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LE ROLE DU MAITRE

Nul n'ignore que les renseignements historiques sur le rôle

1. La même préoccupation se trouve chez ses successeurs, s'il est vrai que Xénocrate éloignait de son école, « comme un vase sans anses » quiconque ignorait la géométrie, l'astronomie et la musique.

i\ C'est une conviction pour Platon que l'effet hal)ituel des mathématiques est de rendre un homme tout différent de lui-môme pour la sagacité de l'esprit et les services qu'il peut attendre de son talent. Aussi dans les Lo/s (VII, 820 C) Glinias approuve l'Athénien qui veut qu'on répande chez les hommes libres la connaissance de l'arithmétique, de la géométrie et de l'astronomie, et qu'on y exerce la jeunesse après avoir pris soin à l'origine défaire de cette étude un divertissement. Mais cet enseignement a ses limites : Platon le comprenait, car il ajoute : « Que faut-il apprendre en ce genre ? à qui est nécessaire une étude approfondie de toutes ces choses ? jusqu'à quel point, en quel temps, dans quelle mesure convient-il d'aborder telle et telle science ? Voilà ce qui doit être 1 objet de nos réilexions. »

PLATON A L'ACADÉMIE

personnel de Platon sont rares et sur certains points presque contradictoires : un vaste champ s'ouvre donc aux conjectures et selon leur coutume les érudits eu ont largement pr(.fité. Ceux-ci, eu effet, se figurent Platon à l'intérieur de son écoie comme un autre Socrate, supérieur au premier par sa science, ses grandes vues et ses nobles ambitions, mais l'imitant dans la spontanéité et le laisser-aller plein de charme de ses piquants entretiens. Ceux là, au contraire, font de Platon un autre Aristote, réduisant la philosophie, même l'esthétique et la morale, en formules et en théorèmes, procédant avec la même rigueur que sou disciple, sinon avec la mémo sécheresse et elfrayant les profanes par l'austère appareil de ses démonstrations.

Si dilb^^ents qu'ils paraissent, ces deux portraits ne sont pas absolument inconciliables, et je ne suis pas éloigné, pour ma part, de croire que Platon a joué en réalité l'un et l'autre de ces rùles, inclinant tantôt vers le premier, tantôt vers le second, selon les circonstances et les exigences du moment. Xe voyons-nous pas chez Sophocle et Euripide les longues tirades dramatiques, récits ou monologues, se marier sans effort aux vives répliques des stichomythies, comme s'expriment les récents éditeurs ? L'esprit grec, ne l'oublions pas, est d'une souplesse merveilleuse : il n'est pas plus absent des discussions de VOrganoii que des descriptions de Viliade.

Les dialogues mêmes de Platon peuvent être ici invoqués en témoignage : tous les genres du style, toutes les formes de dissertation s'y rencontrent, et sans disparate. Mais, pris dans leur ensemble, ils portent l'irrécusable empreinte du procédé socratique tel qu'il nous apparaît dans les quatre livres des Mémorables. Au reste, pourquoi Platon eût-il cherché à se distinguer sur ce point de son maître ? d'où pouvait lui venir la tentative de répudier une méthode qui conduit si agréablement au but ? Il l'a complétée, perfectionnée, n'en doutons pas ; mais il a eu garde de l'abandonner.

Rien de moins justifié à coup sur que de se figurer Platon,

au moins au dél)ut de sa carrière, comme un maître montant Platon t. I. ^5

LA VIE DE PLATON

PLATON A L'ACADÉMIE

en chaire à des jours et à des heures fixés par un règlement invariable, et laissant tomber de haut ses doctrines au milieu d'un auditoire attentif et recueilli. Tout au plus cette image convient-elle à tel ou tel philosophe des derniers siècles de ]'anli([uitc : je ne sais si elle est exacte en parlant dAristote, j'affirme ([u'elle ne Test pas en parlant de Platon. On rapjiorte mèrne, et nous en trouvons une preuve indirecte dans les ailusionsdes comiques ses contemporains, qu'il [)hilosophait en se promenant un peu au hasard des circonstances^ : coutume ingénieuse qu'Aristote après lui adoptera au [»nint de se l'approprier, d'où le nom de Péripatéticiens. Gela ne sii^nifie nullement, comme on pourrait se l'itnaginer. (|ue nos deux métaphysiciens n'avaient d'autre cortège qu'un petit nombre d'amis. Rappelons-nous l'aflluencc (|ui se pressait sur les pas des sopiiistes et la charmante description des allées et venues de Protagoras sous le portique du riche Callias-. A l'éclat du coloris comme à la netteté du trait, on reconnaît une scène empruntée à la vie réelle: or pour l'honneur d'Athènes, je veux croire que l'Académie a présenté i)lus d'une fois le même spectacle. Dans son Ilistorre de la Grèce sons la domination romaine, M. Petit de Julleville a esquissé en quelques lignes le tableau des écoles athéniennes avant leur réorganisation officielle sous les Antonins : malijrré ce (lu'il v a de hasardeux à confondre des temps bien différents, le passage me paraît ap{)licable à PiVcadémie qui fut leur premier modèle : « Dans ces libres écoles, l'enseignement n'avait rien de suivi ni de dogmatique : une discussion animé-e où le maître n'avait pas tout seul la parole en était la forme la plus habituelle. Aucun plan trac(', nul programme^ La foule des curieux et des oisifs se joignait librement aux disciples réguliers. Il n'est pas douteux (pi'une

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