Ut i)lurimum fideliteret docte confecta » (Ptoulli
4. Nous sera-t-il permis de regretter qu'un trop grand Jiombro do liaductions insérées dans la collection Didol prêtent à la même critique?
5. Schneider et Uir^chig, les deux cditeurs du Platon de la collection
LES l'Iil.NCl 1 \ f. ES TUA DU CI ION S DES l*l.\LOGUES
ii3
Si malgré tout les fautes y sont assez nombreuses, n'en soyons pas surpris : il s'agissait alors non pas de creuser tel ou tel problème de détail. inni<I.i"n do faire revivre dans leurs grandes lignes la pensée et la sagesse antiques, de leur ouvrir l'accès de tous les esprits.
En somme cette traduction de Ficin, revue après sa mort par des savants tels que Simon (Irynaeus, l'un des plus habiles latinistes de son temps, eut un très grand succès. Il serait facile d'en compter plus de vingt réimpressions dans les soixante premières années du xvi" siècle ' : et ce fut un des instruments les plus efficaces de la diffusion du platonisme au nord comme au sud des
Alpes.
L'œuvre de Ficin ne fut elfacée ni par celle de Cornarius imprimée à Bàle en 1561, ni même par celle de Serranus, ([uoique le haut patronage d'Henri Fstienne'ait valu à cette dernière, en France du moins, une période d'incontestable célébrité. Nous avons mentionné ailleurs l'étrange division en syzj/rjirs ima'^inée par cet écrivain pour classer les dialogues : quant à sa traduction même, voici comment il l'annonce dans sa dédicace à la reine Elisabeth : « Hoc meum est, ut venerabilem hospitem senticosœ vastitatis squalore pêne obsitum a deviis locis ad planam fcquam- (jue viam deducain, ut nova veste indutum in lucem conspectumque hominum proferam : quo, pristina auctoritate recuperata, cum tua qiioque Majestate familiarius colloqui possit ». Promesse bien imparfaitement remplie, car de l'aveu unanime ce nouveau
Didot, n'ont pas hésité à recourir à la traduction de Ficin : mais pour le Timée, le Grillas et les Lois il fallut bon gré mal gré la refondre entièrement. Au xvi* et au xvir siècle elle avait déjà rencontré des juges sévères : « Le bm seigneur, écrit Leroy, n'était guéros expert en grec ny en latin, il a failly infiniment traduisant son auteur... Ce serait temps perdu de m'arrèter reprendre ce personnage en tous les endroits où il a failly, mais plutôt lui conTient rendre grâces du labeur qu'il a pris volontairement pour aider à la postérité, et essayer de suppléer son défaut sans aigreur ^). Le chevalier de Jaucourt dans l'Encyclopédie n'a pas la même indulgence : « Ficin nous a laissé une traduction du Platon si maigre, si sèche, si dure, si barbare, si décharnée, qu'elle est à l'original comme ces vieux barbouillages de peinture que les amateurs appellent des croûtes sont aux tableaux de Titien ou
do ria;»hatd. ^>
1. Paris, Lyon et Bàle rivalisaient alors comme centres littéraires avec
Venise et Florence.
2. Dans sa belle édition des dialogues (trois volumes in-folio, 1578).
L'ŒU\i;t: DE PLATON
traducteur aide d'autant plus rarement à comprendre son auteur qu'il a commcnci' par ne pas le comprendre lui-même. C'est ce qu'a très bien fait ressortir un des plus célèbres édiunirs de Platon au siècle dernier, Fischer : u Al. Serrani versione latina, cujus viri et conjecturée et animadver^iones brèves in hac cditionc additje sunt, parum auxilii m locis obscuris et dubiis exspectari posseeo magis cretlimus qunm eam obscuriorem sa.'pe verbis grjccis, omninoque non iîa lidelem et bonam cognoverimus ». En effet, examinée de près, cetto traduction, qui de son temps déjà passait pour obscure et emb;irrassée, n'est qu'une paraphrase languissante où l'on ne retrouve ni les grâces du platonisme ni même l'esprit de l'antiquité ^ Si Ficin a pu être accusé de trouver dans Platon trop de symboles et de mystères, Serranus a le tort de ne pas en soupçonner assez. Il nous avertit lui-même qu'il avait gardé rancune aux rêveries creuses de ses devanciers : « 11lorum tenebricosa interpretum somnia me a lectione Platonis pcne absterruerant. « Félicitons-le toutefois d'avoir ajouté à ses arguments, presque tous de nulle valeur, des notes marginales dont quelques-unes sont précieuses et qu'il comparait ingénieusementaux Hermès plantés pour l'insli'uction du voyageur à tous les carrefours de FAttique.
