APERÇUS ET COUPS D'ŒIL
Rien ne saurait donner une idée plus exacte et plus complète de Tœuvre naissante de la Mission aux ouvriers de Paris, que les notes inscrites au courant de la plume sur le journal que tenait M™* Mac-Ail. Ce ne sont que des aperçus, si Ton veut, des coups d'œil; mais, par ces échappées, nous saisissons Tœuvre elle-même dans son fonctionnement de chaque jour, et nous avons, plus que par toutes les considérations du monde, le sentiment de la réalité active et vivante.
Prenons d'abord cette échappée, sur les réunions qui se tenaient au numéro 103 de la rue Julien- Lacroix, tous les mercredis et dimanches soir. Nous sommes au commencement de Tannée 1872, durant les froides soirées de janvier ou de février. La salle est chauffée et claire. M. Mac-AU est sur sa petite estrade; M™* Mac-Ail, à Tharmonium. M. Mac-Ail commence (tous ceux qui Font entendu croiront Tentendre encore) :
Nous allons maintenant, chers amis, chanter un cantique; et puis on lira des morceaux choisis.
Chantons le cantique deuxième sur le papier (/a feuille). On vous prêtera les papiers {feuilles) de cantiques.
Laissez-les, s'il vous plaît, sur les chaises, à la sortie.
N'hésitez pas à nous aider à chanter.
(Je lirai quelques versets dans l'évangile selon Matthieu, chapitre VIII, 1, 13.)
Permettez-moi de vous raconter une conversation imagi^ naire^ que je viens d'écrire pour celte réunion
Maintenant M™® Mac-Ail, ma femme, lira un morceau choisi — qui se nomme — c Un pauvre garçon ». Il est extrait d'un livre intitulé : Les Horizons prochains ^ par M"* de Gasparin.
La lecture a lieu; M. Mac- AU reprend :
Permettez-moi de vous annoncer que nous aurons ici une réunion dimanche soir prochain. La bibliothèque gratuite sera ouverte à sept heures et demie.
A huit heures, nous nous proposons d'avoir un entretien sur l'Evangile. Nous désirons vous parler de l'amour de Jésus-Christ. On lira aussi des morceaux choisis.
Vous serez les bienvenus. Nous espérons que vous inviterez vos amis à vous accompagner. (Nous espérons avoir encore des chaises ou des bancs pour dimanche prochain.)
Mercredi prochain, nous aurons ici une réunion morale semblable à celle-ci, commençant à huit heures du soir.
Nous aurons grand plaisir à vous parler en sortant, et à vous prêter des Bibles, des Nouveaux Testaments ou des livres. Nous espérons avoir bientôt un grand nombre de livres très intéressants, etc.
M. Mac-AU indique encore un chant, puis fait une courte prière et termine : « La paix soit avec vous tous. Ameny>'^ puis congédie son auditoire avec un mot aimable, et va, à la sortie, serrer la main des auditeurs qui s'écoulent.
Une autre fois, M. Mac-Ail annonce que l'entretien sur rÉvangile, commencé à huit heures, finira vers neuf heures moins le quart. Sa préoccupation était d'éviter les longueurs ennuyeuses; et certes il y réussissait.
Une autre de ses formules, après avoir annoncé, le mercredi, la réunion du dimanche soir, était celle-ci : « Permettez-moi de vous inviter de tout notre cœur à vous y rendre, et aussi d'inviter vos amis à vous accompagner. Tous seront les bienvenus. Nous ne désirons que de vous parler de Vamour de Jésus-Christ, »
Et maintenant, suivons le journal de M""® Mac-AU qui commence avec le mois de mars 1872.
Vendredi, 1^^ mars. — Ménilmontant, 8 heures du soir. Notre première réunion du mois. Grand succès au point de vue du nombre des assistants et de leur attention. Nous avons été bien encouragés ; cent personnes se pressaient à l'intérieur de la salle, et un grand nombre, se tenaient dehors. Nous avions pris beaucoup de peine pour organiser cette première réunion; ce fut une répétition des travaux fatigants et inoubliables qui précédèrent nos débuts à Belleville. Notre propriétaire assistait à cette réunion, avec sa fille, en grand deuil; M. Mac-Ail remarqua combien il était sérieux et attentif pendant le chant, et lorsqu'on parla de la foi sincère qu'il fallait porter aux choses de la religion. Nous sommes retournés chez nous profondément reconnaissants.
Mon mari, continue M°*® Mac-Ail, m'a dérobé ma table de toilette à deux tiroirs et en a fait un pupitre pour la chaire de Belleville; ensuite il a pris nos chandeliers de
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Latimer (*), pour les transformer en vulgaires portebougies; si bien que Mary, notre bonne, a fait cette remarque judicieuse : c M. Mac- AU est comme Bernard Palissy, qui brûlait les meubles de sa maison pour alimenter son four de potier. »
Nous épargnons ainsi les frais de plusieurs acquisitions. La caisse de mon piano elle-même, renversée, avec deux tiroirs qu'on y introduisit, a été notre premier bureau.
Mardis 5 mars. — Ménilmontant. Notre petite concierge bretonne, qui n*est pas restée mariée un mois, après avoir assisté à la conférence, a fait Téloge de son mari, disant : c Je suis plus méchante que lui ! ».
Belleville, dans la même soirée. A la fin de la réunion, M. Mac- AU a été vivement touché. Un des assistants, qui avait rhabitude de venir plus ou moins régulièrement, un homme grand, raide, à Tair sévère, s'avança et dit à M. Mac-Ail, à la sortie, qu'il allait partir le surlendemain pour la Nouvelle-Calédonie, dans un poste de confiance. La réunion avait paru Timpressionner. M. Mac-Ail lui dit en lui tendant la main : t Que Dieu vous protège, monsieur ! Que Dieu vous bénisse en Jésus-Christ! » Ces-paroles ont fait venir les larmes aux yeux de cet homme d'apparence froide et dure. M. Mac-Ail ajouta plus bas, car ils étaient entourés de gens : t Je prierai pour vous. » L'homme serra sa main, et en s'éloignant, détourna la tête avec une expression de profonde reconnaissance. Voilà des choses réconfortantes. Nous rencontrerons de nouveau cet homme, j'en suis certaine, mais sans doute ce ne sera pas ici-bas.
7 mars. — Ménilmontant. Réunion d'enfants; beaucoup de garçons, dont quelques-uns appartiennent à la classe des c gamins des rues », mais sont, cependant, très tolé-
(1) Faits avec du chêne de la maison où Latimer naquit, à Tburcaston, Leicestershire.
rables. Ces enfants ne sont pas aussi difficiles à maintenir que les garçons de Hadleigh.
SALLE DU CONFKRENGBS DE MEMLMONTANT
11 mars, — Rue de Grimée. M. et M™* Paul Artigues semblent nous avoir été spécialement envoyés pour nous confirmer dans l'idée de nous installer au boulevard Ornano, où nous sommes allés hier ; il paraît qu'il n'y a, à Montmartre, aucun culte d'aucune sorte, sauf celui de M. Gaubert. M. Mac-Ail est dans une grande perplexité à ce sujet.
