‹ La vie et l'uvre de Platon [microform]Chapitre 93 sur 343 · L.\ VIE DE l' LA TON · texte numérisé non relu

L.\ VIE DE l' LA TON

pour frapper les esprits, a du passer inaperrii '. A [)cine les anciens en [)arleiit-ils : ils en ignorent certainement la date, et les molernes qui ont e^savé de la fixer ne s mt nullement d'accord^ On dirait ({ue Plafon, craignant de soulever contre lui la haine encore mal éteinte des ennemis de Socrate, s'est contenté d'abord de grouper modestemenf autour de lui quelques amis, laissant au tt'm[)S le soin de développer avec une })rudente lenteur Tœuvre commencée^.

L'érudition contemt)oraiiie a pi'ovoqué à ce propos un d('bat assez curieux. Parmi les dialogues de Platon il en est un, le Phèdre, qui certes n'est pas, comme on Ta cru, une (euvre de jeunesse (la métaphysique y occupe une trop grande et tro]) bell(3 place), mais qui n'en est pas moins écrit avec une verve toute juvénile, avec un enthousiasme rayoniiant (ju'on ne retrouve pas ailleurs. C'est par le chenun de l'éloquence, alors si brillante et si populaire à Athènes, que le lecteur y est con-

1. <t II ne semble pas que peinlant longtemps les Athéniens, en tant qno peuple, se soient beaucoup préoccupés de cette fondation : et c'est ce qui expliquerait le mécontentemeiil clironique du philosophe » (SI. Fontdue, Athènes, p. 349).

2. Tennemann proposait 399, Burnouf 395. Les critiques les plus autorisés, Ilermann, Stallbaum, Uberweg, Teichmiiller penchent pour une date telle que 388 ou 387, postérieure non seulement à la mort de Socrate, mais au retour de Plat' m à Athènes après son premier voyajïe politique en Sicile.

3. M. Schaarschmidt, à qui cette hypothèse parait particulièrement sourire, l'appuie sur un do ces rapprochements plus apparents que solides dont il se montre prodigue. Si la légende platonicienne, dit-il, n'est pas n 'e à Alexandrie, c'est là du moins, c'est-à-dirt' dans un milieu t.nit pénétré des idées de l'Orient, qu'elle a pris sa forme détlnilive. Or la tradition orientale su[)pose à peu près invariablement que les hommes marquants, législateurs et prophètes, ont inauguré leur carrière publiquement à quarante ans, âge où s'achève la maturité. Xe serait-ce pas par analogie qu'on nous montre Platon s'afiirmant tout à coup à ({uaraiite ans comme docteur et chef d'école? — On nous permettra de rappeler à c-dte occasion un mot de Schopenhauer : « llelvétius fait cette juste et profonde observation que toutes les conceptions vrainiMit originales dont un liomme éminent est capaide, naissent dans son esprit jusqu'à sa 3> ou au plus tard jusqu'à sa 4Û« année : on peut mtone y voir avant tout le résultat des combinaisons intellectuelles de sa première jeunesse dont ses ouvrages, bien que composés beaucoup plus tar 1, ne >-out <iae le remaniement, le développement et l'explication... L'intervalle entre la vingtième année et les débuts dj 1 i trentain.' est pour l'intellect ce que mai est pour les arbres, l'époque où leurs fleurs nouant [)our donner naissance aux fruits à venir. »

PLATON A L'ACADEMIE

(luit par degrés aux sommets les plus élevés de la philosophie : de plus ce dialogue a le mérite dg résumer sous une forme aussi gracieuse que saisissante presque tous les éléments essentiels de la doctrine platonicienne ; enfin le rùle de la parole dans l'éducation des âmes y est mis en pleine lumière. N'aurions-nous pas là, se sont demandé certains critiques, une composition de circonstance, quch^ue chose comme Técho agrandi du discours d'inauguration de l'institut nouveau ? Si Platon, à cette heure solennelle de sa vie, a du puhlier ce que nous appellerions aujourd'hui sa profession de foi, n'est-ce pas de préférence sous de pareils dehors et comme créateur d'une rhétorique supérieure (ju'il s'est révélé à ses concitoyens !

