before he would hâve occasion to use it ».

2. C'est ce que le critique allemand exprime assez heureusement par ces deux mots : « SchwerfiiUigkeit und Umslandlichkeit des Ausdruckes. » Pour être générale, la règle posée n'a cependant rien d'absolu : c'est ainsi que à),r,0£TTaTa finit par se substituer complètement à l'àXrOr, /iys;; des premit-rs dialogues.

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vivant de Socrate, tandis que le Phèdre, postérieur d'au moins dix ans au Discours contre les sophistes à'\?>oç,vdXQ , n'aurait pas vu lo jour avaiiî 17'). Toutes les comparaisons qu'il a instituées le conduisent à établir une séparation tranchée entre le Sophht' , 1 Poiiiique, le Philèbe et les Lois d'une part, et de l'autre, le reste de l'œuvre de Platon. Pour la partie dialoguée le Tinice s: rapproche aianilestemeul de ce dernier groupe, tandis que II R^'publique, le Phèdre et le Théétètc lui paraissent appartenir à une période intermédiaire à laquelle le Parménide est antérieur, à moins, ajoute Ritler, qu'il ne soit apocryphe. Le PJàlche serait contemporain des six premiers livres des Lois, le Tim''e des six derniers. Le premier livre de la liépuhH(/ue est notahiement antérieur aux suivants ([ui ont d'ailleurs été composés dans une seule et même période: le Clitophon n'a pas pu, comme on l'a [uétendu, servir d'introduction à l'œuvre entière. Le Mriiexène, à ne considérer que le style, est in lul»il;iblement authentique: la lettre vu est de la mAme date et sans doute delà même main quel Epinomis. Le Lfjsis doit être rangé parmi les plus anciens dialogues, Vfo?^ pnrmi les plus récents : le Premier Alcibiade prend place entre le Banquet et le Théétète. Quant à attribuer à ses diverses révélations une véritable valeur démonstrative, liitter lui-même ne pousse pas aussi loin son aml)ition.

Tout récemment M. Siebeck s'est flatté de perfectionner ce procédé en insistant de préférence sur la forme des questions et des réponses, et sur ce qu'il appelle u la charpente extérieure . de- (lialogues oii la conversation est vraiment vivante. H constate, par exemple, (jueles deux particules interrogatives àpa et (j-àjv uni pris dans la phrase de Platon une difTu^^inn croissante, la seconde, chose curieuse, étant entièrement absente du Charniide et du premier livre de la République K Quant aux réponses, elles doivent être réparties d'après le degré d'assurance de l'affirmation en trois classes, problématiques, asserto-

1. Untersuchungen zur Philosophie der Griechen, 2e édition. Voir notamment les pages 265 et suivantes.

LES METHODES PROPOSEES

riques, apodictiqucs. Comme on pouvait s'y attendre, avec le temps la prcnnère forine se fait de plus en plus rare, tandis que la dernière est de plus en plus employée, liref après avoir déclaré qu'en ces matières il n'hésiterait pas à mettre l'autorité de la philologie au-dessus de celle de la philosophie depuis longtemps convaincue d'impuissance S Siebeck aboutit à classer dans une première période le Charniide^ le Second Hippias, le Gorgias, le Protagoras, le Ménon, et le premier H vie de la né publique, et à reléguer au contraire dans une, troisième et deridère le TJiéétète, le Timée, le Sophiste, le Politique, le Philèbe, le Parménide, et les Loi^. La même thèse ou à peu près est soutenue avec un grand reiirort d'érudition par M. Campl)ell dans les deux articles que nous avons mentionnés: le savant professeur d'Oxford s'attache à montrer comment cette m<'thode établit un lien positif entre des dialogues ([ue d'autres considérations séparent -.

Le lecteur a vu plus h.iut ce que nous pensions de cette méthode presque purement gramînaticale qui évidemment est absolument insuffisante en elle-même pour fixer d'une manière absolue la succession chronologique des dialogues. Il est à noter cependant, ainsi qu'on a pu s'en convaincre par les pages qui précèdent, que sur un assez grand nombre de points les résultats obtenus offrent entre eux et avec les rares données de la tradition une concordance remarquable. 11 ressort notamment comme conclusion uniforme de ces multiples et minutieuses enquêtes ce fait ({ue les trois dialogues dialecti-

i. Dans y American Journal of Philoloq y (1890, IV) M. llussey se prononce nettement contre cette manière de voir.

2. Ainsi après avoir signalé coaime un dos caractùres les plus décisifs des dialogues du dernier groupe « a measured and eiaborately balanced gravity or even ponderosity of utterance in wich the rhetorical artifices which Plato once half afiected, and half contemned. aie passing into a settled habit of pr-ôpzix and conscious irnpressivenoss )j, il fait ailleurs cette remarque : « It would be stupid lo ignore the great différences of style Avhich exist between the Laws and llic Tiiniens. The high-wrought concentration, the sustained movement, Uie strong energy of theTimœus might be alïectively contrasted with the leisurely progress, the Icngthy diatribes — even the wordiness of the Laws. Yet the two dialogues hâve large éléments in common ».

