‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 336 sur 343 · novembre · texte numérisé non relu

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L'ŒUViU; IM; !'L\Tnx

à souhait la pensée du maître : chercher d'autres termes pour le plaisir d'être neuf, c'est se condamner à un travail stérile et dans nombre de cas à une inévitable infériorité. Le mieux dans ces rencontres consiste :\ s'emparer de ces heureuses trouvailles comme d'un legs qui vous revient ». Parmi ses devanciers c'est naturellemont M Grou qu'il s'est attaché de préférence, sauf à le retoucher soit pour lui donner une allure plus moderne, soit pour porter plus loin la ressemblance avec l'original. On n même soutenu avec de .orioux motifs qu'il ne s'était acquitté qu'à demi de sa dette de reconnaissance envers celui à qui en échange de tousses emprunts (bien plus étendus qu'il ne le donne lui-iaème à croire '), il se contentait d'offrir en termes assez vagues (( le témoignage de sa sincère estime pour un homme bien supérieur à sa réputation -.»

Il suflit (le comparer presque an hasai^l les deux traducteurs pour apercevoir combien sont grandes les obligations de Cousin '' l'égard de son devancier, et en même temps (|uoi genre de perfectionnement il a apporté ù l'œuvre de ce dernier. Une transformation frappe au premier coup d'œil : c'est la substitution constante dans le dialogue du pronom singulier <«, toi mi pluriel vous, exigé par les habitudes de politesse des siècles précédents '. De plus, en acceptant ou en se donnant des collaborateurs, Cousin s'était réservé de revoir et de remanier tous les passages importants, où il a vraiment imprimé sa marque au point de faire dire : voilà lagrilfedu lion. En passant des mains de Dacier ou de Grou

LES PlilXCIPALES TliADUCTIONS DES hlALOUUES

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1. Il importe cependant de remarquer que la traduction de VEpinomls, par exemple, c.t loyalement restituée à son vorilahle auteur J. C-élaa un p,u chez (:oa.si„ péché d'hal.itude. .\i„si or. a fait observer qu 11 n a nomme nulle part ses deux auxiliaires, Aug. Vicier et J. C. Farcv s.nou pour leur dédier à Vnn et à l'autre un des volumes de sa IraiucZl'. S.lfullai en croire certaines indiscrétions récontes, la traduction du TU mee serait 1 œuvre de Jules Simon, el le maître n'y aurait concouru que par deux ou trois retouclies sans importance et l'apposition de sa signature De

W r'en'is" :• t"f" f ^''-«'^'^ -^ .U./.;,/,,M.e d'Aristole, u-Up':! .a en I8,n, n était autre chose qu'un devoir fait l'année prcccdcnle à 1 Jicole normale par un de ses élèves préférés. >^i.cu nie a

3. Sur ce point et pour des motifs qui. je l'avoue, ne sont pas d'ordre littéraire, je crots devoir donner raison à Onisii, contre le P. de Bonniot nui condamne cette substitution ,£'/„*» religieuse, cl lUtéraires, DécM^38 - I e dialogue en contracte une singulière dureté, et il y a tout ieu de s' tonner

entre les siennes, la pensée y a pris je ne sais quoi de plus vif, la langue de plus net, le tour de plus libre et de plus rapide qui décèle l'homme habitué à manier en maitre la parole : dans ces endroit^ ;i elfet, comme on pourrait b^s appeler ', il 3^ a, comme l'a dit M. Janet, un <'clat, une llammc, une imagination qui ne sont pas d'emprunt : le lecteur sent passer en lui quelque chose du souflle et de l'Ame de Platon -. Et comme ce sont ces endroits qui sont recherchés, lus et consultés de préférence à tout le reste, ils ont largement contribué à fonder et à soutenir la réputation de l'ensemble ^

Est-ce à dire que la traduction de Cousin soit parfaite? Xon sans doute ; des juges compétents, Jules Simon, Fouillée, y ont relevé plus d'une inexactitude : les derniers volumes surtout semblent avoir été composés d'une main plus distraite, et la mort a surpris l'auteur avant qu'il ait pu donner à son travail le lini qu'il attendait d'une nouvelle révision ''. Tel qu'il est, c'est peutêtre avec le volume populaire : Le vrai, le beau et le bien, le titre le plus si\r de Cousin à une durable renommée, ne fiH-ce que pour avoir rendu en Erance le nom de Platon à peu près inséparable du sien.

