‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 37 sur 343 · M. J. Soury. ouvrage cité · texte numérisé non relu

M. J. Soury. ouvrage cité

L\ VIE DE i'LATON

nique, J'histoiro en fait foi, leur a été redevable de rexcitatioii iutellectiielle qui a fait naître ses [irciuiers poètes, ses premiers liistorieus, et ce qui nous intéresse ici particulièrement, ses premiers philosophes. On peut, en effet, considérer aujourd'hui comme chose certaine ([ue l'école d'Ionie n'a fait (|ue traduire sous une forme abstraite des théories dissinudées sous le merveilleux de certaines cosmogonies anti([ues. Ce qui contribue à nous montrer dans Thaïes l'émule et peut-être l'élève des prêtres chaldéens, c'est (pi'à leur exemple nous le voyons prédire d'abord une éclipse de lune, puis une abondante récolte. Mais la Grèce en a-t-elle moins le droit de réclamer pour elle les doctrines et la gloire d'Heraclite et d'Anaxagore, de Pythagore et de Platon ?

Quelques rapprochements éclaireront ici ma pensée.

A peine est-il nécessaire de rappeler (|ue dans ce domaine de l'art où la Grèce a réalisé des [)rodiges, Lydiens et Phrygiens lui avaieut frayé la voie. Parmi ces trésors que de persévérants et hardis explorateurs ont mis au jour sur tant de points divers : à Santorin, à Tanagre, à Mycènes, en Troade, que de choses trahissent une origine et même une fabrication étrangère! Qu'on lise attentivement les épopées d'Homère : constructions, vêtements, joyaux et parures ont encore un caractère oriental indiscutable. Mais (|ui donc s'en autoriserait pour nier l'iuspiration originale des statues de Phidias et des frises du Parthénon ^ ?

Dans l'ortlre poétique il y a des traits de ressemblance frappants, résultant de l'identité des conceptions ou des habitudes intellectuelles, entre tel fragment de V Iliade et telle page du l\(ti/viijana, entre la Théo(/(jnic d'Hésiode et certaines cosmoonies asiati([ues, enti"e les fables d'Hsope et maint apologue

1. (' Les Grecs ont ignoré ou volontairement méconnu l'intluence qu'eurent sur leur civilisation lAsie et l'Egypte. Toutefois si certains éléments leur sont venus du dehors, les principes nettement formulés, la science des proportions, la beauté et l'unité de l'ensemble, le choix admirable des détails, en un mot, tout ce qui constitue la création n"en appartient pas moins aux Grecs. > (Beulé).

PLATON APRKS LA MORT DE SOCRATE

devenu populaire en Orient : le drame d'Eschyle et de Sophocle, avec sa splendeur artisti({ue et son élévation morale, la comédie d'Aristophane et de Mi'nandre, avec sa verve ici spirituelle et enjouée, là incisive et mordante, en sont-ils moins des lleurons inaliénables du génie athi'nien ' ?

J'irai plus loin : la mythologie grecque offre des points de contact multiples avec celles de TAsie et de l'Egypte, des éléments assyriens et phéniciens s'y sont introduits à plusieurs reprises, et cependant tous les systèmes qui ont cherché à l'expli(liier dans son ensemble par des emprunts faits au dehors ont dû être abandonnés. Interrogez les archéologues : ils vous diront que deux divinités peuvent avoir des attributs semblables sans avoir un berceau commun -.

Et Ton voudrait (]ue la Grèce eut demandé aux nations de l'Orient, et de l'Orient le plus reculé, ses tentatives d'explication de l'homme et de l'univers ! l'on voudrait (ju'à une heure donnée, sans doute par l'effet de queliue heureux hasard, des systèmes philosophiijues, c'est-à-dire les conceptions les plus abstraites, les moins aisément communicables, aient été transplantées de toutes pièces du fond de la Chine et de l'Inde à Samos, à Elée, à i'iphèse ! Oui ne voit ce qu'une pareille thèse soulève à priori (\(i contradictions }

D'abord, comme l'a très bien fait voir M. Zeller, que Ton ne peut éviter de citer en ces matières, s'il existait des rapports extérieurs et histoi'i({ues entre ces systèmes (|ue l'on croit frères, (( on déviait exi)liquer ce phénomène inconcevable (jue

{. Comment ne pas être frappé de voir fii Grèce le ^énie littéraire se dévelop[)er avec une ri'gularilt'' si adiniraljle, avec une conscience au^si «•laire de ses lois et de ses œuvres t' et pour les amis des lettres grectjues qiu'l noble plaisir à contemi>ler ainsi l'hellénisme dans sa simplicité sereine, au milieu de tant de nations (}ui contrastent avec lui }»ar limniobilité do leur antique civilisation ou par leur persistante barbarie?

