L'APPEL A PARIS
C'est en août 1871 que M. et M™e Mac-Ail firent, à Paris, le voyage qui changea le milieu et Torientation de leur existence.
« Ce n'était pas leur goût, ni leur coutume, a-t-on justement écrit (*), de courir les grandes villes en partie de plaisir. Tous les deux aimaient passionnément la nature, et leur plus grand bonheur était de faire de longues courses de montagnes : dans le pays de Galles, en Ecosse ou en Suisse. Une boite d'herborisation en bandoulière et le bâton à la main, ils allaient, infatigables, ravis de cueillir, au bord des neiges ou dans quelque gorge sauvage, une fleur rare dont s'enrichissait leur collection ; dînant de quelques simples provisions apportées de la dernière étape, et savourées près d'une source, en face d'un beau point de vue; couchant le soir dans quelque humble auberge de village ; très philosophes et contents de peu. Les monuments bâtis par les hommes les intéressaient moins que l'œuvre de Dieu, et ils préféraient la solitude des montagnes à la « Foire aux vanités » des grands boulevards de Paris.
<c Mais Paris n'était pas, en 1871, la Foire aux vanités. C'était — qui de nous l'ignore? — une
(1) R. Saillens, Ami de la maison, n^ de juin 1893.
grande blessée. Les ruines fumaient, les cœurs saignaient encore, lorsque, en août de cette année funèbre, M. et M™^ Mac-Ail vinrent à Paris. Il est impossible, ce me semble, d'aimer la nature sans aimer l'homme qui en est le chef-d'œuvre. La plus belle fleur, c'est la fleur humaine, et nous comprenons fort bien que, du même instinct qui le poussait à chercher des plantes rares dans les tranquilles vallées des Alpes, M. Mac-AU ait cherché des âmes dans la cohue de Paris. »
Sur l'agenda de M. Mac-AU, pour 1871, figuraient ces notes hâtives :
Mardi 25 juillet, — Chaleur accablante. — Acheté le Bradshaw pour le continent, et le guide en Normandie. Passé la nuit chez Gook.
Mercredi 26, — A l'Exposition Royal Academy et à l'Exposition internationale. Quitté Londres pour Edimbourg à 8 h. 25. Station Saint-Pancras.
, Pourquoi ce changement de plan subit ? Pourquoi, se préparant un jour à partir pour la France, part-il le lendemain pour l'Ecosse? « Simplement, écrit M™® Mac-AU, parce que, en enfants du Nord que nous étions, nous n'osions pas braver la chaleur du continent. » Cette nuit-là, passée à Londres, fut terriblement agitée; M. Mac- Ail ne dormit pas. Il commençait à regretter la décision qu'il avait prise de traverser la Manche. « Mais nos billets sont déjà pris! — Peut-être les échangerait-on
contre des billets* pour TEcosse ! » La pensée fut heureuse et s'exécuta; pour la seizième fois M. et M™® Mac-AU se retrouvèrent dans cette bonne terre d'Ecosse. « Comme d'ordinaire, nous nous établîmes chez le capitaine Butters, à Largo Bay, dans une jolie maison dont l'une des fenêtres donne sur la mer; c'est de cette fenêtre que jjme Buttepg guette le retour du bateau de son mari, et qu'on voit la file interminable des bateaux de notre propriétaire, s'avançant d'un côté jusqu'à la porte de la Cabane. Avant de quitter ce charmant séjour, nous eûmes le plaisir de voir la îner agitée, et de recueillir les bienfaits salutaires d'un air vivifiant. » M. Mac-Ail revint alors à sa première idée; ayant encore une bonne quinzaine devant lui, il voulut la consacrer au voyage de France — ses sympathies ayant été dirigées de ce côté-là à la suite des événements de la guerre et de la Commune. Mais avant de s'embarquer pour la France, ils passèrent encore quelques journées agréables avec des amis. Le journal indique, comme suit, l'emploi de leur temps :
2 août. — A Saint-Audrews, chez le D' Traill.
Dimanche 6, — Le matin, à la chapelle libre; l'aprèsmidi, à l'église principale ; le soir, à Sainte-Mary.
Mercredi 9. — Promenade au bord de la mer; à Edimbourg dans t'après-midi — célébration du centenaire de W. Scott; visite chez Miss Traill; le soir, départ pour Londres,.
Jeudi 10. — A la Société des traités, où nous faisons Tacquisition de traités français.
Samedi 12. — Traversée de Newhaven à Dieppe, — à Thôtel Victoria (Rouen).
