Traduction de Platon, Vi, 4j
2. i!7 E. Le Phédon se termine, comme on le sait, par un myllie cosmologique, où devrait, semble-t-il, se rencontrer plus d'un ('dément pytliagoricien,et cependant au jugement de Teiclimiiller tout y appartient en propre à Platon. Ouant aux preuves ici données de l'immortalité de l'âme, c'est par erreur que M. Ghaignet (1, 32S) les suppose empruntées à Pythagore ainsi
LA VIE DE PLATON
à Olynipioilore d'attribuer à Pylhagore. Lorsque Simmias et Cébès proposent de ne voir dans l'àme que « l'iiarmonie d une lyre )o, reproduisent-ils simplement, comme on Ta prétendu, la théorie commune de toute leur école? Les textes manquent pour l'affirmer; mais sur ce point, au lieu d'une adhésion, c'est une protestation formelle que Platon leur oppose. Quant à la théorie de la réminiscence, partie essentielle de la philosophie platonicienne quoiqu'elle n'en soit pas inséparable, elle va bien au delà de ce qu'avait enscii^Mié Pylhagore relativement à une vie antérieure des âmes. « Je n'ai pas rencontré, écrit Cousin, un seul passage pythagoricien où l'àva^xv/iai; se trouvât positivement énoncée ».
Dans le Philèbc, premier exemple de cette philosophie abstraite à l'allure scientifique, si bien accueillie par toute l'ancienne Académie, Platon rapporte « aux anciens qui valaient mieux que nous, parce (pi'ils étaient plus près des dieux » une tliéorie à ses yeux fondamentale, la présence dans tous les êtres de deux éléments, l'un fini, l'autre infini, jouant dans le monde le rôle l'un de principe régulateur, l'autre de principe matériel. On assure qu'il avait ici en vue les Pythagoriciens : je ne vois rien qui contredise cette thèse, rien non plus qui l'élève à la hauteur iTune vérité démontrée. Lu tout cas, si l'on se croit autorisé à découvrir du pythagorisme dans ce passage, c'est un pythagorisme véritablement transformé et singulièrement approfondi *.
On sait combien étaient étrangères aux préoccupations de Socrate lub hypothèses physiques et astronomiques qui jouent un si grand rôle dans la cosmogonie du Timée : si Platon -à voulu nous le donner à entendre par le choix qu'il a fait dans ce dialogue d'un non vol interlocuteur, quelle raison concluante
que ce dogme lui-même, sur la foi de cette phrase de Gicéron (Tiisculanes, I, 17) : (( (Platonem) de animorum œternitate non solum sensisse idem quod Pythagoram, sed rationem etiam attulisse ».
1. Sur les analogies que présentent certaines assertions du Phiièbe avec ce que nous définirons un peu plus loin sous le nom de « pythagorisme platonicien », consulter nos Etudes sur ce dialogue (notamment pages G6-72).
l'LATON APRÈS LA MORT DE SOCRATE
a-t-on de méconnaître dans cette tentative d'explication de l'univers le coté divinateur et parfois si aventureux de son génie? Tous les écrivains sérieux de l'antiquité, à commencer par Aristote. proclament ici à l'envi son originalité : aucun ne parle d'écrits ou de philosophes antérieurs dont il se serait fait le docile écho. Sans doute ses vues sur l'àme du monde pourraient être rapprochées de certaines assertions qui passent pour pythagoriciennes ^• mais elles sont exposées avec tant de détails et si habilenient nUtachées au reste du système (ju'il est impossible de n'y voir qu'un emprunt déguisé. L'idée d'une intelligence créatrice est essentiellement platonicienne, o;i du moins ne remonte pas au delà de Socrate et d'Anaxagore : il en est de même, et avec plus d'évidence encore, de la distinction des troisessences constitutives de l'àme du mondel On chercherait même en vain dans le Ti??iée ce qui parait avoir fait chez les anciens la réputation propre de Philolaus, je veux dire son système astronomique^
Est-ce en psychologie, est-ce en logiijue que Platon serait tributaire de Pytliagore ? La psychologie pythagoricienne, a tour à tour abstraction creuse ou matérialisme grossier, n'olfre rien qui réponde à la haute réputation du système^ » : Aristote' et ses commentateurs sont unanimes à reprocher à l'école l'insuffisance et la grossièreté de sa dialectique : et il n'est pas même certain (ju'elle ait ébauché une théorie quelconque de la connaissance. (( Recueillir et coordonner systématiquement les idées des pytliagoriciens sur l'entendement humain, écrit M. Cliauvet, voilà sans contredit l'un des plus difficiles ^«roblèmes que puisse se donner à résoudre la critique moderne. Ce n'est
1. On ht dans Gicéron qui avait peut-être puisé ce renseignement à une source stoïcienne : « Pylhagoras Deum esse censuit animum per naturam reruin intentum et comiijeantem, ex quo animi nostri carperentur » (De na~ tuva Deorum, I).