On ne sera donc pas surpris du jugement porté par Lamotte à la fin du xvii* siècle dans sa dissertation intitulée De la lecUirc de Platon et de son clogiience : « Toutes les traductions du grec de Platon en latin ne sont rien moins qu'élégantes, comme celles qui n'ont visé qu'à rendre le sens de l'auteur, sans se soucier autrement de la beauté du langage. Ce n'est donc pas merveille si ceux qui ne connaissent Platon qu'habillé ainsi désavantagcusement à la romaine en parlent ensuite avec le mépris dont nous tâchons de le décharger. » -
l.Elle m h-it^ Iv.ut spôcialement le reproclip ndress^; par un cnidit d'alors aux traductions latines en gén.'ral : «Si ipsa Plato legeret, pro suis non agnosceret. Ubi enim iu lalinis heroica illa vis et subtiiiias grandiloqua î ubi illa beala nec tanien oliosa voiboruni hixin-ies? »
'2. Nous nous bornons à citer ici pour nicmoire la doablo traduclion en lalm de la liépublkju^ par Antoine Montecatini (Ferrare, iol)4) et par Jean Sozomène (Venise, 1026) de même que celle des Lettres, entreprise par li:.mus avec la collaboration de Jacobus Tusanus (Paris, 1352). - Les textes m'ont fait absolument défaut pour apprécier les traductions jointes par Vst fit Bekker à leurs éii tiens de Platon.
LES PRl.NCirALliS THADUCTIONS DKS 1) l A i.OGlT ES 445
G. Traductions fraiiraises
Dans son Siècle de Louis .\7 F, après avoir fait remarquer que les arts transplantés de Grèce en Italie à lalienaissancc y avaient enfanté des merveilles, Voltaire ajoute : « Fa France, TAngleterr<î, l'Allomagne, l'Fspagne voulurent à leur tour ;ivoir de ces fruits : mais ils ne vinrent point dans ces climats ou ils dégénérèrent trop vite. »
Je ne veux pas examiner ici si prise dans son ensemble cette assertion est exacte en ce qui touche la France : mais ce qu'on peut aflirmer, c'est qu'à dater du règne de François P" les études helléniques commencent à relleurir sur notre sol pour y produire dans la seconde moitié du siècle une brilianle moisson. A Paris ou à Lyon les plus grands écrivains de l'antiquité trouvent des éditeurs. Homère et Hérodote se lisent en français avant 1550.
Platon ne sera pas moins favorisé : mais, chose étrange, ses petits dialogues, sans doute à cause de ce que leur lecture a do plus accessible, attireront l'attention et la curiosité des érudils bien avant ses chefs-d'ceuvre '. Dès 1530 paraît chez Denys Janot à Paris « Le livre nommé V Axiochiis de Platon, du contempnement de la mort, en forme de dialogue, et sont les introduit/ Socrates, Glinias et Axiochus. » Fn 1544, Dolet traduit « deux dialogues de Platon, philosophe divin et supernaturel, à savoir l'ung intitulé Axiochus, qui est des misères de la vie humaine et de l'immortalité de l'âme, et par conséquent du mépris de la mort :
1. Pour donner une idée de ces essais encore timides du xvi^ siècle, je transcris ici quelques lignes empruntées à la première page d'une traduction du Crlton dont le manuscrit seul nous a été conservé : « S. Je m'esmerveille comment le geoUier t'a voulu tant favoriser etobeyrque de te laisser entrer à heure si indeue. — C. Il me cognoist assez, mayant veu si souvent venir icy te veoir et davantage il a receu de raoy quelque bienfaict pour lui estre plus agréable. — S. Mais dis moy, y ail longtemps que tu es venu? — C. Assés, et non pas trop. — S. Pourquoi ne mas tu incontinent esueillé sans te seoir et ne dire mot? — G. Par Jupiter, je ne leusse jamais faict, car je ne vouldrois en si grande douleur te rompre le repos et certes ie tay jugé fort heureux tout le temps de ta vie pour une coustume que jay veue en toi si louable de n'estre point subject aux passions, et mesme en ceste présente fortune et calamité la<ruelle tu endures si aiseement et patiemment, etc. )i
L'ŒUVRK DE PLATON
item unir .iuMit niUtuit' llipparchus qni est de la convoitise de l'homme touchant la lucrative. » Deux ans plus tard s'imprime « le dialogue de Platon, pliilosophe divin, intitulé lo, qui est de la fureur poétique et des louanges de la poésie, translaté en françois par Richard Leblanc. » Le Lysis est traduit en 1547 par Despériers, en d570 par Biaise de Vigenère, le Crlton en 1547 par Philibert Duval, évéque de Séez, puis en 1582 par Je;în le Masle, Angevin, qui à cette occasion mit en vers français la vie de Platon. Il se félicite de ce que les doctes enseignements de ce philosophe contribuent à la culture générale,
car il commence à parler à chacun en maternel et langage commun par Regius, qui le sien grégeois .style y rend à touls familiers et facile.
