‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 31 sur 343 · Polit'ujlW, VIU, ti · texte numérisé non relu

Polit'ujlW, VIU, ti

2. ChillVes empruntés au savant traité do Bd'ckh. qui lui-même les a tirés do plusieurs ouvrages anciens.

a. Les relations commerciales du monde gréco-romain avec l'Orient et même l'extrême Orient ont été lécemiuont l'objet do rechercties considérables, parmi lesquelles il me sera permis de signaler celles de feu M. l'abbé J>uraiicl, professeur de géograpliie à l'Institut catholi'iue de Paris.

PLATON APHÈS LA MORT DE SGCKATE

dans les pays d'alentour, en quête des règlements les plus justes, des institutions les mieux éprouvées : il n'est presque pas un philosoidiede renom (pii n'ait tenu à approfondir à leur proi»re source les théories et les systèmes dont la renommée ('tait arrivée jusqu'à lui. Connaître par soi-même les grands courants de la [)ensée humaine, voir les hommes, causer avec eux, s'inspirer de leurs idées pour compléter une première éducation, si étendue qu'elle ait pu être, a été depuis Pythagore jusqu'à Cousin, l'ambition de tous l(^s grands esprits. C'est ainsi ({ue les sept sages avaient ac<}uis une bonne part de leur célébrité. Hérodote lui-même nous montre Solon se rendant à la cour d'Amasis et plus tard à celle de Crésus. Le premier de ces voyages était une tradition conservée dans la famille de Platon : du moins Critias le rappelle dans le Timre avec de curieux détails.

L'exemple de Thaïes ([ui rapportait, dit-on, aux prêtres dEgypte les données fondamentales de son système a très bien pu déterminer Pythagore à aller s'instruire à leur école., le sais que certains Idstoriens et notamment M. E. Zeller refusent d'ajouter foi aux témoignages de ranli<{uité relatifs au séjour de ce dernier philosophe en Egypte: mais (juelque soin que l'on mette à écarter les fables alexandrines, il est peu raisonnable de iH^ tenir aucun compte des assertions d'Hérodote et d'Isocrate ^ Après le pays des Pharaons, le sage de Samos avaitil parcouru l'Orient- ? On a le droit d'en douter, malgré les affirmations de tant d'écrivains anciens: en tout cas les pérégrinations bien connues d'Hérodote attestent qu'une telle entreprise n'avait rien d'impossible. De l'Italie à la Bactriane, et de la Scythie aux déserts de l'Afrique, il n'est presque aucune partie du globe alors civilisé où l'historien d'Halicarnasse n'ait

1. Hérodote (TT, SI) assimile les deux épithétes \\-J)x-:6pz:o: et AIv-jtit'.oi : quant au Bit.slri.^ d'Isocrate. faut-il contester à cette dissertation toute valeur historique, pour ce seul motif qu'on y sent la main d'un rhéteur?

2. M. Fave pense que Thaïes et Pytiiagore. instruits déjà par les marins, sont allés à Memphis et à Baliylono compléter leur éducation astronomiqut'.

LA VIE DE PLATON

pénétrés se promenant à travers tous les pays, comme à travers tous les âges, avec le dessein d'ap[)ren(lre et de publier des choses dignes de mémoire. Les ruines (jnexliume l'archéologie moderne montrent que là où il se donne comme témoin oculaire, il a tout décrit avec une très suffisante exactitude.

Presque à la môme épO([ue nous voyons llippi^crate. le fameux médecin de Gos, parcourir successivement la Tliessalie, la Thrace, l'Asie mineure et l'Egypte : enfin les Dix Mille, au retour de leur expédition aventureuse (399), avaient du exciter à la fois la sympathie par le tableau de leurs souiTrances et la curiosité par la description des contrées travfU'sées. Mais ce qui est particulièrement remarquable, c'est un aveu de Dé-mocrite, dont le texte nous a été conservé par deux écrivains chrétiens- : cet Aristote anticipé, (}ui le premier a embrassé dans ses recherches l'universalité des connaissances humaines, ('numéro avec complaisance les sources multiples où il était allé [)uiser son prodigieux savoir.

