PLATON I:N EGYPTE
Quels modèles l'Orient pouvait-il ofT^ir aux méditations delà pensée grecque ? L'iiistoire en mains, qu'est-ce que la ("irèce de la pi'riode classique lui a réellement emprunté ? Voilà les deux points que nous venons d'étudier, en donnant à nos recherches une portée très générale, et avec des développements
1. C'est la thèse de M. île Pressensé { Comptes-vendus de l'Académie des sciences morales, vol. 86, p. 381) et de M. Uehherd-iJourmalof spécula! ive Philosophy, avril 1877). II y a, dit ce dernier auteur, des penseurs qui sont une protestation contre leur race et leur siècle, bien loin de les incai-ner en eux : c'est le cas do Platon. Les conceptions grecques tendent à la glorification de l'humanité; elles sont empreintes d'un matérialisme, tout au moins d'un naturalisme excessif. A cette exaltation de la nature humaine, Platon oppose l'ascétisme: à l'affirmation de la liberté, la nécessité d'une tutelle politique et sociale d'un corps de sages analogue. s aux prêtres de rÉgypto : c'est un absolutiste ; enfin ses lendnnces idéalistes et antisensualistes sont bien connues. Platon est donc un génie oriental : c'esi là ce qui explique comment il a eu si peu d'influence sur ses compatriotes et comment sa philosophie est redevenue florissante à l'époque alexandrine, période d'orientalisme et d'afTaissement gr.idael du génie hellénique. — Tout rossemijlant qu'il i>uisse paraître, co portrait a néanmoins un tort, celui de ne tenir compte que de l'un des multiples aspects de Platon.
PLATON APRES LA MORT DE SOCRâTE ^29
qui paraîtront excessifs et inexcusahles à quiconque n'a pas conscience de l'importance exceptionnelle du sujet. Toutelbis nous avons hâte d'en revenirau philosophe dont nous écrivons la hiographie, et d'ahorder, en ce qui touche les voyages de Platon, l'examen et la discussion des opinions régnantes, qu'elles s'appuient sur des textes anciens ou sur des hypothèses modernes. Ici, plus peut-être que partout ailleurs, il faut savoir se tenir en garde et contre un scepticisme irréiléchi et contre une imagination trop complaisante.
Ainsi parce que Plutarque fait voyager Platon sur les cotes' de l'Asie-Mineure, parce qu'aux siècles précédents les colonies ioniennes de Milet etd'Éphèse avaient donné le jour à des philosophes de renom, enfin parce qu- dans un curieux passage du Thcétète ^ Platon a tracé un tahleau ironique de Pactivité déployée en lonie parles partisans dlléraclite contre leurs adversaires, Schleiermacher et Erdmann en ont conclu sans hé- Siter (pie Platon s'y était rendu en quittant Athènes : et Ast croit que ce voyage supposé aura été transformé plus tard par la tradition en une excursion dans les contrées les plus reculées de l'Orient. Mais en l'ahsence de tout autre témoignage, ces raisons quoique spécieuses en apparence sont sans valeur aux yeux d'une sage critique.
D'autres, sur la foi de Quintilien \ d'Apulée ' et de Diogène Laërce ^ le font séjourner à Cyrène, comme élève du célèhre mathématicien Théodore % si honorahlementmis en scène dans le Thé^Hctc. Nul n'ignore le rôle décisif assigné aux mathématiques dans la dialecti(iue platonicienne : mais comment concevoir que Platon ait été réduit à venir chercher un enseignement scientifique sur la rive africaine de la Méditerranée A.es traits sous lesquels Théodore est dépeint ne peuvent s'expliquer, dit-on, que par une connaissance personnelle et des rap-
1. 179 D-E : 'A)Xà Tispl (xàv rf.v 'Iwvîav xa\ âTrtôcôcoa: 7râi;.7ioXu ir, ixâvr).