VACANCES ET VOYAGES EN ECOSSE
« Les voyages étaient son unique luxe, la poésie de sa vie », écrit M™* Dhombres dans les « Quelques souvenirs » qu'elle a consacrés à la mémoire de son mari, le si regretté pasteur Dhombres. Nous pourrions refaire la même phrase, en songeant au Rév. R.-W. Mac-AU. Qu'on nous permette, à ce propos, de citer quelques lignes qu'il écrivit à son retour d'une courte excursion dans les Hébrides. Nous devons à la bienveillance de M. Frédéric Christol, dont l'affection pour M. Mac-AU ne date pas d'hier, de pouvoir reproduire, en même temps que cette notice, une vue de la « croix de Kilchoman », qu'il a dessinée d'après une aquarelle de M. Mac-Ail.
« Nous avions fait un grand nombre de milles, à pied plus souvent qu'à cheval, nous dirigeant vers l'ouest, sur un sol rocailleux et désert, lorsque, tout à coup entre deux rocs, nous apparut une large échancrure qui découvrait l'immensité de l'Océan.
« A ce moment, nous avions à notre droite, dans le lointain, les hauts sommets de Tlslay, couverts de précipices ; plus près de nous, des hauteurs sauvages se dressaient au-dessus de nos têtes.
c( Bientôt après, nouveau changement de décor : un désert de dunes, que nous parcourûmes pour
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arriver enfin sur une plage de sable fin. C'était l'heure de la marée; les vagues se succédaient nombreuses, glissant avec vitesse, mais sans bruit, et venaient mourir sur la grève, abandonnant derrière elles des couches de varechs et d'herbes aux vives couleurs. Si attachant était ce spectacle, que nous eûmes à peine le temps d'aller visiter le curieux cimetière de Kilchoman.Là, se trouve une croix magnifique, entre un grand nombre de pierres tombales superbement sculptées. Nous ne pûmes, malheureusement, consacrer que trop peu de temps à voir et admirer ce cimetière si intéressant. Le paysage était d'une beauté sévère, et les fleurs qui ornaient ces tombes mettaient un charme singulier dans la désolation de cette contrée sauvage et stérile. Au delà, c'était l'Atlantique; et, au delà, de ce côté, la terre la plus proche, c'estle Labrador. » Cette excursion se faisait un samedi soir, beau prélude à ce :
Jour d'espérance et de joie Qu'un Dieu fidèle nous envoie, Repos si cher à notre cœur, Jour du Seigneur.
Comment M. Mac- Ail était-il venu si loin passer sa journée de dimanche? Parce que là se trouvait, — et de nouveau nous empruntons ce récit au voyageur, — « un pasteur de l'Eglise écossaise, le Rév. Malcolm Mac-Laurin, fort âgé, et dont
j'avais fait la connaissance tout enfant dans la maison de mon père. A cette époque, il faisait une collecte pour donner un temple aux habitants de cet îlot perdu..... L'idée que j'allais le revoir me causait le plus grand plaisir. Nous le rencontrâmes dans le village; il nous montra aussitôt sa chapelle, un assez vaste édifice, pouvant contenir trois cents personnes. Mais quelle simplicité! De décoration, nulle trace sur les murs; pas de planches sur la terre nue. On n'avait point voulu dépenser plus d'argent qu'on n'en avait!...
« AlademandedeM. Mac-Laurin, jemejoignisà lui pour diriger le culte. La plupart de ses pauvres paroissiens ne connaissaient que la langue gaélique; les seuls qui comprissent l'anglais étaient originaires de l'Ecosse. Pendant toute la durée du service je sentis une émotion inexprimable : je voyais à côté de moi ce vaillant serviteur de Dieu, dont soixante et onze années avaient blanchi la tète et qui, depuis vingt-quatre ans, était monté, semaine après semaine, dans cette chaire qui, sans lui, n'eût peut-être jamais été élevée! Par les fenêtres qui coupaient la muraille blanche, j'apercevais au loin les vertes prairies d'Islay, que la mer seule bornait. Et je me disais en parlant aux braves gens assemblés, que cette première allocution de moi à eux devait être aussi la dernière.
« Après le sermon, suivant l'usage observé dans
les églises écossaises, les fidèles se réunirent autour de la Table Sainte. Le Rév. M. Mac-Laurin leur parla en langue gaélique; j'ajoutai quelques phrases en anglais, dans des termes que je m'efforçai de rendre le plus simples possible. Comme il était facile de ressentir au milieu d'eux les sentiments du cantique :
Chrétiens qui habitez les contrées glacées
Ou qui brûlez sous le soleil ardent,
Vous surtout qui avez trouvé la demeure bienheureuse,
Dans le pays de joie et de paix,
Vous êtes unis par des liens plus que terrestres.
Vous êtes membres d'une même famille.
« Lorsque nous quittâmes le village, le vénérable pasteur et sa femme nous accompagnèrent durant plusieurs milles. D'un 'côté comme de l'autre, nous voulions retarder le plus possible l'instant de la séparation,
« Il leur fallut pourtant rebrousser chemin. Leurs adieux furent ceux dont peuvent seuls se servir les bienheureux qui espèrent, lorsque les dernières vicissitudes seront passées, entrer en un royaume où l'amitié n'aura point de fin. Nous nous hâtâmes de les quitter, craignant de les attrister par des larmes que nous nous sentions impuissants à retenir. Ce fut un soir dont je renonce à exprimer la tranquille magnificence. Nous vîmes peu à peu s'éloigner nos amis, dans la direction du couchant,
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OÙ s'élevait leur humble maisonnette. Et lorsqu'ils eurent complètement disparu dans la pourpre du soleil couchant, nous restâmes longtemps immobiles à regarder les longues rangées de montagnes, qui, au loin, se détachaient sur Fopacité de la mer. Sur elles les derniers rayons de l'astre disparaissant se jouaient, avec une variété et une richesse superbe de coloris.
« Oui, certes, cette nature grandiose et paisible n'est qu'un emblème de la fin magnifique et bénie qui couronnera la vie consacrée à Dieu ! Nous nous répétâmes l'hymne de louanges au Créateur :
Mon sentier se dore D'un reflet du ciel ; J'entrevois l'aurore Du jour éternel.
Il monte et rayonne Dans le ciel lointain :
Celui qui pardonne M'a pris par la main.
« Ainsi nous croyions apercevoir ce que serait la fin de la carrière de nos amis âgés, le but de leur fidélité constante. Nous avions une vision de ce que serait notre prochaine rencontre, lorsque, la main dans la main, nous parcourrions, non plus les pentes verdoyantes d'Islay, mais la « mer de verre mêlée de feu » où « ceux qui ont été fidèles en peu de choses, seront établis sur beaucoup ».