Halle, 1788, p. 1 iO
2. Un trouvera une protestation semblable dans l'édition du Tmiée récemment publiée en Angleterre par M. Arclicr-llind (p. 12).
LA VIE DE PLATON
et l'ami des derniers représentants d'une école alors dispersée, quel pruliî M l-ii retiré de cette iiiiiniité? Aucun document authentique n'est là pour nous l'apprendre.
Il Lie reste donc qu a feuilleter attentivement les écrits de Platon pour y relever non plus seulement, comme nous l'avons fait plus haut, les passages où il est fait expressément mention de Pythagore et de son école, mais les affirmations et les théories qiii paraissent d('river de cette source. Tout d'abord il convient d'écarter du débat, en dépit de certaines prétentions contraire?, les mythes si nombreux et si fréquents dans les dialogues postérieurs à la mort de Socrate : entre ces poétiques représentations de la vérité et les symboles en lionneur dans l'école de Grotone il y a non pas une filiation directe, mais tout au plus une lointaine analogie. Au reste, si marquées que puissent être et que soient ici en elfct les divergences dans la forme, c'est le degré de parenté des idées qui doit avant tout nous préoccuper.
Commençons par le Phèdre, sur lequel s'est arrêtée spécialement Tattention des critiques : dialogue curieux à plus d'un titre, qu'E. Egger n'hésitait pas à déclarer « tout pythagoricien » et qui a fait dire à Cousin que <( Platon se pénétra de l'esprit de ces doctrines avant même d'en avoir fait une étude didacti([ue dans les ouvrages qui les renfermaient. »
Où donc, nous demande-t-on, Platon a-t-il trouvé l'idée première de cette ascension des âmes partant de la maison des dieux pour s'élever jusqu'aux dernières hauteurs du ciel et de là dans la région supracéleste des idées? En admettant môme que dans un texte de Philolaiis conservé par Stobée le fond des pensées seul soit [)liilolaï(iue, ne doit-on pas reconnaître dans l'Olympe de ce fragment la plaine céleste du mythe du Phèdre ' ? — La réponse est facile. Ce n'est pas sur une concordance de détail d'ailleurs douteuse, c'est sur l'ensemble qu'il convient de juger ces pages brillantes, où la poétique imagination de
PLATON APRÈS LA MORT DE SOCRATE 159
Platon se donne carrière avec une si étonnante liberté d'essor : la tradition morue la plus complaisante a-t-elle mis jamais pareille peinture de la vie antérieure au compte de Pythagore ou de l'un de ses disciples ? Cousin, qui a senti la force de l'objection, a fait en essayant d'y échapper un aveu significatif : « Il est évident pour moi, écrit-il, que la manière dont Platon se sert des données pythagoriciennes dans le Phèdre montre un jeune homme encore dominé par la première impression d'une grande doctrine plutôt qu'un maître qui la possède et la déve loppe profondément' ».
De même le passage bien connu où dans ce môme dialoirue Socrate fait le procès de l'écriture a rappelé à plusieurs la défense faite par Pythagore de ri'diger et de public^r ses doctrines. Mais outre (ju'on ignore à ({uelle partie de son enseignement s'appli(juait cette interdiction après lui d'ailleurs si mal observée, il suffit de se souvenir que dans le Phèdre c'est Socrate qui parle, Socrate qui au témoignage unanime de l'antiquité n'avait jamais manié la plume : ici du reste c'est dans Pintérôt de la dialectique et de l'évolution spontanée de la vérité au fond des âmes que se trouve recommandée une précaution prise dans l'école pythagoricienne à seule fin d'assurer à SOS membres une supériorité propre à servir leurs visées politi([ues.
Si voisin du PJièdrc par son inspiration fondamentale, le Banquci ne nous offre aucun élément qu'on puisse (jualifier de pythagoricien. Sans doute la beauté y est assimilée à une harmonie : mais n'est-ce pas là, si on peut ainsi s'exprimer, la dominante de l'esprit grec et surtout du génie platonicien "".
La môme remanfue s'applique à cette maxime de Socrate dans le Phédun, ort. £v £Vz.'/;;x{a Sar tsXcutocv-, maxime qu'il plait
1. Voir dans les Fragments de philosophie ancienne de Cousin le curieux chapitre intitulé : Les antécédents du Phèdre.