‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 85 sur 343 · Aristophane, Oiseaux, v · texte numérisé non relu

Aristophane, Oiseaux, v

LA VIE DE PLATON

eux quelque trace glorieuse, tenaient une grande place parmi les vivants. Pour être écartés le plus souvent de l'enceinte des villes, les tombeaux du moins n'étaient pas relégués dans des lieux déserts et presque oubliés. Le long du Cérami(jue à Athènes ou de la Voie Appienne à Rome la vue de ces monuments, plus sûrement encore que celle des statues prodiguées aujourd'hui de toutes parts sur nos places, devait exciter dans l'àme de de la jeunesse de patriotiques atnbitions K

A six ou huit stades de la porte Dipyle (1100 à 1500 mètres) non loin du monticule de Golone, chanté par Sophocle et fameux par le bois sacré des Euménides, s'étendait une i)laine d'où l'on apercevait au premier plan la cité avec ses monuments, plus loin le golfe qui s'arrondit entre le Pir('e et le cap Colias, et au milieu duquel Kgine et Salamine sortent gracieusement du sein des eaux : enfin comme fond de tableau, très au loin vers le sud, émergent dans la lumineuse atmosphère de rAtti([ue les montagnes du Péloponnèse et le large sommet en plate forme de l'Acrocorinthe.

Cette plaine, c'était l'Académie. D'où lui venait ce nom / Selon les uns, de son dernier possesseur, riche citoyen qui l'avait léguée à la cité à condition d'y établir un gymnase : selon d'autres, et ils citent à ce propos un vers d'Eupolis dans les Soldats en révjolte -, du héros auquel elle était consacrée. M. Burnouf fait remarquer quelque part qu'il est arrivé à la Grèce ancienne de forger ainsi des héros jusque dans les siècles historiques. Ainsi, dit ce savant, pour la fête des Céramiques les

1. « On élevait ainsi la jounessi} en la présence des ancêtres dont les monuments promettaient, comme tous ceux que la Grèce en son meilleur temps consacrait aux morts, le bonheur dans rimmortîilitô... Ce qu'on appelait les Jardins à Athènes, c'était une région couverte d'idiviers, de lauriers, d'orangers, de myrtes et toute embaumée de fleurs, arrosée qu'elle était par les eaux intarissables du Géphise : et cette région n'était autre ({u*' celle qu'occupait le Céramique. Les tombes y étaient semées sous des ombrages qui devaient figurer aux imaginations les jardins enchantés de l'iî^lysée. » (M. Ravaisson)

2. Diogène Laërce, III, 7 : 'Ev s-jo-xîo:; Ôpoao'.Tiv 'Axa5r,aou OsoO. — (^n lit dans les Anecdota grasca do Bachmann (I, 52) : 'Ex>.r,Or, o; (to y^a.vv.Tcov) à-o Tou xaQtcptoaavTo; auto 'Axaôr,}j.o'j.

PI. A TON A L'ACADEMIE

Athéniens inventèrent un li('ros Céramos, comme si pour festoyer dans le jaidin des Tuileries, les Parisiens avaient besoin d'une sainte Tuile '.

Hij)parque, (ils de Pisistrate avait entouré à grands frais l'Académie d'un rempart. Au rap})ort de Plutarque , Gimon le vainqueur de llùirymédon, habile à soutenir sa popularité par d'intelligentes largesses, fut le premier ([ui transforma l'Académie, emplacement jusque-là sec et aride, en un bois arrosé de fontaines, orné d'allées nond)reuses, rafraîchi pendant les ardeurs de l'été par des eaux courantes. Il n'en fallait pas tant pour en faire h rendez-vous préféré de la génération (jui succède aux cond)attants de Marathon et de Salamine.

X.Q^Nnée^ d'Aristophane nous en apportent une preuve inattendue. Dans ce mémorable plaidoyer où le grand comicpie athénien métaux prisesle Juste et rinjuste se disputant l'éducation de Phidippide, quel langage tient le premier au fils de Strepsiade : u Si tu veux imiter tes pères, race vaillante, au lieu de te corrompre dans les bains publics et de perdre ton temps en disputes stériles, tu iras te promener à l'Académie sous l'ombrage des oliviers sacrés, la tète ceinte de joncs en fleur, avec un sage ami de ton âge; au sein d'un heureux loisir tu respireras le parfum des ifs et des pousses nouvelles du peuplier, goûtant les douceurs du printemps, alors ({ue le platane et l'ormeau confondent leurs murmures ^ » La peinture est séduisante : fiit-elle même un peu flattée, quel cadre charmant pour des discussions pbilosophi({ues ou même [)our de simples rêveries! A coup sûr, en composant ces vers, Aristopliane était

1. Un oracle de la Pythie de Deli)hes mentionne trois Ménades recrutées à Thèbes par les envoyés do Magnésie. L'une fat enterrée au Koskobounos : il est bien possible, fait remarquer à ce propos M. S. lîeinacli. que ce nom, dont l'étymologio était obscure, ait fait imaginer la ^lénade Kosko, do niome qu'au dire des Atliénlens (Pausanias, I, 25) Musaios était enseveli dans la colline du Musée.

2. Chnon. 13 : 'Vr^v 6' 'Axaorijj.fav i\ àvjSpo-j xal a-J-/[JLr,pa; xaxapp-JTOv à7:oce:6aç à).<70ç. riTxrjalvov "jt:' a'JToO cp6ji.O'.; xaOapoT? xal a'jcrxto:; TispiTraTOt?. Ailleurs (%//«, 12) Plutarque appelle l'Académie ôsvopoçopwraTr, TrpoaaTzîwv, et Diogéne Laérce (III, 1), TipoàcîTciov àAT0)6£;.

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