‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 298 sur 343 · Voir notamment 70 D et 100 B · texte numérisé non relu

Voir notamment 70 D et 100 B

2. Les textes d'Aristote (notamment Mctaph. I, 6, 987a32 et XIII, 4, 107Sbl:2) ne laissent aucun doute à ce sujet.

3. Nous avons vu précédemment comment de l'étude grammaticale de Platon M. Campbell avait conclu que le Philebc, le Sophiste, le Politique, le Timée, le Crilias et les Lois formaient un groupe à part, datant des dix ou quinze dernières années de la vie du pliilosoidie. Entre ces mêmes dialogues il aperçoit un autre lien, celui de la communauté de doctrine, et voici en quels termes il s'exprime : -.< We fmd in them an increasing sensé of the remotcness of the idéal, withoutanj^ diminution of its importance. A deepening religions consciousness is associated with a clearer perception of the distance bctween man and God, and of the feableness and dépendance of mankind. But this feeling is accompanied with a firm détermination to face and cope witli the burden and the mystery of the actual world, to provide support for human weakness, alleviations of iDcvitablc mibery. The

qu'il appelle « ropiuion vraie » (àlr/jr,; 56^^-), limite ({u'il est doniK" à un si potit nombre d'iiUeiligences de franchir K En même temps que r<'crivain mesurait mieux les difficultf's et les exigences de sa tache, le philosophe faisait effort pour s'accommoder au « monde des ombres ». Ces créatures qu'il nous représentait (hn?>\àRrpu/)/iqne. non sansquelque dé^dain, comme des fantômes « éternellement ballottés entre iètre et Id nonôtre », il les étudie dans le Tùnée avec une curiosité bienveillante, et le d''sir sincère d'en retrouver l'origine, d'en indiquer la structure intime, d'en marquer les rapports et d'en découvrir la fin. Son dernier et son plus grand ouvrage, les Lois, nous montre «ii lui a la place du hardi métaphysicien, le moraliste pénétrant et le patient observateur : au grand scandale de (pielques critiques, celui que l'on pouvait croire perdu dans les abstractions de Parménide ou dans les rêveries de Pvtha^fore redevient le philosophe populaire, le disciple pieux de Socrate -.

présence of Necessity in the universo and in life is acknowledged, in order tliat it may bo partly conqiiered ».

1. Voir en particulier toute la conclusion du Théétète, Phédoii 67 B, limée 37 B, LoiS 633 A et 688 B.

2, Tout récemment un érudit ))ien connu pour la hardiesse de ses hypothèses. M. Pfleiderer, a tenté de donner de la thèse qui vient d'être exposée une démonstration par les faits. Sa brochure [Zur Losung der platonischen Frage, Fribourj en Brisgau, 1888) divise la République en trois parties distinctes, composées à des dates très difïérentes : la première (A) comprend d'abord les livres I-V, 471 C, puis VIII et IX : la troisième (B) va de V, 47 K; à la lin du livre VII : enfin le livre X représente une période de transition (A-B) entre les deux précédentes... Gela posé, il distingue de même trois périodes dans la carrière de Plator : à la première appartiennent tous les dialogues conçus dans l'esprit socratique : Hippias II, Lâchés, Charmide, Eut/v/phron,Protagorns, Répithliq'ie (A), Apologie et Criton. — Le Gorgias et le Ménon ouvrent la seconde où Platon désabusé, découragé, se détourne de plus en plus de la réalité pour se réfugier dans une métaphysique dédaigneuse do l'expérience : c'est l'époque du l'hèdrc, du Crah/le, do la République (A-B). du Théétète, du Sophiste, de YEuthijdème, du Politique, du Parménide; la République (B), avec le Phédon en maniue l'apogée. Enfin dans la troisième, lo philosophe, contraint do se rapprocher delà réalité et de concilier avec elle les intransigeances de son idéalisme, renonce à ses rêves : le Ranquet, le Philébe, le Timée, le Critias et les Lois figurent en quelque sorte ses étapes successives dans la voie des concessions (Voir notamment dans les Lou739C-D. et 807 B).

Nous ne nous arrêterons pas ici à démêler ce qu'il y a de téméraire, sinon de chimérique dans une semblable interprétation.