M. G... entend une discussion à la porte, et un respec-
table monsieur qui disait : < M. Mac- Ail parle parfaitement bien le français; il n'a pas fait une seule faute; bien entendu il n*a pas Taccent français, mais néanmoins il sait très bien notre langue. »
13 mars. — Belleville. A la fin de la réunion, André, notre concierge, dit à M. Mac-Ail : c Quand le curé dit la messe chez nous, il boit toujours; mais vous, quand vous chantez et prêchez, vous avez la gorge sèche! »
17 mars, — Belleville. Un brave vieillard en blouse bleue désirait beaucoup avoir un exemplaire de notre livre de < chansons ». Nous le lui avons prêté. La réunion a été bonne, et Ton a écouté attentivement M. Mac-Ail. La femme qui distribuait les Bibles m'a apporté un message de la part d'une vieille femme : « Madame, espérait-elle, voudrait bien lui donner cinquante sous pour faire dire une messe pour son mari? » Une autre de nos habituées m*a demandé si je pouvais aller voir une femme anglaise en grande détresse, dont le mari se mourait. Je répondis : oui, avec empressement. Après la réunion, le jeune Flamand, Henri Bordaen, nous accompagne à la maison; nous lui donnons un Nouveau Testament. C'est un jeune homme de ' seize ans et demi qui habite seul à Paris depuis cinq ans, ayant tous ses parents à Bruges; il travaille dans un magasin de chaussures pour l'exportation chinoise, où il fait de petits souliers, longs d'un doigt environ, pour les dames. Nous avons eu maintenant à Belleville quarante-cinq réunions et 3.481 auditeurs.
Je ne dois pas omettre de parler de la c dame bourgeoise » qui demanda à Clara un des programmes qu'elle distribuait à Belleville le samedi, et qui, après l'avoir pris, revint sur ses pas et dit, en le tenant du bout des doigts : t Je n'aime pas les papiers dans les rues ! »
22 mars. — Ménil montant. Soixante-quinze assistants — une réunion délicieuse; les gens étaient si intéressés.
essayant môme de chanter les cantiques. Après la f conversation imaginaire > plusieurs hommes se faisaient des signes de tête en murmurant: c Oui, oui, bon, bon! j
Dimanche, 24 mars, — A la réunion de la rue de Grimée, j'invitai un ouvrier qui regardait Taffiche de la fenêtre, à entrer dans notre salle; quand il se détourna pour me répondre, je vis une figure dure et repoussante : t Oh non ! » fut sa réponse dédaigneuse. Ce quartier est tout ce qu'il y a de plus misérable; d'un côté la superstition, de l'autre l'incrédulité la plus basse; néanmoins, quelques braves gens entrèrent.
Dans la même journée, à Ménilmontant, quel contraste! Pendant que je faisais la lecture de la Bible, un grand nombre de gens entraient et sortaient. M. Mac-Ail parvint à établir un grand silence dans la salle; un grand nombre d'hommes ne détachaient pas leurs yeux de lui ; ils dirent qu'ils reviendraient et, comme vendredi, ils témoignèrent, à la fin de la réunion, de leur approbation de ce qu'ils avaient entendu.
Dans la soirée, à Belleville, la brave vieille femme aux cinquante sous vint à moi avec un de ses petits mignons, me demandant d'aller voir, à l'église de Ménilmontant, les grandes cérémonies de la semaine, ainsi que l'archevêque ; elle disait, comme un petit enfant : f C'est si beau, si beau! » Elle avait reçu la communion le jour même.
25 mars. — Au commissariat de police, à Montmartre, pour tâcher d'obtenir une permission provisoire pour des réunions sur le boulevard Ornano. Nous sommes toujours reçus avec courtoisie par les employés; néanmoins, nous trouvons notre mission auprès d'eux fatigante, d'autant plus qu'il faut revenir des quantités de fois. M. Gaubert, pasteur dans ce quartier, nous a accompagnés ; lui et sa femme sont très aimables pour nous. Ces expéditions, qui vous mettent toujours dans l'anxiété, sont vraiment épuisantes.
Restaurés par quelques minutes de repos, et tranquillisés à la pensée que le travail de la journée touche à sa fin, nous nous rendons à la rue de Crimée sans attendre de grandes choses; et voilà une magnifique petite réunion, trente-sept personnes, et seulement Robert et moi, comme d'habitude, pour la présider; tous ces ouvriers en bourgeron de travail, dont quelques-uns ont Tair de sauvages, et les autres sont en tenue négligée, nous écoutent avec tant d'attention, les pauvres gens ! En sortant, plusieurs ont demandé ce qu'il fallait payer. M. Mac-Ail eut à prêter ses lunettes à un ouvrier qui disait ne pas pouvoir se passer des siennes, qu'il avait oubliées à la maison; le brave homme les essaya et parut hautement satisfait, s'il faut en juger par ses signes d'approbation souvent répétés; il dit qu'il reviendrait le lendemain soir.
Vendredi Saint, 29 mars, — Une réunion superbe à Ménilmontant : cent personnes. Les hommes secouaient la tête après la f conversation imaginaire », comme pour dire : € C'est bien. Oui, oui. t
Le recueil des cantiques augmente; il y en a neuf environ de traduits : No Godl No Godl the simplest flower , — N** 78 € du Recueil : N'est-il pas un seul Dieu, la fleur... » ; My Father's atthe helm. — N° 139 : c Mon père ici commande » ; Who are thèse in white array ? — N** 209 : « Qui sont ces hommes heureux? », etc.
dU mars, — Journée remplie par les détails qui accompagnent inévitablement une telle œuvre, et qui ne laissent pas resprit en paix, à cause de toutes les choses, également nécessaires^ qu'on n'a pas pu faire.
Dimanche, 31 mars. — Ménilmontant. Réunion splendide, composée en grande partie d'hommes ; la plupart endimancbés et lie la meilleure classe d'ouvriers. Parmi eux, on peut voir des figures singulièrement graves et intelligentes. L'attention avec laquelle ils écoutent est vraiment
étonnante, et ferait paraître morte une semblable réunion en Angleterre ; jamais ils ne détachent les yeux du conférencier. Quatre-vingt-quinze assistants.
i" avril, — Journée de fatigues et d'épreuves. Nous nous mettons en route une fois de plus, pour tâcher de trouver quelque local dans la rue d'Allemagne, ou peut-être encore dans la rue de Flandre. Nous allons jusqu'à la Petite-Villette, aux fortifications et à l'Abattoir. Il y a devant les cafés une foule d'ouvriers en blouse de travail, occupés à boire ; ils n'ont pas la mine accueillante, et même nous en remarquons beaucoup qui ont des regards durs et farouches. Certainement la Villette n'est pas un voisinage agréable. J'offre des Evangiles sous un porche, où nous nous sommes mis à l'abri contre la pluie ; un homme qui en a accepté un, et qui le lit tout le temps avec un vif intérêt, met la main à son chapeau en nous quittant. Le nombre des boutiques que nous visitâmes, dans ce seul quartier, est incalculable; je me rappelle notamment être entrée dans une boutique dont le plancher était couvert d'escargots. Toutes nos recherches furent vaines, et nous rentrâmes à la maison fatigués, ayant mal aux pieds, et pas plus avancés que la veille.
2 avril. — Ce matin, nous avons revisé les comptes de la Mission; en admettant que nous ne recevions aucun don, nous pourrons mener l'œuvre jusqu'au mois de janvier, avec un déficit de soixante-cinq francs seulement. Je crois, après tout, que nous établirons un nouveau champ de travail au faubourg Saint-Antoine, qui nous a été beaucoup recommandé.
3 avril, — Nous remontons la rue de Puébla et le boulevard de Gharonne, en quête d'une boutique ; nous en trouvons une charmante. La promenade elle-même est délicieuse, à travers ces rues tracées dans un sol crayeux qui s'étagent jusque sur les hauteurs; les arbres sont partout en fleurs, ce qui est d'un ravissant effet. Après un entretien
avec le propriétaire, nous nous dirigeons vers la place du Trône, avec ses gigantesques colonnes, en longeant le cours de Vincennes, où a lieu une foire. Nous distribuons cinquante Evangiles, mais nous aurions pu en donner mille, si nous les avions eus. Ensuite, nous arrivons à la place du Trône, encombrée de baraques de toutes sortes, faisant un assemblage bizarre de couleurs et de formes ; nous descendons au faubourg Saint- Antoine, où nous trouvons également une gentille boutique ; nous avons le sentiment que là nous pourrons attirer beaucoup de gens.
Quelle différence entre cette journée et le temps de nos recherches à la Villette ! J'aime ce quartier ; il paraît sauvage et libre. Nous retournons par le boulevard.
