Histoires orientales
2. Telle est, on le sait, la traduction littérale du titre que porte le rituel célèbre sous le nom de Livre des morts.
3. Rien de plus vague, par exemple, que cette phrase de Strabon (XVII,
1, 40) : AEyovTrai êà xal à(TTp6voij.ot xal çcXoao^ot u-âXicrta ol âvTaOOa UpzXç.
4. C'est ce qui est affirmé dans la thèse récente de M. Ameîineau, Le gnosticisme égyptien, p. 291).
5. Geschichte unserer abendlundischen Philosophie, I, p. 74 et 228.
LA VIL DE PLATON
Sans doute, lïomore nous en donne la preuve, les Orées ont eu de bonne heure une vai^ue connaissance de réclat, que jetaient la science et l'industrie sur la terre des lliaraons ^ A unt^. date encore plus lointaine, leurs diverses tribus entretenaient avec l'Egypte des relations assez suivies. Le fut est attesté dt'jà par les fables grecques et les traditions classiques : Persée, Danaiis, ^b'uélas, Ganopus, Paris, Hélène sont, au témoignage de Brugsch, autant de noms qui ont les rapports les plus étroits avec la géographie et l'histoire de l'angle nordouest du delta du Nil. Une instructive et vénérable antiquiti', voilà ce que les Grecs admiraient dans l'Egypte, sans que cependant avant le règne de Psamniétique leur religion, leurs rites etleur culture intellectuelle portent des marques irrécusables de cette influence '. Fiers de la durée tant de fois séculaire de leur race, orgueilleux de leur science, les prêtres de Memphis répondaient aux questions des étrangers avec une assurance et un don-matisme qui en imposaient à leurs naïfs interlocuteurs. Hérodote en a fait l'expérience, prévenu qu'il était de l'anti([uitô de toutes choses sur la terre d'Egypte et de leur nouveauté sur le sol helléni([ue : avec sa promptitude habituelle à accueillir les récits dont on berce ses oreilles, il admet trop aisément que la Grèce a emprunté aux rives du Nil ses fêtes et ses cérémonies ^ : du moins il ne va pas plus loin. Platon malgré l'admiration réfléchie que lui inspire par certains cotes la civilisation égyptienne, ne laisse pas soupçonner un seul instant qu'il ait puisé à cette source tout ou partie de sa dialectique et de sa métaphysique \ Plus tard, sans doute, au commencement de
1. Certains anciens se sont ingéniés à chercher dans les deux épopées d'Homère des traces matérielles du séjour de ce poète en Egypte : nous ne les suivrons pas sur ce terrain.
2. A cet égard les Suppliantes d'Eschyle offrent un intéressant sujet d'étude.
3. « Le système théogonique de l'Egypte, dit à ce sujet M. Maury, est essentiellement distinct de celui des contrées helléniques et les emprunts que la Grèce a pu faire postérieurement à la mythologie égyptienne ont été très superficiels. » La même thèse est soutenu par Letronne et M. Renan.
4. « Trotz l)eriihmter neuerer Versuclie bleibt noch immer eine Ankniipfang der Platonischen wie der griechischen Philosophie iiberhaupt an
PLATON APRKS LA MORT DE SOCRATE ^3
l'ère chrétienne, Diodore de Sicile se fait l'écho complaisant des prêtres d'Egypte, ne réclamant plus seulement pour leur pays, comme au temps d'Hérodote, l'honneur d'avoir enseigné à la Grèce sa religion, mais prétendant ({ue leurs ancêtres avaient servi de maîtres à tout ce que la Grèce compte de personnages illustres, depuis Orphée et Musée jusqu'à Platon et Démocrite, sans oublier Lycurgue et Solon. Il est vrai que le texte des An?if/lr,s sacrées et les autres documents invoqués ou rappelés par l'historien ' n'en imposent pas à une crili<{ue sévère, qui sait jusqu'où allaient alors la supercherie et la crédulité. EnOn, nous ne serons pas surpris de voir l'école d'Alexandrie, fdle de l'Egypte hellénisée, assigner l'Egvpte pour berceau et à la philosophiede Pythagore et à celle de Platon : opinion absurde (jue les néo-[)Iatoniciensont léguée à plus d'un érudit de la Renaissance -.
E. La Judée
Pour achever cette étude, une dernière question reste à traiter. En dehors même de toute foi religieuse, les Israélites, par la pureté et la grandeur de leurs croyances, méritent une place d'honneur parmi les nations de l'antiquité. Or n'auraient-ils pas, peut-être à leur insu, une part à réclamer dans la renomm('e i)hilosophique delà Grèce? On comprend tout l'intérêt qui s'attache à cette recherche, et si la valeur d'une opinion scientifique dépendait du nombre de ceux qui l'ont partagée et du temps pendant lequel elle a prévalu, il n'y aurait pour
yEgypten ein misliches Wagstûck... Dass ubrigens die Acten ûber den Eintluss der iigyptischen Religion liber die griechische noch lange nicht geschlossen sind, wird man gern anerkennen. doch immer mit dem Gestiindniss, dass Philosophie in den bis jetzt erschlossonen Schrift lonkmalern siclî' noch niciithat zeigen wollen » (Steinhart, Plato's Lebcn p. 134 et 310).