La conjecture est ingénieuse et admissilde, encore qu'elle tende à ne faire de la première partie du dialogue qu'un hors d'oeuvre, hrillant sans doute, mais à peu près inutile. Au reste l'idée même d'un discours d'inauguration est toute moderne et ne fut pas venue à l'esprit d'un Grec du iv^ siècle; enfin, il faut l'avouer, c'est à nos yeux du moins une étrange manière d'annoncer un événement que de s'ahstenir d'y faire la moindre alhision^

jMais qu'il ait été rendu puhlic ou non, quel était en réalité le programme de l'école nouvelle ? Emhrassait-il toute l'étendue des connaissances humaines, au point de présenter comme un résumé encyclopédique de la science d'alors? Telle avait été la prétention de certains so|)histes s'ofTrant orgueilleusement a discuter envers et contre tous sur le premier sujet venu. De leur part, c'i'tait une fatuité ridicule dont Socrate fit bonne justice. Quant à PlatOi], ses écrits sont là pour attester la prodigieuse diversité de ses études; politique, beaux-arts, rhétorirpie, sciences exactes, sciences naturelles, tout a trouvé

1. N'aurait-on pas plus de raison encore de chercher ce programme dans la République, où Platon s'exprime avec tant de force sur les réformes impérieusement réclamées par la société grecque, ou dans le Banquet, modèle plus ou moins idéal des discussions aux.(juelles il conviait ses disciples? (Cf. von Sybcl : PlalojC^ S>/mposio)i, ein l'ro;/ramm dev Akadeinie, .Marburg, 18S8).et notre mémoire intitulé: Examen de la date du Phèdre, Thorin, 1890.

LA VIE DE PLATON

place sous sa plume; ses dialogues, dit Cicérou ^ eml)ra?sciit toutes les couiiaissauces qui peuvent à roccasion l'ortilier ou orner l'argunieutatiou oratoire. J'ajoute (jue la crainte d'être ou de paraître long n'a pas emprclié Platon de développer dans la Réfjnhliqne et surtout dans les Lois un système intégral d'éducation. N'aurions-nous pas dans ces pages un résumé authentique de son propre enseignement-, et de rin<'[>uisal.le variété de l'écrivain n'est-on pas en droit de conclure à celle du professeur ? \'oilà ce qu'ont pensé certnins critiques qui volontiers nous représenteraient IMalon laissant là le monde des idées pour donner à ses heures des leçons de musi(iue ou de géométrie, d'anatomie ou d'éloquence.

Dans ce raisonnement, les prénusses sont exactes, la conséquence ne l'est pas. Platon, ce vaste génie, l'auteur du i^remier système pliilosophicpit' vraiment complet ({u'ait Ciifanté Paiitiquité, n'a pu se soustraire à l'obligation de marquer les rapports qui unissent toute^^ les sciences humaines à la science par excellence; et autant qu'il était en lui, il a satisfait à ce devoir. Mais en même temps il mi-prise trop les demi-savants, victimes d'une érudition iiàtive et mal digérée \ pour ne pas abandonner aux hommes spéciaux renseignement de chaque science particulière.

Etudiée dans ges principes d'abord, ensuite et surtout dans son a{)i)licatiou à la prati(pie quotidienne de la vie, la pliilosophic lui offrait un assez riche et assez vaste domaine pour qu'il ne (ut pas tenté d'en franchir témérairement les limites.

1. Par-iiii be uicoup (rautiv's ]>;issa^'Gs, qu'il suffise de cUer ici le suivant : « Fatt'or me oratorem non l'x rlictorum ofllcinis, sod ex Academite spatiis exstitisse. lUa enim sunt curricuLi multipliciuni varioruniquo sernionuni, in quihus Platonis priniuin impressa sunt vestigia •> {Oralor, cli. in).

2. Un travail étendu de M. Tannery sous ce titre : L'éducalion plalonlcienne a i»aru dans la ll^n'iu' philosophique. L'auteur estime que de toutes les pages de la népubliq/zc et des Lois, celles où il est parlé d'éducation sont les moins cliim/riques. Peut-être cependant le titre choisi ])ar ?kl. Tannery ne donn.'-t-il qu'une idée inexacte de ses recherches, «[ui tendent surtout à marquer l'état de chaque science à Tavénement de Platon, el les progrès qu'y a réalisés ce grand philosophe un demi-siecle avant son disciple et rival Aristote.

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