Lui-même enrichissait sa traduction de « plusieurs belles annotations », invoquant Virgile, Jlorace et Gicéron pour rendre plus sensible le pouvoir de l'or sur les mortels les plus récalcitrants : le tout à propos de la simple remarque de Criton sur la reconnaissance que lui garde le ge(Mier de la prison. C'est au savant jurisconsulte Brisson qu'il dédie ces commentaires écrits
sur un petit ouvrage platonique
(lit le Criton, dont quelques points j'explique.
Mais le vrai traducteur de Platon au xvi" siècle^ c'est Leroy ou Regius, dont Le Masle vient de nous faire l'éloge. Né à Coutances vers 1510, Leroy nommé jeune encore professeur de grec au Collège de France, justifia cette faveur en mettant à la portée du lecteur français successivement cinq des auteurs les plus considérables de l'antiquité hellénique, Platon, Aristote, Isocrate, Xénophon et Démosthène '. Dès 1546, il publie un ensemble de
1. Après avoir constaté que les loisirs et la capacité lui font défaut pour essayer « à mettre en avant ses propres inventions », Leroy ajoute dans une de ses préfaces: « Quand en cette médiocrité d'esprit et de savoir j'aurois seulement proposé le premier à la nation française la lumière des lettres et les précepteurs appelés par Sénèque du genre humain qui ont demeuré longtemps cachés es esclioles, ou ensevehs aux li])rairies sans être mis en usage, encore ne serois-je pas du tout à rejeter : travaillant mesmement en une langue non guères dressée ni accoutumée aux disciplines. »
LES PRINCIPALES TRAIiUCTIOXS DES DIALOGUES
ti'aductions couiprenant le P/u-donel C(;rtains morceaux de choix (!.' la Répuhl'ujue, du Plimlre et dii Gorgùis " ; entreprise qu'il s'est imposée, dit-il dans sa dédicace à Henri II, a principalement pour essayer à réduyre ces malheureux Epicuriens qu'on dit s'estre élevez puis n'aguéres à cause des dissensions survenues en ! i religion. »
En 1551 parut du même auteur a Le Timée de Platon, traittaut de la nature du monde et de l'homme, et de ce qui concerne universellement tant l'àme que le corps des deux, trauslaté de grec en françois,avec l'exposition des lieux plus obscurs et difliciles. » Dans sa préface, après avoir exposé les motifs qui l'ont engagé à choisir de préférence Platon comme objet de ses études, il en vient au Timée : « Lequel liure je me suis ingéré rendre en notre langue pour en avoir plus perfette intelligence, pour accoutrer m(m style et dresser le jugement. Sans doute le travail a esté grand pour la difdculté de la matière, et pour ce que personne jusques à présent n'a traité de la philosophie en françois. » Ne soyons pas surpris de le voir revenir ailleurs sur la même pensée: u Certainement le labeur a esté grand à Iraitter premièrement en la langue francoise ces matières hautes, obscures et éloignées de l'intelligence commune deshommes, lesquelles toutefois nous avons mis peine d'éclaircir en exposant les lieux plus difficiles par Platon et Aristote mesmes, et conférant tous les meilleurs autheurs grecs, romains et arabes que hous avons pu recouvrer. »
La dernière œuvre de Leroy en ce genre fut u le Sympose de Platon, ou de l'amour et de beauté, traduit du grec en françois avec trois livres de commentaires extraictz de toute philosophie et recueillis des meilleurs autheurs tant grecs que latins et autres (1558) - ». Dans la dédicace au roi dauphin et à la reine dauphine, je remarque ce qui suit : « Estant donc retiré le Carême dernier quelques jours de la court, alin de ne perdre temps, j'ay
1. Ouvrage réimprimé en 1573 et en 1600, cette dernière fois avec des extraits du commentaire de Proclus sur la Hépubllque, traduits par Morel, lecteur et interprète du roi.
