RÉSUMÉ DU DISCOURS DE M. THÉODORE MONOD
L'orateur lit d'abord dans Jean XII les verseta 24 et suivants, puis il trace la biographie de M. Mac-AU.
M. Mac-AU, le père de l'homme de bien que nous pleurons aujourd'hui, était pasteur dans une ville industrielle des environs de Manchester. C'était un croyant humble et actif, un prédicateur distingué , sur lequel une biographie en deux volumes a été publiée. Il devint pasteur à Manchester, lorsque son fils, Robert- Whitaker Mac-Ail, né le 17 décembre 1821, était un enfant intelligent et développé. Dès l'âge de douze ans il se plaisait à faire des compositions, écrites d'une écriture soignée qui n'a guère changé depuis lors, dans des cahiers cartonnés proprement tenus, et qu'il laissait volontiers lire à ses parents. Dans les compositions il abordait les sujets les plus divers, l'histoire, la botanique, la langue éthiopienne, les rêves (il recommandait comme un moyen souverain, pour écarter les rêves pénibles, de lire chaque soir avant de s'endormir quelques pages du « Voyage du Chrétien » de Bunyan). Il manifestait surtout de grandes dispositions pour l'architecture et avait l'intention de se consacrer à cet art. Un jour, dans une chapelle. Dieu lui parla, non par le serm6n qu'il entendait, mais par une voix intérieure qui l'appelait au service direct du Seigneur. Le jeune Mac-Ail était de ces enfants privilégiés qui, élevés dans le christianisme, sont chrétiens dès leur jeune âge et qui ne passent pas, pour ainsi dire, par les affres de la conversion. Dans les circonstances que nous venons de dire, il eut seulement à prendre la décision de servir Dieu directement. Il fit donc des études de théologie et devint pasteur de l'église congrégationaliste, dans le nord de l'Angleterre, à Sunderland, où il a laissé les souvenirs les plus
durables. Il fut pasteur aussi à Leicester, où il obtint que les places ne fussent plus mises aux enchères dans l'Église. Il fut pasteur à Birmingham, à Manchester, enfin à Hadleigh. Il était connu comme un pasteur distingué et actif. De bonne heure, il avait associé à sa vie une compagne qui, jusqu'au bout, n'a été qu'un seul cœur avec lui.
En 1871, M. Mac-Ail et sa femme vinrent passer quatre jours à Paris ; et, en bons Anglais, en bons chrétiens, ils y distri> huaient des traités religieux. Le soir avant leur départ, le 18 août, ils allèrent à Belleville qui représentait pour eux le centre du mouvement révolutionnaire.
Et — cette anecdote a été racontée bien des fois, mais elle est inséparable de l'histoire de M. Mac-Ail, — au coin de la rue et du boulevard de Belleville, ils furent abordés par un ouvrier, qui adressa la parole en anglais à M. Mac-Ail et lui demanda de venir enseigner au peuple de Belleville une « religion de liberté », comme en Angleterre. M. Mac-Ail considéra l'invitation de cet homme du peuple comme un appel de Dieu. Il consulta quelques pasteurs de Paris. Dire que ceux-ci l'ont encouragé serait beaucoup dire, mais ils ne l'ont pas découragé non plus, ils lui conseillèrent d'essayer.
Le 17 janvier 1872, il ouvrit la première salle de réunions . populaires à Belleville, 103, rue Julien-Lacroix. Il tremblait, a-t-il écrit, en mettant la main sur la clef de la porte; mais Dieu le soutint, et — il y a aujourd'hui plus de trente salles Mac-Ail à Paris, plus de cent en France.
