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bES l'ULNClPALES TRADUCïiOISS DES i)I\L()i.UES
tous les traits charmants et nobles auxquels se reconnaît la diction platonicienne? tantôt le disciple de Socrate descend, sans s'abaisser, au style de la conversation, avec ses sous-entendus discrets, avec ses négligences calculées: tantôt au contraire il s'élève :« une majesté qui a fnit dire qu'il parlait la langue des dieux. Ici ce sont dv longue^ et solonn-lles périodes où tout s'enchaîne dans une ronstruction savante : là c'est une vivacité de lepartie qui fait son,-er aux meilleures scènes d'un Sophocle ou d'un Aristophane. Oue d'habiloti" no laut-il pas pour ne i)Qrtcr aucune attciiile a cette ^iinj. licite élégante, à cette mesure <|ui indiqu<' tout sans appuyer sur i-ien, à ces images expressives, à ces finesses délicates, en un mot, à cet ensomble de qualités qui repré.-entent pour nous l'atticiMue dan^ toute sa Heur?
Aussi une traduction parfaite do IMaton est-elle encore à trouver. Est-ce le talent ijui a manqué aux traductours? (Juelques-uns en avaient, et du meilleur : ils conqjtent parmi les premiers écrivains de leur temps. Sontce les loisirs? La plupart ont consacré à cette entreprise la meilleure partie de leur vie. Quoi qu'il en soit, on peut leur appliquer cette phrase écrite à une tout autre intention : u Ceux qui aiment le mieux sont les plus fidèles, et ce sont aussi les plus heureux. » Demandons-le plutôt à Schleiermacher, à Cousin et à Bonghi.
1>. Traductions latims
« Ce ne fut pas un faible ruisseau, mais un large fleuve de science et d'art qui coula de la (irèce à Rome. .> Ainsi s'exprime Cicéron dans sa République: la vérité est que « la civilisation grecque a longtemps enveloppé et comme assiégé l'esprit romain avant de pouvoir y pénétrer K » Ce que Livius Andronicus, Ennius, Nrevius font passer d'abord dans la langue de leur pays d'adoption, c'ost VOdi/ssér d'Iïomère, ce sont les drames les plus familiers (rEuripide. Il faut attendre Lucrèce et surtout Cicéron pour que le latin se prête sans trop de résistance à la dilfusion des systèmes philosophiques de la Grèce. « Eh quoi! s'écrie l'auteur
1. E. .IiiUiea, A'.v />/'of('s.s('//i'.< de lillcraliirr d nis /'tinrh-fuir llom^. [i. 41).
du traité De finibus ', ces vers d'Ennius « Utinaiiine in riemore » ne nous plaisent pas moins que dans l'original grec, et nous ne voudrions pas posséder dans notre langue les théories de Platon sur le bonheni- cl la vertu ! »
En réalité nul à Home n'était mieux qualifié pour enti'eprendre et mener h bonne lin pareille tàcho. Cicéron était, comm<» on i a Lii^ IjiL'ii dit, un iiumm»' de chez l*i,ilon, « liomo platonicus ». J'accorde qu'on m'Hapliysique il n'.i (Ui' qu'un amateur distingué, et que malgré son admiration partout aflichée pour Platon - on TeiU jeté dans un singulier embarras en lui demandant une exposition >uivie et complète de ia théorie des Idées.
De sa traduction du Protagoras il ne reste aujourd'hui que trois phrases ou plutôt trois débris de phrase. Saint Jérôme ' paraît iavoireue encore sous les yeux, et elle existait au temps de Priscien et dp Domit *. Plus recherchée sans doute, celle du Tirnér a eu la bonne Ibrtune d'arriver jusqu'à nous, sinon entière, du moins sous l'orme de frairments très étendus, destinés sans doute dans la pensée de l'autour à prendre place dans quelque traité De naturarerum. M. Thiaucourt ■' l'a jugée avec faveur : « Cicéron a rendu avec exactitude la plupart des mots : rarement il en omet (juelques-uns ou les transpose afin de rendre la traduction plus lettrée; plus rarement encore il a ajouté ({uelque chose du sien : bref, il semble plutôt vouloir ramener le latin au génie de la langue grecque que donner aux pensées de Platon une physionomie romaine.» Ca^tte lidélité dont on lui fait ici honneur nous paraît au moins toute relative : il suffit de prendrequelquesphrascsau hasard pourse convaincre que transporté dans la France duxvii^^siècle, le grand orateur se fut montré des plus indulgents pour ce qu'on appelait alors « les belles infidèles. » 11 paraphrase plus souvent qu'il ne traduit : malgré tout sa version olfre si peu de mouvement, d'élégance et d'harmonie qu'on croirait volontiers qu'il s'estdéchargé de cette besogne aride sur un de ses collaborateurs, tel que Tiron son secrétaire. Lui-même avoue sans détours les difti-
2. « Aiidiamiis Platonem, quasi dcuiu qucindani pliilosophorum » {De natara Deorinn, II, 12).