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CHAPITRE VIII

Ces animaux forment une transition naturelle entre les invertébrés et les vertébrés photogènes.

On en rencontre d'assez nombreux exemples dans les Appendiculaires, les Ascidies simples et agrégées, les Synascidies, les Ascidies salpiformes, les Salpes et les Barillets.

Au point de vue physiologique, les Tuniciers les plus intéressants et les mieux connus, grâce aux beaux travaux de Panceri et de Polimanti, sont les Pyrosomes, Ascidies salpiformes coloniales nageant à la surface des mers. Pyrosoma giganteum elegans habite la Méditerranée (fig. 30) et Pyrosoma atlanticum, comme son nom l'indique, se trouve dans l'Atlantique. Cette dernière espèce a 3 à 7 pouces de long, mais on trouve dans l'Océan Indien des Pyrosomes pouvant atteindre jusqu'à quatre mètres de longueur.

La colonie présente la forme d’un dé à coudre allongé ; elle est transparente et composée d’un grand nombre d'individus fixés perpendiculairement à l'axe longitudinal de la colonne et réunis par un tissu commun de consistance gélatino-carlilagineuse. Chaque individu possède deux orifices, un pour l’entrée et l'autre pour la sortie de l’eau: ces derniers débouchent à l’intérieur de la cavité centrale ou cloaque commun.

Cette curieuse association animale comporte parfois plusieurs milliers de membres, qui agissent comme un seul individu pour satisfaire un besoin général, par exemple dans les mouvements de natation ou dans les contractions desli-

nées à faire renouveler l'eau apportant l'oxygène et la nourriture. Ces contractions font aussi circuler le sang du sinus qui baigne largement les organes lumineux de chaque colon ou ascidizoïde, comme cela se voit chez les Insectes, par exemple. Chaque individu, en forme de bouteille, possède deux glandes photogènes situées chez Pyrosoma atlanticum près du col, au niveau et près des branchies. Ce sont de petits points brillants, jaunâtres, ovales ou triangulaires.

Ces éléments, d'après Julien, se développent aux dépens de l’ectoderme. Les œufs ovariens, non segmentés, mais presque mûrs, ainsi que les embryons sont phosphorescents. Il semble que ce soit une loi générale qu'à aucun moment de la vie des êtres phosphorescents, la fonction photogénique n’est suspendue.

Les cellules lumineuses sont volumineuses, arrondies : elles renferment des grains que Julien considère comme de nature mitochondriale, mais on sait que les mitochondries nouvelles ne sont pas autre chose que mes vacuolides an-

ciennes.

En écrasant l'animal, on peut en retirer un liquide qui reste lumineux après M6: 30 Pyrosone à : géant (1/5 de granpassage au travers d’un linge, mais deur natur.).

s'éteint rapidement. Toutefois l’extinc-

üion n'est pas définitive, car l’eau douce et la chaleur peuvent faire reparaître la lumière : l'alcool et les acides la font disparaître; on peut, en les humectant d’eau, faire renaître la lumière des organes desséchés.

Comme chez les autres organismes photogènes entiers, les excilants mécaniques, physiques et chimiques provoquent la luminosité, qui d’ailleurs peut se produire spontanément dans les mouvements de la colonie.

D'après Polimanti, la lumière solaire est sans action, mais on excile la lumière avec une lampe électrique de 36 bougies chez Pyrosoma elegans. Ce qu'il y a de vraiment curieux, c’est que l'éclairage se produit aussi bien au moment où l'on allume la lampe qu’au moment où on l'éteint. J'ai signalé le même résultat pour la contraction dermatoptique du siphon de la Pholade qui renferme, comme on sait, les organes photogènes. Il est probable qu'il se produit aussi chez le Pyrosome quelques contractions localisées ayant pour résultat d’agir directement sur la glande photogène ou indirectement par le sang du sinus, comme cela arrive chez l'Insecte. De très intéressantes recherches de Polimanti sur la période d'excitation latente, etc., permettent aussi d'établir certains rapports entre la réaction lumineuse et la réaction musculaire, D’après l'éminent physiologiste ilalien, le degré optimum de luminescence pour Pyrosoma elegans est entre 10° et 15°, mais la luminosité peut s’accroître jusqu'à 2$ pour diminuer progressivement et cesser à G6o°. Il fait remarquer « que la lumière du phosphore continue à s’accroître et que, par conséquent, il ne s’agit pas d’une oxydation directe, comme le pensait -Panceri, mais plutôt d'une propriélé physicochimique de l’ordre de celle qui a été indiquée par R. Dubois ».

La persistance de la luminosité dans ‘une atmosphère d'acide carbonique en est une nouvelle preuve. Si des bulles d'air dégagées dans l'aquarium peuvent exciter la lumière, cela tient à une excitation mécanique. Néanmoins, Polimanti admet que le manque d'aération hâte l'épuisement, provoque l'inexcitabilité d’abord, puis la mort et la décomposition. Quand la lumière devient persistante, continue, c'est que le Pyrosome va mourir; elle persiste même après la mort somatique; la lumière physiologique est ici, comme autre part, l'ullimum moriens.

Une des remarques les plus curieuses faites sur les Pyrosomes est que la lumière peut varier de couleur non seulement pour des espèces différentes, mais encore chez un mèêmeindividu à différents moments. Chez Pyrosoma atlanticü,

Péron l’a vu passer du vert au rouge vif, à l’aurore, à l'oranger et au bleu d'azur.

Polimanti a remarqué chez Pyrosoma elegans, à mesure que l'animal s’altère, que ce ne sont plus les rayons verts caractéristiques qui sont émis, mais une lumière rouge : c'est-àdire que les rayons réfringents les plus réfrangibles sont remplacés par des rayons qui le sont de moins en moins. D’après Polimanti, le ton vert indiquerait, contrairement à ce que croyait Panceri, qu'il ne s’agit pas d’un processus de combustion. Mais que penser alors des tons rouges qui se manifestent quand on plonge dans l’eau très chaude soit, comme je l’ai déjà montré, un organe photogène de Ver luisant, soit un Pyrosome.

Panceri n’a pu révéler la moindre trace de chaleur au moment de « l'embrasement » maximum du Pyrosome, mais il - explique ce fait en disant que l'énergie calorifique est transformée en lumière; faudrait-il alors admettre qu'il existe dans les organes photogènes une substance capable de ramener les radiations calorifiques vers les longueurs d'onde moyennes du spectre, comme cela a lieu pour les radiations chimiques avec la luciférescéine? Je reviendrai sur ce point à propos du rôle de la fluorescence dans la lumière physiologique (voir Composition physique de la lumière physiologique, p. 107).

EN RÉSUMÉ, dans l’embranchement des Tuniciers, on voil encore l’immortel flambeau ancestral se transmettre de l'adulte à l'œuf, de l'œuf à la larve et de celle-ci à l'adulte et toujours ainsi sans jamais s'éleindre, comme le feu des Vestales.

La lumière chez les Tuniciers est aussi toujours fournie par des éléments ectodermiques, par des glandes entourées de grands sinus sanguins et dans ces éléments, Julien trouve des granulalions qu’il considère comme des mitochondries et qui ne sont autres que mes vacuolides, ce qui prouve une fois de plus leur identité et mon antériorité.

Quant à la substance photogène, elle se conduit chez les Tuniciers comme partout ailleurs.

R. Dugors. rl

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