L'«ÏL VUE DE PLATOxN

LES METHODES PROPOSÉES

ques dont nous avons contesté Torigine platonicienne, lo Pnrynéaide, le Sophiste et le Politique, loin d'avoir été composés à Még.ire au lendemain de la mort de Socrale, ne peuvent appirtonir, s'ils sont authentiques, qu'aux dernières années do la vie de Platon. Reste à savoir s'il est facile de leur y ménager une place dans le voisinage iinmf'diat du Timée, du Critias et des Lois.

IV . — Avant *lf^ ([uittnr po-ir le sol mouvant des opinions et des conjectures personnelles le terrain plus solide en apparence des faits, nous avons une dernière tentative à apprécier.

Tous les lecteurs de Platon savent qu'au point de vue de la forme ses dialogues ne sont pas jetés exactement dans le même moule : tantôt purement narratifs, tantôt exclusivement dramatiques, tantôt tenant à la fois de l'un et de l'autre genre K Diogène Laërce, si insuffisante à tous égards que soit sa critique, faisait déjà remarquer que si au point de vue littéraire cette distinction avait sa valeur, il n'en était pas de même au point de vue philosophique \ De fait elle remontait à Platon lui-môme ; car on lit ni iii« livre de la République : « Dans la poésie et dans tuule fiction li y a des récits de trois sortes : le premier est tout à faiî imitatif, et appartient tant à la tragédie quà la comédie : le second se fait au nom du poète, il est employé dans les dithyrambes : le troisième est mêlé de l'un et de l'autre, on s'en sert dans l'épopée et ailleurs. » Un peu i»lus loin Socrate recommande à l'honnête homme qui a quelque chose à dire un récit semblable à celui d'Homère, en partie direct, en partie imitatif, de manière cependant que rimitatio!! revienne rarement dans la suite du discours K

\. L'observation en a été faite et par Plutarque {Quœst. cotiv., VIL 81) et par ProclLis {In Remp., 352). '

2. III, 50 : 'A).>/ âxEivoc Tpay'.xw? {xaÀXov r, çtXoao^wç tt.v S:a?6pav xwv 5ta- Xéywv 7rpocra)v6|xaaav. - Plutarque ajoute à ce propos un assez curieux détail : ToÛTwv ouv Twv cpa[j.aTtxwv toÙ; èXa^poTàrou; èy.oioaaxovTa'. r.xXl^z, (octt àTTo (TTOu-aTo; XéyEiv • Trp^asar: hï Crcoxp^a:: 7rpf::o;jaa iro ^-Ost Tà>v u7rox£:{X£vcov ^poaa.T:.ov xal çaivr)? u>.àa(xa xac axf.aa xal otaOccrtc é7id(X£vai zo^ XsYopLÉvot;. Voila un succès auquel Platon n'avait pas songé.

3. On nous permettra de faire remarquer combien le Phédon se rapproche

Cette appréciation mérite d'autant [)lus d'être remarquée qu'elle est eo désaccord avec un passage du Théétcte où Teiclimiiller S avec sa subtilité iiabituelle, avait cru trouver la règle invariable, le critérium indéfectible depuis si longtemps cherché, et vainement cherché, pour jeter quelque lumière sur la chronologie des dialogues. C'est qu'en elTet, à l'entendre, ce critérium offre un double avantage : il porte sa démonstration en lui-même, et en mémo temps il est assez simple pour frapper du premier coup le regard le moins exercé. Qu'on en juge.

Euclide informe Terpsiou qu'il va lui lire l'entretien que Socrate eut un jour avec le jeune Théétète. « Voici, lui dit-il, mon travail : tu entendras les personnages eux-mêmes, et non le récit que Socrate m'en a fait. J'ai voulu par là éviter i embarras de ces phrases qui interrompent sans cesse le discours, comme Je lui dis, ou Là-dessus je lui répoiulis^ si c'est Socrate qui parle, ou si c'est Théétète // en convint, ou H le nia. Pour retrancher tout cela, j'introduis directement Socrate discourant avec ses iuteriocuteurs. » Et Terpsiou de répondre : « Vous avez eu là, Euclide, une fort heureuse pensée '. »

Ou ce passage n'est qu'une digression oiseuse, s'écrie TeichmûUer, ou c'est une confidence solennelle faite par Platon à ses lecteurs : tout d'abord Paveu qu'il a suivi jusqu'alors une méthode défectueuse, ({ue les inconvénients en aient été reconnus par lui ou relevés par4'autres, et ensuite l'indication

de cet idéal tracé par Platon. Croirait-on que l'espèce de défaveur jetée dans la République sur la forme dramatique en général a paru à un autre érudit allemand, Schône, un argument suffisant pour aflirmer contre toute évidence que la République a été écrite après les Lois ?