LES METHODES PROPOSÉES 365

Mais si nous connaissons sulTisamment le point (iedi'part et le point d'arrivée de cette longue évohition d'unepensée qui semble prendre plaisir à se dérober elle-même, tout fil conducteur nous manque pour la suivre pas à pas à travers un intervalle de })lus de cinquante ans. La même difficulti' sul)siste lorsqu'au lieu de la théorie des Idées en général, on clioisit comme champ di^ recherches un canton particulier du vaste domaine pliilosophiipie, réthi(j[ue ou la physique par exemple, ou môme quelque question spéciale^ comme celle de l'immortalité. Dans ces patientes et laborieuses enquêtes, plusieurs critiques ont fait preuve d'une pénétration qui n'était pas toujours exempte de subtilité : mais les résultats de l'un ont été, comme il falhaits'y attendre, contredits par les conclusions de l'autre^ : si bien que la détermination de la suite chronologique des dialogues est restée aussi obscure que par le passé. Un seul point a été mis de la sorte eu pleine lumière : ce sont les fluctuations de la pensée de Platon, lequel non content d'exposer ses opinions préférées tantôt en poète, tantôt en philosophe, ici à l'aide de raisonnements en forme, là sous le voile plus ou moins transparent du mythe, revient dans la suite, sans s'en douter peut-être, à belle opinion qu'il semblait avoir définitivement abandon nép.

Onoi qu'il en soit, en dépit de toutes les divergences de détail, il semble que sur les grandes lignes un compromis tacite soit intervenu entre les critiques. Presque tous en effet s'accordent à partager en trois périodes la carrière philosophique et littéraire de Platon, la première se terminant à peu près vers la mort de Socrate, et la seconde à la fondation de l'Académie.

1. Un exemple suffira. Des recherches d'Uberweg il ressortait que Platon, après avoir cru, lorsqu'il écrivait le Phèdre, à la survivance aussi bien qu'à la préexistence de l'àme tout entière, ne la considère plus dans le Timée comme immortelle, sinon dans sa partie supérieure et en vertu d'une concession spéciale de la divinité : tandis que dans le Phédon il essaie d'appuyer sur des arguments positifs la thèse de l'immortalité personnelle. Or cette interprétation a été vivement attaquée par le savant historien E. Zeller, pendant qu'une troisième solution du môme problème était proposée et soutenue par Teichmiiller.

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Voici comment s'exprimait à ce sujet Cousin, il y plus de cinquante ans:

« On peut distinguer dans les compositions de Platon trois manières essentiellement dilTérentes : la première où domine le caractère poétique, la seconde où domine au contraire le caractère dialectique, la troisième qui les réunit tous les deux. Cette (listiiiotiun, si elle est fondée, peut servir de principe à une nouvelle ' classification desdialogues de i*laton, et les partage en trois séries. »

x\vec M. Chaignet nous estimons qu'on ne saurait sans une exagération manifeste parler de périodes « essentiellement » différentes, et qu'une semblable classification est encore trop littéraire pour être suffisamment [)hilosophique. Ecoutons néanmoins le commentaire que Cousin lui-même nous a laissé de sa pensée dans un article célèbre du Globe - :

<' 11 V a dans l'ensemble des comoositions de Platon trois manières bien distinctes, comme il y a trois époques différentes dans sa vie. Xourri dans le sein de la religion et de la poésie, ses premiers essais philosophiques sont tout pénétrés des habitudes de sa jeunesse. On sent déjà, il est vrai, le grand métaphysicien dans le fond de la pensée, mais la forme retient quelque chose du dithyrambe et de la tragédie : le philosophe porte encore les bandelettes du prêtre et la lyre du poète : ses idées sont des dogmes et sa parole un chant. Aucune vérité ne lui manque, mais toutes les vérités sont dans son Ame et dans ses écrits sous la forme de pressentiments sublimes et non de démonstrations rigoureuses... Vers le temps de la mort de Socrate commence pour Platon une existence nouvelle et avec elle une manière nouvelle... La vie paisible de sa première jeunesse, la méditation et le culte des vérités éternelles à l'ombre des foyers

1. Lôpithète n'est pas absolument exacte : car l'idée première de cette division se rencontre clioz plus d'un des devanciers de Cousin, notamment chez Scideiennacher et Ast. M. Campbell en donnait naguère une formule remarquablement précisa : (( Thus in comparing Plato with himself we are now permittod to assume tliree periods : one of inception, one of intellectual culmination, and one of doser insight and fuller réalisation. »

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