L I. 98 : 'IcTTopoÙCTiv £x Twv àvaypaïxôv twv iv Tai; hpaiç ^iSÀoi;.., TiavTtov U TOuTwv crr.fxcta ôstxvuouaiv Ttôv [jlÈv £tx6va;, twv cà tÔtiwv vj xaTa(7X£-Jaa[zâT(ov ofiwv'jfjLO'jç 7ipoar,yopca!;.
2. a Platonis esoterica philosophia tota est ex .Egyptia desumpta. » (Patritius.)
Platon, t. I. g
114 LA VIE DE l' LA TON
ainsi dire aucun doute possible sur cette alliance intellectuelle entre la Grèce et la Judée. Dans les chapitres qui procèdent, nous étions en face de conjectures plus ou moins spécieuses, auxquelles la rareté des textes et une chronologie encore flottante enlevaient toute base solide. Ici nos pas sont mieux assurés: nous avons affaire à des documents authentiques, dont chacun porte sa date. Le Pentateuque est le plus ancien des livres : les lois de Moïse sont antérieures à celles de Selon et de Lycurgue, et les Psaumes aux hymnes d'Orphée et de Pindare K
Je laisse de coté, comme ne rentrant qu'indirectement dans mon sujet, l'argument qu'on a tiré parfois de certaines locutions, de certaines formes dépensée, de certaines images communes notamment à Platon et à la Bible. Je ne sache pas que les croyants même les plus convaincus aient jamais soutenu que l'inspiration divine ait pour effet de faire parler à l'homme une langue qui n'ait plus rien d'humain. Pour traduire des conceptions de Tordre le plus élevé, pour parler de l'absolu, de Tinfini, les mêmes comparaisons, tirées de ce que le spectacle de la nature a de plus sublime, se présentent comme d'ellesmêmes sous la plume de l'écrivain né poète. Aussi à ceux qui ne savent expliquer les rapprochements dont je parle que par une imitation directe, Yillemain avait raison de répondre : « Dans le silence de Platon sur une telle révélation, quelques rencontres de génie, quelques formes d'imagination ne suflisent pas pour affirmer ce commerce d'intelligence-. »
11 n'en est pas tout à fait de même de ressemblances d'un autre ordre qui touchent au fond des choses et dans lesquelles du [)remier coup et sans discussion on peut être tenté de voir autre chose que les effets distincts d'une inspiration conmiune. De ce nombre sont plusieurs maximes de la République et des Lok^ qu'on croirait renouvelées des prescriptions mosaïques^ des tableaux, comme celui du juste persécuté et mis en croix,
1. u Lorsque les Grecs étaient encore des enfants et que leur éloquence bégayait encore, la sagesse des Hébreux avait atteint la perfection. » Balzac, Relation à Mcnaiidre.
2. Easai sur le génie de Pindare et la poésie lyrique, p. 52.
PLATON APRÈS LA MOKT DE SOCRATE ^15
qui rappellent ceux des prophètes, enfin et surtout certaines pages du Timée où l'on a cru retrouver des traces manifestes de la création biblique.
Ici encore c'est aux données de riiistoirc que nous demanderons la lumière.
Sans doute il serait naturel d'admettre que le culte juif .j fermement spiritualiste et monoti.éiste, si frappant par les caractères qui lui sont propres, ait attiré l'attention et même excité l'admiration des sages de la Grèce. Mais il faudrait établir tout d'abord que ces derniers ont eu l'occasion de le connaître, et la volonté de l'étudier; or, c'est précisément celte preuve qu. nous manque, car on ne peut appeler de ce nom des assertions que rien ne vient confirmer.
Ainsi Hormippe ' et Eusèbe après lui = affirment que Py- Ibagore aeu communication des livres de Moïse : le Noù- d'Anaxagore, introduisant l'ordre et l'harmonie dans le ra'onde c'est, dit Gladiscb, l'Esprit de Dieu flottant sur le cliaos à la première page de la Genè.e. Au dernier siècle avant l'ère chrétienne, l'école juive d'Alexandrie, dans un intérAt facile à comprendre, n'avait rien négligé pour persuader aux Hellènes d'alors que toute la sagesse grecque dérivait des ÉcHturcs : c'était, avant de travailler à la conquête de l'hellénisme, se ménager des intelligences dans le camp ennemi A la suite d'Aristobule, Philon fait de vains efforts pour retrouver dans les Livres Saints toute la doctrine des idées de Platon, son nmitre préféré. Par une étrange confusion d'opinioas, le même Philon, dans sa Vie de Moïse, nous représente le grand Hébreucomme l'élèvedemaitres appelés H'randsfriis de la Grèce pour présider à son éducation : assertion d'autant plus surprenante que Philon condamne formellement la littérature hellénique comme remplie de frivolités et de fictions scandaleuses. Plus tard, dans son livre Contre Aplon, l'histo- • nen Josèphe, cédant à l'entraînement de la polémique, reven-