‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 340 sur 343 · L'ŒUVHE DE PLATON · texte numérisé non relu

L'ŒUVHE DE PLATON

E. Traductions al/emarides

Il semble que par son génie propre rallemand, cette langue d'un peuple d'érudits et de métaphysiciens, doive se prêter de lui-même à rendre les pensées d'un philosophe, et surtout d'un philosophe grec. Examine-t-on le vocabulaire? Quelque différence qu ji y ait pour le reste entre l'idiome de Schiller et celui de Sophocle, sur un point tout au moins la ressemblance est frappante : je veux parler de la facilité avec laquelle l'un et l'autre créent substantifs, adjectifs et verbes composés ' : ajoutons à cette souplesse native une sorte de déférence complaisante à l'égard des termes étrangers -, et nous serons lentes de chercher de préférence en Allemagne i;i iraduction moderne idéale de Platon. Les fnits, nous allons le voir, justifient peu cette conclusion.

Au xvii'^ siècle, sans doute en vue de l'éducation de quelque jeune prince, Leibniz dans sa jeunesse avait rédigé des versions abrégées du Phrdnn " ot dn Thrétète : mais pour ce travail il avait eu recours au lalin et au français, car, disait-il, si la langue allemande est plus riche que la française, elle est infiniment plus rebelle aux abstractions. Il est vrai que durant son séjour à Paris lo futur auteur de \a Monado/ogle avait pu lire Descartes et Pascal, converser avec Bossuet et 3Ialebranche, tandis que l'Allemagne devait encore attendre pendaiil plus d'un siècle un Kant, un Scholling et un Hegel.

Sans nous arrêter aux essais partiels dr Millier '' et deGedike "', nous passons ;i !a traduction de .l-lj. Ivleuker, éditée à Lemgo (mi G volumes in-iS*^'', beaucoup moins connue aujourd'hui en Alle-

1. Citons au hasard, parmi les mots qui nous ont le plus frappé au cours de ces études, Lehrbarkeit, Mitbeziehunr,, Uniichtlieit. ZeitfoUje, Ueihenfnlqe iiatimjemuss, etc. ' ' '

2. Pour prendre un exemple dans le sujet mr.me qui nous occupe, leichmuller, faisant rjiistoire d'une des notions platoniciennes les plus

importantes, n'a pas hésité à Tintituler : Geschichte der Panisie.

3. Livre achevé en Mai 1G76 : Leibniz avait alors trente ans. Voir sur ee sujet la savante édition de Foucher de Careil.

4. Alclbiadel, Lâchés, Protagoras, Théétète, Alcibiade II, les liivaur Hïnm bourg, 1736). '

o. Ménon, Criton, et les deux Alcibiade (Berlin, 1780J.

6. I (1778) Théétète, Euthyphron, les deux H ippias^' les Rivaux, Théagès,

LKS PRINCIPALES TRADUCTIONS DES DIALOGUES

magne, malgré sa date relativement récente, que n-» le sont en France celles de Leroy, Dacier et Grou. Je présume néanmoins que Schleiermacher l'avait en vue dans les lignes suivantes de sa préface : .( De l'unique version allemande qui s'étendît à Platon entier, je n'avais aucun service à attendre, d'après les souvenirs qui in'fMi restaient ».

On vient de nommer Schleiermacher : ce n'était pas sans rnison que Cousin appelait son œuvre « le plus durable monument qui ait été élevé de notre temps à la philosophie platonicienne ». Non seulement Fauteur était philosophe, et philosophe de talent, mais on a le droit de le compter au nombre des platoniciens '. Sa traduction était commencée depuis plusieurs années quand parurent en 1804 les deux premiers volumes : il la continua avec un zèle et une conscience admirables. Trois autres volumes suivirent de 1804 à 1810 -. C'était au tour de la République. Le croirait-on? Schleiermacher attendit longtemps, espérant toujours trouver du fameux passage mathématique du livre VIII une solution qui semblait s'obstiner à fuir devant lui. Enfin ce dialogue parut en 1828 : ce fut le dernier.