2. Un lecteur moderne ne peut qu'être surpris de voir la longueur et la bizarrerie des ouvrages d'érudition au xvi^ siècle passer ainsi jusque dans les titres, où l'on a soin d'éuumérer tous les genres d'intérêt que le livre peut offrir au lecteur.
Al
L'ŒrviîH DK PL\TO.\
mis ie Sympose ou Banquet de Platou eu franeois pour vous le préseutcr, estimant le subject du livre fort convenable à votre heureux mariage, à vosaages, à vos espritz et voluntez... Le présent livre a été écrit par l.> plus savant homme et le plus élégant qui fiif oncques, en termes fort ex({uis et sentences très graves. » Le texte est accompagné de nutes fort érudites et d'un commentaire plein d'intérêt.
Il nous reste maintenant à a{)i)récier ce courageux ci fécond tra(hicteur : que de son vivant il nit y^n'i d'une vf'rilable ri'putation. nous le comprenons sans peine et nous n'en voulons daulie preuve que la llatteuse épigrauime suivante, de la plume du célèbre Du liellay :
lleiiihus iu loto niaJLi> iiil iiascihur orbe,
Nil magis augustum nil [>ro[)iusvo Ueo.
Dum studet ad (iallos magnum transforre Platoua
Quo nulluni iu terris grandius exlat opus, Scilicet ipse siio digiuim se nornine reddit
Uegius, et suimnis rcgibus a^qua facit.
Conibes-Dounous s'est montré sévère pour la version du '/"nnée qu'il regarde u comme à peu prè> insoutenable » : an contraire Cousin regrette que (( faite avec laui de soin, et d'un style si agréable, elle ne puisse être reproduite aujourd'hui à cause du langagv qui a trop vieilli et des fautes nombreuses où le plus habile homme devait nécessairement tomber en traduisant an xvr^ siècle un ouvrage tel que le Tiinr>\ » Le prineipal mi'rite de Leroy, c'e-t incontestablement son tour enjoué et gracieux, qui rappelle « l'élégant badinage » de l'école de Marot; mai> il respecte en giMH-ral assez peu le sens litti'ral et se permet à chaque instant des additions, des longueurs qui tiennent peut-(Hre autant à l'état de la langue qu'à l'inexpérience du traducteui' '. Au reste pour le jug(H- en parfaite connaissance de cause, il fau-
1. <( 11 fait bon, écrivait Montaigne, à traduire les autours ou il n'y a guère que la matière à repr/^senter : mais ceulx ([ui ont donné boaucoup à la grâce et à l'élégance du langage, ils sont dangereux à entreprendre, nommément pour les rapports à un idiome plus faible ». On connaît la remarque ingénieuse et profonde de Bivarol, aftirmant qu'en raison de notre besoin inné de clarté, mie traduction française est toujours ut nécessairement une explicalio/i.
LES PRINCIPALES TRADUCTIONS DES DIALOGUES
drait être mieux instruit ([ue nous ne le sommes des changements survenus depuis lors dans l'emploi et la signilicntion de bon nombre de mots.
Ce qui au xvr siècle avait surtout IVappi» les esprits chez les anciens, c'était l'éclat, l'harmonie, la richesse de la forme : au xvn* on cherche de préférence à traversée biallant vêtement extérieur les grandes pensées spiritualistes et leligieuses (juil recouvre. C'est le temps où Marie de Rochechouart, d'une famille on les femmes, au dire de Saint-Simon, avaient toutes reeu l'esprit(Mi partage, était surprise, jeune encore, à lire quelques opuscules de Platon dans l'édition greeque de l>àle. J'ius lard, devenue abbesse de Fontevrault, elle n'hésita pas à entreprendre de tra- «hiire le Jhinquct, jusqu'au discours d'Alcibiade selon Cousin, en eiiliec, [ir.'lendeiiL (banli'i's biographes. Son (eu\'i'e achevée, elle l'apporta, avec prière de la corriger, à Racine lequel, après l'avoir soumise à une refonte complète, cluirgea son ami Despréaux de la prt^senter en son nom à la cour, expurgée des passages (ju'il avait .jugés trop licencieux.
