STATUETTE DE MARTIN LUTIIKR REMISE A M. MAC-ALL
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Notre situation, cher M. Mac- Ail, était auparavant bien triste; notre cœur était aveugle, notre vie troublée parles plaisirs du monde, surtout par Tabus des alcools, ce qui rendait notre vie de famille misérable. L*abîme de l'éternité était prêt à nous engloutir, quand nous avons été arrêtés sur cette pente fatale en entrant dans une salle de Mission où l'on parlait de Dieu. Nous avons reçu Jésus comme notre Sauveur. Aussi tous nos péchés ont-ils disparu; la vie du ciel a pris la place de celle du monde, et le bonheur celle de la misère. En un mot, la paix, la joie, Tamour de Dieu et la vie éternelle sont maintenant notre partage. Je vous remercie au nom de tous les rachetés de Christ pour avoir concouru à cette rédemption par vos travaux. Nos cœurs, pleins de gratitude, prient Dieu de vous bénir, et de vous donner une heureuse vieillesse. Signé au nom des membres de la Société Ëvangélique de Tempérance.
Le volume est relié en maroquin rouge, garni de moire rouge, et porte cette inscription :
A M. et M"® Mac-Ail, de la part des habitués de toutes les Salles Populaires de Paris, de la banlieue et de la province, à l'occasion du 70* anniversaire de M. Mac-AU, et du 20® de la Mission Populaire Ëvangélique de France, qu'il a fondée. Janvier 17, 1892. t Ceux qui en auront amené à la justice, luiront comme des étoiles, à toujours et à perpétuité. »
Les affectueux souhaits exprimés dans ces lettres sont résumés, en tête du volume, en quelques strophes. L'incident auquel il est fait allusion dans la première est absolument authentique. Il eut
lieu il y a quelque quinze ans dans la salle du Boulevard Ornano, Montmartre, Paris.
A Monsieur Mae- AU, fondateur de la Mission Populaire Évangélique de France {1872-1892),
Un soir de coDféreoce, une vieille ooTrière Disait (vous présidiez) : « Qo'importe son accent! n est si bon. si doux, et si compatissant ! b C'était donner la clef de votre vie entière.
Les arts et les plaisirs, sentiers semés de flears. Attirent l'étranger vers notre capitale; Mais vous, ao lendemain de la guerre fatale, Ce qui vous attira, ce furent nos douleurs.
Vous aviez entendu, comme autrefois l'apôtre. Une voix suppliante : a Oh! viens nous secourir! » Et dans un quartier pauvre on vous vit accourir, Quittant votre pays pour adopter le nôtre.
Laissez-nous vous bénir, laissez-nous vous aimer. Vous, et de vos labeurs la compagne fidèle : Vous nous avez porté la Parole élernelle... Notre dette envers vous ne saurait s'exprimer.
Vous avez fait jaillir l'eau de la source vive, Sur la route poudreuse où l'on marche à pas lourds; L'Église est descendue au bord des carrefours Offrir le pain du ciel à la foule attentive.
On parle simplement, pour les simples d'esprit; On prie et Dieu fait grâce à nos âmes troublées; Combien nous les aimons, ces simples assemblées. Où l'on chante à plein cœur le Seigneur Jésus-Christ!
De faubourg en faubourg, de Paris à la France, Le semeur voit grandir le champ de ses travaux; Déjà blanchit au loin l'aube des temps nouveaux... Il verra la moisson passer son espérance.
Th. Monod.
Le D*" Mac-All, se levant au milieu de grands applaudissements, répond :
Monsieur Recolin, monsieur Monod, et vous, mes chers frères, je me sens incapable de vous exprimer les sentiments qui remplissent nos cœurs. Je dis nos cœurs, car ma chère femme ne fait qu'un avec moi dans tout ce que je pourrais essayer de dire. Ai-je besoin de parler de l'émotion qui nous gagne lorsque, jetant les yeux autour de nous, nous voyons cette foule d'amis qui se pressent dans cette vaste église ? Gomme nous nous rappelons — étonnant contraste ! ^- notre première petite réunion évangélique à Paris, il y ajuste vingt ans! Dieu soit béni pour tout ce qu'il a fait! Nous Le prions pour vous, chers pasteurs et laïques français, pour vous, notre armée de coopérateurs, et pour les dames chrétiennes qui nous aident avec tant de désintéressement .
Il rappelle ensuite les noms vénérés de ceux qui « sont partis avant », qui avaient prêché la Parole de vie dans les salles. Puis^ se tournant vers les habitués des salles de la Mission :
« Quelle n'est pas notre joie de vous voir vous presser ici autour de nous ! Je ne vous cacherai pas qu'il nous en a coûté beaucoup, il y a vingt ans, de quitter notre pays, nos amis, notre église, et de nous établir ici, où nous étions alors entièrement des étrangers. Je puis dire que personne ne prenait plus de plaisir que moi aux saintes relations qui unissent le pasteur chrétien à son troupeau. Je me rappelle très bien avoir dit à M™^ Mac-AU, au
moment même où nous quittions l'Angleterre : € Il faut nous préparer à nous passer entièrement de Taffection de notre congrégation, notre grande famille, pour ainsi dire. Si les classes laborieuses françaises veulent écouter la prédication du Christ crucifié, nous aurons des raisons bien suffisantes de rendre grâce à Dieu. Mais, quant à rattachement personnel de ceux au milieu desquels nous travaillerons... c'est fini. » Comme nous nous trompions! Votre estime affectueuse a été pour nous un précieux encouragement.