2. 11 est à remarquer, selon l'observation très juste de M. Maury, que si la ('ybèle phrygienne, la Diane d'Ephése, l'Apollon lydien, l'Isis égyptienne ont successivement acquis droit de cité en Grèce, (( l'importation de ces types étrangers ne suflisait pas pour introduire dans la religion hellénique les idées mythitiues qui s'attachaient à c<'S ligures » (Histoire des religions de la Grèce antique^ III, p. :2o8).

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les diverses doclrioes orientales ont pu aller d'Orient en Grèce, et prendre racine dans ce dernier pays sans se mêler les unes aux autres, en restant au contraire isolées et parallrles, de façon à produire exactement autant de systèmes grecs, et cela dans Tordre môme (|ui répond aux rapports géographiques et historiques des peuples en question ^ »

Moins téméraire que quelques-uns de ses disci[)les ou de ses continuateurs, Gladisch l'avait compris, et [)lus il arcumnle les arguments, moins il se liàte de conclure-. Les Phéniciens dont les relations s'étendaient de la ente Est de l'Inde jusqu'aux rives de l'Espagne, avaient réussi sans doute à rendre l'univers entier tributaire de l'industrie des fabii([ues établies àTyr et à Sidon ; mais les créations de la [»ensée ne se transmettent [)as comme celles de la main de l'homme : pour leur ditïusion, elles ont un besoin impérieux de ce vêlement extérieur qui s'appelle le Irmgage : or cbaque langue est un dépùt dont les initiés ont seuls la clef. En guide même illettré peut vous raconter les origines d'une vilb^ ou d'un tcm[»le, lt!s particularités les plus saillantes de leur histoire : un système de philosophie ne s'accommode pas d'interprètes vulgaires. Ce ({ui peut se propager par les récits des voyageurs, ce sont des croyances po{)ulaires, des sentences morales, des {proverbes, même développés à la manière orientale sous forme d;q)ologues, non des théories métapliysi(]ues^

Or, tout nous le montre, les Grecs étaient peu portés aux investigations philologiques. Hérodote a noté avec une diligente

1. Philosophie des Grecs, Introduction (page 34 de la traduction française"!.

2. u [ri diesom Dunkel genauer zu forsclien. écrit-il, wird hier um so lieber Anderen iiberlasson, je schwerer es scheint, darin iibor Veriiiuthungen und Wahrscheinlichkeiten hinrius zu gelangen. ï-

3. Je trouve cette réflexion très bien présentée dans les lignes suivantes de M. Ziegler (Archiu fnrdip Grschichle der Philosophie, I. 23) : « So leicht r.'ligiûse Anschauungen von solcher Allgemeinverstandlichkeit wie die Lehre von der Seelenwanderung von Volk zu Volk iibertrageii werden kunnon, so schwierig, ja geradezu unmoglich diirfte dies bci wirklich philosopliischen Gedanken, die sich nur in und mit deni ganzen Ideenkreis, in und mit dein ganzen Sprachschatz des fremden Volkes erfassen lassen, selbst fiir die Gebild'^tsten und Hochststehenden in jenor friihen Zeit gewesen sein. »

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exactitude les indications, vraies ou imaginaires, qu'il tenait des prêtres d'Egypte : il ne parait pas avoir cherché à pénétrer le sens des inscriptions gravées sur les mui's des tenqdes ou les parois des tombeaux, et pour les Grecs, même après Alexandre, C('tt(i langue dos hitTOglyphes a toujours eu quelque ( hose de barbare. Dion Chrysostnme et d'autres auteurs parlentd'une traduction indienno ddlonnjre: il n'est nulle part question d'une traduction grecque des ErV/^/s' ou du lia)nnijNi)a. « E'œuvre des Stq^ante, dit ^E Ifavet, est très probablement la jiremière traduction qui ait été faite d'un livre quelconijue. Aucun peuple chez les anciens, pas même chez les Grecs, n'était assez curieux de pé-m'irer dans la pensée des autres peuples pour aller jusqu'à étudier patiemment une langue barbare et jusqu'à traduire mot à mot des livres où tout lui était étranger K »

