‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 32 sur 343 · VIII · texte numérisé non relu

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3. Faut-il sur ce point s'attacher invariablement à Apulée, sous prétexte qu'il avait sous les yeux les Commentaires de Speusippe? Cette opinion de Stallbaum n'a pas trouvé faveur.

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exai^prations famili.Tes h la vanité. Pas un de ses dialogues ne porte distinctement une couleur étrangc^re; ses nombreux écrits ne contiennent aucune allusion explicite aux enseignements qu'il est allé cherciier au dehors, aux pays qu'il a visités, aux [)rojets qu'il caressait en abordant tour à tour à des rivai^es bien dilb'rents. Sauf son séjour à la cour de Deuys l'ancien, ce tvran soupçonneux et cruel dont limage était assez manifestement présente à sa i)ensée quand il composa le neuvième livre de la R('pub/uju(\ ?os voyages n'ap[)araissent dans ses livres que sous forme de vagues réminiscences, susceptibles en général d'une autre explication ^

Cependant si l'on veut y réfléchir, il n'est pas difficile de se rendre compte de ce silence de Platon. D'abord, ainsi qu'on l'a bien des fois remar([ué, chez les anciens les confidences personnelles sont rares: b^urs œuvres, à binverse de celles des modernes, nous parlent de tout, saufde leurs auteurs; et si ce caractère ('minennncnt objectif, pour parler comme en Allema- <^ne, est un des charmes les plus appr('ciables de l'antirpiit(', en revanche il nous prive d'une foule d'éclaircissements et de satisfactions (jui auraient pour nous un v.'ritable prix. Un seul exemple nous suffira; ({ue nous apj)r(mnent de la vie et de la carrière d'Aristote. de son long séjour à la cour de Macédoine, de ses relations si étroites avec Alexandre, les nombreux ouviarr(»s sortis de sa main ? Ku second lieu, ne l'oublions pas. le porte-parole à peu près constant de Platon .'crivain, c'est Socrate, Socrate qui ne s'était pas plus ('Inign-' d'Athènes que Kant de Knnigsberg, et dans la bouche dii([uel des détails précis sur les monuments et les institutions de l'étranger eussent été dès lors fort [)eu à leur place.

1. Ainsi (iiie nous le vorrons plus loin, il conviouL de faire ici un-^ exception en ce (pii touche l'I-:,^vpte. Il en rsl de même du temple de Neptune qui est décrit dans le Crilias. et dont l'aspect .Ljéuéral a (luelque chose de harl)are. II semble que Platon, comme tous h'S tourist. s m Orient, ait été frappé de <e système de décoration qui rem[dace i»ar la profusion des matières précieuses les inspirations de l'art. I.es traits de ce fjjenre. a-t-o!i dit, no sont pas de ceux iiue rima;:^inalion invente : elle les recueille et s'en empare pour les appliquer à d'autres temps, à d'autres lieux.

PLATON Al'llES I. A MOUT DE SOGliATE 77

Veut-on en outre quek{ues rapprochements empruntés à des temps j)lus modernes .MJante a beaucoup écrit; (pnMious apprend-il lui-même de prt'cis sur les cruelles vicissitudes de sa vie errante de poète, de fugitif et de [iroscrit :^ Plus près de nous, Descartes, peu satisfait de la science des ('coles, s'était décidé h« fermer tous ses livres [)our considter le grand livre du monde » : quelles traces ses voyages ont-ils laissées dans sesouvrages? Cet hommeiiui a visit(' tant de contrées diverses, qui a ét(' frappé par tant de curieux spectacles, qui veut être témoin d'un inbilé à Kome afin de voir défiler sous ses veux (( le })lus de peu[>le [)nssil)le, » a cependant une philoso[)hie toute abstraite, toute s[)éculative, toute intérieure. On l'a dit avec raison, ces curiosités du dehors ne sont é'videmment pour lui (jifun accessoire négligeable V; si le désir de s'instruire en écoutant (U en observant a été pidir (pielque chose dans son départ {)Our la lloll.uide d'abord, et [>lus tard ])our l'Allemagne, il n'y a rien assurément de germanique dans le système qu'il a ébauché sinon construit dans la solitude de son « |>oèle ».

