Saint Jérôme s'accorde sur ce point avec Diofréne Laërce
LA VIE DE PLATON
PLATON A L^ACADÉMIE
et pour y réunir ses disciples, il n'avait besoin que de la tolérance des magistrats, nullement d'une autorisation expresse ^ Si ron en croit la traditiDU, Platon n'aur;ut dès lors (juitté l'Académie qne [)our poursuivre en Sicile à deux, reprises différentesîla réalisation toujours déçue de ses plans politi(;ues. Mais le silence de l'antiquilé n'ri pas arrêté labbé Bartliélemy. Au cbapitre LIX du Voyage cF Aiiacharsis, il nous montre le grand philosophe debout au milieu de ses amis sur le [)rumontoire de Sunium. Une violente tempête vient de bouleverser les Ilots ; puis le calme s'est fait. Sortant alors d'un profond recueillement pendant lequel « on eut dit (jue la voix terrible et majestueuse de la nature retentissait encore autour de lui », iMaton expose dans un langage éloquent imité du Timée scè vues sur la divinité et sur la Providence. Ce récit est éminemment dramatique : le cadre est ici en parfaite harmonie avec le tableau, la scène avec les personnages, et queli[ue distance (ju'il y ait entre la fiction la plus vraisemblalile et la réalité, plus ri'un écrivain s'est laissé aller à prendre cette page ingénieuse pour de l'histoire-.
1. Nous lisons dans VErtjjlas (31)1) A) ({uo ProJicus argumentant avec un jeune homme dans le Lycée, le maître du gymnase (ô y^u//a'7Îap-/o:) survint et le fit sortir, sous prétexte que ses discours, inutiles à la jeunesse, ne pouvaient être que dangereux. Pareil mécompte n'a pu arriver à Platon.
2. Un des grands poètes de ce siècle, V. de Laprade, s'en est heureusement inspiré dans une ode (pi'il a publiée lui-même sous ce titre : Sunium. On nous i)ermettra d'en transcrire ici (juelques slroi>hes :
... 0 divin Platon, lits des vieux sanctuaires Lorsqu'au fond de l'éther vous sommeilliez encor, La muse vous nourrit des saints électuaires Et toucha votre bouche avec ses lèvres d'or.
Elle vous fit ainsi poète entre les sages : Tous les autres parlaient, et vous avez chanté I La myrrhe au sein de l'or se garde aijres des âges : Tous vos enseignements viviont dans la beauté.
Je vous vois, (') vieillard, assis sous les portiques. Et marchant lentement sous les platanes verts, Et sur un lit d'ivoire en ces festins antiques Où coulaient à la fois le nectar et les vers.
Là couronné de fleurs, ô hiérophante, ù prêtre ! Vous découvriez le seuil d'un monde radieux;
Les biographes anciens s'accordent à dire qu'après avoir longtemps enseigné à l'Académie, Platon se renferma plus tard dans l'enceinte de sa propriété voisine du gymnase^ : ce qui signifie sans nul doute qu'en avançant en âge il renonça graduellement à renseignement public, aiin de se consacrer tout entier à ses véritables disciples.
o. le programme, et les conditions
d'admission
C'est h coup sur un fait important dans Phistoire intellectuelle d'Athènes que l'ouverture de la première école véritable de philoso[)hie, école destinée de plus à ac(|uérir une célébrité exceptionnelle. Or qui le croirait ? Cet événement si bien fait
Vos amis se pressaient, beaux comme leur beau maitro, Et leurs regards suivaient le chemin de vos yeux...
Sunium, Sunium, ô sacré promontoire, Que la mer de Myrto baigne amoureusement! Ta cime a vu trôner le sage dans sa gloire, Il a mêlé sa voix à ton gémissement!
Il venait là s'asseoir sur la roche dorée. Le poète! il parlait avec un front riant; Parfois, comme pour lire une page inspirée. Il s'arrêtait, les yeux plongés dans l'Orient.
Ses disciples drapés dans leur manteau de laine, Dans les myrtes en fleur se groupant au hasard, Recevaient en leui's ca}iirs, muets et sans haleine, Le baume qui coulait des lèvres du vieillard.
Sunium, Sunium, as-tu fait à sa place Fleurir un laurier rose ou quelque arbi-e inconnu? As-tu plus de parfums i)our la brise qui passe? Tes échos cliantent-ils depuis qu'il est venu?
{Odes et poèmes, 1844)
1. On lit à ce ]»ropos dans Diogène Laërce (III, 5) : 'E^iloaoçs: 6è tr.v àp7r,v £v ' A y. a or, [j.: 7., elxa âv ~(7) y.r,7rfi) xo) rzxpy. xov KoXwvov, wç çtiTiv 'A/içavcpo; èv ciaoo/aT: xxO' 'lIpocy.As'.Tov. Preller considère comme une interpolation maladroite les mots slia... l\o>>(i)v6v. — La même assertion pouvait se lire chez Elien {III, 19) : "Evôov i,3â5t^£ chyioX:; étalpotç àva/wpir,craç èv xô) xr,rw xo) la-^ToO, àTcoffxà? To-j ïl(ù TTsptTiàxou. Elien attribue cette détermination à l'attitude agressive qu'aui-ait prise un jour Aristole à l'égard de son maitre.