‹ La vie et l'œuvre de Robert-W. Mac-AllChapitre 30 sur 52 · LES AMIS DE PARIS · texte numérisé non relu

LES AMIS DE PARIS

€ Le coffret contenait une somme de 3.930 francs, avec la liste des cinquante personnes amies qui avaient contribué à nous faire ce présent, et des expressions de cordiale sympathie de nos amis les pasteurs. Un ravissant bouquet de jolies fleurs que nous présenta M"* Saint-Hilaire accompagnait ce don libéral. f>

Et maintenant, cédons la parole au vénérable

M. Saint-Hilaire, l'initiateur de cette souscription. Voici comment il s'exprimait dans sa lettre à ses coreligionnaires de Paris :

La société protestante de Paris connaît-elle bien Tœuvre de M. Mac-Ail ? Sait-elle que le lendemain de nos désastres, ce digne pasteur quittait son pays et son église pour venir, avec sa vaillante compagne, s'établir à Belleville, au foyer de la Commune, pour apporter à ces cœurs pleins de haiue l'Évangile de Paix et d'Amour? La bénédiction de Dieu a, dès le début, reposé sur cette œuvre ; le succès a dépassé toutes les prévisions : vingt stations, ouvertes dans nos faubourgs, embrassent maintenant tout Paris dans sa circonférence.

L'année dernière, 3.705 réunions ont rassemblé, en moyenne, 320.000 auditeurs; nous laissons de côté les milliers d'enfants et d'adultes qu'ont réunis, en outre, les écoles du dimanche, études bibliques, cours d'anglais. Il faut avoir assisté à ces réunions pour savoir combien la foule s'y presse, avec quelle attention passionnée elle écoute ! Enfin la constante protection accordée par le gouvernement à cette œuvre, dégagée de tout esprit de parti, politique ou religieux, est le plus beau témoignage que l'on ait pu lui rendre.

Mais ce qu'il faut avoir vu de près, comme celui qui écrit ces lignes, ce sont les fatigues incessantes d'esprit et de corps que cette œuvre, par son succès même, impose au digne couple qui en porte à lui seul tout le fardeau ; c'est l'effrayante responsabilité de trouver, chaque semaine, les soixante orateurs qui doivent parler à ces foules ; ce sont surtout les courses sans fin, presque toujours à pied, que M. et M™® Mac-Ail doivent faire, en plein hiver, de jour et de nuit, pour se rendre de Belleville à leurs diverses stations.

Pour l'honneur du protestantisme français, il ne faut plus que cela soit! La santé très délicate de M. Mac- AU ne le supporterait pas, et cette œuvre tient à sa précieuse vie par un lien trop étroit pour qu'on les laisse périr tous les deux ! Il y a là, nous le disons hautement, une dette d'honneur, qu'il serait honteux de ne pas acquitter. Les chrétiens d'Angleterre ont seuls supporté jusqu'ici les frais de cette vaste entreprise, et ceux de Paris doivent être émus à jalousie en voyant tout ce qui se fait pour eux et sans eux !

Il faut trouver, et nous trouverons, on n'en doit pas douter, pour nos deux chers missionnaires, une bourse de réserve, distincte des dépenses de l'œuvre, qui leur permette, non pas d'avoir une voiture à eux, ce que refuserait leur humilité, mais d'en prendre une chaque fois que le besoin s'en fera sentir.

C'est un appel direct que nous faisons ici à la conscience de tous les chrétiens de Paris que Dieu a dotés des biens de ce monde. C'est comme volontaire, depuis plus de trois ans, dans cette œuvre bénie, que nous nous permettons de leur adresser cet appel, et nous ne doutons pas que leurs cœurs n'y répondent.

RossEEUw Saint-Hilairk.

Les dons seront reçus chez M. Saint-Hilaire, 32, rue Molitor, Auteuil, ou chez MM. Mallet frères y rue d'Anjou (au crédit de M. Saint-Hilaire).