La question est maintenant de savoir si nous prendrons le local de la rue Ornano ou non. En arrivant nous trouvons Clara qui vient de la Villette. La boutique de la rue de Grimée est libre depuis ce matin. Aujourd'hui, une magnifique réunion a eu lieu rue Julien-Lacroix; — la c conversation f de M. Mac- Ail a été très touchante, et le peuple en a été vivement impressionné. A son départ, on l'a remercié.
Les réunions qui ont été données s'élèvent maintenant au nombre de 61, et les assistants à 4.631.
Vendredi 5. — Ménilmontant. Réunion magnifique. Cent personnes. A la sortie, un monsieur à l'air important, qui avait écouté avec intérêt, échangea une cordiale poignée de mains avec M Mac-Ail, en disant : c Vive la République! » ce à quoi le fondateur de la mission répliqua : c Vive la liberté ! i Tout le monde parut satisfait.
Dimanche, 7 avril. — Ménilmontant. M. Mac-Ail a eu un très fort mal de tête, et a été empêché de sortir. Comme les gens arrivaient, M. Théodore Monod parut. Il dit à M. G..., à la porte : t On ne remplit pas cette salle ? — Oh si ! nous avons cent personnes, i II présida un petit service. Il parla
de notre but en venant en France, et de son arrivée inattendue pour remplacer M. Mac-AU, malade sans doute à cause de ses fatigues de la veille. M. Monod, apprenant que M. Mac-Ail ne pourrait pas assister à la réunion du soir, rue Julien-Lacroix, dit qu'il ferait son possible pour y venir. Il arriva, en effet, avant la clôture de la réunion, prit la parole pendant quelque temps, et intéressa vivement l'assemblée. C'était la plus nombreuse réunion que nous ayons jamais eue rue Julien-Lacroix; plusieurs hommes exprimèrent le plaisir qu'ils éprouvaient et demandèrent des Bibles; quelques-uns avaient apporté des sous, que M. Monod me conseilla d'accepter, pour le profit de l'œuvre, comme il disait.
13 ai^riL — Après treize voyages de reconnaissance à Ornano, nous décidâmes, enfin. M"'® la propriétaire de nous accepter comme ses locataires et, après six visites à Charonne, nous avons fini par y trouver un local.
i4 avril, — Gharonne. Réunion des plus encourageantes; tout d'abord les gens semblaient timides, mais la glace ayant été rompue, le flot se répandit. Ils ont été très polis et attentifs, et ont joui énormément de la musique; plusieurs ont remercié M. Mac-Ail à la sortie. Ce succès, dans cette nouvelle station, dépassait de beaucoup nos espérances. On a compté soixante-six assistants.
20 avril, — Journée laborieuse de dur travail. Je descends au boulevard Ornano, chez le peintre d'enseignes, pour faire mettre au-dessus de la porte l'annonce de nos conférences. 11 me promet d'être à notre local à midi. Je l'attends jusqu'à près de deux heures, puis, je me mets à sa recherche et le rencontre avec son châssis provisoire à la main ; il refuse cependant d'appliquer les lettres, disant qu'il nous faut pour cela l'autorisation du commissaire de police, si nous ne voulons pas encourir une amende de cinquante francs. Je retourne à la maison, et après le déjeuner, mon mari et
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moi nous prenons un fiacre, chargés de notre précieux bagage consistant en vingt-cinq tableaux, une armoire pleine de livres pour la bibliothèque, mille Évangiles, etc. Miss G. va s'enquérir des lampes qu*on avait négligé d'apporter à Gharonne. Robert commence à accrocher les tableaux, je mets les rideaux de mousseline aux fenêtres, puis je me dirige vers la rue Beaubourg, en quête des chaises et de la table qu'on nous a promises ; elles ne sont pas prêtes, mais la marchande promet de les envoyer lundi ; je me fie à elle avec une sotte crédulité, comme nous en eûmes plus tard la preuve. En retournant, je m'assure de deux douzaines de chaises dans une petite boutique.
Nous laissons un jeune ouvrier dans la salle, et, malgré toute notre fatigue, nous nous traînons encore chez le peintre, afin de lui payer sa note et faire des arrangements pour qu'il ait fini toute sa besogne le lundi. Après avoir acheté des lampes sur notre chemin, nous arrivons chez nous à dix heures, véritablement fatigués.
Dimanche 21. — Nos trois services recommencent. Gharonne (notre première réunion du dimanche à cet endroit). Ge ne fut pas chose facile que de nous y rendre. Après avoir attendu deux ou trois omnibus, nous prîmes la résolution de longer à pied le boulevard Voltaire, par une journée pluvieuse et venteuse. Nous arrivâmes enfin vers les deux heures.
Au commencement, les hommes n'osaient pas entrer; nous eûmes peur de ne pas avoir du tout de réunion. Puis, de nouveau la glace se rompit, et la salle fut remplie par une quantité d'hommes écoutant avec attention et respect. Robert leur fit le court récit du c Petit Mousse et du Gapitaine • ; je leur lus la c Petite GhifiTonnière • ; je crois vraiment que ces braves gens ont été touchés. Nous partîmes avec le sentiment que notre petite réunion n'aurait pas pu être meilleure. Nous nous dirigeâmes tranquil-
lement par le boulevard jusqu'à Ménilmontant ; nous étions reconnaissants et heureux. A Ménilmontant la réunion fut aussi magnifique. Très souvent M. Mac-AU offre ses lunettes à quelque vieil ouvrier, qui n*a pas apporté les siennes, et cela les amuse et leur fait toujours plaisir. Dans ce quartier comme à Charonne, les réunions se composent presque entièrement d'hommes. Cela nous semble merveilleux de les voir assis là, si attentifs, dans leurs blouses, et, quand ils partent, de les entendre parler si aimablement en nous serrant les mains.
22 avril, — Nouveau jour de fatigants préparatifs au boulevard Ornano. Après avoir attendu quatre heures, nous allons ches la marchande du bazar Chapon; elle est du nombre des gens sur lesquels on ne peut compter, en dépit de toutes leurs promesses, et nous sommes obligés de nous procurer des chaises à la douzaine, dans divers magasins, jusqu'à ce que nous ayons atteint le nombre de quatre-vingt-quatre, sans compter celles qui ont été envoyées de Belleville.
Après le dîner, nous partons pour nous rendre à cette première réunion tant désirée (*), Nous ne pouvons nous rendre maîtres de notre excitation, et notre anxiété est bien explicable, car l'emplacement de notre nouveau local est bien plus central qu'aucun de ceux où nous avons déjà fondé une œuvre. La porte fut assiégée de bonne heure, et quand on l'ouvrit, à huit heures, il y eut une poussée générale; un certain nombre d'ouvriers traversèrent la salle d'un bout à l'autre, les chaises furent bientôt toutes occupées, et bien des gens restèrent debout, aussi longtemps que dura la réunion. On applaudit les conférenciers et tout le monde se montra aimable et sympathique. Cent cinquante
(1) Pendant 23 ans, ces réunions du lundi soir continuèrent. En 1895, elles furent remises au mardi.
personnes. Tout cela paraît miraculeux. Nous sommes rentrés à la maison, tranquilles et reconnaissants.
Dimanche, 28 avril, — Ménilmontant. Excellente réunion. Un homme, qui y assistait avec sa femme et sa petite fille, demanda à M. Mac- Ail de préparer cette dernière pour la première communion. Mon mari l'adressa au pasteur, M. Robin. Gomme nous étions en train d'étudier un nouveau cantique, trois ouvriers frappèrent à la porte et s'installèrent dans la salle. Nous étions charmés de voir combien l'œuvre est populaire. En sortant, les ouvriers adressèrent d'excellentes paroles à Robert.