« Nous sommes nombreux ce soir; nombreux, dis-je. Une pensée m'impressionne vivement au moment où je constate ce fait. Il y a une autre assemblée, réunie en cette même heure, la compagnie de nos chers assistants d'autrefois, qui nous ont devancés au ciel — de ceux qui ont reçu dans nos salles de Mission la connaissance de leur Sauveur, et sont morts dans Sa paix. Ils sont maintenant là où la pauvreté, la souffrance, le péché sont inconnus. Et je crois fermement que cette assemblée d'en Haut est au moins aussi nombreuse que celle qui est réunie ce soir ici.
« Eh bien! mes chers amis, ne désirons-nous pas tous que ces deux assemblées puissent, avant longtemps, devenir une seule milice céleste unie et bénie! Souffrez donc que votre vieux directeur vous prenne par la main, un par un, et vous conduise aux pieds de ce Sauveur qu'il a cherché,
pendant ces vingt dernières années, à vous apprendre à aimer. Vous qui avez longtemps fréquenté nos réunions sans prendre une résolution décisive, et vous, chers et jeunes amis, quiètes, en quelque sorte, l'avenir de la Mission et la joie de notre cœur, dites ce soir, devant Dieu : «A partir d'aujourd'hui, Jésus-Christ est pour moi. A partir d'aujourd'hui, j'appartiens à la Famille. A partir d'aujourd'hui, je réclame une humble place dans la grande Eglise des premiers-nés écrits dans le ciel. »
Le lendemain, un journal de Paris disait : « Hier, nous avons eu une vraie fête de l'Alliance Evangé-
lique Luthériens, Réformés, Méthodistes,
Baptistes, Anglicans, Français, Américains, entouraient M. et M""® Mac-AU sous des guirlandes de plantes vertes — une vraie famille réunie. »
Moins de deux ans après, M. Mac-AU se préparait à partir pour l'Angleterre où l'appelait le souci des finances de la Mission. Voici la lettre qu'il écrivait, au milieu de ses préparatifs, à M™® Mariné J. Chase :
28, Villa Molitor, Auteuil, Paris.
1er mars 1892.
Gomme je voudrais pouvoir, enfin, répondre à votre bonne lettre, et vous raconter tout ce que nous faisons ici I Mais vous m'excuserez de ne pas pouvoir le faire, accablé que je suis par tant de devoirs pressants, et obligé de pré-
parer mes rapports annuels (non encore commencés), avant de partir pour Londres (D. V.) juste dans quinze jours. J'entreprends la difficile mission de la campagne, et je compte uniquement sur la force du Seigneur pour la mener à bien. Je la vois, en ce moment, complètement audessus de mes forces. Mais elle semble nécessaire pour les finances de l'œuvre, et Dieu me la fera réussir. Le D"^ Loba me sera d'un grand appui. Nous avons de la peine à réaliser la pensée que nous aurons bientôt le plaisir de vous voir, et le home à Redhill que nous avons essayé de nous représenter. La partie la plus fatigante du voyage paraît devoir commencer quand nous aurons quitté Londres : deux réunions par jour, et un grand trajet de ville à ville !
A la même, datée, cette fois, d'Angleterre :
Peckham, !«' avril 1892.
C'est notre dernier jour à Londres, et, avant de partir, je saisis un moment au milieu de mes si nombreuses occupations, pour vous dire combien je suis triste et désappointé d'être empêché, avant mon départ, de vous voir, ne serait-ce qu'un tout petit moment. Mardi, j'avais tout à fait compté passer une journée avec vous et M"® Robert Mac-Ail, et je m'en faisais un plaisir à l'avance. Hélas ! mon vieil ennemi ne me l'a pas permis, et j'ai dû passer tout le temps avec mes violentes douleurs sans pouvoir rien faire. Gomme je suis reconnaissant de me trouver encore debout, et, il me semble, préparé pour la dernière partie de ma tournée, celle qui est bien la plus fatigante : deux réunions hier, deux aujourd'hui, et douze dans trois villes du nord.
La tournée fut, en efï'et, fatigante, reprend ^jme Mac-Ail, mais moins qu'elle ne nous Tavait
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paru d'abord, parce que nous nous trouvions au milieu de vieilles connaissances, de bons amis de notre enfance, de notre jeunesse et de Tépoque de notre ministère. La dernière étape de notre voyage fut Sheffield, et là, nous eûmes mille raisons de remercier les chers amis chez lesquels nous étions descendus, car le vieil ennemi fut encore notre maître, et pendant deux jours de souffrances intenses, j'eus à faire preuve de beaucoup de patience.
Le repos de l'été fut troublé à son déclin par des ennuis financiers, qui prirent fin, grâce à des avances faites à la Mission par le D' Mac-Ail et par un des membres les plus dignes et les plus généreux du comité. Les nuages et les rayons de soleil alternaient. Le 12 juillet, \e Journal Officiel de la République française annonçait ainsi la nomination du D*" Mac-AU dans l'ordre national de la Légion d'honneur :
M. le Révérend Mac- Ail, R. W., citoyen anglais, établi à Paris depuis 1871. Créateur de conférences populaires, de dispensaires médicaux, lauréat de la Société d'Encouragement au bien. Poursuit depuis vingt ans son œuvre philanthropique avec le plus grand dévouement et le plus grand désintéressement. Services [rendus à Tinstruction populaire.
Le 22 juillet, M. Ribot, Ministre des Affaires Etrangères, lui écrivait en ces termes :
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