V. Duruy, Histoire des Grecs
LA VIE DE I» LA TON
 r H i-: N E S A u c i x o u i !•: me si !■: c l e avant notre e r e
D'une extrémité à l'autre du monde licilénique, quelle province eut pu disputer à l'Attique le prix de la finesse, de la distinction, de rélégance? Isocrate n'exagt'rait pas lorsque dans son PanéfjijriqueW félicitait Athènes d'avoir fait du nom grec moins la qualification d'une race que le signe même de l'intelligence. Aussi rien de plus naturel que la fierté alors attachée au titre d'Athénien ^
Cette grandeur qui semblable à un phare lumineux attirait à la fois de tous les points du monde hellénique le génie, la fortune et la puissance s'explique en outre par un concours vraiment prodigieux de circonstances. Aucun peuple ne vécut tant d'années avec une pareille intensité de vie : et de même qu'avant d'engendrer la frivolité et le scepticisme, le besoin d'un savoir plus étendu, d'une culture plus brillante, d'une éducation plus raffinée avait donné à la curiosité publique un ébranlement salutaire, de môme avant de dégénérer en licence, la liberté démocratique s'était hâtée de produire ses plus heureux fruits. Un homme s'était rencontré, « iniluent par la noblesse de son caractère et par sa sagesse, signalé par une intégrité au-dessus de tout soupçon, capable de maîtriser le peuple avec franchise... Le gouvernement était une république de nom, et de fait une monarchie sous la direction du premier citoyen de l'Etat- ». J'ai nommé Périclès.
Pendant sa longue et glorieuse carrière, secondé par un cortège inespéré de talents illustres, il avait déployé une activité sans égaie, marquant toutes choses d'une distinction impérissable. On peut discuter les vues qui présidèrent à ses vastes entreprises : il est permis de se demander si tant de splendeur n'allait pas tout à la fois amollir les mœurs au dedans et provoquer au dehors d'irréconciliables jalousies, mais ce qui est certain, c'est que les créations auxquelles est resté attaché le nom de Périclès ont été et resteront l'exemple de la postérité. « L'esprit qui dominait dans tous ces ouvrages était la liberté
soumise aux règles éternelles du vrai et tendant avec intelligence vers un idéal invariable; la force avec la grâce, la souplesse, le naturel, la vie dans sa plénitude et dans son indépendance, puis à coté de ces (pialités esthétiques l'élévaiioa morale, la dignité, le respect et la pleine possession de soimême, le calme, la sagesse et la raison ^ » Mais n'est-ce pas précisément de t )us ces mérites qu'est faite la grandeur du génie platonicien?
Aussi bien voilà sur (piel sol merveilleusement préparé Platon allait naître et grandir-, à l'heure où le premier enthousiasme n'avait pas encore eu le temps de se refroidir, où tout autour de lui rayonnaient dans l'éclat de leur fraîcheur tant de trésors accumulés par deux et trois^générations de penseurs, de [)oètes, d'orateurs, d'architectes, de peintres et de statuaires: heureuse ('poque, bien faite pour placer l'ame du jeune homme sur la voie de cet idéal qui devait être l'objet de ses rêves ! Sans doute, comme le disait Dumas recevant M. Taine à l'Académie française, si du temps de Platon et d'Homère le Phédon et Vl/iade étaient cacht's dans chaque cerveau, pour le^ en tirer il fallait quehpie chose encore que peu de têtes grecques ont possédé : il fallait être Homère et Platon : mais si le Ciel distribue ces dons éminents à qui il lui plaît, du moins convient-il de reconnaître que dans les trente dernières années du