‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 301 sur 343 · III, :U · texte numérisé non relu

III, :U

vc'j'A'/Ty . En rovanclie, il suffit, ce semble, de parcourir atleutiveiiicnt la coliecliou platonicienne pour y discerner, non pas sans doute deux esprits opposes^ mais une diversité manifeste d' inspiration.

llaton était doué de qualités trop géniales ponr se réduire jamais à n'être qu'un simple écho de Socrate, à la façon, par exemple, de Simon le corroyeur et de l'honnête Xénophon ' ; il a reproduit son maître en artiste qui ajoute à son modèle son propre sentiment, en p'iilosophe qui entrevoit et pressent les couse [uences encore enveloppées d'une théorie ou d'un principe. J'accorde volontiers que telle page de ces premiers dialogues ne serait pas indigne de Platon devenu chef d'école, et que dans les plus achevés Ton découvre le même dessein, la môme physionomie que daus les productions de sa maturité. Néanmoins, }»ris dans leur ensemble, ils n'en présentent pas moins, comjKirés à ceux (jui ont suivi, des difr»Tenccs notables. Le regard de l'auteur porte visiblement moins haut et moins loin : son horizon est plus restreint : la surabondance des détails extérieurs, naturelle sous une plume de poète, contraste avec la simplicité relative du fond -. Prenons le |)lus remarquable : le Prof agoras est sûrement l'œuvre d au uiailre écrivain, l'heureux émule de Sophron et d'Epicharme : mais quelle allure capricieuse, quel amour des digressions, quel faible pour les controverses les plus subtiles? On dirait, si l'on me permet cet anachronisme, un amusant article de Revue bien plutôt qu'un sérieux débat plulosL>phi(|uc. Le véritable Socrate n'a jamais étalé tant d'esl)rit, ni raillé avec plus d'atticisme : néanmoins il se serait reconnu dans ces exposés captieux, dans ces discussions curieuses où il semble vouloir jouer au plus fin avec les sophistes ses con-

1. « UnwiUkiirlicli iibte das Idéal Einlluss aiif die im Geiste des Schriftstellers sich vollziehende AusgostaUiing dor geistigen Personliclikeit des DarziisteUenien : die Begeisterung sali vollendet, wozu der Meister nur einen Anlauf genommen, — loste die aufgeworfene Frage im Geiste des Lehrers — zog aus den voa Sokrates aufgestellten Siltzen weitergehende Folgeruugen » (Westermayer).

2. Ainsi s'explique le silence à peu près absolu que les anciens, à commencer par Aristote, gardent sur ces divers dialogues.

yfi

(Il

LES DIALOGUES APPELÉS SOCRATIQUES

tradicteurs. De là au Socrate du Gorgias et du Théétète, quel

visible intervalle!

A un autre point de vue, ces dialogues de la jeunesse de Platon traitent chacun une question spéciale, d'une portée iïénéralement assez restreinte : ce sont avant tout des recherches morales, des explications psychologiipies analogues à celles où se complaisait le Socrate de l'histoire. Aucun de ces coups d'aile (pii dans les écrits de la période suivante nous emportent sur les hauteurs de la métaphysique en nous mettant en face des mystérieuses obscurités de la vie à venir : aucune SDéculation sur l'essence de l'ame, sur la nature des choses : aucune allusion ni aux systèmes antérieurs ni aux écoles qui sortiront de l'enseignement de Socrate : aucun écho de la théorie des Idées, le centre et le foyer d'où rayonnera plus tard en tous sens le platonisme. Sans doute le pythagorisme n'avait que faire dans le Criton, ou l'ontologisme dans V Apologie : mais sur quoi se fondent certains critiques, Stallbaum et Deuschle par exemple, pour affirmer qu'en composant ses premiers écrits, destinés par lui à attirer l'attention de ce que nous appellerions aujourd'hui le grand public, Platon dissimulait à dessein les grandes conceptions, fruit de son génie? S'autoriser de l'exemple des Lois pour soutenir cette thèse, c'est confondre dans la vie du philosophe des temps, et si l'expression est permise, des « états d'àme » bien distincts.

Reste une hypothèse intermédiaire qui s'appuie sur une interprétation à mon sens très peu exacte de certains textes. Platon, nous dit Mullach \ n'a pas attendu la mort de son maître pour prendre la plume : mais ses débuts dans la m-

1. « Qiiapropter forsitan non infeliN: sit conjector qui suspicetur ordinem quo Platonis opéra vel vivo adliuc auctore vel mortno prodierunt non multum discrepare ab eo qui Varronis et Tlirasylli oivo in rodicibus manu exaratis erat ». — On cite à Tappai de cette bypothése le fait, attest.'- par Dio^èneLaërce (III. G2;, que plusieurs mettaient VApologip^n tôle des écrits de Platon. Mais il s'agit ici beaucoup plus de l'ordre méthodique à observer dans la lecture des dialogues que de leur succession chronologique. Nons voyons par Averroes et les catalogues arabes (jue les commentatonrs d' Aristote avaient obéi de bonne heure à une préoccupation identique.

blicité uiil utc les quatre dialogues relatifs au procès et aux derniers moments de Socrate, dialogues placés pour ce motif en t<He de la collection par les Alexandrins que copie Thrasylle. Fnrit indirjnatio versfnii. s'écriait Juvénal dégoûté de la corruption romaine . c'est un effet tout semblable qu'aurait produit sur râinc indignée de IMatoii lu spectacle de l'injustice qui allait déshonorer Atliènes. — Pour être ingénieux, le rapprochement n'en est pas plus concluant. En ce qui touche ladisposition adoptée et recommandée par Thrasylle, nousavons indiqué précédemment la raison véritable, d'ordre purement didactique, dont se sont inspirés ses premiers auteurs : enfin à moins de considérer le Phédon tout entier, avec l'ensemble imposant de ses démonstrations, comme la reproduction pure et simple d une scène historique, qui peut songer sérieusement à y voir, au môme titre que pour le Criton et l'Apologie, l'œuvre d'un philosophe de vingt-huit ans, disciple de la veille, et dès lors n'ayant encore et ne pouvant avoir ni école régulière ni enseignement arrêté?

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