N. B. Nous croyons devoir ajouter que cet appel répond au vœu unanime de MM. les Pasteurs de Paris, dont le plus grand nombre prête son concours à M. Mac- AU, et qui recommandent cette œuvre, de la manière la plus pressante^ aux sympathies des Protestants de Paris.

R^ Saint-Hilaire, de l'Institut.

Suivent les noms des pasteurs Ducros, Goguel, Hollard, de Pressensé, Th. Monod, Gasalis, Lepoids, Dhombres, Recolin.

Revenons aux voyages. Ceux que M. et M"® Mac- Ail firent ensuite avaient toujours pour but d'aller dans telle ou telle ville fonder des stations de leur Œuvre. La première entreprise de ces fondations de salles en province eut lieu, nous Tavons dit déjà, en 1878 (^). C'est à Lyon que cette première branche de TŒuvre, hors de Paris et de sa banlieue, fut plantée pour prendre racine. A propos de cette tentative, un précieux ami de TŒuvre, M. Horace Noël, — qui, depuis 1873, n'a jamais manqué de venir aux premiers appels de M. Mac-AU, pour le remplacer pendant les vacances — a écrit dans une relation qu'on trouvera à V Appendice de ce volume,

(1) Cette année 1878 fut affairée entre toutes les années affairées, écrit ici M"e Mac-AU, car la grande Exposition se tenait alors, et dans la salle Evangélique, place du Trocadéro, c'étaient chaque jour des réunions. Les foules « dépassaient l'imagination, ainsi que nous l'apprîmes à nos dépens en revenant le soir, par le chemin de fer de Ceinture, à notre réunion de Bellevîlle. Une fois entre autres, je me rappelle que nous eûmes à grimper et à nous tenir en haut des marches sur l'impériale du train, et à chaque pont du chemin de fer que nous passions, il nous semblait que nos têtes allaient être fracassées. Arrivés à Belleville où il fallait nous rendre tout droit à la réunion, car l'assemblée était déjà formée, nos mains étaient noires comme des mains de ramoneurs- Encore bien heureux étions-nous d'avoir jm descendre sains et saufs de notre perchoir. »

qu'il avait tâché d'agir sur M. Mac-AU « comme une chaîne d'ancre » pour le retenir. Les lignes suivantes, extraites d'une lettre adressée, en ce temps-là, par M""® Mac-AU à une de ses vieilles amies d'enfance, fourniront un curieux commentaire de ces paroles :

Paris-Belleville, 13 janvier 1879.

Peut-être avez-vous entendu dire que les nouvelles réunions de Lyon réussissent très bien. C'était justement ce qu'il fallait et qui a été fait au moment propice. Nous avons eu là quelques rudes journées à passer, le mauvais temps et puis le dur travail de défricher le terrain ; mais tout compte fait, les commencements sont très heureux. J'ai compris et vu clairement que Dieu a envoyé là Robert (M. Mac-Ail) au temps marqué par lui, et je me sens un peu honteuse de moi-même; car, dans mon propre cœur, j'avais pensé qu'il était tout à fait inutile d'y aller encore ; et si cela avait dépendu de moi^ la chose aurait été renvoyée au moins jusqu'au printemps. Nous»ne sommes restés à Lyon que douze jours. Depuis lors, M. Dodds est allé pour surveiller, faire œuvre d'évêque, — et il est présentement remplacé par M. Noël jusqu'à l'arrivée de M. Bernard de Watteville.

La seconde branche de TŒuvre établie en province le fut à Bordeaux.

« Gela nous procura l'occasion et le plaisir, dit M°"® Mac-Ail, d'une course aux Pyrénées et à la frontière d'Espagne parle Port de Venasque. Quoique ce fiJt au fort de Tété, nous trouvâmes THospice-de-France singulièrement frais cette nuit-là.

au point qu'il nous fallut calfeutrer nos fenêtres avec des chiffons et du papier.

« A Bagnères-de-Bigorre, nous eûmes le privilège d'une très aimable réception chez le vénérable apôtre de cette région, M. Emilien Frossard, aujourd'hui recueilli dans la gloire, ainsi que de M. et M™* Charles Frossard.

