‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 75 sur 343 · Dion · texte numérisé non relu

Dion

Platon, t. 1. 12

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j78 LA VIE HE PLATON

cile faillit avoir un (Irnouement fatal. Faut-il en accuser uniquement le ressentiment de Denys ? Faut-il s'en prendre aux événements politiques, ou même à l'inclémence des éléments ^ ? La réponse est difficile : du moins, nous avons ici sous les yeux un remarquable exemple de la liberté que s'accordaient, sans doute avec l'agrément de leurs lecteurs, les biui^raphes de

l'antiquité.

Quoi qu'il en soit, c'est une date décisive dans la carrière de Platon que celle de son retour à Athènes -. Ce n'était plus seulement le disciple de Socrate, doué d'un heureux naturel merveilleusement servi par les circonstances : c'était un géuie mûri par rex[)é'rience des hommes, riche d'une abondante moisson de connaissances, et instruit au contact d'une foule de nations et de mœurs ditî'érentes. il y a plus. De son derni^T voyage (Jwmines poslrcma mcmhierc, a dit l'historien S.dluste) Platon, on ne saurait en douter, rapportait une résolution arrêtée, celle de vivre désormais à l'écart des factions, des agitations st.'riles de la vie politique, de se consacrer tout entier à la science et à la méditation, et d'enseigner la vérité non aux puissants ou à la foule qui veulent également qu'on les llatte, mais à des esprits disposés à la recevoir et dignes de s'en pénétrer. Ecoutons ses aveux dans le Théétctc : ils mi'ritent d'être recueillis :

u. Le vrai philoso[)he ignore dès sa jeunesse le chemin de la place publique : il ne sait où est le tribunal, où est le sénat et les autres lieux de la ville où se tiennent les assemblées. Jl ne voit ni n'entend les lois et décrets proposés ou promulgm's, les compétitions des partis qui se poussent au pouvoir... A vrai dire, il n'est présent que de corps dans la cité : son àme, considérant le peu de i)rix ou plutôt le néant de ce qui est au-

1. Quelques auteurs parlent d'un naufrage que Tlaton aurait essuyé près d"Hélice, sur les côtes du Péloponnèse.

'1. 386, d'après Grole. — llappeions ici, à titre de curiosité philulogique, qu'un érudit allemand a cru découvrir dans les écrits do Platon postérieurs à cette date un emploi beaucoup plus fréquent des deux locutions àUà u.r,v et T-: txv, très usitées, dit-il, en Sicile (Voir VHemiès, année 1881).

PLATON APRES LA MORT DE SOCRATE

tour d'elle, le prend en mépris et se promène de tous cotés, mesurant, comme dit Pindare, et la profondeur de la terre et l'étendue de sa surface, s'élevant jusqu'aux cieux pour y suivre le cours des astres et arrêtant ses regards sur la nature intime des seules choses qui sont des êtres véritables ^ )>

Auparavant Platon n'a été pour ainsi dire qu'un élève, un esprit avide d'apprendre et de savoir : il va désormais paraître sur la scène avec l'autorité d'un maître, attirant et formant à ses leçons l'élite intellectuelle de son époque. Pour suivre rigoureusement l'ordre chronologique, il conviendrait donc de passer immédiatement au récit de la fondation et des premiers développements de l'Académie : mais c'est là évidemment dans une l)iographie de Platon un sujet d'une importance tout à fait exceptionnelle : avant de l'aborder et pour n'en pas interrompre l'exposé, nous demandons à dire rapidement quelques mots des deux derniers voyages du philosophe en Sicile : aussi bien, comme on va le voir, ils se rattachent par des liens étroits à celui dont nous venons de nous occuper.

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