29 avril. — Boulevard Ornano. Il y a plusieurs Anglais qui demandent à M. Mac- AU d'organiser un service anglais ; ils le supplient de devenir, pour ainsi dire, leur bon berger dans le désert. Quelques-uns sont de respectables ouvriers, beaucoup paraissent à l'aise; nous pensons qu'il faudra organiser un service anglais pour eux un jour ou l'autre. La réunion est des plus nombreuses. En descendant à pied par la rue Fessart et le parc des Butte s-Ghaumont, nous voyons se dérouler devant nos yeux une vue magnifique sur la hauteur de Montmartre, illuminée par le soleil couchant, avec son vieux calvaire, et, dans le parc, les plus charmantes fleurettes de printemps, mais fermées à l'approche de la nuit; sur les terrains non cultivés, croissent des fleurs sauvages, des myosotis, des géraniums, des boutons-d'or et des pâquerettes, tandis qu'ailleurs sont des massifs de pensées ; l'aubépine commence à sortir et les marronniers sont partout en fleurs. Dans notre petit jardin nous avons des tulipes, des lilas, une pivoine rouge, et un iris encore en bouton. Sur les rochers du parc poussent des iris et des pervenches ; dans tous les marchés on vend de charmants bouquets de lilas blanc, de tulipes blanches et de muguets.
6 mai, — Ornano. Journée pleine d'anxiété à la suite d'attaques faites dans les journaux, et M. Mac- Ail étant
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souffrant, il y eut de Topposition à la réunion ; mais sur les représentations de Robert et de M. Théodore Monod, le calme se rétablit. Les Anglais qui assistaient à la réunion ofirirent de distribuer les annonces d'un service anglais dans les fabriques.
10 mai, — Ménilmontant. Notre centième réunion ; délicieuse comme d*ordinaire ; malgré la pluie, soixante-deux personnes, surtout des hommes. Tous très cordiaux.
13 mai. — Ornano. Cet endroit formidable, si peuplé, où il y a tant de besoins spirituels à satisfaire, nous inquiète beaucoup; la réunion tombant le lundi, après les fatigues du dimanche, pèse lourdement sur mon mari. Toute la journée fut remplie par nos préparatifs; il fallut faire des copies de plusieurs cantiques. M. Mac -Ail lut sa réponse à Tobjection faite le lundi précédent ; on Técouta attentivement, sans la moindre interruption. Deux hommes, bien vêtus, se firent des signes de tête pendant la lecture et applaudirent à la fin.
Mardi, 21 mai, — C baronne. Soixante-deux personnes. Un épisode eut lieu à la sortie ; des mauvais sujets ne voulaient plus partir. M. Mac-Ail saisit le chef de la bande par les épaules, et, avec une rapidité incroyable et un grand calme, il le mit à la porte.
Dimanche, 2 Juin. — La nuit qui précéda le jour où, pour la première fois, nous fîmes usage de nos propres livres de cantiques, nous veillâmes longtemps, Mary et Clara collant et couvrant les livres, et le dimanche matin j*en terminai encore quelques-uns.
Dimanche, 16 juin. — Ornano. Le monsieur catholique revint, ainsi que quelques dames. Le petit culte anglais eut lieu, et compta vingt-cinq présences. C'était bien touchant de chanter de nouveau nos cantiques anglais. Robert émut beaucoup l'assemblée par ces mots : c O entends nos prières pour notre pays natal, le pays que nous aimons le mieux! »
A Belleville, dans la soirée, cent vingt personnes. Un de nos triomphes ici, est le nombre de jeunes gens qui assistent aux réunions. Nous terminâmes ainsi, grandement encouragés, notre journée de quatre services, auxquels trois cents personnes prirent part.
19 juin. — Rue Julien-Lacroix. Une veuve d'Alsace, qui nous avait écrit une lettre touchante, est venue avec sa fille et a dit : « Jamais l'Évangile n'a été encore expliqué ainsi, i
Juillet 1812. — M. Mac-AU vient de composer son hymne (n° 28 du recueil actuel). Il avait écnit :
Victime, il meurt sur la croix.
M. Bersier a modifié ainsi ce vers :
Pour nous, Christ meurt sur la croix.
Le soir du 7 juillet, à Ménilmontant, M. Mac-Ail dit : « Il y avait dans la salle quelques hommes à la physionomie dure et rébarbative. Il m'a semblé que ce cantique les avait frappés et touchés. »
15 juillet (?) — Grand orage avec tonnerre et averses. Toute la journée a été lourde et suffocante. Je vais me coucher tard, ou de grand matin. J'ai écrit dans ce livre jusqu'à ce que je ne puisse plus y tenir. Et Robert a veillé aussi tard que moi !
C'est un fait singulier, qu'après sa migraine il ait composé tant de cantiques. C'est alors que l'inspiration lui venait le mieux. Je parle de l'autre semaine. Cette semaineci, il n'aurait pu, me disait-il, en faire un seul, <( quand même sa vie en aurait dépendu j.
19 juillet, — C'est encore le jour de la réunion de Ménilmontant. Nous chantons : « Vive le nom de Jésus-Christ! » Jamais, me semble-t-il, on n'a encore chanté ce cantique
avec un entrain pareil. C'est une merveille de voir comme les gens ont vite saisi l'air et les paroles (*).
19 juillet, — Robert reçoit une lettre du secrétaire de « rUnion congrégationaliste d'Angleterre et du Pays de Galles 9 , transmettant une prière du comité, pour qu'il fasse un compte rendu de son œuvre en octobre, lorsque la réunion d'automne aura lieu à Nottingham. Cette perspective me remplit de reconnaissance et d'espérance, — l'espérance d'obtenir de l'aide pour la Mission, et de l'asseoir sur des fondements plus solides.
3 août, — Dieppe. Nous avons distribué des traités, d'abord aux enfants, puis aux adultes qui les suivaient; et, assis sur la plage, nous avons chanté des cantiques en leur faisant répéter quelques-uns des versets. Quelques passants se mirent à railler; mais quelqu'un remarqua, plein d'indignation, que c'étaient des Parisiens, et l'on entendit une voix, puis une autre, s'écrier : « Chantez, madame, chantez, i Nous revenions de Saint- Valery-sur-Somme, où les enfants m'avaient tirée de tous côtés pour avoir des livres, et ils ne voulaient pas me croire lorsque je disais que notre bagage n'était pas arrivé.
5 août. — Bourg. De nouveau nous avons été assaillis par des demandes de traités. Et le 6 et le 7, nous en avons encore distribué en grand nombre, et donné des conférences en plein air. Finalement, nous fûmes invités à entrer dans une chaumière où trois veuves vivaient ensemble. L'une d'elles, femme intelligente, avait habité à Paris.
(1) C'est le premier cantique que M. Mac- AU ait tenté de traduire. Il a disparu du Recueil de la Mission avec la V© édition, remplacé par le cantique de Philippe Boucher (n° 223), également imité du cantique anglais : AU hail the power of Jésus' name (tous acclament le puissant nom de Jésus...]
a Celui qui, sur un bois maudit... »
12 août. — Nancy. Après une distribution de traités, au Tréport, où un sergent de ville fit entendre quelques protestations (*), nous sommes arrivés ici, où les traités ont été acceptés avec empressement. A Épinal, puis plus tarda Saint-Maurice, nous avons été bien reçus, et à notre retour à Paris, nous avions distribué mille sept cents traités.
25 août. — Belleville. Une des meilleures réunions que nous ayons jamais eues. Le sermon de Robert fut, je crois, un des plus émouvants que je lui aie entendu prêcher; simple, sans doute, mais il le rendit si bien ! C'était vraiment merveilleux.
11 est ici le même prédicateur, attrayant, sérieux, qu'il était en Angleterre ; c'est la même voix, le même homme qui parle ; seulement la langue a changé. Ce c seulement > a son importance; mais nous avons ici une preuve de la prédominance du fond sur la forme ; la même âme est dans ses sermons, la même nature, et la grande habitude qu'il a de prêcher à des masses prête son aide à sa parole toujours prompte et facile, alors même qu'il parle dans une langue étrangère. C'est un prédicateur, un vrai prédicateur vivant, même lorsqu'il parle en français.
