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VERTÉBRÉS PHOTOGÈNES. LES POISSONS LUMINEUX

Ces curieux animaux habitent ordinairement les régions abys+ales où la lumière du jour ne pénètre pas. Leurs formes sont des plus bizarres, ce qui, joint aux fanaux de lumières versicolores qu'ils portent sur les points les plus variés du corps, leur donne une étrange originalité.

Ordinairement les organes lumineux sont rangés sur la

Fic. 31. — Slomias boa Rasso. Poisson présentant deux doubles rangées latérales d'organes lumineux.

ligne latérale et sur les ramifications qui en partent vers la tèle, comme chez les Stomias (fig. 31). Ils semblent provenir de transformations des organes glandulaires que l’on rencontre dans celte région chez les autres Poissons. D'ailleurs, leur position est très variable.

Chez Photoblepharon palpebratus Weber (fig. 32), Poisson de surface des côtes ouest des îles Néerlandaises, dont les pècheurs indigènes utilisent l'appareil lumineux pour la pèche, ils sont situés au-dessous des yeux el mobiles comme eux, ce qui

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permet à l'animal de masquer à volonté ses fanaux oculaires. Chez Melanocetus Johnsoni (fig.33), l'appareil lumineux est

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Fig. 32. — Photoblepharon palpebralus W£Ber.

situé à l'extrémité d’un barbillon mobile, et sert vraisemblablement de piège pour attirer dans la gueule énorme et bien armée de l'animal les organismes dont il fait sa nourriture. Le nombre des fanaux n'est pas moins variable que leurs formes et leur situalion.

Sur Maurolicus, petit Poisson lumineux de 5 à 6 centimètres de long péché dans les grandes profondeurs de la baie de Naples, Mangoldt a compté jusqu'à 144 appareils lumineux distincts.

Chez ce Poisson, la lumière n'apparaît pas d'elle-même, mais toujours à la suite d'une excita- Uon : pincement de Fi. 33. — Mélanocèle (3/5 de grand. natur.). la queue, etc. Elle est agréable, ne vascille pas. Sa nuance varie du blanc au

jaune vert, au vert clair el au bleu, mais le jaune et le vert apparaissent d’abord. Par l'action réflexe, c’est l'organe de la tête qui s’éclaire, parfois seul quand on excite le Poisson

dans l'eau. Tout le reste s’illumine par une excitation plus forte. Si on place ce Poisson de mer dans l'eau douce, la lumière devient continue. C'est ce qu'on observe chez les animaux malades ou morts, en général. |

De l’avis de tous les auteurs et principalement de Braüer, auquel on doit de très importantes recherches sur les Poissons pêchés par la Valdivia, tous ces organes sont de nature glandulaire. Les uns sont simples et s’ouvrent directement au dehors pour rejeter dans le milieu ambiant la substance photogène. D’autres, au contraire, n’ont pas de canal excréteur, ce sont des glandes à sécrétion interne. En somme, ils se réduisent tous aux deux types que l’on rencontre chez les Insectes, les Crustacés et les Mollusques.

Les glandes photogènesà

Fic. 34. — Organe lumineux latéral. LEE ;

d'un Stomias. sécrétion interne sont ordi-

er, cristallin; — 7, cellules photogènes; nairement accompagnées — 1’, les mêmes plus âgées (2° couche); — 6 :

r, réflecteur. d organes accessoires ou

de perfectionnement.

Chez Stomias, par exemple (fig. 34), on constate l'existence d'une masse centrale (/) formée de cellules photogènes rappelant exactement par leur forme celles des organes lumineux des Lampyres, et des Céphalopodes à l’élat jeune. Comme chez ces derniers, on y rencontre en même temps d’autres cellules photogènes l’, mais légèrement différentes des premières, à contenu granuleux, à noyau périphérique. [ci encore, ces deux sortes de cellules ont manifestement la même origine. En haut de la figure, on voit en cr un véritable cristallin recouvert d'une cornée destiné à faire converger les rayons

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lumineux. Enfin, au-dessus de la glande photogène, se trouve un réflecteur r composé de deux couches et tapissé par du pigment.

Une disposition analogue se rencontre encore dans les

Fra. 35. — Chauliodus.

dr, cellules ectodermiques formant un cristallin ; — c/, {!, cellules de l'organe photogène formant deux couches distinctes, comme chez les Insectes.

organes lumineux de Chauliodus (fig. 37), où les deux zones de la masse glandulaire photogène sont encore plus neltement marquées et où cependant on peut bien constater leur identité d’origine.

Les glandes à sécrétion interne sont remplacées par des glandes à sécrétion externe, particulièrement dans les organes

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tentaculaires des Cératidés et des Onchocéphalidés : cette disposition est très nettement marquée chez Gigantactis. L'organe est constitué par un sac en forme de boule dont les parois sont lapissées par un épithélium glandulaire dr à plusieurs assises el dont la cavité assez vaste s'ouvre à l’extérieur. Cette cavité est remplie d'un mueus à grains très fins

F1G. 36. — Glande photogène à sécrétion externe du Gigantactis.

provenant de la désagrégation des cellules glandulaires (fig. 36).

