‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 8 sur 343 · FAMILLE, NAISSANCE ET PREMIERES ANNEES · texte numérisé non relu

FAMILLE, NAISSANCE ET PREMIERES ANNEES

DU PlIILOSUPllE

Chose assez étrange, Platon, si avare d'allusions à sa propre persoune, n'a pas gardé le même silence sur ses ancêtres, et c'est une remarque très juste de M. Lachelier que ses dialogues suflisent pour reconstituer une notable partie de sa généalogie \

Le sceptique Alcibiade Faisait remonter sa famille jusqu'à Zens : est-ce que Platon, si sévère à l'endroit des fictions mythologiques, aurait eu recours à quelque prétention analogue pour rehausser l'origine de sa race ? On hésite à le croire : et cependant son père Ariston, au témoignage de Diogène Laërce -, passait pour descendre par Codrus de Xélée et de Neptune : c'est même là le seul renseignement, peu historique à coup sur, (pie nous ait légué sur lui l'histoire. Dans le Ti?7ïéc Critias, parlant de Solon, nous représente le célèbre législateur,

\. C'est là sans nul doute ce que Proclus avait déjà constaté, comme le prouvent les premières pages de son Commentaire du Twiée.

2. IX, 37. Un ouvrage publié en lol2 sous ce titre : Platonis aiictoritates, rattache Platon par son père à Neptune, par sa mère au trrs sago, Salomon.

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LA VI K IiK IM. ATON

PLVTdN JUSuL'a la MORT DE S(3CHATE

le plus populaire dos hommes (rKt;U athéniens, comme le parent et l'ami de Dropide son bisaïeul; (piel était ce de-ré de parenté? le texte est trop vague pour qu'on puisse en tirer une conclusion précise \ Mais vuici une indication un pou plus décisive. Dans le Charmidc, le même Critias vante le goût cpie montre à la fois pour la dialectique et pour la poésie le jeune interlocuteur de Socrate ; et celui-ci de répondre : « Quoi de plus naturel chez un descendant de Solon! "^ » Or Charmidc, cousin de Critias, était le frère de Périctione, mère de Platon ^

Le même dialogue vante la grandeur et la beauté de l'oncle maternel de Charmidc, Pyrilampe ^ dont certaine tradition fait le second mari de Périctione ; mais cette assertion ne s'appuie que sur lintriHluction du Parmcnide ' ou sur des textes qui comme celui de Plutarque, s'y réfèrent visiblement. Or sans même invoiiuer ici borigine apocryphe de cet étrange traité philosophique, il subit de rappeler les dibicultés insurmontables qu'ont rencontrées les interprètes, lorsqu'ils ont cherché à justifier au point de vue chronologique le rôle attribué par bauteur à cet Antiphon qu'il nous présente comme un frère maternel de Glaucon et d'xVdimante. On sait avec quelle verve et quel succès Platon dans sa Rrpuhliqur a mis en scène ces deux jeunes gens que Vantiquité entière a reconnus

1. Timce, 20 E. Platon se scil du mol (.l/sto; : or on Ut dans le scholiaslG : otxEioi /iyovrai xat oi (7'jyvçvcï;.

2. Certains manuscrits de Diogène Laerce dll, 1), sans doute rar suite d'une erreur de copiste, substituent à ce nom celui de Rot^vt,.

3. Iu5 A : ToOto TTopôwOEv Otxïv Tb 'xaXôv ^j^^oyi, à7:o TT.; :l:ô/,(.>vo,' ^'jyyEvsta;, et i:n E : 'Il TraTp^oa Oarv o!z:a r. Kpiriou toO Apwziûo:. xa\ o-' 'AvaxoiovTo: xa- Ctto Xo)(.)Vo; v.ai -W aA)-0)v ttoaacov tzo'.t.twv èyzsxcojj.iaTuivr, Tzapao^ooTat r,!j.iv.

•i Plutarque parle «Cun -•'■néral de ce nom 4'h f'U l'ami de Pendes et que les Lacédémoniens firent prisonnier à la bataille de Délium en 424 {Pendes, c. 13). Il l'appelle ôpv.OÔTpo^o; et Glaucon i)asse précisément pour avoir possédé une très riche l)asse-cour ^llépubliquc. V, 45') A^. - I n autre Pyrilampo est connu pour avoir pris devant l'Aréopage la délense de Tliucydide Pancieu, ndversaire pnlUi(ine de Périclès. Or l'oncle de Clmrnude nous est représenté pur Platon comme ayant en plusieurs circonstances joue le mie

d'ambassadeur. 5. li>G A-B. L'expression employée par l'auteur laisse percer quelque doute.

pour ses frères, sans s'arrêter à certaines difficidtés historiques ^ : tous deux amis de la vérité, et passionnés pour la controverse, ce (|ui naturellement ne ks empêche pas de [)rofesser à l'occasion un scepticisme discret et de bouton : l'un plus profond, [)lns méditatif, avec une teinte visible de mé'lancolie ; l'autre plus ouvert, plus brillant, sachant estimer à leur prix les jouissances d'un esprit cultivé. En vain certains modernes ont-ils tenté de se séparer ici de la tradition ancienne - : il n'y a aucune raison sérieuse de la soupçonner d'erreur. 11 n'est donc pas sur[)renant qu'an second livre de la Rf-pu/j/iqiie^'Socraie, ravi des discours de (ilaucon et d'Adimante, rappelle à « ces enfants d'un père illustre » qu'un ami a eu raison de leur consacrer une élégie commençant par ce vers : « Fils d'Ariston, issus d'une race divine. » La fierté de Platon avait sa part dans ce pom{)eux éloge.

