‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 309 sur 343 · Mnémosync. 1875, p · texte numérisé non relu

Mnémosync. 1875, p

« Hodleianus nullmii correctorciii iiactus sed religiose ab indocto librario descriptus scatet vitiis erroribusque quorum pars in Veneto correcta legitur non ex auctoritate libri veteris, sed de Orteci lectoris conjectura ut plurimuin non infelici '. » On a répondu avec raison à Cobet qu'un critique du moyen-âge capable d'un nombre aussi considérable de corrections est un mytbe: elles sont à la fois si importantes et si naturelles qu'il est impossible de douter de leur valeur originale.

Bekker, que l'on a si justement placé au premier rang des initiateurs de la philologie contemporaine, avait pris pour base de son édition le double manuscrit Ae du Vatican qu'il avait mis ainsi particulièi-ement en relief. Schanz a fait voir que ce manuscrit dérivait du Clarkianus avec plus de lidélité qu'on ne l'avait longtemps supposé, quoique par l'intermédiaire d'une copie oîj certaines interpolations accueillies plus tard dans le texte figuraient encore comme gloses ou comme variantes marginales. En outre ce manuscrit A© est loin d'avoir dans toutes ses parties la même valeur : pour la première tétralogie il est au nombre des moins corrects: en outre certaines lacunes d'une ou deux lignes dans les deux premiers livres de la /République révèlent dans 0 une copie de t. Somme toute, l'éditeur même le plus consciencieux n'a pas à en tenir compte.

Graux répartissait les manuscrits de Platon en deux groupes, i un dérivant du Parisinus A, l'autre du Venetus H : sans la mort prématurée qui l'a enlevé à la science française, il ei\t sans doute donné de cette thèse une démonstration qu'il n'a fait qu'ébaucher.

Plus entreprenant que ses devanciers, M. Schanz a entrepris de remonter jusqu'à l'original primitif d'où proviennent toutes les copies actuellement existantes : ce qu'il appelle d'un mot commode (( l'archétype -. » Rédigé conformément aux indications de

1. Ibid. 1880. p. 397. Il est vrai que Gobet n'a pas toujours montré la même rigueur à l'égard d'un manuscrit dont un autre éditeur de renom, Jahn, a pu dire à propos d'une simple question d'accentuation : « Ego lantam duco libri unici Bodleiani auctoritatem ex ipsa eruditœ antiquilatis paradosi repetendi, ut ne in his quidem minutiis, nisi erroris causa non lateat, impune neglegatur. »

2. Voir dans ses Studien (p. 23) le chapitre qui a pour titre : l'eher den Archetypos. Il est regrettable que chez M. Schanz le philosophe ne soit pas à la hauteur du philologue. <^ La critique et l'herméneutique sont deux

LES M.\NUSCKITS DE PLATO.N

Dercyllidas et deThrasylle et datant par conséquent, selon toutes les probabilités, du premier siècle de notre ère, il renfermait les neuf tétralogies, suivies des Définitions et des sept dialogues apocryphes. Seuls les manuscrits'/ de Florence et :^ de Venise nous offrent aujourd'hui intégralement tout cet ensemble. Déplus dans le Venetus tet le Vaticanus0(auxquels on peutajouterl'Angelicus C. J. 4) nous avons vu qu'on lisait à la (în du Ménexènc: rAocroO ttowtov j3tô/to'j; on peut en conclure avec quelque assurance que l'archétype se composait de deux volumes, dont l'un (sauf la ?• tétralogie) est reproduit par le Clarkianus, et l'autre par le Parisinus A, aujourd'hui nos deux sourceslesplusanciennes.il devait renfermer un certain nombre do fautes ^ qui se retrouvent dans tous nos manuscrits sans exception, en dehors des interpolations dont les unes sont évidentes, les autres résultent de citations très anciennement annexées au texte, tandis qu'il en est qui ne peuvent être découvertes que par la pénétration du critique -. Au point de vue de la disposition matérielle, c'est sans doute le Vonetus t qui olTre de l'archétype l'image la plus fidèle.