Chez les Onchocéphalidés, les organes lumineux sont de même des glandes à sécrétion externe, soit avec de nombreux canaux sécréloires séparés (Chaunax, soit que plusieurs glandes se réunissent pour sécréter par un canal commun.

La cavité glandulaire peut même disparaitre : on ne trouve plus, chez les Wytophoridés, que des cellules formant des lamelles plates et minces, isolées en parlie, pour représenter les organes photogènes.

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EN RÉSUMÉ, on trouve chez les Poissons, c'est-à-dire chez les organismes photogènes les plus hautement différenciés, pour ainsi dire la répétition générale de tout ce qui a été vu dans les degrés inférieurs de l'échelle des étres vivants. C'est surtout dans cet embranchement que l’on peut suivre pas à pas l'évolution «de l'organe glandulaire photogène, depuis la simple cellule épidermique, nue, superficiélle, jusqu'à ces curieux appareils oculiformes que sont les photosphères les plus compliquées avec leurs organes de concentration, de réflexion, leurs diaphragmes, leurs écrans d'adaptation et d'accommodation, et méme leurs appareils d'orientation. C’est dans l'étude des Poissons lumineux que se trouve la confirmation la plus éclatante de l'unité des procédés fondamentaux des mécanismes intimes qui nous sont révélés par la physiologie générale, mais dont la simplicité nous est le plus souvent masquée par des complications accessoires, de perfectionnement où d'adaptation que la physiologie comparée seule nous

permet de discerner.

Biophotogénèse accidentelle chez les vertébrés. — Chez les vertébrés autres que les Poissons, on n’a pas constaté d'une manière certaine l'existence de la biophotogénèse normale, physiologique.

Il faut d'abord écarter tous les cas de fausse photogénèse due à des phénomènes de réflexion, de réfraction, etc., résultant de la présence dans le fond de l'œil d’un «tapis » comme chez les fauves, chez le Phoque, et chez certains Papillons comme le Sphinx à tête de mort.

On doit attribuer à une cause de cet ordre la prétendue luminosité d'un Pinson d'Australie, Poëphila Gauldiæ.

On a prétendu cependant que l'œil pouvait être une source de lumière. Cette hypothèse méritait d'être examinée en raison des analogies existant chez les Crustacés, les Mollusques et les Poissons entre les photosphères et les organes oculaires. Mais je n’âi jamais pu constater de lumière oculaire dans l'obscurité absolue et c’est inutilement que pendant fort longtemps J'ai fixé ou fait fixer les regards sur des plaques photographiques sans jamais voir se développer la moindre trace d'impression.

D'autres cas paraissent attribuables à des emprunts, par exemple celui de la gueule d’un crapaud de Surinam, qui avait sans doute mangé quelque animal photogène, celui des Hérons. des Effraies, etc.

La luminosité observée fréquemment à la surface des plaies (Homme, Tortue), sur des cadavres, dans l’urime et le lait était vraisemblablement d'origine parasitaire, et due à des photobactéries. Peut-être en était-il de même dans les cas où l’on a vu se produire des lueurs sur le front de moribonds, sur les excréments de personnes ayant mangé des Crustacés marins mal conservés (Squilles) ?

D'après Azara, chez la Mouffette d'Amérique, Zorillo ou Sorillo (Viverra putorius), l'urine est normalement lumineuse et cette propriété servirait, jointe à son odeur fétide, à éloigner les ennemis.

Des sueurs nocturnes lumineuses ont été signalées chez des sujels qui paraissaient normaux. J’ai personnellement relevé l'observation d'une jeune femme qui avait pendant plusieurs semaines présenté ce singulier phénomène, sans que l’on pût savoir au juste à quoi il était attribuable.

La cause et la nature de la luminosité des œufs de Grenouille, de Lézard et de Gecko reste encore problématique. D'après Pütter, celle des œufs de Lézard ne rappelle que très faiblement celle des animaux marins des grandes profondeurs. Toutes ces questions appellent des recherches nouvelles.

EN RésuMÉ, l'existence de la biophotogénèse normale ou physiologique signalée chez des vertébrés plus élevés que les Poissons, a besoin d'étre prouvée par de nouvelles observations.

Il serait désirable également que la biophotogénèse pathologique fût l'objet d’une étude spéciale. Il se peut que des sécrétions glandulaires, telles que celle du lait, de la sueur, de l'urine, fournissent parfois des liquides lumineux en dehors de toute infection parasitaire, mais dans la grande majorité des cas observés sur des blessés, des moribonds, des cadavres, il semble bien certain que l’on se soit trouvé en présence de phénomènes accidentellement provoqués par des photobactéries parasites.

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