‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 35 sur 343 · Le sentiment religieux en Grèce, p · texte numérisé non relu

Le sentiment religieux en Grèce, p

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nité avait eue des vérités introuvables, et il s'unit de sentiment avec ceux dont elles avaient trauspoi îé l'âme ou excité l'esprit ingénieux^ ». Des théologies, voilà le iioui vi'nérahle dont se servaient les Grecs pour désigner ce qui subsistait des préoccupations intell. M'tuelles d'un passé que l'absence totale de monuments autli(Miti([ues reiid, pour nous du moins, si complètement silencieux.

Dans le Timce Tlaton a exprimé à sa manière, c'est-à-dire d'une façon spirituelle et charmante, son respect pour l'antiquité, il s'agit de rKgypte, qu'il regarde comme préservée de tout temps, par une faveur spt'ciale, de ces convulsions matérielles ou sociales (jui sont en ({uel(|ue sorte la loi commune des nations. Voici le passage :

(( Selon disait que parfaitement accueilli à son arrivée en Egypte il avait iuterrog.' sur le passé les prêtres les plus versés en ces matières, et reconnu que ni lui ni personne parmi les (irecs nen savait, pour ainsi parler, le premier mot. Un jour, voulant engager les piètres à s'expliquer sur l'antiquité, il entreprit de raconter ce que Jious connaissons de plus ancien, Phoronée, Xiobé, et, après le dé'luge, Deucalion et Pyrrlia. avec tout ce ({u'ou en ia])porte : il fit la généalogie de tous leurs descendants, et essaya, en supputant les années, de fixer la date des événements. Mais l'un des plus . vieux entre les |)rètres de s'écrier: « Selon, Selon, vous autres Grecs, vous serez toujours des enfants : il n'y a pas de vieillards en Grèce ! » — << Que veux-tu dire'^ » repartit Selon. — Vous êtes jeunes |)ai' l'intelligence, ri'pouilit le prêtre, car vous ne possédez aucune antique tradition, aucune connaissance blanchie par le tenqis-. »

1. Aux y(3ux do Maxime de Tyr, |)oésie et philosophie ont un fonds identique et jaillissent d'uMO iiul'me source. ((Qu'est-ce que la poésie, sinon la pllilosophi(^ antique sous le rapport do l'orir^ine, harmonique quant à la îuesure, allégorique «inant au fond des choses? Qu'est-ce encore que la plii- ^osophie, sinon la poésie plus réconte sous le rapport de l'origine, plus uniforme quant à la mesure, et plus à découvert pour le fond des ciioses? >♦ (Diss. X)

i\ Timée, 22 A-B. OOosfiiav 's'xî'^c S-' àp/aiav àxo-r]v raÀacàv oo^av où6à jxaOY;y,a

LA VIE DE PLATON

Il n'est pas jusqu'au sévère Arislole, qui ne parle d'une science ancienne, dont il n'a survécu que de rares débris '. Néanmoins ni lui ni son maitre n^étaient allés dans cette voie au-delà de vagues réminiscences : ni l'un ni l'autre, si préoccupés cependant de recueillir, i)Our les discuter, les systèmes antérieurs, n'ont parlé d'une philosophie égyptienne ou orientale. Tous deux, évoquant les noms et les théories de leurs devanciers, d'un Thaïes, d'un Empédocle, d'un Pythagore, sont convaincus que la Grèce seule a le droit de les revendiquer ^

Mais à la fm du iv« siècle un changement soudain se produit. Les conquêtes prodigieuses d'Alexandre avaient fait apparaître tout d'un coup aux yeux des Grecs un monde immense, dont la civilisation, vieille de quinze et vingt siècles, devait en imposer d'autant plus que les qualités distinctives du génie hellénique allaient s'effaçant davantage. En pleine lumière de l'histoire, le siècle d'Alexandre ne se montre pas moins ami du merveilleux que celui d'Homère : il est vrai qu'il se passionne de préférence pour l'extraordinaire et le fabuleux. Soit ressouvenir des contrées qui avaient servi de berceau à l'humanité, soit étonnement en face de ces monuments grandioses, de ces palais gigantesques, irrécusables témoignages d'antiques dynasties disparues, TOrient attire tous les regards : l'imagination frappée rei)ouple ces cités ruinées ou à moitié désertes. Les prêtres égyptiens à la cour des Plolémées, les Chaldéens à celle des Séleucides font sonner bien haut la sagesse de leurs premiers ancêtres, et de jour en jour, selon

Xpovco TioAtbv oiU^^. Ce passage et d'autres analogues justilleiit au moins en partie l'assertion de Clément d'Alexandrie {Strumalc^, I, 15) : O UHtov or,Aov ÔTi (tsuvjvwv àii to'j; oapoàpou; vjphy.t-'X'..

