M. Chaignet, Pythagore, L 4G
LA VIE DE PLATON
ses oa suspectes par lesquelles les Alexaudiins tentèrent de réparer le silence de l'histoire, et de relier par une chaîne ininterrompue la civilisation grec({ue et celle des vieilles monarchies de rOrieut. Le syncrétismede la décadence, en confondant toutes les do.trines et t )Utes les écoles, enlève du même coup aux id('es grecques leur netteté originer.e et leur caractère national : au Ueu d^unevéritéde fait longtemps ohscurcie et dont on retrouve enfin les preuves, nous sommes en présence dune théorie foro-èe de toutes pièces et d'autant mieux accueillie qu'elle Halte également, quoique à des titres divers, la vanité des Grecs et des Barbares, des vainqueurs et des vaincus. L'exagération est poussée si loin qu'un Diogène Laërce lui-même, quehiue insuffisante que soit sa critique, fait entendre dans sa préface une protestation indignée. ^ On veut que la philosophie descen<le des Barbares : parler de la sorte, s'écrie-t il, c'est uiéconnaitre la grandeur du génie grec^ »
Ces relations philosophiques entre la Grèce et l'Orient, que l'Antii[uité avait d'abord pressenties sans les définir et plus tard affirmées sans en posséder les preuves, des savants modernes ont prétendu les exi)Oser au grand jour de façon à défier toute contradiction. Une érudition colossale et un labeur infini ont été dé[)ensés à établir que chacn.n des systèmes antérieurs à Socrate répondait à Tune des théories cosmogoniques eu honneur chez les divers peuples de l'Orient. C'est ainsi notamment qu'une série de dissertations de Gladisch, dans lesquelles des vues profondes se mêlent à des assertions téméraires, nous montrent dans Pythagoro la [ihnosoi)hie des Chinois', dans Parménide colle des Hindous, dans Heraclite celle des Perses, dans Empédocle celle des Égyptiens, .lans Anaxagore enfin celle des Juifs^ Tout récemment un écrivain dont
1. Préface, 3 : AavOàvou^; S'a^ToO; t^ twv 'E>/.r,va)v xaTop6'.'.aaTa... Bap,3â-
2. Théorie déjà soutenue au siècle dernier par de Guic^nes dans un mémoire lu à l'Académie des Inscriptions.
3 « Die vier rrrundeigenUiinnliclien llauptbildungcn der Goschiidite des alten Mor-^enlandes und'^ler Geschiclite der friiheren hellenischen Philosophie
PLATOX APKES LA MOHT DE SOCRATE
les sciences philosophi(pies déplorent la mort prématurée, M. TeichmiJler, sans aboutir à des conclusions aussi précises, n'en avait pas moins mis au service d'une thèse assez voisine ses recherches infatigables, son savoir [)rodigieux, son tour d'esprit [)i(|uant et original.
Ou'à coté de divergences réelles des analogies existent, que sur certains points elles aillent bien au-delà de ce que les profanes en ces matières pourraient sou[)ronner, c'est incontestable : reste à se prononcer sur les conclusions ([u'on a voulu en tirer.
Disonsde de suite : le premier, le plus utile résultat de cette vaste enquête philosophi(|ue a été de démontrer une fois de p/lus cette vérité trop oubliée par les Grecs de Périclès et par leurs admirateurs niodeines : à savoir que la Grèce ne fait pas exception aux lois de l'Iustoire, que d'autres civilisations se sont épanouies antf'rieurement ou })arallèlement à la sienne, et (pie son véritable titre de gloire est moins en gén<'ral d'avoir inventé (pie d'avoir su par un éclectisme de génie choisir au dehors les éh'iuents ({u'elle pouvait s'assimiler, pour les porter ensuite à leur piudection ^ Tout homme est héritier et tout homme est ancêtre, a dit un penseur de nos jours; qu'ils en aient conscience ou non, <■ les descendants continuent l'œuvre cojninencée, développent l'idée entrevue, la pensée laissée à l'état de geinie par leurs plus lointains aïeux-. »
Au reste, il suffit d'un regard jeté sur la carte du monde ancien pour se convaincre (jue la Grèce a été en contact perpétuel avec rAsie-Mineure, longtemps au pouvoir des AchéuK'nidcs : ses nombreuses colonies ont noué des alliances commerciales ou [)oliti«!ues avec les monarchies de la Lydie et de la IMirygie, toutes pénétrées des usages et des croyances des peuples conquérants de la vallée du Tigre et de TEuphrate. La race hellé-
sind je dio oine mit der andern dieselbi|]fon. » ((jladisch, Einleitung in das Vevstandnis^ der Wellgescftichle, Posen, 1S44, p. 9.)
1. C'est ce qne reconnaît explicitement l'auteur, quel qu'il soit, de l'Epinoynis, parlant de la connaissanco du ciel et des phénomènes célestes.