VINGT ANS APRÈS
Le samedi après-midi, 16 janvier 1892, eut lieu une réunion de collaborateurs pour célébrer le vingtième anniversaire de la Mission, et le soixantedixième (justement écoulé) de son fondateur. La salle de Philadelphie était décorée de plantes et de drapeaux des trois grandes nations : France, Grande-Bretagne et Amérique. M. le pasteur Hollard présidait et, avec sa gracieuse amabilité, il accueillit le D^ et M"' Mac-AU, qui étaient les hôtes de la soirée. Des discours furent prononcés — non seulement des paroles de pure forme — par le vénérable pasteur Ernest Dhombres (qui, à cette heure, a reçu sa récompense); par les pasteurs Georges Appia et Hocart; par M. Louis Sautter, qui offrit au D*^ Mac-Ail, de la part de beaucoup de souscripteurs, un portefeuille contenant 4.750 francs, et à M"* Mac-Ail une jolie palme et un vase de la part des dames de la Mission.
Le D*" Mac-Ail, profondément touché, répondit. Après avoir rappelé les premiers soutiens de Tœuvre, pasteurs et autres, qui ne sont plus de ce monde, il remercia un groupe de frères anglais et américains, représentant leurs églises respectives et de nombreuses branches de Tœuvre chrétienne.
et enfin, ses collègues actuels, et il conclut ainsi : « Je rends grâce à Dieu de nous avoir donné, en réponse à nos prières, mon cher nouveau collègue, le Rév. D*" Loba ». Il y eut aussi une lettre de félicitations du Conseil d'Administration de l'association américaine Mac-Ail, à Philadelphie; et une cordiale résolution du Comité de Londres apportée par le président, M. J.-J. Deacon. Nous fûmes très touchés en entendant M. le pasteur Decoppet lire les strophes suivantes, si pleines de grâce, composées par lui-même :
« Au Rév. M. Mac-Ail, à l'occasion du vingtième anniversaire de la Mission populaire, 16 janvier 1892 :
Me sera-t-il permis, au sein d'une chapelle, De porter la santé du héros de ce jour? Et de dire en mes vers tout ce que nous rappelle Son nom que tant de cœurs disent avec amour?
Il est connu, ce nom, dans toute notre France; Il est béni partout et partout respecté ; Depuis nos sombres jours de deuil et de souffrance, Comme un joyeux espoir nous l'avons répété!
Vous avez tout quitté, cher et généreux frère, Famille, amis, patrie, un troupeau bien-aimé, Pour venir annoncer, sur la terre étrangère, L'Évangile éternel par Jésus proclamé.
Et du Maître imitant la charité profonde, C'est vers les plus petits que vous êtes allé, C'est à nos ouvriers, sans espoir en ce monde, Et trop souvent sans Dieu, que vous avez parlé.
Vous avez su trouver le chemîa de leur âme ; Ils se voyaient aimés, ils vous ont écouté! De l'amour du Sauveur ils ont senti la flamme, Car son reflet en vous, c'était votre bonté!
Ah ! souffrez qu'en leur nom je vous bénisse, frère ; Souffrez que je vous dise : ils vous aiment aussi ! De leur cœur et du nôtre en cet anniversaire, Un même mot s'échappe et ce mot c'est « merci! »
Puissiez-vous conserver votre verte vieillesse ! Voir votre œuvre arriver à de nouveaux vingt ans. Et, par nous entouré de respect, de tendresse, « Du travail de votre Ame » en paix jouir longtemps.
Il y eut aussi de la musique, le duo de Gounod qui s'harmonise si bien avec les vers de Racine :
(( D'un cœur qui t'aime, Qui peut troubler la paix ? »
Le lundi, 18 janvier 1892, le grand Temple de l'Oratoire du Louvre est rempli pour le service public en commémoration du même événement. Ménilmontant et Montmartre sont descendus de leurs hauteurs; jeunes gens et vieillards sont là réunis. Jamais le vieux bâtiment, en ses jours de maison conventuelle, n'a du présenter un tel spectacle. Le Passé et le Présent semblent se saluer à travers les siècles, — du moins, notre imagination nous le représente ainsi. — A cette occasion, cependant, le Présent a banni les revenants; et pourtant, pas entièrement, car à un certain moment, une
statuette est dévoilée, et voici! nous voyons apparaître le quinzième siècle avant son exit. Non pas, cependant, le grand docteur Martin Luther, mais un jeune garçon avec une besace à sa ceinture, chantant, son livre d'hymne à la main, pendant qu'il mendie son pain, panem propter Deum^ 1497. Cette gracieuse statuette en bronze est Tœuvre du sculpteur autrichien Béer; elle surmonte une petite pendule et porte Tinscription suivante :
A M. et M"* Mac-Ail, fondateurs de la Mission Populaire Evangélique de France, les auditeurs reconnaissants, 17 janvier 1892. t Votre travail ne sera pas vain auprès du Seigneur. >
M. le pasteur Recolin préside et, après une cordiale adresse au D' Mac-Ail, suivie d'un serrement de main aussi cordial, le pasteur Th. Monod se lève, et à un signe de sa main, un grand nombre d'hommes des diverses salles de Mission de Paris se lèvent et restent debout sous la tribune, pendant que le président présente au D^ Mac-AU un album de lettres — il y en a 117 — représentant 136 salles de Mission, et contenant 5.300 signatures. Beaucoup de ces chers amis ont fait des croix, ne « sachant pas écrire », et d'autres ont fait les leurs aidés par une main amie — car ils sont aveugles. Les lettres sont aussi nombreuses que les traits caractéristiques de leurs auteurs. En voici une de Marseille, datée du 21 décembre 1891 :