Reste à reconstruire sur ces bases la généalogie des divers Tnanuscrits aujourd'hui connus. M. Schanz n'a apporté à cette nouvelle partie de sa tache ni moins de talent ni moins de persévérance qu'à la première. Il admet qu'il a existé primitivement deux copies du premier volume de l'archétype, l'une où manquait la 7° tétralogie ainsi qu'un passage du Tkéétke '^ qui ne se retrouve ni dans le Vaticanus A ni dans le Venetus n, l'autre complète, d'oii dérivent des manuscrits plus récents et en même temps beaucoup moins corrects. Il partage ainsi les 08 manuscrits qu'il a exa-

sciences inséparables. On ne peut faire que de médiocre critique et donner que des éditions fautives, si l'on ne cherche pas à comprendre à fond les textes que l'on publie. » ((^raux).

1. Il s'agit surtout de mots inconsidérément séparés ou rapprocliés, de lettres ou de syllabes répétées ou omises (u S.epissime lioc fit in GLirkiano, ut syllab;e similes intercidant »), etc. Il faut d'ailleurs constater chez M. Sclianz un penchant peut-être excessif à soupçonner et à découvrir des altérations.

2. M. Schanz écrit à ce sujet : « Die Hauptaufgabe des Platokritikers wird immer die sein, die vielen unechten Zusiitze auszuschneiden. » Quelquesunes de ces interpolations ne lui paraissent pas antérieures au v« siècle de notre ère.

iiiinés en deux familles, la première oi^i il associe au Clarkianus

les deux copies que nous venons de nommer-, ainsi rpjc le Tubin-

gensis dont la parenté avec les précédentes, notamment avec la

première main du Clarkianus, lui paraît incontestable, —la seconde

fort iJifcrioure, défigurée de toutes manières par le caprice des

copistes et bonne tout au plus à signaler et à combler certaines

lacunes de la première \ Aussi à la fin de son travail s'approprie-

t-il sans restriction ce jugement de Cobet : (( Supcrsunt Tlatonis

codicis manuscripti et plurimi et in eacopia nonnulli antiquissimi

summa cura et studio in pulcberriinis membranis elegantissima

et perilissima manu xî/,K/,Ar/oaa.y:,oi£vot, quorum scriptural passiin

reliquorum testium omnium auctoritatem suaprœstantia obruunt.

Iiî unoipioque dialogo snli IMatonis manu m servant in ceterismani-

festoerrorevel fraude aut vitiatamaut interpolatam, ea(]ue res tam

perspicua est et evidens ut satins sit abjectis reliquorum omnium

discrepantibusscripturis nullum omnino usum babentibusPlatonis

textum, quem vocant, illis solislibris veluti firmissimisfundamen-

tis superstruere. Si quid enim ex reliquis testibus bic illic pro-

ferlur boîii, in ils locis ubi meliores titubant ant ballucinantur,

debetur vera iectio non fidelioribus libris antiquis olim deperditis,

unde illi manaverunt, sed sollerti conjecturée etfelici emendationi

quai es semper acutior aliquis inter legendum excogitare et repe-

rire solet. »

Il est incontestable que les éditions des divers <lialogues déjà publiées par Schanz réalisent presque partout un sérieux pro-

1. Cobet {Mnémosyne, 1875, p. 280) a de la peine à le lui pardonner : <. Fidelissimo testi video comités esse additos libros détériores Crusianuni, Venetos duos, Vaticanum, unde minutias et quisquilias et ineptias sine numoro Platoni adhaerere. » On pouvait lire 'cependant dans L's Novœ commentationes Platonicae de M. Schanz (p. 38) : « Clarkianum optimum Platonicum libruin fundamontumque recensionis esse XXIV dialogorum qui eo continentur, ex quo Turiceuses et llermannus Platonem ediderunt. omnilnis quihacde re judicant porsuasumest. »

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