On le voit, l'obscurité des traditions ne permet |)as de méconnaître la part considérable qu'ont eue les voyages dans ce (jue j'ose appeler l'éducation intellectuelle des premiers sages de la Grèce : reste à examiner si la philosophie pure (mi a profité au même titre que les connaissances prati([nes, l'expérience morale et la culture scientifique. Rejeter a priori ces récits et les trailer de fables, demeure sans doute la dernière ressource de fiiicré-

1. Les assortions contraires do ^T. Sayce, traitant irrévérencieusement Hérodote de « voyageur en chambre, » n'ont trouvé aucun écho.

2. Clément d'Alexandrie [Stromates I. xv. OU) et Eusébe (/Vep. évcuif]., X, 4) : 'Evo) ùz "Cfôv xa-r' ip.i(<rj-M àvOpfÔTKov Yr,v 7:A;'<TTr,v s7C37rXavr,Taar,v t^TopioiV ta (xr.x'.'TTa xaî àvspa: te y.al -àa; r.lil^zx; l'Sov xal >.oy'0)v àvOpwTiwv tae-ttwv

£(Tr,xo-JTa ir: ï'zx ôv.TMxatSIxa èrl ^3:vri; iyçvr.Or.v (je cite d'après la restitu-

tion proposée par M. P». ten l'.rinck). Diodoro de Sicile (I, 98) fait rester Démocrite cinq ans en Ej^n'pte : Strabon (XV, 703) et Diogène Laërce (IX. 34) nous le montrent visitant la plus grande partie do l'Asie : enfin, au dire d'EIien (IV. 20), Théophraste le félicitait d'avoir rapi)orté de ses lointains vovages des trésors que n'avaient amassés ni Ménélas ni Elysse. — Cf Mullach, Fragmenta phil. r/rœc, T. cil. 4, et P.erthelot, Lps origines de l'ai-. chimie, p. 147 : a Démocrite avait voyagé en Egypte, en Glialdée et dan^ diverses régions de l'Orient et il avait été initié aux connaissances théoriques et peut-être aussi aux arts pratiques de ces contrées. »

PLATON APRÈS LA MORT DE SOCRATE

didité systématique, mais une critique sérieuse s'impose le devoir de s'enquérir des faits avant de s'arroger le droit de les nier. Et maintenant de ce qui précède ({uelle conclusion tirer en ce qui touche Platon :^ Ne sommes-nous pas doublement autorisés à lui appliquer sans restriction ce qu'écrit M. Chaignet de Pythagore : « Il n'est pas surprenant que comme tous les esprits avides de savoir le philosophe ail entrepris ces grands et nombreux voyages dont on s'étonne et dont on doute trop volontiers. 11 faudrait s'étonner plutôt ([u'il n'eut pas obéi à l'impulsion naturelle qui entraînait à cette époque les intelligences curieuses et qui faisait des voyages comme une préparation universelle et nécessaire à l'étude et à la science K » En réalité, comme on peut aisément s'en convaincre, tous les biographes de Platon sont unanimes à soutenir qu'il passa plusieurs années hors de sa patrie.

Mais ce point une fois admis et même, autant qu'il est per mis en pareille matière de parler de démonstration, une fois démontré', la tache des biograplies de Platon ne s'en trouve guère avancée. C'est qu'en effet, dès qu'on descend aux détails, on se heurte, comme on devait le prévoir, à des divergences considérables. Quelles contrées parcourut le philosophe? Dans quel ordre? Pour quels motifs ? Jusqu'où a-t il poussé ses explorations ? autant de questions dont la solution échappe à toute détermination certaine, en face de renseignements incomplets, parfois même contradictoires ^

Songe-t-on pour s'éclairer à interroger Platon lui-même ■;' à peine obtient-on une réponse: chose d'autant plus surprenante au premier abord qu'en cette matière on a plus à se défier des

\. ViiUiagnrc ri la philosophie pythagoricienne, p. 39.

2. Au déclin du paganisme, la tradition rognante s'affirme une dernière fois, non sans une exagération manifeste, sous la plume de saint Augustin: (( Ouam longe latequc potuit poregrinatus est Plato, quaquaversum eum alicujus nobilitatc scientia' percipiendaj fama rapiebat. » {Cité de Dieu,

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