{. Métaphysique, XII, 8, lOTi b 10 : Kara to slxb; TioX/axt; ôûpr.ixivr,; eI; to ôuvaTov èxâoTr,? xat t£/vt,; xa! çiAoaoçia; xaî TxâX-.v çOs-.poixévwv xa\ Ta-jta; Ta; Sô;a; èxEÎvwv olov Xel-^ava TtEpiTETàiTÔa'. îxs/p't toO vCv.

2. Clément d'Alexandrie ajoute sans doute en parlant de Platon, immédiatement après la phrase transcrite dans une note précédente : (x:avr,u£vo? aÙTO-j TE xal IluOavopou Ta TÙ.iln'OL xa\ -xz^yiX'.ô^OLXOi Td)v 6oYu.aT(ov èv [iapoàpot; (laôovTûtv. Mais les preuves qu'il donne à l'appui de cotte assertion ou sont absolument insufûsantes, ou résultent des interprétations les plus forcées.

PLATON APRÈS LA MORT DE SOCRATE

le mot (le M. llavet, on voit les (irecs accorder davanta^re aux exemples de ces aines du genre humain.

Peut-ètrij la Grèce navait-elle pas entièrement oubli(', même au temps le plus glorieuv de son indépendance, la communauté dorigine qui la rattachait à l'Orient ^ peut-être, en dépit de ses pnUentions à l'autochtlionie, se souvenait-elle d'avoir emporté jadis de la Haute-Asie des traditions poétiijues et religieuses : du moins elle n'en avait gardé (pi'une bien lointaine impression. Désormais cette croyance ilottanle va [)ren(lre corps et se traduire dans des faits, dont on précisera et le lieu et la date. Les plus célèbres auteurs grecs se virent attribuer des livres dans lesquels ils avouaient ou faisaient avouera leurs maîtres qu'ils étaient redevables de leur sagesse à des prêtres et à des philosophes étrangers. Il semblait ({ue la renommée, que l'autorité des sages, des législateurs, des philosophes recevrait une fâcheuse atteinte, si on ne les supposait initiés aux lumières qu'on accumulait à plaisir dans l'antique Orient-. Or (( il est presque démontré ([ue les anciens ne s'expliquaient la ressemblance des opinions et l'analogie des doctrines que par des rapports réels et personnels ; là où l'on supposait les unes, on ('tait conduit à imaginer les autres... 11 était clair et certain pour eux que le grand mode de la communication des idées, c'étail la communication personnelle et orale ^ ;> De là les conjectures intéressées, les insinuations habiles, les citations faus-

^. Nous en avons une preuve bien remarqnable dans un passage célèbre des Perses d'Eschyle. La reine Atossa raconte qu'elle a vu en soni^e deux femmes d'une rare beauté, parées, l'une, de l'babit des Perses, l'autre, du costume dorien : ^'étaient deux filles de la mejne race, écrit le poète, c étaient deux sœurs. — Kn re\-à\ïche je crains qu'il n'y ail lieaucoup de subtilité dans cette réllexion d'un critique contemporain : « Pythagore selon les uns, l*a!'méni(le selon les autres, avait découvert l'identité de Pétoilc du matin et de l'étoile du soir. (Jue ]>eut-on imaginer de plus aimable pour exprimer la communauté d'origine des spéculations grecques et orientales? »

2. Le fait fut aflirmé non seulement de Solon, mais encore de J.ycurgue cependant si foncièrement, si exclusivement Si>artiate. — Cf. Diod. Sic, I, 98. — Tout récemment dans son cours de démotique à l'Ecole du Louvre, M. Révilloud enseignait qu'aujourd'hui on sait av(H' certitude que Solon a cahpié beaucoup de lois d'Athènes sur celles d'Egypte.

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