Dimanche 13, — Visite à Rouen, Saint-Ouen, la cathédrale. A l'église réformée de Saint-Eloi, où nous assistons au culte, — plus tard à l'église anglaise. Distribution de quelques traités.
Mardi 15. — A Paris. — A l'hôtel Perey, rue Boissyd'Anglas, rue Saint-Honoré, M"® Genton, etc.
Mercredi 16. — Aux jardins des Tuileries, au Louvre, rues Royale et de Rivoli. A la Madeleine.
Jeudi 17. — A Versailles; le château, le parc, et à notre retour, au Père-Lachaise, à Ménilmontant, etc. Aux Champs-Elysées, aux Invalides — distribution de traités.
Vendredi 18. — Notre-Dame, le Luxembourg, le Jardin des Plantes, — à Saint-Denis. Distribution de traités qu'on accueille avec enthousiasme.
Faisant allusion à ce voyage, dans un travail qui fut lu, quatorze mois plus tard, devant l'Union Congrégationaliste d'Angleterre, M. Mac-Ail disait :
L'empressement qu'on mit à recevoir nos traités nous loucha beaucoup. A cette époque (août 1871), le peuple qui sortait à peine des désastres déchirants de la guerre et de la Commune, se montrait très sensible à toute manifestation de sympathie. Nous ne voulûmes pas quitter Paris avant d'avoir porté des traités au cœur même des quartiers ouvriers — à Belleville. Nous essayâmes de trouver les ouvriers, lorsqu'ils rentraient chez eux le soir.
« Ce fut notre dernière soirée passée à Paris,
écrit M"" Mac-Ail, et ce fut aussi la meilleure des
quatre. En arrivant à la gare du Nord, à notre
retour de Saint-Denis, nous traversâmes les quartiers peu attrayants qui joignent la Villette à Belleville. Ces quartiers, nous devions bientôt les connaître « comme notre poche » ! Notre amie de Paris nous avait quittés à la gare, résolue à ne pas mettre les pieds à Belleville. Nous distribuâmes nos traités en chemin, dans les petites boutiques du boulevard de la Villette et dans le grand restaurant situé au bout de la rue de Belleville. Je n'oublierai jamais la courtoisie de Tun des garçons qui me conduisit, à travers les tables de la grande salle, jusqu'à mon mari, qui, à ce moment, se trouvait être le centre d'un groupe attentif, arrêté sur la rue. »
Un homme intelligent, dit M. Mac-All, qui savait un peu d'anglais, s'avança et me demanda si je n'étais pas un pasteur protestant. Gomment put-il découvrir cela à travers mon costume de touriste? t — Monsieur, dit-il alors, j'ai quelque chose à vous dire. Dans ce quartier, qui contient des ouvriers par dizaines de mille, nous ne pouvons accepter une religion imposée; mais si quelqu'un de vous voulait nous prêcher une religion d'un autre genre, une religion de liberté en même temps que de réalité, beaucoup d'entre nous seraient prêts à l'accepter. » En partant, nous les entendîmes se dire les uns aux autres : Les bons Anglais ! Les bons Anglais !
N'était-ce pas là un appel du Maître? Ne se pouvait-il pas, en effet, que des ouvriers dans l'œuvre du Seigneur, Anglais ou Américains,
étrangers aux paTtis et aux complications de la politique, eussent par là même l'avantage de gagner plus aisément Toreille du peuple? Si c'était un appel, il était en tout cas bien inattendu. Mais quoi! briser les liens si chers qui vous attachent à votre home^ à votre ministère, à votre patriei! Endosser le harnais missionnaire pour une tentative aussi audacieuse! La vocation admise, il faut admettre aussi que cela ne pouvait être entrepris à l'aventure et à l'étourdie, mais avec réflexion, étude, esprit de prière et crainte de Dieu.
Les notes suivantes de Tagenda partent du samedi 19 août 1871 :
Quitté Paris pour Evreux, Caen. Temps froid. A Gaen les expériences de Paris répétées. Les traités sont reçus avec enthousiasme. A Trouville, au Havre, à Ronfleur, même accueil. Nous longeons la belle côte de Normandie, Étretat et Trouville, nous arrêtant à Rouen et à Dieppe. Nous continuons à distribuer des traités. Nous en avons donné 1.370 en tout, car le paquet que nous avions apporté d'Angleterre a été insuffisant, et nous avons dû le compléter à Paris. Passé encore quelques jours à- Seaford et à Newhaven; puis, retour à la maison, et, pour notre arrivée, bienvenue à la gare souhaitée par mon cher père et par le Rév. Wallis Jones.