Donc avant Platon, et même au temj)s de ce philosoplie, la phiios<)[»liie orientale^ si toutefois il en existait une, n'avait que la tradition orale [)our se révéler à la Grèce: or, cette tradition, chacun le sait, est exposée à d'autant plus d'altérations qu'elle doit se |)erpétuer pendant un plus long intervalle et s'éloigner davantage de la contrée qui lui a servi de berceau. Les analogies, les rapprochements curieux poursuivis par Gladisch jusque dans le dernier détail appellent nécessairement une autre explication.

Cette explication, heureusement, se présente d'elle-même à qui veut rélléchir. Dans tous les siècles et dans tous les pays, l'liumanit(' n'oiïre-t-elle pas certains traits permanents, les mêmes facultés, des préoccupations morales à peu i)rès identiques, le même besoin de s'expliquer l'énigme du monde,

1. L'auteur ajoute en note : u Je pense que c'est une pure illusion de croire que les Grecs dans tout l'Orient aient formé de grands ateliers de traduction pour s'approprier la science orientale. On ne peut appuyer cette assertion que sur un témoignage sans autorité, celui de George Syncelle (p. 271), qui ne parle d'ailleurs que d'Alexandrie. » Le seul exemple certain d'une traduction dans la littérature classique nous est fourni par Tiiucydide, lequel dit en parlant d'an message du Grand Roi intercepté par les Athéniens : Ta? [X£v ÈTita-To/.à; {iSTaypail/âfxsvoc èv. tc5v 'Aaauptwv Ypa!J.u.aTwv àvéyvwaav (IV, 20).

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ht liiùine intelligence, limitée dans son horizon et cependant avide de comprendre l'infini ^ Pour tout dire d'an mot, ces ressemblances qu'on étale sous nos yeux sont intérieures et non extérieures, psychologi([ues et non historiques '.

Gladisch voit dans sa théorie une démonstration irréfiilahic de la Providence-, il est séduit par le spectacle de ces peuples qui, dès l'origine des temps, se transmettent l'un à l'autre le flambeau de la science, selon la comparaison si justement admirée de Lucrèce:

Et quasi cursores vital lampada tradunt.

11 y a, ce me semble, quelque chose de plus frappant encore dans" cette manifestation aussi décisive qu'imprévue de l'identité du i?enre humain, dans ce fait que l'homme, par cela seul quil e>t homme, se montre partout et en tout temps préoccupé des mûmes problèmes et agitant ces questions d'origine et de fin (luune philosophie récente voudrait lui interdire, sous couleur de perfectionnement et de progrès. Or les solutions fondamentales sont en petit nombre: en matière de métaphysique, ou l'a fait remarquer avec raison, l'originalité absolue est un fait excessivement rare, pour ne pas dire introuvable. Si donc à travers le temps et l'espace certaines conceptions paraissent se faire mutuellemenl écho, cela prouve uniquement qu'elles répondent mieux à la nature des choses et aux aspirations de l'esprit humain; si de plus nous voyons chez des peuples bien différents les mêmes principes engendrer les mêmes consé-

1 Pour expliquer entre nations éloignées des rapprochements non moins curieux sur le terrain de la littérature et de l'art, on est réduit de même a invoquer « cette unité immortelle et universelle de l'esprit humain, lequel est le même en tout temps et en tout pays et. procédant selon des lois immuables, produit des œuvres qui se ressemblent, parce qu'elles portent pareillement l'empreinte de sa nature uniforme. »

2 « Der Schauplatz der Weltgeschichle konnte denn nicht mehr erscheinen wie ein unubersehliches Kirchhof der liingeschiedenen Yolker und grossen Manner. denen blos Grabschnflen zu setzen die Geschichtsforschung den traurigeii Beruf batte, sondera die Leben und Arbeiten der Vôlker wùrden erkannt werden als zusammenhangende Kinge einer einzigen grossen Kette der Kntwicklung. als fortluufende Stufen hinauf zum Aitare des CUristenthums »

quences, et des écoles parallèles se grcll'er sur les mêmes enseignements, c'est (pi'une seule et même logique préside de part et d'autre aux règles du raisonnement. CJiangez un arbre de pays, il ne changera pas de nature, sa croissance sera plus ou moins ra[)ide, sa sève plus ou moins abondante, mais de son tronc sortiront les mêmes rameaux. C'est ainsi que des usages semblables, que des lois communes se rencontrent dans des centres de civilisation absolument séparés ^