1. Voir sa brochure intitulée : Uber die Reihenfolge der Platonischen Dialofje (Leipzig, 1879). Louée par Schaarsclimidt (Philososophisc/ie Monalshefte, XVI, 118), elle a été vivement critiquée par Th. II. Martin {Revue critique, 13 sept. 1879).

2. 143 G. Cicéron {Tusc, L 4) devait exprimer un jour la même opinion: '( Sed quo commodius disputationes nostrae explicentur, sic eas exponam, quasi agatur res, non quasi narretur ». Pourquoi, se demande TeichmûUer, Platon laisse-t-il à Euclide l'honneur de présider à cette transformation? Serait-ce qu'un des manuscrits de ce dernier en aurait suggéré la première idée au philosophe? et une telle découverte n'aurait-elle pas contribué à l'épithète de StaXsxttxo'i donnée aux Alégariques ?

3aO

'ie la mf'thodo notivelle qu'il est résolu à adopter désormais, car comment supposer qu'il reviendra jamais à des errements si sévèrement condamnés? Ain^i se trouve marquée par le Théétèle où est manifestement inaugurée la méthode nouvelle une ligne de démarcation iuirancliissable entre deux périodes di-^tinctes de la carrière littéraire de Platon \ la première où ses démonstrations philosopliiques sont encadrées dans une narration, hi seconde où elles prennent une forme draniatirfue, les personnages eux-mêmes parlant et discourant sous nos yeux. Au reste Teicli millier ne manque pas de faire observer que même dans ce dernier cas prologue et épilogue, c est-à-dire les parties auxquelles toute dialectique est étrangère, peuvent fort bien être conçus sur le plan d'un récit. De la sorte il est conduit à assigner à la première période, entre autres dialogues importants, le Protagoras, la République, le Banquet, VFuthydème, le Phédon, tandis que dans la suivante prennent place le Phèdre, le Ménon, le Gorgias, le Crahjle, le Sophiste, le Politique, le Tiwrr^, lo Pnrménide et les Lois, l'iaton, au moment où sa pensée con juiert définitivement son indépendance, s'affranchit, nous dit Teichmùller, d'une forme importune, héritage plus ou moins direct de Socrate -.

Tout en accordant que les dialogues communément regardés coaimo postérieurs au Théétèle ont une forme dramatique, nous craignons que Teichmùller ne se soit singulièrement exagéré la portée de sa découverte, si même ce mot est ici à sa

1. « Dadurch sind zwei Epochen seines Stils siclier iind ganz unbeslreitbar festgestellt... Wer versiichen wollte, eine Ordnung der Dialoge gegcn diesen Grundgesetz zii vertheidigen, der wird erfahren, was der Geschmack ftir ein foinerund zugleich unerbittlicher Richter ist ».

2. Teichmùller croit en elVet « que Socrate dans la dernière partie de sa vie, celle où Platon l'a connu, exposait sa doctrine non pas en discutant effectivement avec ses disciples, mais, ce qui était beaucoup plus instructif pour eux, en leur racontant ses discussions antérieures, qu'il devait au reste avoir remaniées on refaites après coup dans sa tête » (Voir l'article de Vi. Tannorydans la Revue philosophique, décembre 1880, p. 67:2). L'hypothèse est bien peu vraisemblable malgré la confirmation qu'en demande rautear à cette assertion du Brulus : « Orationes scribuntur habitée jam, non ut habeantur. »

LES MÉTHODES PROPOSEES

place, puisqu'avant lui Schleiermacher et Susemihj avaient déjà remarqué et discuté ce passage. 11 est vrai qu'ils y avaient vu non pas une sorte de déclaration de principes, mais simplement une opinion de circonstance se rapportant à la mise en scène du Théétèle, dialogue d'un tour plus particulièrement ahstrait et scientifique \ A qui voudrait-on persuader que Platon avait attendu vingt et trente ans avant de s'apercevoir des avantages du nouveau système, et qu'il regrettait sérieusement des compositions telles que le Banquet et le Protagoras, dont la mimique peut rivaliser avec ce que la comédie attique offre de plus piquant 2 ^ Est-ce qu'Epicharme et Sophron, ses maîtres et ses modèles, n'avaient pas appliqué, et l'on sait avec quel succès, le dialogue dramatique aux questions de morale? Et ne pourrait-on pas conclure avec la môme logique du passage de la République résumé plus haut que Platon ne reconnaissait à l'élément dramatique proprement dit qu'un mérite et un rcMe tout à fait subordonnés ■? La vérité est qu'il s'est servi avec un égal bonheur de toutes les formes du dialogue et que du début à la fin de sa carrière aucune règle arbitraire n'est venue mettre entrave à l'absolue liberté de son choix. D'ailleurs même en admettant l'exactitude complète de Ihypothèse de Teichmùller, la détermination de l'ordre chronologique des dialogues n'en recevrait que bien peu de lumière.

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