Le dernier texte : c II y a encore de la place, • fut écouté avec la plus profonde attention. A la fin nous avons pu entendre un murmure d'approbation, et un homme dit avec sérieux et gravité : « C'est vraiment bon » ; il avait tout écouté, la tête levée, sa belle physionomie montrant bien que les painiles de Robert avaient pénétré jusqu'à son cœur.
30 août. — Ménilraontant. Splendide réunion; cent vingt personnes. M. Menn, à la porte, entendit quelques hommes qui parlaient de nous; ils disaient que nous devions être joliment bien payés ; M. Menn leur dit que
(1) Son opposition fut conjurée par la bienveillante interventJtïn de M, Rendu.
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M. Mac-Ail avait renoncé à son traitement en Angleterre et vivait sur ses propres ressources, ce qui les étonna beaucoup.
Le 3 septembre, à Ornano, il y eut quarante personnes; au culte anglais, dix-neuf; à Ménilmontant, quatre-vingtcinq, et à Belleville, cent vingt.
Vendredi, 6 septembre. — Ménilmontant. Pas d'étrangers. M. Mac-Ail a lu un fort joli morceau sur L'art d'attraper un rayon de soleil, suggéré par ce qui venait de se passer à Londres dans un quartier très pauvre. Là, disaient les journaux, une petite fille avait réussi à remporter le prix dans une exposition de fleurs, parce qu'elle n'avait jamais manqué de tourner sa fleur au soleil, heure après heure. La manière dont M. Mac- Ail a raconté ce petit incident l'a rendu plus charmant encore (*).
Épisode. — Un ouvrier entre, il a Tair terrible ! C'est un être qui, selon l'expression de M™® S..., c n'a que des yeux et des cheveux ! » Il écoute une lecture ; il aime le cantique et se met à chanter; puis M. Rouilly se lève et commence sa lecture; pendant un instant notre homme écoute, puis il dit, grognant : c ce n'est pas intéressant! » et se prépare à sortir; cependant il s'arrête, écoute encore, s'assied, reste jusqu'à la fin, non pas sans exprimer à petits intervalles son approbation, en disant : c'est intéres^ sant.
Autre épisode.
Mercredi, il septembre. — Belle journée, calme et paisible. M. Mac-Ail reçoit une lettre de M. le pasteur Gau-
(1) On se rappelle que M. Mac-Ail a voulu placer, en tête de ses souvenirs biographiques, ces mots : La joie du service. C'était en faire, en quelque sorte, sa propre devise. En effet, n'était-ce pas un hélianthe qui se tournait vers la grande source de lumière? — On disait souvent de lui qu'il rayonnait. On en sait maintenant la raison.
bert, le priant de le remplacer, pendant deux dimanches d'absence. M. Mac-AU n'a pu accepter ; il n'en a pas moins été sensible à celte délicate attention. Dieu voulant, M. Gaubert va se charger des réunions d'Ornano, au mois d'octobre, où nous projetons de nous trouver en Angleterre.
M. Mac-Ail, Clara, Alice et moi, nous sommes mis en route pour la rue des Saints-Pères — Traités religieux—, après quoi nous avons visité le musée du Luxembourg. Ce fut une fête délicieuse. Tous fatigués, nous sommes rentrés à Belleville où, pour comble de bonheur, nous avons trouvé un bon dîner.
8 septembre. — Ménilmontant. M. G. entendit une discussion sur le sujet suivant : l'Œuvre est-elle protestante ou catholique? A la fin, il fut décidé qu'elle était protestante; mais c tant pis i, concluait-on, on nous traite tous de même ici, on nous fait à tous bon accueil, et on ne demande rien pour les chaises, chose qu'on ne fait nulle part ailleurs.
A celte époque, notre emploi du dimanche était le suivant:
Nous descendions par les Buttes-Chaumont au delà de ChifiTonville, la ville des chiffonniers, jusqu'au boulevard de la Villelte, en coupant par des rues telles que la rue de la Goutte-d'Or; puis nous allions à notre salle du boulevard Ornano, pour le service français de deux heures. Nous étions toute une bande, et nous avions à porter nos cantiques, ce qui fut le cas jusqu'au moment où nous en eûmes fait imprimer une quantité suffisante pour toutes nos salles. Il y avait en outre à transporter des Évangiles et des tiaitési. Après le culte français, il y en avait un en anglais ; ensuite nous nous rendions généralement à MénilmaïJtant pour une réunion à cinq heures, et, à l'issue de celle-ci j nous allions, toujours à pied, rue Julien-Lacroix, avec CÏJira, Miss Swindell, la femme qui donnait les traités, **l Vim des deux MM. G.; nous prenions le thé ensemble»
pendant que M. Mac- AU revenait à la maison prendre un court repos avant le service de huit heures.
Dimanchey 15 septembre. — Belleville. Je prends conscience du privilège qu'il y a à tenir ces réunions; c'est plaisir de voir des gens du peuple, et de savoir qu'ils s'intéressent profondément et sérieusement aux questions religieuses. J'ose à peine les regarder, de peur qu'un regard ne détourne leur attention. Bien des personnes maintenant viennent à pied de Ménilmontant à Belleville, le dimanche soir.
16 septembre, — Ornano. Une splendide réunion de cent quatre-vingts personnes, et bien intéressante. M. Rew, de Liverpool, y parla, M. Leuzinger servant d'interprète. Les paroles de M. Rew étaient si sérieuses et si affectueuses qu'elles ont dû être par elles-mêmes un enseignement ; la vue d'un chrétien, d'un étranger, dont le témoignage venait directement du cœur, et le fait que son interprète sympathisait pleinement avec quelqu'un qu'il n'avait jamais vu auparavant, cela était en soi-même un sermon. M. Rew entra immédiatement dans le sujet, exposant le but de l'œuvre, et à l'issue du service, il en parla de la manière la plus intelligente, la plus pratique, suggérant ce qui, déjà, se faisait jour dans l'esprit de M. Mac- Ail, l'idée d'implanter ces petits centres tout autour de la capitale, en un mot, d'organiser l'œuvre de telle sorte qu'elle ne se bornât pas à un effort individuel, mais qu'elle pût, au contraire, se développer, une fois établie, sous la direction générale de M. Mac- Ail.
22 septembre, — Cent dix personnes à Belleville. Grand recueillement. Texte du sermon : c Nous ne cherchons pas vos biens, nous vous cherchons vous-mêmes. » M. Mac- Ail a exposé ses idées à l'égard de l'œuvre, ne pas chercher à détacher les gens d'une Eglise quelconque, pour les attacher à une autre Église. Notre but est de tâcher d'attirer
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les âmes à Christ, sans nous préoccuper aucunement de la forme de leur culte, tout en ayant nous-mêmes des idées bien arrêtées à ce sujet.
