‹ La vie et l'œuvre de Robert-W. Mac-AllChapitre 21 sur 52 · LE PASSAGE DU RUBICON · texte numérisé non relu

LE PASSAGE DU RUBICON

<r Nous arrivâmes à Paris, écrit M™* Mac-AU, le 17 novembre 1871, après avoir fait, la nuit précédente, la traversée de Douvres à Calais. Miss de Broen était venue à notre rencontre à la gare. On nous fit attendre longtemps notre bagage. Mon père partit dans un fiacre pour l'hôtel du Monde. Un charmant bouquet avait été préparé pour moi, par une gracieuse attention de Miss de Broen. On nous apprit alors que M. Hart et M. Georges Fisch étaient venus tous deux demander de nos nouvelles. Le jour suivant, nous nous mîmes en route pour chercher une maison; l'appartement dont nous fîmes choix nous plut, perché comme il était sur les Buttes-Ghaumont, avec Paris à nos pieds. Notre aménagement fut chose difficile, car jusqu'alors nous n'avions d'autre aide que nousmêmes, et la course que nous fîmes à la gare des marchandises des BatignoUes (à travers les rues boueuses, par un fort dégel), renvoyés de bureau en bureau pour réclamer nos meubles, nous fatigua à l'extrême.

« Nous entrâmes « en jouissance » (belle ironie!) de nos biens, au n® 32, rue des Mignottes, à Belleville, le 23 décembre. La concierge nous alluma le feu; mais, comme c'était la semaine de Noël, per-

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sonne ne voulait « embaucher », et il nous fut impossible de déballer notre mobilier. M. Mac-Ail avait des aptitudes diverses, mais il n'avait pas celle de manier les outils ; d'autres membres de la famille étaient nés « menuisiers ». Nous ne pouvions trouver nos tasses et nos soucoupes!

« Petites misères, en vérité, mais pas si petites à ce moment! Las et affamés nous nous mettons en quête d'un restaurant; mais nous éprouvons de la défiance, et nous entrons dans un café, et là nous nous rafraîchissons avec deux tasses de « café noir» où môme (ne nous gardez pas rancune, chers abstinents!) nous ajoutons quelques gouttes de cognac. Comme conséquence naturelle nous nous sentons rafraîchis suffisamment, sans l'être toutefois « excessivement ».

« Pendant cinq jours il nous fallut travailler péniblement de nos mains, balayer, apprêter nos repas. Ce fut M. Mac-Ail qui posa les tapis et accrocha les tableaux. Avec le 28, le soulagement arriva. Mary Tee, notre bonne, vint avec Clara Jones, apportant avec elles la belle et blanche « Minnie », notre chatte angora ! »

Pendant six semaines M. Mac- AU alla diligemment en reronnaissance. On arpenta le terrain, on prit des mesures, on s'occupa d'entrer en communication avec les pasteurs. L'agenda du dimanche rend iérnnignage de sa présence au service de ^^ ïlohin à midi, dans la vieille petite salle, rem-

placée aujourd'hui par le superbe édifice de la rue Julien-Lacroix; au service de M. Bersier, à quatre heures, dans la vieille salle également de l'Avenue de la Grande-Armée ; à Téglise de Saint-Maur, champ de travail du Rév. Mark Wilks, trente ans auparavant, puis de M. Robineau. On le voit partout : à Taitbout, à onze heures, ou au Grand Chantier, avec M. Fisch et M. de Pressensé, ou à la Chapelle du Nord, avec M. Théodore Monod, pour la prière du soir. D'autres jours, c'était aux lectures bibliques, chez M. Lepoids ou chez Miss Blundell, qu'on l'apercevait ; souvent aussi, l'après-midi, chez M. Armand Delille, rue Royale. Chaque jour lui apporte sa tâche nouvelle : tantôt il remplace un prédicateur absent, tantôt il assiste simplement à une conférence. Et ce travail si fatigant, c'est par un temps glacial qîi'il le fait. Le thermomètre marque 16 degrés au-dessous de zéro le 9, et des gens meurent de froid dans leurs lits. Heureusement, le cœur des amis était chaud; et l'hospitalité si chaude du D^ et de M™^ Fisch, de M. et de M™« Hart remontent le moral de M. Mac-AU. Au milieu de toutes ces besognes, du reste, il trouve le temps de poursuivre ses études de langue française, abandonnées depuis trente ans. Qu'on ajoute le mal de tète persistant qui ne veut pas le quitter, et l'on se fera une idée de la vie de M. Mac- Ail à cette époque.

Du reste, rien ne peut lui faire perdre de vue le

but qu'il s'est proposé. Choisir un local qui puisse convenir, telle est son idée fixe. Et le voilà parcourant en tous sens les boulevards et les rues de Paris. Rien ne Tarréte : ni la fatigue, ni les conseilsdécourageants; enfin, le SOnovembre 1871, un choix définitif a lieu : c'est une salle située rue Julien-Lacroix, à Belleville, que Ton se décide à louer : le prix en était de 200 francs pour trois mois (*).

Nous étions fixés; tout pourtantrestait à faire, et seuls ceux qui ont eu part à cette œuvre, peuvent savoir ce qu'elle a coûté de fatigues. Voici un extrait sur quelques-unes de ces journées de préparatifs :

Lundi, P^ Janvier, — Visite rue Julien-Lacroix.

Mardi, 2 janvier. — Rue Julien-Lacroix; rue Chapon où nous faisons Templette des chaises; déjeuner chez \i D"^ Fisch; nous allons au passage du Caire, à Timprimerie chez M. Grassart, chez M. Schultze; à la rue Royale, che M, Gustave Monod à la Société biblique, etc.

Mardis 16 janvier. — Leçons de M"® G.; courses chez 11 menuisier» à l'Ecole protestante, à la librairie de M. Robin pour choisir des livres; à la rue Julien-Lacroix. Nousl écrivons ccnl deux prospectus, nous les distribuons, et nous écrivons au commissaire de police.

Vinti eiHore quelques lignes, prises dans le livre de ménage dr; AP® Mac- Ail :

jl) Les coiiseiU sympathiques de notre excellent ami, M. le iiîiBteur Robert ^ furent pour beaucoup dans cette installation.

i®' janvier 1872. — Il fait froid; il faut sortir avant le déjeuner pour chercher du pain : 2 francs, 10 francs pour la concierge.

^janvier, — Visite de M. et M™® Robin.

9 janvier, — La soirée est très triste. Que Dieu soit avec nous ! Robert s'inquiète beaucoup.

15 janvier, — H y a foule au coin de la rue de Puebla. A Relleville, nous distribuons nos traités et nos invitations.

47 janvier. — Joui*née des plus angoissantes ; rue Julien- Lacroix, nous n*avons pas trouvé le menuisier. Il faut aller à la rue Chapon, chercher des chaises; à la rue du Caire, pour demander le commissaire de police de Belleville. Excellent accueil de M. le commissaire (*). Nous rentrons vite à la maison pour dîner. R. écrit au préfet. Il faut écrire des cartes d'invitation, parce que l'imprimeur n'a pas été exact à les envoyer. Mon cher père voulut, malgré ses douleurs, descendre à la rue du Caire pour les quérir à l'imprimerie; ce fut le commencement de sa douloureuse maladie.

Voici, enfin, une copie exacte de leur premier bulletin ou, comme ils l'appelaient alors, de leur prospectus ou programme.

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