Un critique qui tient les voyages de Platon pour suspects pourrait être tenté (rinvo({ucr certaine interdiction formulée au douzième livre des Lois\ Platon, s'y ins[)irant évidemment des prati([ues lacédémoniennes, veut que le législateur n'autorise à sortir du pays que des citoyens de principes sûrs, et encore faut-il (pi'ils soient à l'âge où l'esjUMt a ac({uis toute sa force et le jugement toute sa maturitt' : ce (jui ne renq)èche pas d'ailleurs de réclamer, [)Our constituer le sénat gardien de sa constitution, des vieillards ([ui à plusieurs reprises se soient ex[)atriés par amour de la sciences La défense rappelée plus haut et dictée, si Ton peut ainsi [)arler, par des considérations d'hygiène morale', n'a donc (ju'une })ortée relative, sans compter

1. Voyez le pou de place qu'il leur accorde dans son Discours de la méthode, et à plus forte raison dans ses Méditations,

2. *JoU 1). Toute la suite de ce passage règle les voyages entrepris (( dans l'intérêt puldic. n

4. Les mêmes qui faisaient écrire à Cicéron dans une page célèbre sur la corruption des villes maritimes : « Importantur non merces solum adventi-

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LA VIE DE PLATON

PLATON APRÈS LA MORT DE SOCRATE

qu'il arrive maintes fois aux philosophes et aux moralistes de blâmer en théorie ce qu'ils s'accordent sans scrupule dans la pratique. Au reste à l'Athénien des Lois on peut opposer le Socratedu Phédon invitant ses disciples à chercher, (juand il ne sera plus, non pas en Grèce seulement, mais jusque chez les peuples barbares, et cela sans épargner ni leur or ni leurs peines, le sage qui les maintiendra dans les voies de la vérité.

Aristote et Théophraste, on devait s'y attendre, ne font aucune mention des voyages de Platon : ces deux auteurs, tout occupés de la genèse et du dt'^veloppement des systèmes, négligent entièrement la biograpliie des philosophes. Les ouvrages de Speusippe et de Xénocrate, héritiers et successeurs immédiats du fondateur de l'Académie, nous manquent. Mais pourquoi ne pas reconnaître l'écho de leurs affirmations dans les récits d'Ifermippe, de Cicéron et des divers écrivains de l'époque gréco-romaine/ Justement suspecte après trois et quatre siècles en matière de doctrines, la tradition mérite quelque créance quandelle conserve le souvenir d'événements d'ailleurs parfaitement vraisemblables: ici en elfet nous n'avons point affaire, comme avant Platon pour Pythagore, comme après lui pour Apollonius de Tyane, à un hiérophante, à un mystagogue, à un thaumaturge, et l'absence à peu près complète de merveilleux autorise à penser que nous sommes sur le terrain solide des faits, non dans le domaine enchanté de la légende. Que si avec le cours du temps certains points sont tombt's dans l'oubli, si d'autres au contraire ont été volontairement ou involontairement exagérés par l'imagination de tel ou tel narrateur, si dès lors il s'en est suivi quel([ue confusion dans le détail des témoignages, c'est ce qui ne surprendra aucun esprit familiarisé avec l'histoire de l'antiijuité.

ti;e, sed etiain raores, ut nihil possit ia patriis instituas manore integrum » {De republica, II, 4.)

3 . Il A P P U K T S E N T 11 E L A G II È C I<: ET L ' U H I R N T

A. Considérations générales

Platon a quitté Athènes, il a voyagé, mais pourquoi? Est-ce par pur divertissement? est-ce au contraire attiré par l'enseignement de penseurs ou d'écoles célèbres, séduit par la réputation lointaine de quelque théorie profonde sur la nature et la destinée de l'honmie, sur les rapports de la divinité avec le monde, sur les origines et les éléments constitutifs de l'univers? Pour tout dire d'un mot, devons-nous faire honneur à ses voyages de cette supériorité éminente qui l'élève au premier rang parmi les philosophes non seulement de la Grèce du iv' siècle, mais de tous les pays et de tous les temps? Alors même que cette thèse n'aurait pas été formellement soutenue, la question à coup sur vaut la peine qu'on s'y arrête, et aucun historien sérieux du platonisme n'a le droit de la passer dédaigneusement sous silence. Aussi bien pour connaître vraiment le cours d'un fleuve est-il indispensable de connaître quelque chose des contrées qu'il traverse et de l'importance de ses affluents.

Que l'Egypte, que l'Asie mineure, que la Phénicie, que la Babylonie et tant d'autres riches provinces soumises encore à la fin du vc siècle au sceptre des Achéménides aient sur bien des points devancé la Grèce dans les voies de la civilisation, c'est aujourd'hui chose absolument hors de conteste; mais cette antériorité peut-elle être affirmée notamment lorsqu'il s'agit des théories scientifiques en général, et plus particulièrement de celle qui domine et embrasse toutes les autres, de la théorie philosophi<[ue? A la date que nous venons de rappeler, l'Orient offrait-il aux intelligences avides quelque centre intellectuel com- . parable à ce qu'était alors Athènes, à ce que sera bientôt Alexandrie ? Allons plus loin: la fagesse orientale a-t-elle pu être, a-t-elle été en elfet la secrète inspiratrice des systèmes cosmologiques et métaphysiques qui se sont succédé sur le sol de la

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