Une nouvelle salle fut inaugurée au faubourg Saint- Antoine, le mardi 10 décembre; nous avions quitté la salle du boulevard de Gharonne pour nous installerr ici. Ce nouveau quartier, que nous avions déjà si bien appris à connaître, la place du Trône, avec ses deux grandes colonnes, placées à l'entrée de l'avenue de Vincennes, Les Chandelles^ véritables bougies du Trône^ est absolument sauvage. Ce mot décrit parfaitement les rues et les gens, et cependant nous éprouvions un très grand bonheur en entrant dans notre petite salle remplie d'une foule d'ouvriers. Ils jouissaient énormément du chant. Je me souviens d'un homme assis sur le devant; juste auprès de l'harmonium, qui demanda, lorsque le cantique fut fini : c Chantons encore un couplet! » Une telle demande était irrésistible. Un jour, la réunion fut troublée par des cris qui se faisaient entendre à la porte, et l'un de nos deux Scandinaves, vrai fils d'Odin, amena depuis ce moment un gros chien pour renvoyer les tapageurs. Qu'on imagine notre consternation! Après plus de six mois de réflexion, mon mari jugea sage de transporter le siège des réunions au faubourg ; mais cependant pas trop loin, de manière que ceux qui voudraient assister au culte pussent nous suivre. Notre nouveau local offrait un champ de travail attrayant parmi les ouvriers de toute sorte. Ainsi notre première réunion, au faubourg, eut lieu le 10 décembre, par un des plus afi'reux jours de l'année, jour de pluie... et de vent à renverser les cheminées et à démolir les toits. La matinée avait été remplie par nos préparatifs, et, ne pouvant trouver de fiacre, notre petite bande se résigna à se mettre en route à trois heures; un coup de vent faillit nous emporter dans la rue de Paris. Enfin, nous trouvâmes un fiacre, et, après avoir passé l'après-
midi à terminer nos apprêts, nous reçûmes la récompense de nos labeurs : en effet, nous eûmes à la réunion cent trente-cinq personnes. M. G. traversa la rue pour persuader aux ouvriers d'entrer. M. Mac-Ail fut vivement satisfait par la cordialité des gens à la sortie. Nous sommes bien reconnaissants; c'est une grande faveur de pouvoir porter l'étendard du Christ dans un semblable quartier. On a chanté dans cette première réunion quatre cantiques; on a lu la Bible.- M. Mac-Ail a expliqué le but de l'œuvre, M Rouilly a lu un travail fait par lui; M. Th. Monod et le regretté M. Lepoids ont parlé à tour de rôle, e L'ordre et l'attention sont excellents », dit M. Mac-rAll.
12 janvier 1873, — Ce jour-là, un dimanche, la première école du dimanche de la mission fut ouverte par M™® Rouilly et ses trois ou quatre aides : Zillah Neuman, Kate Olyott, Beaty Ledward et Carrie Colborne; le nombre des enfants s élevait à cent six ; je me rappelle bien l'immense intérêt que nous portâmes à ce nouvel essai, une école du dimanche françai§.e. Il y eut un service après l'école, qui n'était pas tout à fait terminée à notre arrivée; Zillah Neuman tenait l'harmonium pour le dernier cantique. L'une de ces jeunes monitrices de l'école du dimanche d'il y a vingtdeux ans est près de moi pendant que j écris, et elle éprouve un grand plaisir à se rappeler le rôle qu'elle joua dans cette scène. Qui aurait pu prévoir ce que cette petite réunion d'enfants deviendrait dans l'avenir, sous l'habile direction de M. Greig?
26 janvier, — Faubourg Saint- Antoine. Miss Waldegrave, sœur de Lord Radstock, arriva dans le cours de la réunion. Un soldat qui y assistait répondit très aimablement à ses questions, mais avec une grande méfiance de soi. Elle distribua des traités à la porte.
19 février. — Un ouvrier dit à Robert : «J'ai des raisons spéciales de remercier Dieu de vous avoir amené à ouvrir
une salle dans ce faubourg. Il y a bien des années, j'ai entendu parler par un homme de bien de la Haute- Vienne, de lamour de Christ mort pour les pécheurs. J'ai toujours désiré, depuis, être en possession de cette vérité : vos réunions m'ont de nouveau appris à la connaître. Lorsque je manquais de travail, pendant cet hiver rigoureux, j'ai trouvé une grande consolation à me dire que Dieu prend soin de moi; et maintenant, je dois lui être bien reconnaissant de m'avoir de nouveau procuré du travail. Je souhaite de continuer toute ma vie dans ces sentiments.
26 février. — Robert et M. Rouilly ont dû consulter le commissaire de police du quartier du Jardin des Plantes. 11 a dit avoir reçu une excellente réponse de la Préfecture, et lui-même nous a souhaité plein succès. Le commissaire de Bercy a exprimé la satisfaction qu'il ressentait de ce que nous nous fussions établis au faubourg Saint-Antoine, dans son quartier. Après une enquête minutieuse sur les réunions, faite par des agents spéciaux, le résultat est le suivant : Nous remercions Dieu et prenons courage.
La conversation suivante s'engagea entre M. Rouilly et deux ouvriers grossiers d'apparence qu'on avait engagés à entrer. C'était à la sortie, lorsque M. Rouilly échangeait une poignée de main avec eux; l'un de ces ouvriers dit:
c Vous dites que c'est dimanche votre réunion?
— Oui, à quatre heures.
— Eh bien, j'y viendrai, parce que je n'ai jamais entendu prier comme cela. •
Et le second ouvrier :
Oui, au moins il y en a pour tout le monde (*) et nous
« vous en remercions.
(1) Allusion au caractère de la petite prière que M. Mac-Ail avait écrite, et que M. Rouilly avait faite à la clôture de la réunion. Cette prière contenait des demandes auxquelles tous
— Ce n'est pas moi qu'il faut remercier, c'est notre pasteur, M. Mac-Ail, qui a écrit la prière, et j'espère qu'il se portera assez bien pour être ici dimanche.
— Eh bien, nous y reviendrons, ne serait-ce que pour entendre ses prières. »
20 mars. — Rue Monge. Miss Blundell, qui édite L'Ouvrier français, montra en termes très convaincus que la méthode employée par M. Mac-Ail pour attirer les ouvriers était la bonne. Elle fit l'éloge des salles si agréablement décorées, disant : « Chaque tableau semble dire : Je vous aime. »
i" avril, — Nous sommes allés à Grenelle, chez un négociant, ami de M. Faucher, pour avoir des informations sur les classes ouvrières dans ce quartier, avec l'idée d'y louer un local. En son absence, nous avons été reçus par son associé, qui s'est montré très poli, et qui a exprimé d'une manière intelligente ses idées sur les ouvriers.
Après avoir fait des recherches pendant un certain temps, nous avons trouvé une boutique convenable, et M. Faucher a promis de parler au propriétaire.
31 mars. — Un homme, à la rue Monge, déclare à Miss Howard qu'il aime fréquenter ces réunions « parce que les figures sont si bienveillantes ! » N'est-ce pas une note à recueillir et qu'il sera bon de se rappeler en tout temps?
21 avril.. — Jour de grande anxiété pour moi. Nous avons eu, pour toutes les assemblées, une réunion spéciale à l'occasion de l'anniversaire de la Mission et environ deux cents personnes pour prendre le thé. Dans la soirée, à la salle d'Ornano, M. Mac-Ail fit un discours de bienvenue,
pouvaient s'associer, et dans lesquelles tous étaient inclus. Comme disait l'ouvrier, il y avait quelque chose pour tout le monde.
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et donna la statistique du travail de Tannée; il fut remplacé dans la chaire par onze conférenciers. Il y a un an, j'étais incapable, de prévoir une époque où il serait possible d'enregistrer un tel résultat. Les premiers jours de la Mission furent des temps d'épreuves pour nous ; on peut même dire qu'ils auraient été pleins d'amertume, si nous n'avions été soutenus par le glorieux but que nous avions en vue, et pour lequel c'est un privilège de souffrir. L'opposition, le ridicule dont on avait tâché de nous couvrir, les attaques des journaux, tout cela n'existait plus maintenant; un étendard avait enfin été hissé et planté, et jamais plus il ne sera descendu, j'en ai la ferme confiance. Mais il fut planté dans la faiblesse, le labeur et les souffrances.