Quel allait être le résultat de ces quatorze journées passées au milieu des Français? « Les pro^ habilités, écrit M™* Mac-AU, étaient bien que nous n'oublierions pas facilement ce que nous avions
190 KOBKKT-W. MAC-ALL
VU et entendu. Pourtant, il n'est pas bon de partir avant d'être sur d'être envoyé. Aussi, décidâmesnous de prendre conseil de Dieu et des hommes. Entre autres amis à qui nous demandâmes avis, nous citerons feu le Rév. baron Hart, le Rév. J. Shedlock, et le regretté D^ Georges Fisch. Nous avions été amenés à attendre la réponse de ce dernier comme devant trancher la question, pour nous décisive, le To be or not to be de notre détermination. La réponse vint; je la portai moimême à la bibliothèque de mon mari, et je le laissai, après avoir placé la lettre devant lui. Qu'allait-elle apporter? Certes, il pouvait hésiter avant de briser le cachet; pourtant, la volonté du Seigneur s'y trouvait déjà renfermée. Cette lettre, en effet, disait: « Venez! » Pour nous, cela signifiait : « Nous irons. » Or, quand je regarde en arrière, je sens maintenant mon étonnement et mon admiration croître de plus en plus. Aurionsnous pu, d'ailleurs, faire ce que nous avons fait « si le Seigneur n'eût pas été de notre côté? » Ce n'est pas chose agréable d'affronter une opinion publique qui se prononce en sens contraire, surtout quand on sait qu'elle est soutenue par ceux qui vous aiment et qui vous souhaitent du bien. « Vous m'excuserez. M™* Mac- AU, me disait la plus excellente de mes excellentes amies de notre congrégation, si je vous donne mon avis, mais je crois que vous allez perdre votre temps. » — « Hé
quoi! écrivait à mon mari un de ses cousins, un ami très cher, qui, hélas! n'est plus de ce monde, que m'apprenez-vous? Que dire, que penser de votre projet? Je suis bien embarrassé, pour mon compte, de vous conseiller. Je ne sais rien de la France ni de son peuple, excepté ce qu'on peut en apprendre par la littérature courante; mon impression sur l'état des choses à Belleville actuellement, est qu'une nouvelle révolution est imminente. Je peux avoir tort, mais, le cas échéant, je craindrais que, dans ce milieu révolutionnaire, votre vie ne fût en danger. La question d'un étranger évangélisant les Français me rend perplexe, et je doute du résultat. Renversons les choses et remplaçons Belleville par Saint-Giles ou Gowgate. Quelle chance de succès un étranger aurait-il dans ces quartiers-là? Gela ne nous empêchera pas d'ailleurs, si votre résolution est prise, de vous souhaiter toute sorte de succès, d'autant plus qu'une entreprise semblable demande beaucoup d'abnégation. Les difficultés ne sauraient manquer, et, loin de vos amis, vous aurez à les affronter seuls; vous aurez besoin de beaucoup de courage et de patience ; soyez certains que les vœux sincères de nos cœurs ne vous manqueront pas(*), » Gette lettre était certaine-
(1) Extrait d'une lettre du Rëv. S, Wardlaw Mac-All, datée de Finchley, octobre 1871 •
ment composée dans le « ton mineur » ; écoutons-en une autre composée, celle-là, dans le ton majeur.
Paris, 22 octobre 1871.