('omparée à ce vaste monument, une traduction anonyme qui suivit ■' n'a qu'une valeur bien médiocre, et les arguments qui

1. Qu'on examine, par exemple, dans le Tliéétete le portrait du philosophe, ou dans le Gorgias le célèbre discours où Calliclès essaie de détourner Socrate de sa noble mission (482 G). La transformation est surtout frappante dans la phrase qui commence par ces mots : « Mais qu'il paraisse un homme, etc. ». — D'autres divergences touciiant au fond même des pensées s'expliquent par les changements introduits depuis Grou dans la constitution du texte : Cousin dans ses notes les discute en général avec beaucoup de saj^'acité.

2. Ainsi se justifie cette remarque d'un critique contemporain : « Si la tâche du traducteur a ses aspérités et ses périls, elle a aussi ses attraits et ses grandeurs, et l'on trouve un secours puissant dans le voisinage du génie. Difficile à suivre et égaler, il donne cependant de la force par l'entraînement qu'il communique ».

3. « Traduction souvent éloquente, mais inégalement originale » : ce jugement très fin d'E. Egger nous servira ici de conclusion.

4. J'exprimerais volontiers un autre regret : c'est que la traduction de (Jlousin ne renferme ni division des dialogues en chapitres, ni indication des pages de l'édition d'Estienne ; d'où une difficulté considérable, chaque fois qu'on veut la consulter sur un passage déterminé.

5. Œuvres de Platon, dans la collection intitulée : Panthéon littéraire, en 2 grands volumes in-i''/ Paris, 1864. « L'œuvre présente, dit l'auteur, n^est

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L*ŒUVr. E DE !'L VTON

raccompagnent ne son! pas assez remarquables pour en relever le prix.

Dans l'intervalle avaient paru chez Charpentier ^ les premiers volumes d'une traduction que la modicité de son prix et surtout la commodité de son format désignaient, à défaut d'autres mérites, aux préférences de la jeunesse studieuse. Au d('but l'œuvre était anonyme : mais V Introduction de 45 pages par laquelle elle s'ouviait trahissait immédiatement nn^^ plume philosophique exercée. Kn tète du \IV volume, pul)lié en 1808 et consacré à la Rppublique, on peut lire le nom d'A. Saisset, professeur au Lycée de Laval ; enfin à d der de la mort de Cousin tous les exemplaires portèrent au verso du titre la note suivante de l'éditeur :

« Le plan de cette édition des Œuvres complc/ns de Platon a été coneu et son exécution dirigée par M. Lmile Saisset, mai^ ^nns que son nom y figurât, par égard pour son maître, M. Victor Cousin, qui avait entrepris dès 1831 une publication semblable et ne l'a jamais achevée -. Aujourd'hui que tous doux ne sont plus \ il n'y a nul inronvénient h signaler le concours si précieux de M. Emile Saisset à notre édition : c'est même, croyons-nous, un devoir, et il nous est doux de le remplir envers l'un des esprits les plus élevés, les plus purs et les plus délicats de notre époque. ))

Quant au mérite de cette publication, il y a, si nous ne nous trompons, une distinction importante à faire.

S'agit-il des dialogues dont Dacicr et Grou s'étaient occupés, C'est leur traduction tantôt littéralement reproduite, tantôt plus ou moins sérieusement modifiée que nous retrouvons ici. Or il y a des mots (jiii portent leur date, si l'on peut ainsi parler : de ce

point le fruit de nos seules veilles : elle est aussi l'œuvre commune des Universités et des Académies de France, d'Angleterre et d'Allemagne. On conviendra du moins que nous choisissons assez bien nos collaborateurs». Il était très opportun d'annoncer ainsi à l'avance ce que la lecture de l'ou- Trage lui-même n'aurait guère laissé supposer.

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