Ornano, — Après tant de voyages entrepris pour chercher des boutiques, pour obtenir l'autorisation des bureaux ' de police, pour acheter des chaises et autres accessoires, nous sommes parvenus à nous sentir ici chez nous, et l'œuvre s'est établie sur des fondements solides, par des réunions régulières qui se proposent un but moral et chrétien, et nous ne pouvons douter que la bénédiction de Dieu ne repose sur elle. Nous avons de nombreux habitués ; quelques-uns ont assisté aux réunions dès le commencement, et plusieurs sont des créatures transformées, à cause de ce qu'elles ont entendu et reçu. Une dame, entre autres, était déiste, et maintenant elle ne manque jamais une réunion ; elle s'est engagée dans la petite école du dimanche, et s'efforce de faire tout ce qu'elle peut pour le service de Dieu. Un dimanche, elle a assisté avec nous à toutes nos réunions. Et il y en a beaucoup comme elle. M. Théodore Monod nous a envoyé le résumé d'une conversation qu'il a entendue. Deux vieilles dames parlaient de M. Mac-Ail, et s'exprimaient sur lui en ces termes : t II est fait pour cette vocation, ce monsieur; il est gai, il est gracieux, il est compatissant; il a une poignée de main
pour tous ». M. Monod écrit : « Ce témoignage humble et sincère sera un encouragement pour vous, chers amis. Ces pauvres gens comprennent que la source de tout votre travail est l'amour. »
La salle de la rue Monge fut ouverte le jeudi 6 mai 1873 (*). Le lendemain, nous avions une petite soirée intime^ à Ménilmontant, pour fêter l'anniversaire de la salle, avec une assistance de cent trente personnes, au nombre desquelles MM. les pasteurs Th. Monod, G. Fisch, Poirson (pasteur sv^édenborgien), Bastide, le Rév. J. Hartland.
Ce fut alors que M. Faucher dit à M. Mac- AU : t Je désire beaucoup que vous veniez à Grenelle, où il y a des milliers d'ouvriers. » M. Faucher ajouta que, dans le cas
(1) En 1873, M. et Mme Georges Pearse, ces chrétiens si zélés pour l'œuvre du Seigneur, qui avaient déjà ouvert une salle de lecture à Marseille, où les militaires pouvaient goûter quelques heures de repos pour lire ou écrire leurs lettres et entendre lire la parole de Dieu, encouragés par le succès, avaient conçu l'idée d'ouvrir des salles semblables à Paris. Bientôt, la salle de la rue Roquépîne, celle de la rue Monge, au quartier latin, celles de Grenelle et du faubourg Saint-Antoine furent utilisées à cette fin. Cette tentative très chrétienne réussit et fut bientôt suivie par une entreprise semblable faite à Marseille par M. Saillens, puis par M. Lenoir. A Paris, le regretté Arthur de Rougemont se consacra lui-même à cette tâche avec toute l'ardeur enthousiaste de sa généreuse nature. Cette œuvre comporte des leçons pleines d'instruction pour tous les bons soldats de notre Grand Capitaine. Il serait à souhaiter, à cet égard, que le récit captivant de Miss Bonnycastle pût voir le jour : « Je n'oublierai jamais, dit-elle, l'étonnement de ces braves soldats qui entrèrent à la salle le premier soir de nos réunions, ne sachant pas ce que cela pouvait signifier. Mais bientôt ils étaient assis, chantant de tout leur cœur le no 1 des cantiques populaires : Tenez ferme, »
Nous avions beaucoup d'assistants, et, au beau milieu de la conférence, un groupe de soldats venant à passer dans la rue,
OÙ M. Mac-All y consentirait, lui serait prêt à y apporter sa collaboration (*). Voilà comment l'œuvre de Grenelle a pris naissance. La boutique que nous avions en vue après nos précédentes recherches fut louée, 8, rue Fondary ; le bail fut signé dans une petite échoppe de savetier ; j*y étais présente. L'autorisation avait été demandée par M. Mac-All, le 24 avril; elle fut accordée le 26.
L'inauguration de notre salle de Grenelle eut lieu le 7 mai, à 8 heures du soir; quatre-vingt-cinq personnes étaient présentes. Le dimanche, 11 mai, dans l'après-midi, il y eut soixante-six personnes. M. Brown (pas notre M. Brown d'aujourd'hui) et M. Faucher y parlèrent. Le soir, à huit heures, la salle fut comble; cent dix-huit personnes.
La première réunion pour les enfants eut lieu le jeudi 22 mai; M. Mac-All y assistait; cinquante-huit enfants.
Il y eutle même jour une réunion à Ornano, à trois heures, avec un auditoire de cent vingt personnes ; à Belleville, de
regardèrent à travers la fenêtre, et voyant plusieurs soldats qui chantaient : « Tiens! », dit à ses camarades un vieux caporal médaillé, « c'est un café chantant! Entrons, et je vous paie à boire ». Ils entrent donc tous les cinq, et ils sont bien intrigués de ne trouver ni tables, ni verres, ni aucune boisson, mais une jolie salle, les murs décorés, des cantiques distribués par deux dames, et un monsieur, dont la figure réfléchissait la bienveillance et le bonheur, qui recevait les nouveaux venus et les faisait asseoir sur la première rangée de chaises! Le vieux caporal devient enthousiaste quand le monsieur dit que sa femme et sa belle-sœur ont visité les camps des prisonniers français en Allemagne, pendant la guerre, surtout lorsqu'il parle de celui de Magdebourg où il y avait eu tant de malades et de mourants, et où les soldats avaient été si touchés que Ton s'occupât d'eux! « J'y étais, j'y étais, s'écria-t-il, je me rappelle parfaitement ces dames. »
(1) Plus tard, nous verrons l'excellent M. Sautter identifier son nom avec cette œuvre.
cinquante- trois personnes, à quatre heures et demie ; et de soixante-dix personnes à la rue Monge. M. Mac- Ail présidait lui-même ces réunions d'enfants, dans les premiers jours de la Mission. Il aurait certainement continué cette œuvre, si les besoins grandissants de la Mission n'eussent réclamé d'un autre côté tout son temps. Ce fut néanmoins pour lui une privation d'être obligé de s'abstenir de présider ces réunions.
24 mai, — Samedi soir. Beaucoup de faits réjouissants se sont produits au boulevard Ornano. M™® Jouy les raconte en ses bonnes lettres, qui se trouvent à la fin de ce livre. Ce soir je suis trop fatiguée pour pouvoir continuer. Il y a eu une crise politique : M. Thiers a été renversé par la Droite, d'où résulte une grande excitation en ces quartiers.
25 mai, — Ménilmontant. Le vieux monsieur, qui s'est montré un de nos habitués les plus fidèles depuis le jour où il vint pour la première fois avec son petit-fils, en rendant un livre sur les preuves de la Résurrection, parla en ces termes de l'ouvrage du célèbre écrivain, M.Renan, sur la Vie de Jésus : « Ce n'est que du bavardage, c'est comme un ballon, poussé de tous côtés par le vent, mais vide ».
22 juin. — A Ménilmontant, aujourd'hui, un ouvrier disait à M. Mac-Ail à la sortie : « Bonsoir, monsieur, mon ami. » — M. Mac-Ail a tout de suite répondu : — « Mon cher ami » ; — ce qui fit bien plaisir à l'homme lui-même et à tout le monde.
Grenelle. A l'école du dimanche, M"*® Faucher allait présider un groupe de garçons, lorsque ceux-ci lui dirent qu'il leur fallait plutôt un monsieur comme moniteur ! Elle s'est vite retirée et leur enverra un monsieur \
22 juin. — Réunion de pasteurs, d'amis et d'aides à un déjeuner. Robert a lu une étude sur le sujet que les pasteurs lui avaient demandé de traiter : t Les rapports religieux
qu'on peut avoir avec les classes ouvrières. » Ils lui ont demandé instamment de faire imprimer son travail.
8 juillet. — Nous descendons prendre nos amis à l'hôtel du Louvre, pour aller ensuite à Notre-Dame et au Jardin des Plantes. Là, nous nous mettons à regarder les singes et leurs singeries ! Mais voici une petite béte sudaméricaine, comme un grand chat, qui mange avec avidité les boules de gomme de M. Mac- AU ! Elle a une grosse dent jaune et rouge ; une gentille petite créature ! Lorsqu'elle est en train de manger la dernière boule, mon mari s'éloigne, car comment saurait-il lui dire: — t II n'y en a plus » ?