« Le 18 juillet, nous fîmes Vascension du Pic du Midi de Bigorre (2.877 mètres), en partant de Barèges, et nous redescendîmes par Gripp. Il y avait abondance de neige, et nous fûmes très hospitalièrement retenus à déjeuner par M. le général chargé de l'Observatoire météorologique qui se trouvé établi un peu au-dessous du sommet de la montagne. »

La branche de Boulogne-sur-Mer se développa, vers ce temps-là, avec deux réunions, — dont Tune établie dans la sacristie de TEglise anglicane de la Trinité, mise aimablement par leRév. C. Beauclerc à la disposition de la Mission (*).

L'année 1878, année de l'Exposition, fut féconde en témoignages de sympathie pour la Mission et pour son fondateur. Nous ne saurions les relever

(1) En ce même temps aussi, M. Mac-AU note comme suit, dans le Rapport, l'entrée de M. Greig dans l'œuvre : a M. Ch. Greig, étudiant en théologie de l'Eglise libre d'Ecosse, a fait ses preuves comme une bonne recrue pour notre étatmajor de collaborateurs, se dévouant lui-même spécialement aux départements de la jeunesse et des bibliothèques. »

tous, mais nous voulons signaler ceux qui vinrent des chrétiens d'Ecosse, et noter aussi Fintérêt qu'une jeune Américaine, Miss E. Beach, sut exciter, par la Providence divine, aux Etats- Unis, pour les besoins matériels et spirituels de TŒuvre.

Les quelques extraits suivants, de la plume d'un cher et vénéré ami, le Rév. G. D. CuUen, montreront à quel point son ardeur et ses soucis furent gagnés à cette cause :

Royal Teprace, Edimbourg, le 23 octobre 1878. Mon cher monsieur Mac- AU,

Je viens de recevoir votre lettre — et je vous en remercie d'autant plus que je sais combien vous êtes occupé. La vue de votre petit trimestriel à feuilles roses me fait plaisir ; il pourra nous être utile à notre réunion le 21 octobre. Le lord Provost a accepté d'y présider, et j*en ai averti « Dale » qui descendra chez moi pour une visite de dix jours.

Mais nous traversons à l'heure qu'il est une crise financière, par suite de la faillite de la Banque, et il est à craindre que nos œuvres de bienfaisance et nos sociétés de mission n'en ressentent les tristes conséquences.

Notre trésorier, M. Watson, m'a prié de renvoyer notre réunion jusqu'au printemps, mais cela ne me paraît guère possible.

Tous les jours je prie Celui qui c sait bien de quoi nous sommes faits i et < qui guérit toutes nos infirmités » pour qu'il veuille vous conserver, ainsi que la chère M°»« Mac-Ail, à l'œuvre surabondante que vous faites à Paris et à Lyon.

Il écrit encore, au 21 septembre, qu'il se trouve Tesprit tout déchargé.

Nous avons eu une très bonne réussite — avec une assistance choisie, aussi bien que nombreuse.

Le lord Provost a très bien dépeint ce qu'il a vu de ses yeux, chez vous, à Paris. Le D"" Bonar a proposé et votre ami « Dale » a secondé d'une éloquence émue la seconde motion ; M. Whyte a été très éloquent et convaincu, tandis que l'excellent D' Gairns l'a fort appuyé de son doux témoignage. Tous m'ont félicité d'une réussite pareille, surtout en ce moment où l'on a peine à faire entendre les appels venant d'autres œuvres philanthropiques ou chrétiennes. J'ai pu dire que nous avions déjà envoyé 15.375 francs et qu'il faudrait en envoyer le double l'année prochaine ; mais hélas ! cette faillite devant se manifester de bien des manières, ne manquera pas de stériliser les sources où puisent les œuvres charitables et chrétiennes !

Veuillez bien remercier M™® Mac-Ail de sa bonne lettre si encourageante de Lyon.

f Dale » est une grande puissance et était dans ses meilleurs jours.

Votre tout affectionné,

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