Nuées, V
LA VIE DE PLATON
loiQ de prévoir que moins d^iin demi-siècle plus tard.on accourrait dans cette même Académie pourquoi ? pour y entendre le disciple par excellence de ce Socrate dont il faisait alors le procès avec un si étrange acharnement.
Pendant la guerre du Péloponnèse, chaque fois quo la fortune des armes amena les Lacédémoniens sous les murs d'Athènes, l'Académie fut exposée à de tristes ravages : mais il semble qu'une crainte superstitieuse ait empoché les ennemis de toucher aux oliviers de Minerve ^ D'ailleurs pendant les longues années de paix qui suivirent le rétablissement de la démocratie sous Thrasybule, l'xVcadémie dut retrouver toute sa beauté d'autrefois. Un fait rapporté par Xéno[)lion - nous atteste qu'en 369, c'est-à-dire à l'apogée de la gloire de Platon, l'Académie avait conservé sa destination première de jardin public. Iphicrate, prêt à marcher au secours des Spartiates, donne à ses hoplites l'ordre de s'y réunir et d'y prendre leur repas du soir.
Trois siècles plus tard, — la guerre a des nécessités cruelles,— les splendides ombrages de l'Académie et du Lycée tombèrent sous la hache du soldat romain pendant le siège de la ville par Sylla K Cependant les vainqueurs de la Grèce ne dédaignaient pas à l'occasion de témoigner de la bienveillance à cette terre, mère de tous les arts; ne pouvant lui rendre sa gloire ancienne, ils l'embellissaient de monuments nouveaux. En voici un assez curieux exemple emprunté à une lettre de Gicéron à Atticus : « J'ai encore une chose à vous proposer, lui écrit-il en terminant. J'apprends qu'Appius fait bâtir un portique à Eleusis: pourra-t-on trouver mauvais que j'en fasse
1. C'est du moins ce qu'atteste le scoliaste de V Œdipe à Colonr. Plutarque {Thésée, 32) invoque à ce propos une raison bien difiérente tirée de la fable. Acadéuius, dit-il, avait rôvùiô aux Lacédémoniens où était cachée Hélène, ravie par Thésée.