‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 73 sur 343 · IF*» J · texte numérisé non relu

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A quelle époque Denys reçut-il la visite de Platon? La septième lettre dit que ce dernier avait alors quarante ans : nous sommes conduits ainsi à l'année 388, et Grote, étudiant la hiographie du tyran, se prononce pour cette date ou pour une date très voisine K

Au t(mioignage de Cornélius P^'épos, Denys introduisit son bote en grande pompe dans sa ville et dans son palais -, et l'admit dans son intimité. Que se passa-t-il entre ces deux hommes si peu faits pour s'entendre? On le pressent, bien que l'histoire n'en ait pas gardé le souvenir. Olympiodore nous rapporte un dialogue fort intéressant entre le philosophe et le tyran ^ : mais c'est une imitation évidente de celui de Selon et de Crésus dans Hérodote, et le dénouement seul suffirait à nous avertir de son peu d'authenticité. Plusieurs écrivains anciens se sont plu à faire de la rencontre réelle ou supposée de Platon avec Aristippe à la cour de Syracuse la matière d'anecdotes auxquelles prêtait naturellement l'opposition des deux caractères '*. Grote reproche au philosophe non seulement de n'avoir pas mis ;\ })rorit son ascendant momentané pour ol)tenir de Denys des réformes immédiates, mais d'avoir tout compromis par une rigueur au moins inopportune.

Quoi qu'il en soit, traité de sophiste par les courtisans dont il avait dénoncé les menées corruptrices ^ Platon put méditer à loisir sur la pensée d'Horace:

Denys l'ancien et Napoléon I", fort méprisant pour ceux qu'il appelait dédaigneusement les idéologues.

1. Eusèbe, dans sa Chro?iir/i(c, écrit à propos de cotte même année (01. 97, 4) : Plaio phUosophus agnoscitur, ce qui peut s'entendre ou de son séjour à Syracuse ou de la fondation de l'Académie. M. Teichmuller place en 388 les Jeux olympi(ines où, selon la tradition, Platon parut dans tout l'éclat de sa renommée, les mfhnes sans doute aux(iuels Denys avait pris part avec ses quadriges, ses odes et ses musiciens (Diodore de Sicile, XTV, luO).

2. « Magna cum ambitione Syracusas perduxit. ;> — Cf. Pline, llist.nat., VU, :îo.

3. Ce dialogue a été imité par Vauvenargues, dans ses Œuvres poslhu- 77îes.

4. Voir Diodore de Sicile, XV, 9, — Sénèque, ép. 47, — Plutarque, Dion, n, Dr tranquillilate animl, 12.

li. Plutarque, Dion, 14.

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Dulcis inexpertis cultura potentis amici, Expertus mêlait.

Tous les récils s'accordent à constater que pour avoir parlé avec trop de franchise il faillit payer son courage de sa liberté, presque de sa vie. « Ces discours sont d'un vieillard qui n'est qu'un radoteur », lui disait Denys, cl Platon de répliiiuer : « Les tiens sont d'un maître qui n'est ([u'un tyran. » Au reste, la tâche entreprise ne pouvait aboutir ^ « L'âme de Denys, écrit Plutarque -, était comme ces tablettes sur lesquelles on a beaucoup écrit. Le philosophe la trouva chargée de souillures et ne pouvant perdre colle teinture de despotisme ([ue le temps avait rendue inetfarable. »

Ce n'est jamais impunément qu'on affronte hi mauvaise humeur d'un tyran. lkN;u la veille avec transport, Platon le lendemain fut chassé avec mépris. Ici encore l'imagination des biographes n'est pas restée oisive '. Tliéodoret raconte ({u'il fut enchaîné et condamné aux carrières : Diodorc de Sicile \ qu'il fut mis en vente sur le marclié de Syracuse; d'autres, que Denys, alors allié de Sparte, le déclara prisonnier de guerre et le livra comme tel à l'ambassadeur lacédémonien Pollis, lequel, à son tour, le vendit à Egine comme esclave. Platon, le

4. Nicbuhr. avec sa rudesse habituelle, en a fait au philosoplie un reproche amer : « Ilm traf die -.'erechteste Strafe durch die Verirrunrr, den Versuch zLi machen. eineu Mohreti zu wasclien, eiuen heillosen bœsen Buben wie Dionvsius zu bekehren und durch ihn, im Pfiihl der syrakusanischen Lastorhif'li-keit und Ueppi.cîkeit, die Philosophie auf den Thron zu setzen, und die kaum ^^eringere Thorheit in einem von der Tyrannei so tief angesteckten Verwegnen wie Dion einen llolden und ein Idéal zu sehen. VVer hier Erfolg môglich glaubte und an einem Volke wie das attische verzweifelte, der hatte'es weit gebracht im Muckensaug.'U und Elephantenverschlin'^en. » {Kleinp hislorische und poiltische Schriflen, p. 480). — Dans sa belle édition de Dômosthene M. Weil rappelle qu'Euphra^os. un des disciples de Platon, envoyé par ce dernier à Perdiccis, essaya non moins inutilement d'initier ce prince aux spéculations de l'Académie, et de monter sa cour sur un pied philosophique.

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