A la lin (l<3 >on /^iscoiœs sur PJalon (iOTO), Fleury a inséré la traduction d(^ quel(|ues belles pages du Tlu''<H<He et de la néjiubU- ({ue. W lui ai'rive plus d'une foi-,,, dit Le (derc, de paider grec et lalin en l'raneai-: néanmoins en dépit de ses imperl'eetions, il reproduit Platon en homnn^ habile et qui sait son antiquité. Au reste le xviT siècle allait trouver son f.eroy dans la ^jersonne du savanl Andr(' Daeiei', garde des livres du Cabinet du Roi, l'un des collaborateurs des éditions ad iisum Dclphini. Dacier était moins lettr<' qu'érudiP et la morale a ('vid(Miiment plus d'attrait p(jurlui que la m(''taphysi(]ue : on lui doit cependant une version d'ilijtpocrate ' à propos de laquelle Littré lui-même lui reconnaît une véritable coaq)étence pour tout ce ipii l'cgarde le grec. Sa traduction de PlaL(jn,(]iii parut pour la [trcmière fois en ItîOO, s'étend à 10 dialogues : les deux Alcibhide, le Théagès, V f:ulhyjilir(ni ,V.\pnlogfe,\c Cri/on, le l^lu'don, le Lâchés, le Prolaf/oras, les Itlvauv, c'està-dire ce qu'il y a de plus populair(% de plus aisément accessible dans Ltcuvre réelle ou i^résumée du fondateur de l'Acadé-uiie. Le premier volume s'ouvre par une biographie de Platon liés complète, maison se trahit à, chaque page ce manque absolu de criti-
i. Paris, inOT, 2 volumes in-S".
Pl.AT.KN, t. 11.
*p*pi9<>
que qui nous rend aujourd'liui si importune la lecture de sembla ble^ cumpo.silions. Chose étonnante au temps de Bossuet et de iMalebranche, Dacier se plaint du [)*^ii d«' faveur que ronrontre alors dans le monde lettré en France le grand philosophe atliénien, bien plus, des invectives auxquelles son nom est en l)utte. Pnur lui, il n'a trouvé satisfaction ni chez Ficin ni chez Sierra nus, et sauf pour le Phédon, Leroy ne lui a été (r.iiKiin secours. « Dénué de toute aide (hi coté des commentateurs vivants, pour eiitr'udi'c Platon je vai:> nrattaclier à l'Jatun uienie, et tâcher d'en donntM' une traduction lidèle accompagnée de quelques reniai-ques dans les endroits les plus difhciles el les plus importants ».
Malheureusement, avec beaucoup de savoir, Dacier avait peu de goût et ne possédait qu'imparfaitement le génie de sa propre langue : son style souvent traînant et dilïus ' est très loin des grâces b'gères de l'esprit socrali(|ue. « Le somineil le piend à touh' heure, pendant qu'il fait parler son auteur, écrit un savant du xviii'' siècle : on en a cherché la cause, et l'on n'en a ptjint vu d'autre, sinon qu'il paraît craindre de donner l'essor à son génie et qu'il suit tou'pjurs Platon (b» trop près ». Cependant au point de vue delà pensée Dacier n'est guère plus heureux, el Cousin dans ses notes s'est plu à, donner des preuves multipliées des incxactitud(^s de son devancier -.
Quoiqu*' meilleur «'crivain, l'abbé Maucroix, contemporain et émule de Dacier •', est resté lui aussi bien au-dessous de la perfection. (( 11 a cru traduire ILuthydèmey VA'athuphruti et VJfippios dans le style excellent de son temps, clair, naturel et agréabb* : par malhem- cette traduction n'est rien moins ipi'exacte » '. il est vrai (|ue si les traducteurs d'alors prenaient des libertés iniToyables à l'égard de leurs modèles, ils étaient d'accord en
1. Je dois avouer que Le Clerc lui est bien autrement favorable: « Dacier s'exprime avec justesse et pureté; on voit (ju'il écrit dans un bon siècle. »
2. Voir on ce qui touche notamment le Phédon, la traduction de Cousin, pp. 359, 3G2. 36G, etc.
3. Dans l'Avertissement placé en tête des « Ouvrages de pi'ose et de poésie des sieurs de Maucroix et de la Fontaine » (Paris 1685) où figurent los traductions dont il va être question, c'est le fabuliste qui prend on main la défense du philosoplio.