Cette publication a passé alors en Allemagne, avec rilomère de Voss et le Shakspeare de Schlegel, pour un modèle dans Part de traduire. Cousin la qualifiait de « ch(^f-d'(euvre de critique » et en faisait dater une ère nouvelle pour rintelligcncc non seulement de Pi,i(on,iiiais de toute la philosophie ancienne. Cependant !.! forme est loin d'être irréprochable: le système de fidélité littérale auquel Schleiermaclier a dû se conformer pour obéir à la mode alors régnante nte à son style quelques-unes de ses qualité:

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Phi lobe, Ilipparrjue, Ion, Ménon. — II (1780) la Répi(biiquc — HT (17S3) Proiagorns. Phèdre, Apologie, Banquet, Criton — IV (1786) Sophiste, Politique, Lysis, Lâches, Ménexène — V (1792) Minas, Eutliydèmc, les deux Alcibiade, Pnrmènide — VI (1797) les six premiers livres des Lois. — Cette traduction où les dialogues, comme onle voit, se succèdent dans le plus complet désordre, n'en fut pas moins réimprimée à Vienne en 9 volumes de 1805 à 1808. Dans l'intervalle, avait paru à K(>nigsberg en i 796-1797 : Auserlesene Gesprâche des Plato, iibersetzt von F. zu Stollberg, en 3 volumes in-S".

1. Schleiermacher avait d'ailleurs un sentiment profond des difficultés de sa tûche, comme le prouve le travail qu'il lut en 1813 à ses collègues de l'Académie des sciences de Berlin : Veber die verschiede?ien Meihoden des Veherselzens.

'1. Ces cinq volumes furent réédités de 1817 à 182i.

l/(EUVnK DE PLATO>(

habituelles ^ : même pour un Allemand, cette lecture a quelque chose de pénible qui contraste avec le charme séduisant de l'original, et décourage plus qu'elle n'attire les profanes. Aussi Ancillon, collègue de Schleiermacher n l'Académie de Berlin, mêlait ses éloges de quelques réserves :« C'est un bel ouvrage qui entre profondément dans le sens de Platon, mais n'en reproduit pas la grâce. L'ironie de Platon s'exprime par un sourire, celle de Schleiermacher est un rire forcé ».

On a parfois vanté ;\ cause de leur précision, les traductions de Gœtz - : mais l'œuvre de Schhuermacher resta sans rivale jusqu'à l'apparition de celle de Hier. Muller ', qui fut d'ailleurs redevable d'une notable partie de son succès aux Introductions placées par Steinhart en tète de chaque dialogue. L'auteur nous avertit luimême qu'il a entrepris et poursuivi sa tâche avec amour : excellente condition pour réussir, mais qui à elle seule ne saurait suffire. Au point de vue de la doctrine, Teichmiiller ' trouve fréquemment à reprendre ;\ l'interprétation adoptée par Millier, dont le style lui paraît très lourd, surtout à cause des efforts inutiles tentés pour conserver les constructions et le mouvement de l'original. Schleiermacher a dans sa diction quelque chose de ferme, de magistral qui iinplique, si l'on veut, une certaine raideur : Muller abuse au contraire des additions et des périphrases : c'est un littérateur là où il fallait avant tout un philosophe.

Vers la mêmeépoque,un libraire de Stuttgart, .Metzler, imagina de réunir dans une même collection des dialogues traduits isolément par divers auteurs dont quelques-uns se sont acquis une réputation iuéritée : Susemibl, Deuschle, Georgii, etc •'. Mais quel

1. Schleiermacher lui-même fait à la fin de sa Préface un aveu assez curieux : (( Als Uebersetzer, der schlechthin fur sein Bedûrfniss schafTen muss, werde ich manclier Vormuthung folgen, die ich als Herausgeber nicht nur nicht in den Text, sondern gar nicht oder mit grosser Schiichternheit erwâhnen wiirde ».

2. L'Allemagne lui a dû successivement celles du Parmé/iide (1826). du Philèbe (1827) et du Protagoras (iS2S).

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