Comment dire ce qu'est l'œuvre de M. Mac- Ail? Elle est caractérisée par cette femme du peuple qui s'écrie : « Notre ménage était autrefois un enfer, maintenant c'est un paradis » ; — par ce vieux soldat qui ignorait la Bible et qui maintenant s'en nourrit; — par cette jeune fille mourante qui recommande à sa mère de continuer à lire la Bible, et qui la console de son prochain départ avec ce trait charmant et si français : a Tu penseras comme je suis heureuse là-haut de danser avec les anges. »
Mais la santé peu robuste du Président de la Mission populaire ne correspondait pas à son infatigable activité. Plusieurs
fois, il dut se résoudre à prendre du repos. Il souffrait en particulier d'intolérables maux de tête. L'an dernier, cela devint plus grave. Il dut partir pour Londres. Il s'y ennuya : il songeait à la France et à son œuvre, il avait le mal du pays. Il fallut que les médecins lui prescrivissent de rentrer à Paris. Il revint, mais ses forces l'abandonnaient de plus en plus. On lui donna ce dont il avait besoin, du calme, de la solitude; durant ses derniers jours il ne fut vu que de rares intimes : (( Laissez-moi mourir, laissez-moi seul », avait-il dit une fois.
Celui qu'il aimait à appeler son pasteur, M. Anderson, lui demanda — ce fut un de leurs derniers entretiens : « Est-ce que Jésus est près de vous ? — Oui, répondit M. Mac-Ail. — Que nous sommes heureux de savoir que tout est grâce! — Oui, répondit encore le malade. — Jésus-Christ nous a été fait de la part de Dieu, sagesse, justification et rédemption », reprit le pasteur. — M. Mac-Ail ne répondit plus que par un sourire. « Il s'est endormi comme un enfant, » ajoute M. Monod; nous l'avons vu sur son lit de mort avec nos couleurs nationales, avec son ruban de la Légion d'honneur, avec sa redingote boutonnée, avec son sourire, et sur une table, auprès de lui, un petit livre de textes et de. poésies.
Maintenant il faut continuer son œuvre! a Ah! si Dieu voulait .nous envoyer trois cents Anglais et Américains, nous soulèverions la France ! » s'écriait-il un jour. Cette parole est pour nous faire un peu honte : Pourquoi pas trois cents Français? Les trois cents Français ne se trouveront-ils pas? Ils sont parmi nous, et jamais les circonstances n'ont été aussi favorables qu'à l'heure magnifique et solennelle où nous sommes.
M. Mac- AU a donné son organisation définitive à un nouveau mode d'évaugélisation. Quelqu'un qui s'y connaît, M. Moody, disait : « Je considère la Mission Mac-Ail comme une Mission modèle pour le monde », car elle ne se cache pas, elle ouvre sur la rue des boutiques à l'évangélisation.
Par M. Mac-Ail, Jésus-Christ nous a appelés, et de cette vie si belle sortent pour nous des leçons précises : d'abord, soyez fidèles, là où vous êtes, là où Dieu vous a mis,- n'essayez pas de faire grand. Ensuite, servez Dieu seul. Les meilleurs de
nous donnent à Dieu une part de leur vie, la meilleure, je veux bien» mais il en est peu qui fassent de leur vie tout entière l'œuvre de Dieu. Si nous avons encore dans notre vie une occupation, si minime soit-elle, qui n'appartienne pas à Dieu, il nous y faut renoncer. Enfin, il faut que nous soyons toujours dans la main de Dieu. M. Mac-Ail avait plus de cinquante ans et possédait dans son pays une situation établie solidement, lorsque Dieu lui dit : « Sors de ton pays et de ta parenté. » Demandons-nous : fais-je exactement ce que Dieu veut que je fasse? et ne tenons pas plus compte que M. Mac-AU de nos plans, de nos projets personnels et de nos fantaisies.
En terminant, M. Th. Monod adresse à M°^^ Mac-Ail des paroles de consolation et aux habitués des salles, aux collaborateurs de la Mission, des paroles d'.encouragement.
Un ministre anglican, le Révérend H. E. Noyés, pasteur de l'Eglise de la rue d'Aguesseau, succède à M. Th. Monod; il porte le costume ecclésiastique de son Eglise et fait brièvement, en langue anglaise, l'éloge de M. Mac- Ail et de son œuvre.