Où na(iuit le grand philosophe ? si nous en croyons le témoignage presque unanime de ranti(]uité, ce fut dans cette cité d'Athènes dont il devait faire la gloire à l'égal des plus illustres poètes et des plus habiles hommes d'Etat '. Je dis presque unanime, car je n'ignore pas que Favorinus, auteur d'une Histoire Universelle^ , place sa naissance à Egine, où son père était établi

1. S^ocrate affirme que Glaucon et Adimante s'étaient signalés à la journée de Mégare : or l'histoire d'Atliènes ne mentionne aucune bataille sous les murs de cette ville qui soit postérieure à 424.

2. llermann incline ù voir dans les interlocuteurs de la République des oncles de Platon : il avait même cru pouvoir confondre Adimante avec le général dont la trahison, au témoignage de Pausanias (X, 911), avait am-né le désastre d'.lilgos-Potamos. — Adimante est cité dans VApo/ogle (34 A) comme frère de Platon et fil s d'Ariston : dans le ] discours sur /es myslères (c. 10), œuvre d'Andocide, nousvoyons nu Platon invoqué comme témoin, et un Adimante accusé d'avoir parolié les mystères avec Alcibiade dans la maison de Cliarmide, près du temple de Jupiter Olympien. D'un autre C(Ué, Xénophon {Méui. HT, G) parle d'un Glaucon, père do Charmidc et fils d'Ariston : il est vrai <pie c'est ]^our signaler son ignorance, sa vanité et son ambition.

n. IL ;5r.S A.

4. 'M. Le Clerc, dans une note de son édition du traité de Flnibus, :\ïfirme mcine que Platon vit le jour à l'A'-a lémie.

■i. Diog. La('rre, III, 'À. (^'est ainsi qu'Epicure naquit à Samos d'un x).?)pryjyo; athénien.

LA VIE DE PLATON

I'LAT(3N JUSQU'A LA MORT DE SOCRATE

comme colon. Après rie longues années de prospérité el (Vindépendîince, Egine conquise était tombée au pouvoir d'Athènes en i:i:j. Un demi siècle plus tard les vainqueurs, appliquant un principe dont l'antifiuitô n'offre que tropd'exemples, expulsèrent les habitants de l'ile afm d'étouiïer plus sûrement tout germe de révolte : il fallut le triomphe définitif" de Sparte en 404 pour rouvrir aux Eginètes les portes de leur patrie. C'est alors seulement, au dire de Favorinus, que le père de Platon serait rentré à Athènes : mais que devient dans cette hypothèse l'éducation philosophicpie du futur fondateur de l'Académie? La date de sa naissance a donné lieu à des discussions bien autrement vives : il est vrai ([u'à Athènes on ignorait n^.s rei^istres si détaillés d'état civil. Chose curieuse, les anciens sont plus volontiers d'accord sur le jour que sur l'année : sans doute à cause de l'usage qui se conserva longtemps dans Técole de célébrer religieusement cet anniversaire *. Ne serait-ce pas une superstition au moins ingénieuse qui a déterminé les disciples de Socratc et de Platon à établir une coïncidence arbitraire entre le jour de naissance de ces deux grands hommes et les fêtes de Diane et d'Apollon à Délos?

Olvmpiodore fait naître Platon sous l'archontat d'Aminias "', du vivant de Périclès, en 430 : date adoptée par Clinton, Sigonius, Ménage, Combes-Dounous, et plus récemment par Cousin

et M. Rousselot.

Athénée 2 tient pour l'année suivante et l'archontat d'Apr.llodore : il a été suivi par Corsini, Dodwell, Ast, Hockh, Ch. Millier, Erdmann, Noack, Burnouf et M. von Stoin. Cette opinion se trouve plutnt confirmée que contredite par une assertion de Diogène Laérce S rapportant que Platon naquit dans l'année qui fut marquée par la moit de Périclès.

\. riiitarque l'appelle IDàTovoç -'EveOA'.a. Pareil usage emprunté, semblet-il, auK pratiques de la cour de Perse n'a commencé à se rùpandre en (.rece que pendant l'ère macédonienne. .

2. Plusieurs critiques proposent .le remplacer dans le texte d^ »lyinpiodoro le nom d"A[x£iv:a; par celui d"E;:a[x£:va)/.

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