Pour avoir méconnu ces vérités fort simples, maint historien de la philosophie ancienne s'est égaré en d'étranges et insoutenables hypothèses. Mais cette démonstration passerait pour incomplète, si, l'histoire en main, nous ne faisions toucher du doigt l'invraisemblance de l'opinion qui réduit les plus illustres philosophes de la Grèce à n'être que les disciples, presque les copistes serviles de la Chine, de l'Inde, de la Perse et de l'Egypte. Tel est l'objet des pages qui vont suivre.

Cette argumentation comprend deux parties distinctes. On peut d'abord établir que, sauf l'Inde, aucun des pays dont il vient d'être parlé n'a été le théâtre d'un mouvement pliilosophique égal ou comparable à celui de la Grèce. Au commencement de ce siècle, en l'absence de tout document authentique, cette assertion n'était qu'une présomption plausible; aujourd'hui la publication et l'examen de textes chaque jour plus nombreux ont transformé cette présomption en certitude. Jadis l'Orient était pour nous un monde inconnu: on devait être surpris que rien ou presque rien n'eût transpiré de sa gloire: mais l'admiration s'abritait derrière cette ignorance même. Désormais il faut compter avec la réalité. Or il est visible que dans la haute Asie la science n'a jamais cessé d'être ou mêlée plus ou moins étroitement à la religion, comme dans

1. Après avoir rappelé que l'analogie des croyances et des erreurs n'autorise pas plus à conclure à une parenté historique entre deux races que celles des vertus et des vices, Ritter ajoute : « Die Elemente der measchlichen Denkweise sind ûberall dieselben, und die inncre Einheit der menschlichen Art verbindot die Volker genauer, als ihre âusserlichen Beriilirungen und Yerhâltnlsse zu einander. »

LA VIE DE PLATON

rindo, ou inféodée à des applications pratique?, comme en Babylonie et en Chaldée. Tandis ^qu'uii des traits dislinctil's du Grec, c'est ce don de généralisation et de déduction rjui constitue l'esprit scienlifique, l'inférioriti' de l'Orient, en dc'pit de connaissances patiemment accumulées pendant des siècles, se trahit par l'absence à pou près totale de logique, de dialecti(]ue, en un mot, de méthode.

En second lieu, qu'est-ce que l'histoire nous apprend des relations établies entre la société hehénique et les races qui Tentourent? De ses témoignages résulte, comme on va s'en convaincre, rinvraisemblance absolue d'une action profonde, durable, exercée par l'Orient avant le règne d'Alexandre sur la pensée helléni(|ue.

Cette double démonstration achevée, on sera conduit à cette conclusion importante et pour l'histoire de la pensée grecque en général et pour celle du platonisme en [larticulier : c*est sur rhorizon de la Grèce que s'est levée pour la première fois dans toute sa netteté d'abord et plus tard, au temps de Platon et d'Arislote, dans toute sa splendeur la lumière de la philosophie.

B. UInde

La Chine ancienne ne nous arrêtera qu'un instant. Ce qu'elle nous offre, ce sont surtout des recueils de maximes morales, politiques, administratives et même économiques; ici toute renommée pàlil devant celle de Lao-Tseu, et cependant rien de moins aisément intelligible, rien de moins vraiment philosophique que la doctrine de ce sage qui eut, dit-on, le mérite de restaurer au milieu d'un siècle de confusion intellectuelle la notion (iuu Etre absolu à l'action duquel est soumise la création tout entière. Quant aux essais que peut revendiquer dans les lettres chinoises la science spéculative, ou ils sont d'importatation étrangère, comme le panthéisme des brahmanes, ou comme certaines rêveries sur le rôle et le pouvoir des nombres, ils ne rappellent que de loin les théories de Pythagore, et en tout cas ne lui oui pas servi de modèle.