Mon cher Monsieur, je ne puis vous exprimer quelle profonde reconnaissance envers Dieu a rempli mon cœur à la lecture de votre si excellente lettre. Le Seigneur est certainement miséricordieux envers notre pauvre France si cruellement accablée, car c'est lui-même qui réconforte nos cœurs par son esprit d'amour. Je vois clairement rappel de Dieu dans vos expériences' de Paris, et dans la manière dont vous est venu le désir d'abandonner tout pour venir sauver des âmes dans notre grande ville. Naturellement, si la voix d'en haut n'avait pas retenti si clairement disant : t Mettez à part Barnabas et Paul pour mon œuvre », je pourrais reculer devant la responsabilité d'un conseil. Oui, j'hésiterais, si je ne voyais pas la main de Dieu, qui prend lui-même la responsabilité entière de ses appels. Je sais que vous trouverez ici beaucoup de difficultés. Nos Parisiens sont légers, aussi facilement distraits qu'ils sont facilement remués et attirés. Mais où est la mission qui a jamais échappé aux difficultés et à une longue attente, avant de conquérir les cœurs? Je ne pense pas que votre qualité d'étranger puisse infirmer à aucun degré le résultat de votre œuvre. Notre peuple se sent très reconnaissant quand un étranger lui apporte, dans son mauvais français, des paroles d'affection sincère. Par une coïncidence vraiment providentielle, j'ai, eu ce matin la visite d'une jeune personne d'un zèle admirable, Miss de Broen, à qui le Maître a dit aussi : « Va », et elle va. Elle était présente quand le Rév. Baron Hart a parlé de votre dessein et vous, a reconvn2|,ndé aux prières des chrétiens. Quand je lui ai communiqué votre- aimable lettrci-elle^en k
été enchantée, et elle prendra la liberté de vous écrire. Vous pouvez être sûr, cher Monsieur, de trouver ici des frères qui vous aimeront, et seront heureux de collaborer avec vous. Puisse le Seigneur faire de vous un instrument pour sauver un grand nombre d'âmes !
Croyez-moi, cher Monsieur, votre bien affectionné
G. FiscH.
P,'S, Ma femme se joint à moi pour souhaiter la bienvenue à M™« Mac- Ail.
Comme conséquence nécessaire de ces considérations et des décisions qu'elles entraînèrent, M. Mac-All écrivit la lettre suivante aux diacres de l'église congrégationaliste de Hadleigh :
High Street, 9 octobre 1871.
Mes chers amis, c'est avec un profond sentiment de Timportance de ma démarche, et après avoir cherché avec anxiété la sûre indication de la voie de mon devoir, que je m'adresse à vous au sujet de mon départ anticipé de Hadleigh. Au cours de la visite que nous avons faite cet été en France, et notamment à Paris, nous avons subi l'impression irrésistible qu'il y a là un urgent besoin d'un grand effort d'évangélisation, et que beaucoup, surtout parmi les gens de la classe ouvrière, sont préparés, par suite des récentes calamités de la nation, à accueillir favorablement de tels efforts. Cette impression, aussi puissante qu'inattendue, m'a poussé à réfléchir très sérieusement sur le sujet, et à me demander si nous pourrions avoir chance de nous rendre utiles dans une œuvre de ce genre. Le résultat de nos investigations, et surtout le conseil approfondi de chrétiens expérimentés de- Paris, nous a amenés à croire que c'est notre devoir de nous dévouer à la tâche
d'établir une mission dans un des centres populeux de cette vaste agglomération. Nous devons nous attendre à rencontrer beaucoup de difBcultés et de découragements. Pourtant, Tappel t Venez nous secourir » semble trop clair et trop puissant pour être écarté. Je suis loin de méconnaître rimportance et les responsabilités de ma position à Hadleigh; mais voici comment le cas se présente à mes yeux : nombreux sont les hommes qui possèdent la capacité et auront la bonne volonté de prendre en mains la charge d'un ministère comme celui de notre congrégation de Hadleigh; par contre, soit à cause de leurs relations de famille ou pour d'autres causes, bien peu nombreux sont ceux qui pourraient se donner entièrement à une œuvre de mission dans une grande ville étrangère. J'ai confiance que vous, ainsi que l'église entière et cette congrégation, comprendrez, qu'en prenant cette résolution, je suis poussé réellement par la foi en une direction divine; j'ai confiance que vous serez tous assurés que nous gardons et garderons toujours, avec un soin jaloux, les sentiments les plus affectueux envers toutes les personnes de Hadleigh. Je suis obligé, à cause de l'approche de l'hiver et du besoin d'une prompte action à Paris, de penser à un départ prochain, soit pour la fin de ce mois ou le commencement de l'autre, à moins que je ne vous cause quelque gêne en agissant ainsi. Lorsque le moment sera venu, il sera de mon devoir de placer entre vos mains ma démission de pasteur. Reconnaissant pour toutes vos bontés passées, et vous envoyant mes bien sincères amitiés, je suis votre bien affectionné.
R.-W. Mac-All.
La lettre suivante fut envoyée, un mois plus tard, aux membres de l'église congrégationaliste :
Hadleigh, 10 novembre 1871.
Ghers frères en Christ, vous savez déjà les circonstances inattendues par lesquelles j'ai été porté à croire de mon devoir d'entreprendre une mission dans la grande ville de Paris. Nous avons obéi, en prenant cette décision, à l'impression qu'il y a très peu de personnes en état de se donner à la tâche spéciale et difficile que nous avons en vue, et cette raison a influé puissamment sur notre détermination, d'agir d'accord avec ce qui nous semble être l'indication de la volonté du Maître.
