‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 299 sur 343 · novembre · texte numérisé non relu

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LES MÉTHODES PROPOSEES

domesti(|ues font place tout à coup à une vie aventureuse et à des études pénibles et diverses... Tombé au milieu des contradictions du monde et des écoles, le jeune enthousiaste mis aux prises avec la réalité sentit le besoin pour défendre sa foi de s'en rendre un compte sévère... Cette révolution dans l'opération même de la pensée en amène inévitablement une semblable dans son expression. La dialectique en succédant à l'inspiration remplace la poésie par la prose, le symbolisme par l'abstraction, l'emploi brillant des formes mythologiques et l'alluresoupleet entraînantede l'ode et du drame par le mouvement régulier mais pesant de l'ordre didactique et le langage décoloré du raisonnement... Il était réservé à Platon d'attoindre au troisième et dernier développement de la pensée et par là d'antici[)cr l'ouvrage de la spéculation la plus avancée... Dans sa troisième manière, le style par la diversitéVles qualités dont il se compose, représente merveilleusement l'étendue et luniversalité auxquelles la pensée de Platon était parvenue. )>

Remarquable à coup sur, le travail dont nous venons de transcrire quelques lignes n'en est pas moins au fond plus brillant que solide. Il repose en grande partie sur deux hypothèses que nous croyons inexactes ; la première, qui considère le Phèdre comme le premier écrit de Platon, la seconde, qui veut qu'après la mort de Socrate son disciple ait traversé une crise philosophique assez intense pour ébranler toutes ses convictions, étouffer son élan et son enthousiasme, éteindre ses dons les plus précieux, en un mot, transformer entièrement sa nature au point de l'amener à se désavouer lui-même. M. P. Janet croit également qu' « avant de se faille lui-môme chef d'école Jdaton a éprouvé le besoin de renverser les grandes écoles du temps : il les combat avec leurs armes, et même en se séparant d'elles il subit Finfluence de leur esprit ». Précisant davantage, les critiques allemands, sauf de rares exceptions, parlent tous à Penvi d'une « période mégarique » durant laquelle Platon retiré à Mégare aurait en quelque sorte abandonné, j'allais dire renié Socrate pour se plonger tout entier dans les abstractions de l'éléatisme et les subtilités dialectiques chères aux disciples

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L'ŒUVRE DE !M \Tn>{

d'Euclide L Nous avons déjà eu occasion de faire justice d'un préjugé qui ne repose sur aucun témoignage historique, qu'Aristote condamne par son silence et qui a été imaginé dans un but facile à comprendre, pour atténuer l'invraisemblance de certaines affirmations.

Je ne sais jusqu'à quel point il est exact de dire avec M. Waddington qu'à l'époque de Cicéron l'école platonicienne étudiait curieusement ses propres origines : mais l'auteur du traité De finibiis a vu juste, lui, ou le biographe dont il était l'écho, quand il nous représente Platon comme le disciple et l'héritier de deux maîtres: Socrate d'abord et Pythagore ensuite ^.11 nous parait donc plus sage, et plus conforme aux données de l'histoire de partager les dialogues en deux séries : l'une où Platon s'inspire des enseignements, de la méthode et des préoccupations avant tout morales de Socrate : l'autre où devenu vraiment lui-même, riche de tout ce qu'il a recueilli d'un développement philosophique de deux siècles, il expose et développe sous toutes ses faces le vaste système conçu par son génie, système où les règles de la dialectique se mêlent aux conceptions politiques les plus hautes, et une théorie complète de la connaissance à des spéculations vraiment étonnantes sur le monde et la nature. Mais de cette donnée générale à la détermination méthodique de la date de chaque dialogue, évidemment il V a loin \

1. Si l'on me demiiiidait de trouver dans Platon un écho positif de (( m6;4arisme ■>, j'indiquer:iis volontiers VEuUnjdeme, suggéré sans doute par l'effrayant abus des subtilités logiques auxquelles l'école de Mégare a dû le surnom peu enviable d'à éristique ».

2. V, 29 : « ('ur Plato ad Archytam et ceteros Pytliagoreos, ut, quum Socralem expressisset, adjiingeret Pythagoreorum disciplinam, eaque quae Socrates repudiabat addiscerot? » N'oublions pas toutefois que le Socrate de Platon ne peut et no doit pas être confondu avec le Socrate historique.

3. La théorie des trois périodes vient d'être renouvelée par M. Garl Joël [Ziir Erkenntniss der gelstigen Entwicklung und de?' srhriftstellerischen Mo- Hve Plato's, Berlin, 18ST). Voici le résumé de ce livre, tel que je le détache d'un très intéressant compte-rendu de ^I. Th. Reinach {Revue critique, 22 aoît 18S7) : « Dans la première de ses phases, Platon est un jeune lutteur plein de confiance en ses forces, non sans une pointe de présomption, qui met en scène des adversaires réels, leur prête un langage plus ou moins

LES METHODES PROPOSEES

conforme à leurs idées pour les étreindre par la puissance de sa dialectique, les terrasser aux applaudissements du public et les couvrir de ridicule ad rnajorem Socratis gloriam. Deuxième phase : le sens critique s'éveille et s'affine : le disciple émancipé de Socrate reconnaît la portée de certaines objections naguère dédaignées ou mal comprises : sa pensée hésite entre des inlluences contraires. Alors les contradicteurs de Socrate que Platon met en scène no sont plus que ses propres oljjeclions habillées en chair et en os : la lutte se poursuit, vive, acharnée, sans aboutir le plus souvent à une conclusion bien nette. Mais le doute ne devait pas verser dans le scepticisme... Dans sa troisième période Platon se ressaisit lui-même : il a conquis une certitude nouvelle, certitude faite d'imagination, d'esthétique et d'amour. Il renonce à faire sortir la véritj d'un duel dialectique : elle est affaire d'intuition, non de raisonnement. Dés lors plus de discussions serrées, précises, passes d'armes aux cou^s redoublés, mais de longues tirades où toute une conception de l'univers s'oppose en bloc (?) à une autre conception... A proprement parler, ce n'est plus un dialogue, mais un monologue inspiré, rarement interrompu. L'àme déployant ses ailes s'envole dans la sphère du mythe, éprise de l'idéal qu'elle s'est créé. Après le critique acerbe qui raillait, après le docteur troublé qui s'interrogeait, voici le prophète qui annonce triomphalement une vérité nouvelle».

Tout cela au premier abord est très séduisant, mais quand il s'agit des anciens dont la vie nous est si peu connue, le plus vraisemblable risque de n'.'tre pas toujours le plus vrai. Puis comment se répartissent les dialogues entre ces trois séries? L'Eut/njdème, par exemple, porte au plus haut degré les caractères de la première : faut-il le mettre sur la même ligne que le Charmideet le Lijsis? Le Timée appartient à la dernière : y placerons-nous également la R('pubiif(upi On le voit, les difficultés de détail se multiplient dès qu'on essaie de passer à l'application. Au reste d'après M. Joël, Platon aurait pris la plume non pour enseigner un système, mais pour se procurer une jouissance d'écrivain et de styliste, Tiaioca; -/âpcv, comme il s'exprime dans le Phèdre.

Plato.'^, t. ii.

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