PL\T0N APRÈS LA MORT DE SOCRATE

En passant de la Chine à l'Inde, nous touchons au seul pays de l'Orient capable d'être mis en parallèle avec la Grèce. Lorsqu'il y a cent ans rintelligence du sanscrit vint brusquement déchirer le voile (jui cachait à tous les regards les richesses littéraires de rinde antique, il y eut chez les savants et les érudits autant d'euthousiasme que de surprise : l'auteur présumé du Mahabharata, Vyasa, parut plus grand qu'Homère lui-même : la nouveauté a toujours ce privilège d'exercer un irrésistilde attrait. C'était bien en elfet une civilisation inconnue qui venait de se révéler, a])puyée sur un développement plusieurs fois séculaire et d'une fécondité en harmonie avec la végétation luxuriante de ces régions tropicales. Aussi dans la [.remière ardeur de l'exploration et de la conquête, on crut avoir retrouvé les ancêtres de notre race, les plus anciens initiateurs de l'humanité 1. Depuis on est revenu à des idées plus justes, et la méprise n'est plus possible : mais l'Dide n'a pas cessé d'attirer l'attention et de provoquer les recherches.

Ne parlons ni des hymnes védiques où éclate avec tant de force l'exaltation du croyant, ni de ces épopées où hommes et choses sont peints en traits si gigantesques. Comparée, non sans raison, à un immense laboratoire de symboles et de métaphysique religieuse, l'Inde a eu, elle aussi, sa philosophie laquelle, dissimulée d'abord à l'ombre du sanctuaire, a conquis graduellement une sorte d'indépendance : et s'il est vrai que la littérature soit le reflet fidèle des mœurs et des habitudes intellectuelles d'un peuple, il semble qu'à une époque lointaine la société hindoue, depuis les castes les plus humbles' jusqu'aux plus élevées, se soit universellement passionnée pour le grave problème de la destinée humaine.

Après un premier âge presque exclusivement tbéologique-, nous voyons se produire un panthéisme où Brahma^ substance

1. Dès 1802 Anquetil-Duperron publiait en France sa Theologia et philosophia indica.

2. Voir le savant livre de Bergaigne intitulé : la religion védique. Le Rig- Véda contient fort pou de métaphysique : cependant on y lit une page singulière (X, 129) qu'on pourrait croire détacliée de la Logique de Hegel.

Platon, t. I. 7

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et matière des choses, est conçu comme i'àrae suprême, enfantant le monde par un de ses désirs; à ce premier système s'ajoute ou plutôt s'oppose une physique atomistique et corpusculaire, puis une dialectique où la scolastique indienne, abandonnant la réalité pour les excès de la spéculation la plus intempérante, dépasse de bien loin en subtilité les lo'^icieus du moven-â^e, enfin dans les Védaiitas un commentaire plus ou moins métaphysique des principes posés dans les Védas^, De tels documents attestaient l'existence d'un mouvement intellectuel confus sans doute, mais'puissant et incontestable, en face du(|uel M. Renan n'hésitait pas à écrire : « La philosophie hindoue me paraît du nombre des grandes choses qui grandissent tous les jours », et on pouvait lire dans la première édition du Dictionnaire des sciericcs philosophiques: « La Grèce doit beaucoup à l'Inde qui l'a devancéede plusieurs siècles... Sans doute ces doctrines ne tiennent pas dans Platon la place suprême qu'elles occupent dans la philosophie sanscrite: mais le point de vue est absolument le même, et quand on songe que la langue dans laf^uelle Platon écrit vient de l'Inde -, que les dieux populaires de son pays en viennent également, on peut croire que des croyances philoso[){iiqucs lui sont venues de cette source, bien que certainement il ne la soupronnàt pas. L'identité de pensée est manifeste sur un principe essentiel, et ici encore s'en référer au hasard, céderait fermer les yeux à la lumière ». Le Clerc avait écrit auparavant : « Si Platon ne pénétra pas jusqu'à l'Inde, il en connut du moins la cosmogonie elles principales croyances, comme le prouvent les nombreux rapports de ses livres avec le VédanKil Je Sha^tah. »

Cependant peu à peu des appréciations plus saines et plus modérées se faisaient jour. Tout d'abord, à quelle époque placer l'apogée de la philosophie indienne? Est-elle antérieure ou postérieure à l'ère chrétienne? L'Inde, on a pu s'en convaincre, n'a jamais recherché, jamais connu l'exactitude de l'histoire:

1. h^Hevue des cours littéraires (25 novembre 1865) a publié un très intéressant résumé des leçons de M. P. Janet sur la philosophie de l'Inde.

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