L'obligation de vous quitter nous cause beaucoup de peine, mais nous nous réjouissons de pouvoir le faire en étant dans les meilleurs termes avec tous et chacun. Nous serons toujours heureux de recevoir de vos nouvelles ; et elles nous apprendront, si nos vœux sont exaucés, que vous continuez de vivre en paix et en prospérité. Nous sommes persuadés que vous nous donnerez, ainsi qu'à notre oeuvre difficile, une place constante dans vos souvenirs et dans vos prières. Puisse mon bien-aimé collègue, avec qui j'ai travaillé si heureusement d'un bout à l'autre de ces deux années, puissent vos diacres estimés, et toute la congrégation, goûter abondamment les joies de la présence et de la bénédiction divines ! Mon devoir est maintenant de remettre entre vos mains ma démission de la charge pastorale que j'ai exercée parmi vous. Adieu donc, frères bien-aimés, f tendez à la perfection, consolez-vous, ayez un même sentiment, vivez en paix, et le Dieu d'amour et de paix sera avec vous ».
Croyez-moi, votre fidèle ami.
R.-W. Mac-All.
« Nos amis de Hadleigh, écrit M. Mac-AII dans le travail déjà mentionné, en vinrent, à notre inexprimable plaisir et malgré le chagrin que notre
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départ leur- causait, à donner leur pleine approbation aux motifs qui l'inspiraient. » Les deux mois qui nous séparaient encore de notre établissement en France, furent ensoleillés par les fêtes de moisson de nos villages, et par les visites de beaucoup de nos amis de Leicester, Manchester et Birmingham, parmi lesquels le Rév. E. G. Gecil, dont nous ne devions plus entendre sur cette terre la voix admirable. Nous trouvâmes aussi le temps de faire une étude régulière de la langue française.
<r Maintenant conseille-moi, et vois quelle réponse je ferai à Celui qui m'a envoyé, » tel fut le texte du dernier sermon du pasteur. C'était le 7novembre. Un touchant service d'adieu futcélébré le soir de ce jour-là. Deux des personnes qui prirent une grande part à ce service ont quitté ce monde pour la patrie d'en haut, nous voulons parler du Rév. T. W. Davids, de Colchester, et du Rév. E. Jones, d'Ipswich, dont la fille. Miss Clara, est devenue, plus tard, une aide précieuse dans les salles de la Mission; on ne saurait oublier non plus le Rév. E. Evans, qui prêta aussi une chère enfant à la Mission, environ dix-sept ans plus tard.
Une attaque de ses trop fréquentes migraines retarda le départ de M. Mac-Ail, et retint pour quelques jours les deux époux dans la maison hospitalière de leurs amis, M. et M™® Lees, de Hadley. Ce fut seulement dans la soirée du 16 novembre que, en compagnie du père de M™* Mac-Ail, ils
partirent de Ludgate Hill, par le train de six heures vingt, pour Paris.
Dans une lettre écrite quelques années plus tard, et adressée au comité auxiliaire de VAmerican Mac-Ail Association d'Indiana, M. Mac-Ail s'exprimait ainsi : « Quand je me consacrai au ministère, je me serais offert volontiers pour la mission en pays païen, si je n'en avais été empêché par la pensée de ma mère, âgée et veuve, dont j'étais le seul fils. Environ douze ou treize ans plus tard, quand Madagascar s'ouvrit à l'Evangile, je fus repris d'un vif désir de rompre tous les chers liens de mon pastorat, et de partir pour aller au loin planter l'étendard de la croix. Mais à ce moment encore il y avait un obstacle : ma femme ne pouvait pas s'éloigner de sa mère âgée. Quand le nouveau Macédonien des hauteurs de Belleville se montra à moi, et me dit tout à coup : « Passe ici et viens nous secourir », je me trouvai, pour la première fois dans ma vie, libre de ces liens sacrés qui m'avaient jusqu'alors retenu. Nos parents morts, il n'y avait plus à briser qu'avec mon église et ma congrégation, que certes j'aimais beaucoup, et à quitter mon pays et mon « home ». Je fis ce sacrifice avec joie, regardant, ainsi que je l'ai toujours fait, comme un privilège inestimable d'être ainsi engagé dans la mission du Seigneur. »
C'était là « la porte de fer s'ouvrant d'elle-même » , dont il parlait, dans son plan de biographie.