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2. Exacie partout, cotte réflexion s'applique particulièrement aux anciens Grecs. L'amour, on pourrait presque dire le culte pieux do la parole vivante, est un des traits les plus saillants qui les distinguent des peuples orientaux, chez lesquels on constate au contraire un respect particulier pour le livre écrit. A Athènes on courait aux leçons des sophistes que l'oii payait fort cher, alors qu'il était aisé de se procurer leurs manuels ou -s/va:.
!'!> MON A L'ACADÉMIE
sera f{ue plus avidement savourée par quelques esprits d'élite dans la calme enceinte d'une école.
On a dit (jue Platon a été encouragé dans son dessein par la pensée de lutter avec plus d'efficacité contre l'influence d.'létère des sophistes. Sans doute les plus fameux d'entre ces étran^^cs professeurs de sagesse, l^rotagoras, Prodicus, Gorgias, avaient di'jàdisparu de la scène : mais leur prestige leur avait survécu. Fallait-il laisser les disciples obscurs de ces maîtres si vantés continuer sans opposition leur enseignement corrupteur î^ Platon avait la vérité à d('fendre, la mémoire de Socrate à venger : pour s'acquitter de cette double tâche, ce n'était pas trop à ses yeux d'ime protestation solennelle et permanente.
Après ce (pie nous venons de dire, la fondation de l'Académie n'a rien qui surprenne: et l'on cherche en vain pourquoi certains auteurs ont supposé quelle fut le résultat dun dépit secret, de je ne sais quelle misanthropie envahissant l'Ame de Platon enfin désenchanté de ses rêves de rég('n('ration sociale. Sans doute le philosophe né à Theurc même de la plus grande splendeur d'Athènes avait prom])tement discerné les premiers symptômes de la d('cadence publiiiue : les troubles qui signalèrent les dernières années de la guerre du Péloponnèse, la prise et Ihumiliatinn de sa patrie, l'inique condamnation de Socrate achevèrent ile lui ouvrir les yeux et de le convaincre qu'il travaillerait plus efficacement au bien général en formant par l'é'tude et la méditation une génération d'hommes (PÉtat et d'orateurs, qu'en briguant lui-même les suffrages d'une foule inconstante et aveugle. Le rùle d'un Lycurgue et d'un Solon n'avait rien qui put le tenter.
Mais. dii\a-t-on,d'où vient donc qu'à la fleur de l'à^re nous retrouvions Platon auprès des deux Denys à Syracuse et comment le môme philosophe qui, fatigué des agitations de sa ville natale, devait un jour exprimer si éloquemment dans le Thértète l'indifTérencedu sag(^ pour toutes les (fuestions qui passionnent le vulgaire en vint-il au point de rechercher l'amitié d'un tyran et une influence à sa cour? A ce problème, nous avons plus haut cherché plutôt que réussi à donner une réponse.
LA VIE DE PLATON
Voilà donc, vers 387, Platon, longtemps disciple de Socrate, dont le trépas lui avait causé autant d'enthousiasme pour la vertu du sage que d'indignation contre riniijuité de ses juges, Platon familiarisé avec toutes les doctrines, initié par ses voyages, comme le héros de VOdyssée^ aux mœurs et aux civilisations les plus diverses, résumant en lui tout le passé littéraire de la Grèce, ayant tout lu, sophistes et orateurs, poètes et philosophes, pièi à jeter dans sa parole cette ampleur, ce hrillant, ce savoir aimable, et pour tout dire d'un mot, cette él(ii[uence qui séduit sous sa plume : le voici qui va inaugurer son enseignement à Athènes, et du même coup assurer à sa patrie pour de longs siècles l'honneur d'être la capitale du monde phdosophique. Auparavant on avait vu la [)hiloS()phie, de même que la [)oésie avant Eschyle, émigrer de rivage en rivage, de cité en cité : après Socrate et bien plus sûrement ([ue Socrate hiimèm.e, Platon va fixer ses destinées en lui créant un lieu de refuge, un centre et un foyer ^ L'invasion, puis la conquête étrangère ravira à la Grèce sa gloire et son indépendance : Rhodes, Antioche, d'autres villes encore disputeront à Athènes le privilège de former des orateurs ; dans les voies de l'érudition et de la science, Pergame et Alexandrie acquerront une renommée supérieure. Jus!|u"au dernier souffle du monde païen,
Athènes gardera ses écoles philosophiques et demeurera ainsi le trait d'union intellectuel entre Rome et TOrient.
Et maintenant imitons un Grec du iv*^ siècle, attiré par la réputation extraordinaire de Técole nouvelle, et à peine débarqué à Athènes se rendant droit à l'Académie.