A Ménilmontant, un des assistants me disait : € Comment se fait-il, M*"® Mac-Ail, qu'il n'y ait pas eu de réunions de ce genre avant votre arrivée?» — « Je suppose, lui dis-je, que l'idée n'en était venue à personne. »
(Pourtant, en 1869 , le Rév. Grattan- Guinness a tenu des Conférences à la Chapelle-Saint-Maur, à la Chapelle rue Royale et autre part, avec le concours de MM, les pasteurs Armand^Delille et Bersier. Mais ce qui différenciait ces Conférences des réunions Mac- AU, pour ne pas parler d^ autre chose, c est que ces dernières se tenaient sur un terrain neutre et parfaitement indépendant^ ne recevant l'hospitalité d'aucune Église (*), se localisant en des boutiques et des magasins).
Alors cet assistant reprit : — t II y a à Paris vingt arrondissements ; si l'on pouvait faire en sorte que chacun d'eux eût quatre de ces réunions, ce ne serait pas trop. »
Un ouvrier me serrait cordialement la main à la sortie — c'était à Ménilmontant — ; il me dit: c Je suis reconnaissant d'être ici; voilà la doctrine qu'il nous faut dans nos
(1) Faisons exception de six semaines, où nous avons fait un essai dans recelé protestante rue de Flandre, suivant la suggestion de notre excellent ami M. le pasteur Robin.
troubles et nos malheurs. Hélas ! que je Tai négligée ! Mais je désire lui donner ma pensée pour Tavenir. Rien n'est aussi puissant pour nous consoler. »
« Vous avez raison », lui dis-je. Il n*y a rien au mondé de si puissant que l'amour du Seigneur Jésus-Christ pour faire de nous des heureux, quelles que soient les circonstances de notre vie ici-bas. »
2 septembre. — La propriétaire d'une boutique de la rue de la Chapelle est venue nous faire ses conditions; elle désirait nous avoir comme locataires, parce qu'elle avait entendu parler de nos réunions et qu'elle savait que nous ne sommes t d'aucune religion » . Nous avons trouvé délicieux ce témoignage légèrement équivoque, quant au caractère non sectaire de la Mission.
21 septembre. — Saint-Antoine. Une des premières réunions du soir. Nous avions beaucoup appréhendé cette nouvelle expérience. Nos craintes furent bientôt dissipées; la réunion se fit en très bon ordre ; il y eut cent trentequatre personnes, la plupart des hommes. Trois messieurs de Londres qui se trouvaient présents remarquèrent l'attitude attentive et intéressée des hommes, et ils exprimèrent la ferme conviction que la Mission ne pouvait que contribuer au relèvement de la France. Ils promirent de faire une collecte dans leur église en notre faveur.
2 novembre, — « Le jour des Morts ». Le nombre des assistants aux réunions est très satisfaisant; au delà de sept cents personnes. A Ménilmontant, l'une des plus nombreuses réunions que nous ayons jamais eues. Beaucoup de personnes, qui revenaient du cimetière du Père- Lachaise, entrèrent; l'ordre, l'attention respectueuse et la tranquillité furent parfaits, et donnèrent beaucoup de courage à Robert, qui, à ce moment-là, avait précisément besoin de réconfort, après des épreuves spéciales survenues dans l'œuvre.
27 novembre, — Réception d'une lettre de M. Th. Monod annonçant que des pasteurs, au nombre de vihgt-huit, désiraient collaborer avec M. Mac- Ail dans son œuvre.
Au mois d'août 1874, le cher et honoré père de M™® Mac-Ail mourut à Hadleigh, à l'âge de 74 ans. Il avait noblement pris sa part des privations causées par les frais de Fœuvre dans ses premiers jours.
Les sympathies des chrétiens français continuaient d'ailleurs à s'éveiller, à mesure que l'œuvre et son fondateur étaient mieux connus parmi eux. Voici quelques extraits de lettres de différentes dates et signées de noms honorés et aimés :
C'est M™® la baronne de Staël écrivant, le 3 janvier 1874, à M™* Mac-AU :
€ Je voudrais vous exprimer souvent Tintérôt que
m'inspirent vos travaux, et ma reconnaissance pour ce que vous et M. Mac-Ail faites pour notre population malheureuse. La foi et l'amour des âmes vous font surmonter des difficultés et des répugnances qui arrêtent môme les chrétiens. Vous êtes au milieu de nous un exemple et un encou^ ragement. J'espère, quand la saison sera meilleure, aller vous voir... »
Dans plusieurs autres lettres, elle exprime les mêmes sentiments. M™' André-Walther et M«>« la baronne de Zuylen de Nyevelt écrivent aussi des lettres pleines d'encouragements chrétiens. Et, si nous pouvions tout citer, cette liste de dames s'allongerait des noms de la comtesse de Castries, de
la baronne de Langsdorf, de la comtesse Agénor de Gasparin, de la comtesse d'Hédouville, de M^e Keller, de M"** Diane de Bron, de M°^ Frank Courtois, de M^^* Dumas, si connue par son œuvre dans les prisons de Paris, qu'elle continua jusqu'au seuil de la centième année, etc., etc.
Parmi les noms de chrétiens éminents qui donnèrent aussi, dès l'abord, leurs encouragements à M. Mac-Ail, nous n'avons que l'embarras du choix. C'est M. Rosseeuw Saint-Hilaire, de l'Institut, qui donnera jusqu'à sa mort son dévouement et son concours à l'œuvre; c'est le vénérable baron F. de Turckheim, MM. les pasteurs Dhombres, Théod. Monod (nous avons cité déjà M. Georges Fisch, M. Robin, etc.). C'est, en Danemark, M. le pasteur Henry Ussing, d'Aarhus. C'est M. de Pressensé qui écrit :
Je ne puis vous dire combien je vous suis reconnaissant. Vous me rendez le courage que, souvent, je suis tenté de perdre.
C'est le vénéré docteur Gustave Monod qui, en renvoyant le budget de l'œuvre Mac-Ail, envoie aussi « ses félicitations pour cet éloquent alignement de chiffres, et ses actions de grâces envers le Seigneur de ce qu'il a envoyé à notre pauvre ville un tel ouvrier ». C'est M. Sautter qui crie : « Bon courage », et qui prie M. Mac-AU de l'informer quand il ira à La Rochelle, voulant
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tâcher de s'y trouver lui-même, pourPinauguration de la nouvelle salle de réunion que M. Mac^All projetait d'établir dans cette ville. C'est M. Baptistin Couve, de Bordeaux, qui se met aussi à son entière disposition pour des réunions à organiser dans cette ville.
Le billet suivant est de M. Frédéric Godet, le vénéré théologien de Neuchâtel:
Je n'aurais personne à vous envoyer d'ici, sauf peut-être un ami qui ira à Lyon, pour la même œuvre, M. de Watteville. Mais à Paris arrive, aujourd'hui ou demain, de Montluçon, un de nos jeunes frères, nouvellement consacré, qui s'est voué pendant quatre ou cinq semaines à l'évangélisation, et qui se fera un bonheur de vous aider pendant cet hiver, j'en suis convaincu. Il ira vous voir et s'entendre avec vous. Je sais que le désir de son cœur est de s'associer à votre travail.
Ce sont enfin plusieurs amis dont nous lirons les noms dans les chapitres suivants.
Et n'oublions pas de mentionner M. Sébastien de Neufville, le généreux banquier de Paris, qui, un peu plus tard (en mai 1880), écrira à M. Mac-AU, pour mettre à sa disposition 3.000 francs, afin de lui permettre d'acheter de nouveaux harmoniums ou de faire réparer les anciens. La mission lui devra aussi des éditions de cantiques imprimés en gros caractères, pour les yeux fatigués des vieillards et des presbytes.